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Dictionnaire de la langue française
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Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre, né le 12 septembre 1746 au château de Férolles-en-Brie et exécuté à Abbeville le 1er juillet 1766, est une victime du pouvoir et de l'arbitraire de la justice subsistant au siècle des Lumières dans une affaire où s’investiront les philosophes des Lumières au nom de la tolérance religieuse et de la liberté de conscience.
Sommaire |
Vers l’âge de 17 ans, en 1762, le chevalier de La Barre et son frère Jean-Baptiste sont envoyés à Abbeville chez leur tante, Anne Marguerite Feydeau (qui est en fait leur cousine germaine), abbesse de Willancourt, après la ruine de leur père qui avait dilapidé une fortune de plus de 40 000 livres, en rentes héritées de son propre père, lieutenant général des armées.
L’affaire commence suite à la dégradation, découverte le 9 août 1765, de la statue du Christ s’élevant sur le pont neuf d’Abbeville. Cette statue avait été tailladée à plusieurs endroits par « un instrument tranchant » qui, comme l’écrivit l’huissier du roi, provoqua ainsi à la jambe droite « trois coupures de plus d’un pouce de long chacune et profonde de quatre lignes » et « deux coupures à côté de l’estomac ». L’émotion dans la cité picarde est immense car, selon l’Église catholique, par ce geste c’est Dieu, et non pas seulement son symbole, qui est frappé. Ainsi, signe de la gravité de ce sacrilège, l’évêque d’Amiens lui-même, Mgr Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Mothe mène, pieds nus, la cérémonie de la « réparation » pour réparer cette offense, en présence de tous les dignitaires de la région.
Qui a commis ce sacrilège ? Les rumeurs vont bon train mais, faute de preuve, il faut recourir aux interrogations pour réparer l’offense. Les curés incitaient même à la délation lors des messes du dimanche. Finalement, l’enquête est menée par Duval de Soicour, lieutenant de police d’Abbeville, qui s’implique avec acharnement, n’hésitant pas à fournir de fausses accusations et de faux témoignages, et par le lieutenant du tribunal d’élection Belleval, qui est un ennemi personnel du chevalier de La Barre, depuis que sa tante, l’abbesse de Willancourt, a repoussé ses avances[réf. nécessaire].
Intimidées, les personnes interrogées accusent le chevalier de La Barre et deux « complices », Gaillard d’Etallonde et Moisnel, d’avoir chanté deux chansons libertines irrespectueuses à l’égard de la religion et d’être passés devant une procession en juillet 1765 sans enlever leur couvre-chef. Pire, les trois hommes par défi, refusent de s’agenouiller lors du passage de cette même procession. Après dénonciation, une perquisition menée au domicile de La Barre amène à la découverte de trois livres interdits (dont le Dictionnaire philosophique de Voltaire et des livres érotiques) qui achève de le discréditer en dépit d’un solide alibi. Par malheur pour de La Barre, l’évêque d’Amiens et les notables locaux souhaitaient faire de ce cas un véritable exemple[réf. nécessaire].
Pensant être innocenté grâce aux relations de sa famille, le chevalier de La Barre ne prépare pas sa fuite et il est arrêté le 1er octobre 1765 à l’abbaye de Longvillers[1], malgré le plaidoyer du gazettier et avocat Linguet et la défense des amis de l’abbesse de Willancourt devant le Parlement de Paris, la condamnation aux galères obtenue en première instance est commuée en condamnation à mort[réf. nécessaire]. Le roi de France lui-même est sollicité, mais peu convaincu des arguments des défenseurs du chevalier, il lui refuse la grâce malgré l’intervention de l’évêque d’Amiens.
Le chevalier de La Barre est donc condamné à subir la torture ordinaire et extraordinaire pour dénoncer ses complices, à avoir le poing et la langue coupés, à être décapité et brûlé avec l’exemplaire du Dictionnaire philosophique. Cette sentence pour blasphème est exécutée le 1er juillet 1766 à Abbeville par cinq bourreaux spécialement envoyés de Paris (dont le bourreau Sanson qui lui tranchera la tête). « Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose » auraient été ses dernières paroles.
Mis en cause dans cette affaire, Voltaire prend alors fait et cause pour le chevalier de La Barre et ses coaccusés. Il rédige la Relation de la mort du chevalier de La Barre à Monsieur le marquis de Beccaria et Le Cri d’un sang innocent pour lesquels il est ensuite condamné sans que la sentence puisse être exécutée du fait de sa présence en Suisse. Du fait de son éloignement, c’est Diderot qui le tient au courant des évènements.
Voltaire utilise ses relations pour innocenter Gaillard d’Etallonde, qui s’était enfui en Hollande, et le protéger en le faisant engager dans l’armée prussienne. Quant à Moisnel, qui reconnut quelques impiétés et n’avait que 15 ans, il ne fut pas inquiété.
L’affaire du chevalier de La Barre a constitué, avec d’autres comme l’affaire Calas ou l’affaire Sirven, une des causes célèbres qui ont été l’occasion pour Voltaire et les philosophes des Lumières de lutter contre l’arbitraire de la justice au XVIIIe siècle. Voltaire a rajouté à son Dictionnaire philosophique, devenu Questions sur l'Encyclopédie et considérablement enrichi, un article intitulé « Torture » dénonçant l’injustice et la barbarie de l’affaire du chevalier de La Barre.
Cette condamnation était privée de base légale ; la Déclaration du 30 juillet 1666 sur le blasphème ne prévoyant pas la peine de mort[2]. Il fut, par la suite, établi que la dégradation du crucifix à l’origine de l’affaire du chevalier de la Barre aurait été causée par l’accident d’une charrette chargée de bois[3]. Le chevalier de la Barre était dans sa chambre la nuit de la dégradation du crucifix[4].
La Convention le réhabilita le 25 brumaire an II[5].
En 1897, un comité de libres-penseurs obtient l’élévation d’une statue du chevalier de La Barre devant la basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre. Déplacée en 1926, square Nadar, la statue est déboulonnée le 11 octobre 1941 par le gouvernement de Vichy. Le 24 février 2001, une nouvelle statue est érigée en remplacement. Il existe également une « rue du Chevalier-de-La-Barre » juste derrière le Sacré-Cœur, entre la rue Ramey et la rue du Mont-Cenis. Il existe également des rues du « chevalier de la Barre » à La Courneuve, aux Pavillons sous Bois, à Puteaux et Issy-les-Moulineaux(Hauts-de-Seine) et à Yerres ainsi qu'à Pompierre dans les Vosges, fief des La Vaulx, de même qu'à Courcelles-lès-Lens (62970), Wattignies (59139) et à Bègles (33130). Par contre, la rue de la Barre à Lille est ainsi nommée depuis 1701 et n'a donc rien à voir avec le chevalier.
En 1902, des militants laïques déposent un bouquet de fleurs à l’endroit du supplice. Cet acte est à l’origine de la création du groupe La Barre qui organise depuis cette date et aujourd’hui encore, le premier dimanche de juillet, une manifestation qui traverse le centre d’Abbeville, du monument La Barre qui fut érigé en 1907, par souscription volontaire, sur les berges du canal de la Somme, près de la gare, jusqu’à la place du supplice.
Aujourd’hui, le nom, le monument abbevillois et la statue parisienne de cette victime de l’intolérance religieuse demeurent un point de ralliement pour les tenants de la laïcité et de l'anti-catholicisme[réf. nécessaire]. Il existe même trois associations au nom du chevalier de La Barre : l’association Le chevalier de La Barre à Paris, le groupe La Barre à Abbeville, le chapitre de rite français du Grand Orient de France Chevalier de La Barre à Bergerac.
Les fondements de l'affaire du chevalier de la Barre ne font pas l'unanimité parmi les historiens. Ainsi, Adrien Dansette défend l'idée que « le malheureux chevalier de la Barre, au demeurant débauché peu intéressant, meurt surtout victime de la haine d'un magistrat pour sa famille »[6].
Le chevalier de La Barre est le petit-fils de Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre.
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