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Dictionnaire de la langue française
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1.guerre qui opposa Grecs et Troyens, suite à l'enlèvement d'Hélène. Après un siège de dix ans de la ville de Priam, ils s'emparèrent, grâce au stratagème du cheval de Troie (ruse d'Ulysse), de la ville.
conflit armé entre groupes sociaux ou états[Classe]
événement historique durable[Classe]
history (en)[Domaine]
War (en)[Domaine]
mythology (en)[Domaine]
Proposition (en)[Domaine]
action militaire - mythologie classique[Hyper.]
faire la guerre[Dérivé]
war, warfare (en)[Hyper.]
mythologie grecque[Domaine]
guerre de Troie (n. f.)
| Guerre de Troie | ||||||||
![]() Combat aux vaisseaux devant Troie, sarcophage néo-attique du Musée archéologique de Thessalonique, deuxième quart du IIIe siècle. |
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| Informations générales | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
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La guerre de Troie est un conflit légendaire à l'historicité controversée, provoqué par l'enlèvement d'Hélène, reine de Sparte, par le prince troyen Pâris. En rétorsion, Ménélas, l'époux bafoué, lève avec son frère Agamemnon une expédition rassemblant la plupart des rois grecs, qui assiège Troie et remporte finalement la victoire. La guerre de Troie et ses conséquences formaient le sujet d'un vaste cycle épique, le « Cycle troyen », dont les œuvres sont aujourd'hui perdues à l'exception de l’Iliade et de l’Odyssée d'Homère.
Elle représente une pierre fondatrice de la culture grecque et constitue encore une source d'inspiration pour les artistes et écrivains.
Sommaire |
La guerre est entreprise à la suite de l'enlèvement d'Hélène, épouse du roi de Sparte, Ménélas, par le troyen Pâris, fils de Priam, roi de Troie. En effet, Hélène lui avait été promise par Aphrodite, en remerciement pour le jugement du mont Ida, lui attribuant la pomme d'or. Pâris dut alors choisir entre Héra, Athéna et Aphrodite, lui promettant respectivement l’Asie, la sagesse et l'amour de la plus belle femme du monde : Hélène.
On peut aussi considérer l'enlèvement d'Hélène, et donc l'incitation à la guerre, comme une vengeance de la part de Priam de la précédente guerre de Troie. En effet, si Pâris est autorisé à se rendre à Sparte, c'est pour demander le retour d'Hésione, emmenée par Télamon après la guerre[1].
Les rois grecs, descendants de Pélops sont contraints par le serment de Tyndare à se joindre à la cause de Ménélas, l'époux d'Hélène. Celui-ci, accompagné de Nestor, parcourt la Grèce pour les rappeler à leur promesse[2],[3].
Étant accompagné de son frère Agamemnon et de Palamède, Ménélas alla trouver à Ithaque Ulysse, réticent à cause d'un oracle qu'il avait entendu. Pour éviter d'avoir à partir, il simula la folie : vêtu en paysan, il labourait un champ avec un âne et un bœuf attelés à la même charrue, et lançait du sel par-dessus son épaule. Palamède plaça alors le jeune Télémaque, fils d'Ulysse, devant l'attelage en marche. Ulysse tira vivement sur les rênes, montrant ainsi qu'il était sain d'esprit[4],[5]. On peut accorder une signification métaphorique à cet épisode : le bœuf et l'âne représentent Zeus et Chronos, chaque sillon ensemencé de sel signifie une année perdue, et Télémaque marque la « victoire décisive »[C 1].
Selon les auteurs tardifs, le devin Calchas avait prédit que Troie ne pourrait être prise sans Achille, fils de Thétis. Sa mère, pour le protéger de la guerre, le cacha, déguisé en fille, chez Lycomède, roi de Skyros. Mais il fut confondu par une ruse d'Ulysse, qui excita son instinct de guerrier et le poussa à se révéler en faisant sonner la trompette aux portes de la cité[6]. Cependant Homère raconte simplement que Nestor et Ulysse, étant venus à Phthie pour recruter des troupes, se virent confier Achille par son père Pélée[il 1].
D'autres rois et héros, tels que les deux Ajax, Diomède et Tlépolémos les rejoignirent encore[C 2]. Idoménée, roi de Crète, lui aussi ancien prétendant d'Hélène[7], qui avait amené un nombre considérable de navires[N 1],[8],[9], obtint le commandement des gardes[il 2]. Toutes les troupes se rassemblèrent à Aulis. Cependant, elles ne pouvaient partir sans provisions ; c'est Anios qui les fournit, grâce à ses filles, les Vigneronnes[10]. Mais Ménélas envoya Agamemnon — accompagné d'Ulysse[11] — pour emporter avec eux les Vigneronnes ; comme Anios refusait, ils les enlevèrent de force mais elles s'enfuirent[12].
Cette flotte accoste, dans la deuxième année après l'enlèvement d'Hélène, en Mysie, non loin d'Élée. Ils affrontent d'abord Télèphe, roi de Mysie et fils d'Héraclès qui, alarmé par le débarquement d'une armée si imposante, a dépêché contre elle ses propres troupes. Après des combats acharnés, Télèphe apprend qui sont les chefs de l'armée ennemie et le combat cesse alors. La flotte grecque repart chez elle après cette première expédition, et se repose pendant huit ans.
Alors que l'armée grecque s'apprête, la colère d'Artémis contre Agamemnon bloque la flotte à Aulis[13]. Le devin Calchas impose le sacrifice d'Iphigénie, fille de ce dernier[14] ; c'est par la promesse d'un mariage avec Achille que les chefs achéens attirent alors la jeune fille à Aulis[15],[16].
Quand la flotte grecque arrive devant Troie, l'armée doit affronter Cycnos, fils de Poséidon et roi de Colone, qui les empêche de débarquer[17],[18] et qu'aucune arme ne peut blesser[19]. Achille parvient à le tuer en l'étranglant avec la jugulaire de son casque[20] ou d'un jet de pierre[21].
Les Grecs installent leur camp sur la plage qui s'étend devant Troie ; une ambassade achéenne pour réclamer Hélène échoue[22]. Une fois les Troyens retranchés derrière leurs murailles, Achille s'emploie à leur couper les vivres. Il attaque et réduit ainsi onze cités d'Anatolie, tributaires de Troie. C'est dans Lyrnessos[23], l'une de ces villes, lors de la dixième année de siège, qu'il reçoit pour part d'honneur Briséis[il 3], tandis qu'Agamemnon reçoit Chryséis lors du sac de Thèbe sous le Placos[il 4].
C'est à ce moment que commence le récit de l’Iliade. Une peste frappe le camp grec[il 5] et Calchas, encouragé par Achille, révèle qu'Apollon a puni Agamemnon pour avoir refusé à son prêtre, Chrysès, de lui rendre sa fille Chryséis[il 6]. Contraint de céder, Agamemnon furieux réclame une autre part d'honneur. Achille se récrie et Agamemnon, pour l'humilier, décide de prendre Briséis, sa captive[il 7]. En colère, ce dernier décide de se retirer sous sa tente et jure sur le sceptre d'Agamemnon, don de Zeus, de ne pas retourner au combat[il 8]. Zeus, sur sa demande, donne l'avantage aux Troyens, tant qu'il sera absent du champ de bataille[il 9].
Privés de son appui, les Grecs essuient défaites sur défaites, et alors que les Grecs sont acculés et que les Troyens menacent de brûler leurs nefs, le vieux sage Nestor, Phénix et Ulysse viennent en ambassade plaider la cause achéenne[il 10]. Achille reste ferme mais Patrocle, ému par les malheurs de ses compatriotes, obtient l'autorisation d'Achille de sauver les Grecs en portant ses armes[il 11]. La manœuvre réussit mais Patrocle, malgré sa promesse à Achille, engage la poursuite[il 12]. Il est tué par Hector, frère de Pâris, qui prend les armes d'Achille comme butin[il 13]. Furieux et humilié — trompé par Patrocle, qui en est mort et donc hors de punition, et symboliquement vaincu par Hector —, Achille décide de se venger, malgré les avertissements de sa mère : s'il affronte Hector, il mourra peu de temps après[il 14]. Héphaïstos lui forge de nouvelles armes, avec lesquelles il sort à la recherche d'Hector[il 15].
Revêtu de son armure divine, il s'engage à nouveau dans le combat et abat un grand nombre de Troyens sur son passage[il 16], tellement que les eaux du Scamandre sont souillées de cadavres[il 17]. Offensé[il 18], le Scamandre manque de noyer Achille[il 19]. Sauvé par l'intervention d'Héphaïstos[il 20], celui-ci rencontre enfin Hector, le défie et le tue avec l'aide d'Athéna[il 21]. Il traîne sa dépouille trois fois autour de la ville avec son char[il 22] avant de la ramener dans le camp achéen.
Achille fait pourtant preuve d'humanité en laissant le roi Priam, venu dans sa tente en suppliant, emporter le corps de son fils pour lui accorder des dignes funérailles[il 23]. Il obéit ainsi à sa mère[il 24], envoyée par les dieux mécontents du traitement infligé à la dépouille du héros[il 25].
Certains racontent ensuite l'arrivée de Penthésilée, reine des Amazones, et de Memnon[Én 1], qui est selon certains roi d'Éthiopie[24],[25]. Penthésilée est défaite par Achille[26]. Mais il tombe amoureux du cadavre ; et Thersite s'étant moqué de lui, il tue ce dernier[27],[28]. Antiloque, pour sauver son père[29], s'affronta à Memnon qui le tua[26]. Achille le vengea en tuant Memnon[30],[26].
Sur une idée d'Épéios[Én 2] ou d'Ulysse[31] — à moins que ce ne soit sous l'inspiration d'Athéna[32] — les Grecs construisirent un énorme[Én 3] cheval en bois, dans lequel ils cachèrent des guerriers, au nombre desquels on compte notamment Ulysse, Ménélas et Néoptolème[Én 4],[33]. Ensuite les Achéens brûlèrent leur camp[33], embarquèrent sur leurs navires et dissimulèrent leur flotte plus loin, derrière l'île de Ténédos[Én 5].
Les Troyens, face au cheval, étaient désemparés et la foule se partage en avis contraires sur le sort qu'on doit lui réserver[Én 6] : étant avertis qu'il s'agit d'un présent pour la déesse Athéna[N 2],[Én 7],[34], les uns veulent le faire entrer dans la ville ; les autres, menés d'abord par Thymétès[Én 8], prônent la méfiance. Survient alors Laocoon qui exhorte ses compatriotes à se débarrasser du cheval, prononçant la formule célèbre :
« Quidquid id est, timeo danaos et dona ferentes[Én 9]. »
— Virgile, Énéide
Et, joignant le geste à la parole, il jette un javelot dans le flanc du cheval ; on entend alors des gémissements[Én 10], qui sont sans aucun doute ceux des Grecs.
Mais Sinon, un Grec resté sur la côte, apparaît alors et, faisant croire qu'il a été condamné par les Grecs, et qu'il est donc prêt à les trahir[Én 11], il tient le discours suivant :
« Calchas a voulu qu'ils fissent [du cheval] une énorme masse et que cette charpente s'élevât jusqu'au ciel, et qu'ainsi elle ne pût entrer par vos portes ni être introduite dans vos murs ni replacer le peuple de Troie sous la protection de son ancien culte[N 3]. Si vos mains profanaient cette offrande à Minerve, [...] alors ce serait une immense ruine pour l'empire de Priam et pour les Phrygiens. Mais si, de vos propres mains, vous la faisiez monter dans votre ville, l'offensive d'une grande guerre conduirait l'Asie jusque sous les murs de Pélops[N 4],[Én 12]. »
— Virgile, Énéide
Comme pour confirmer ses dires, deux serpents surgissent de la mer et se jettent sur Laocoon et sur ses enfants[Én 13] Puis ils se réfugient dans le temple d'Athéna[Én 14]. Le message semble clair aux Troyens : Athéna leur est farouche, il faut donc l'apaiser. Ils n'ont pas pensé que peut-être c'était pour les offenses personnelles que Laocoon avait pu faire à la déesse qu'il était puni[C 3]. Ils décident alors d'ouvrir une brèche dans les murs de la cité pour faire entrer l'offrande[Én 15]. À plusieurs reprises, lorsqu'ils déplacent l'engin, ils perçoivent des bruits à l'intérieur, qui sont ceux des armes grecques qui s'entrechoquent[Én 16]. Si on ajoute à ce signe les prédictions que Cassandre avait déjà faites auparavant[35],[36] et le bruit du javelot de Laocoon, on voit que c'est malgré des indices nombreux que les Troyens ont accepté l'offrande. Notons que selon certains[35], Priam aurait agi de sa propre initiative, et sans l'intervention de Sinon.
Une fois la nuit venue, un complice des Grecs fit des signaux lumineux depuis la cité pour les engager à attaquer. Chez les uns, c'est Hélène qui feignit de mener une procession nocturne, accompagnée de flambeaux[Én 17] ; chez les autres, c'est Sinon qui alluma un feu[37]. Certains racontent qu'Hélène serait allée sous le cheval, et aurait appelé les guerriers en imitant la voix de leurs femmes ; tous furent tentés de répondre à ce ton familier, mais Ulysse réfréna leur désir[38],[39].
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On observe tout d'abord qu'il existe une structure récurrente dans certains mythes grecs, et commune à l'histoire d'Héraclès et d'Hésione et à celle de Persée et Andromède : ces deux mythes commencent avec l'histoire d'une jeune fille nue attachée à un rocher pour être offerte en sacrifice à un monstre marin ; ses libérateurs, Héraclès et Persée, la libèrent en échange d'une promesse effectuée par ses parents, mais la promesse n'est pas tenue et une grande bataille éclate ; elle se termine par la défaite totale de l'armée ennemie.
On peut alors supposer que tous deux proviennent d'un même mythe archaïque. Ainsi, dans la mythologie mésopotamienne, on retrouve l'affrontement de Marduk et de Tiamat, où celui-ci — qui possède de plus un cheval solaire blanc, qui rappelle Pégase né du sang de Méduse tuée par Persée[40] ainsi que les chevaux promis à Héraclès — attache celle-là à un rocher pour la neutraliser[C 4].
L'histoire d'Hélène et celle d'Hésione sont très fortement liées ; on pourra aussi remarquer que, du côté des dieux, qui sont omniprésents dans la mythologie, les deux légendes prennent racine chacune dans une offense des Troyens à Héra : d'un côté, Héraclès intervient dans l'espoir des chevaux donnés en cadeau en compensation de l'enlèvement de Ganymède par Zeus, qui entrait alors en concurrence avec sa femme ; d'un autre côté, Pâris enlève Hélène parce qu'il a donné la pomme d'or à Aphrodite, et non à Héra, qu'il ne considérait donc pas comme la plus belle. Ainsi, Virgile écrit à propos de Junon :
« Au fond de son cœur vivent toujours le jugement de Pâris, le mépris injurieux accordé de sa beauté, une race odieuse, l'enlèvement et les honneurs de Ganymède »
— Virgile, Énéide[Én 18]
Par ailleurs, on retrouve en partie la structure évoquée plus haut pour l'histoire d'Achille et de Briséis : Agamemnon offre de rendre Briséis à Achille s'il accepte de retourner au combat[il 26], de même que Céphée offre Andromède à Persée s'il combat pour lui.
À partir de là, on peut faire interpréter la guerre de Troie comme un mythe cosmologique, comme cela a été fait, à propos de Persée, pour le meurtre de Méduse[N 5],[C 5] : un génie solaire — ici incarné par Persée, Héraclès et Pâris — libère l'Aurore — ici : Andromède, Hésione et Hélène — en combattant la Nuit, assimilée aux Enfers.
En effet dans la guerre de Troie, Éos, l'Aurore, intervient indirectement, puisqu'elle est éprise de Tithon[Én 19], un Troyen[N 6],[41], par qui elle est mère de Memnon[24], qui combat du côté des Troyens[Én 20]. De plus le nom d'Hélène, par son étymologie, se rapproche du Soleil[N 7],[C 6].
L’Iliade et l’Odyssée sont les plus anciens récits qui nous soient parvenus au sujet de la guerre de Troie — le récit de Darès de Phrygie était censé être plus ancien, mais la version qui nous est parvenue est sans aucun doute beaucoup plus récente[C 7]. Néanmoins, à l'époque archaïque, ce sujet était l'un des préférés des aèdes et des poètes. Les œuvres épiques qui y étaient consacrées étaient donc nombreuses. L'ensemble de ces œuvres est nommé le « Cycle troyen ».
Pendant la période classique et surtout alexandrine, le sujet resta à la mode. De nombreux mythographes comme Proclos dans sa Chrestomathie, le pseudo-Apollodore dans sa Bibliothèque, ou Hygin dans ses Fables rédigèrent des résumés ou des analyses des événements décrits dans l’Iliade. À l'époque tardive fleurirent aussi des suites et des contre-récits. Ces derniers avaient pour but de présenter les événements sous un angle différent de celui adopté par Homère. En fait, nombre des détails ou des traditions associés pour nous à tel ou tel héros ne sont pas présentes dans l'œuvre homérique, mais proviennent de versions alternatives[N 8].
Virgile conta également dans son Énéide le récit d'un des héros troyens, Énée, fils d'Aphrodite, qui suivit sans le savoir les traces d'Ulysse, pour aller fonder une nouvelle Troie, Rome. C'est notamment par cette épopée qu'on connaît en détail l'épisode de la prise de Troie[Én 21].
Enfin, au Moyen Âge, des auteurs s'efforcèrent de mettre à la portée du public cultivé le contenu des œuvres grecques.
Dans l'Antiquité, la guerre de Troie a inspiré aux tragédiens de nombreuses pièces. Ainsi Sophocle aurait écrit entre autres Le Rapt d'Hélène, Laocoon, Polyxène, Priam, mais nous n'avons conservé aucune de ces pièces[C 8]. D'Euripide, on a la chance d'avoir conservé, à propos de la guerre de Troie, plusieurs œuvres. Iphigénie à Aulis raconte le sacrifice d'Iphigénie. Hélène s'écarte de la version homérique en racontant comment Hélène s'est exilée en Égypte durant la guerre. Les Troyennes montre le devenir des femmes troyennes après la prise de leur cité, troisième volet d'une trilogie dont les deux autres ont été perdus. On peut voir dans sa forme linéaire, sans intrigue, un glissement du tragique théâtral à la réalité de la guerre[C 9].
L'influence de l’Iliade perdure pendant la Renaissance. En 1579, Robert Garnier compose la tragédie La Troade, qui évoque le sort des Troyennes après la prise de la ville, en rassemblant les sujets de plusieurs pièces d'Euripide et de Sénèque[42].
À l'époque classique, le thème est repris par Jean Racine, dans ses tragédies profanes Andromaque puis Iphigénie. Les contraintes qu'il s'impose sont les mêmes que celles des tragiques grecs, mais les thèmes mythologiques sont surtout pour lui l'occasion d'évoquer les passions des héros.
À partir du XIXe siècle, le thème de la guerre de Troie, thème de violence, devient une voie pour évoquer des sentiments profonds ou des sujets polémiques. Ainsi, dans sa Penthésilée[C 10], Heinrich von Kleist donne un récit du rôle de la reine des Amazones dans la guerre de Troie. C'est pour lui l'occasion d'évoquer les sentiments violents qui s'opposent chez la protagoniste à un ordre social contraignant et qui ne reconnaît pas l'amour. De même, dans sa célèbre pièce La guerre de Troie n'aura pas lieu[C 11], Jean Giraudoux raconte la guerre mais surtout évoque le cynisme du monde politique et défend le pacifisme.
Le peintre italien rococo Giambattista Tiepolo, parmi les fresques de la mythologie romaine qu'il peint en 1757 à la villa Valmarana, en a consacré plusieurs à des épisodes célèbres de l‘Iliade et de l‘Énéide. Son fils Giovanni Domenico Tiepolo reprendra ce thème vers 1760 avec deux tableaux consacrés au cheval de Troie, aujourd'hui exposés à la National Gallery[C 12].
Par ailleurs la guerre de Troie a bien sûr été abordée par le courant néoclassique dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Par exemple, Les Funérailles de Patrocle sont en 1779 pour Jacques-Louis David l'occasion de rendre hommage aux bas-reliefs antiques et aux maîtres de la Renaissance[C 13]. De même, Giuseppe Cades, s'inspirant du groupe du Laocoon, fait ressortir la grandeur tragique d'Achille dans son dessin Achille et Briséis[C 14].
Le célèbre groupe du Laocoon représente l'attaque du prêtre et de ses enfants par les serpents. Elle est célèbre pour son expressivité et sa beauté, au point que Pline l'Ancien écrit[43] : « il faut préférer [cette sculpture] à toute la peinture et toute la sculpture ».
En mars 1954, la comédie musicale américaine The Golden Apple s'inspire librement de l'intrigue des épopées d'Homère, transposées dans une semi-parodie qui se déroule dans l'État de Washington au début du XXe siècle.
En bande dessinée, l'auteur américain Eric Shanower a entrepris d'écrire et de dessiner une série, L'Âge de bronze, qui doit relater en dix volumes la totalité de la guerre de Troie[C 15] dans une version rationalisée des événements où les éléments surnaturels sont écartés au profit d'une réflexion sur la psychologie des personnages humains[C 16].
On pourra également citer Valérie Mangin qui dans la La Guerre des Dieux, troisième cycle des Chroniques de l'Antiquité galactique, relate les évènements de l’Iliade dans un premier tome, et ceux de l’Odyssée dans un deuxième. Aussi Valérie Mangin se rapproche plus de la version d'Homère, car elle présente la Guerre de Troie comme dirigée uniquement par les Dieux, les hommes n'étant que des marionnettes, objets des querelles divines[C 17].
Dans un registre tout autre, la bande-dessinée Alcibiade Didascaux, dans le tome L'extraordinaire aventure d'Alcibiade Didascaux, illustre de nombreux mythes grecs fondamentaux, dont ceux relatifs à la Guerre de Troie, apportant une vision légèrement humoristique des faits[C 18].
Le point le plus notable dans les adaptations cinématographiques de la Guerre de Troie est que parmi toutes les versions[C 19], seule une adopte le point de vue du texte homérique, L'ira di Achille[C 20], aucune celui des Achéens dans leur ensemble (les films délaissent souvent le personnage d'Achille pour se focaliser majoritairement sur celui d'Hélène), une fois sur celui d'Énée[C 21], et parfois celui de tous les Troyens.
Ainsi les adaptations se détournent de l'Iliade, qui a pour sous-titre La Colère d'Achille, montrant bien la focalisation sur le personnage d'Achille, qui est la cause réelle de toutes les fluctuations de la guerre : en effet Zeus fait gagner les Troyens pour obliger Achille à se battre, puis le fait vaincre, tout cela car Thétis le lui a demandé[il 27]. Cependant Achille est principalement occupé de questions d'honneur et de gloire, et est d'une cruauté terrible lors de la mort d'Hector, ce que l'on ne trouve plus héroïque ni glorieux de nos jours, c'est probablement pour cette raison que le personnage fut délaissé.
De plus les personnages Troyens montrent plus d'humanité. On se souvient par exemple des adieux d'Hector et Andromaque, leur tendresse pour leur fils[il 28], dont l'aspect romanesque fut accentué par Racine dans Andromaque[44]. On peut citer également les amours d'Hélène et Pâris, pendant que Ménélas joue le rôle ingrat de mari jaloux, et Agamemnon d'assassin de sa propre fille. Ainsi on comprend aisément pourquoi le changement de valeurs opéré durant les trois millénaires nous séparant d'Homère a inversé la vision que l'on avait de la Guerre de Troie, donnant le mauvais rôle aux grecs.
Optant pour une vision intermédiaire, beaucoup de cinéastes choisirent Hélène comme centre du film. Cela dénote un changement radical de valeurs, car à l'époque d'Homère, Hélène est seulement, si l'on s'autorise un terme anachronique, le MacGuffin de la guerre de Troie, et on voit dans l'Iliade la vision des femmes comme des objets que l'on s'échange — par exemple, une femme habile à mille travaux vaut quatre boeufs[il 29]. Ainsi, de nos jours, on préférera mettre en scène le personnage d'Hélène, car il permet de montrer son enlèvement comme la cause de guerre [C 22], ses démêlés amoureux avec Pâris[C 23], son intégration dans la ville de Troie[C 24], son retour en Grèce[C 25], ou bien encore d'alimenter l'imagination des réalisateurs de films pornographiques[C 26].
Thucydide pensait lui que l’importance qu’Homère avait accordé au conflit était exagérée ; il écrit :
« la guerre de Troie elle-même, la plus célèbre des expéditions d'autrefois, apparaît en réalité inférieure à ce qu'on en a dit et à la renommée qui lui a été faite par les poètes »
— Thucydide, Guerre du Péloponnèse[45]
Dans le même état d'esprit, Hérodote dénonce l'invraisemblance du récit homérique :
« Si cette princesse[N 9] eût été à Troie, on l'aurait sûrement rendue aux Grecs, soit qu'Alexandre y eût consenti ; soit qu'il s'y fût opposé. Priam et les princes de la famille royale n'étaient pas assez dépourvus de sens pour s'exposer à périr, eux, leurs enfants et leur ville, afin de conserver à Alexandre la possession d'Hélène. Supposons même qu'ils eussent été dans ces sentiments au commencement de la guerre, du moins, lorsqu'ils virent qu'il périssait tant de Troyens toutes les fois qu'on en venait aux mains avec les Grecs, et qu'en différents combats il en avait déjà coûté la vie à deux ou trois des enfants de Priam, ou même à un plus grand nombre, s'il faut en croire les poètes épiques ; quand Priam aurait été lui-même épris d'Hélène, je pense qu'il n'aurait pas balancé à la rendre aux Grecs, pour se délivrer de tant de maux. »
— Hérodote, Histoires[46]
Pausanias, pour sa part, sans donner son avis sur la guerre tout entière, donne une version plus rationnelle de l'épisode du cheval de Troie, considérant ce dernier comme une machine utilisée pour enfoncer les murs de la cité :
« À moins de croire les Phrygiens absolument dépourvus de bon sens, on sera convaincu que ce cheval était une machine de guerre inventée par Épéus pour renverser les murs de Troie. »
— Pausanias, Description de la Grèce[47]
Ainsi, bien que pour la plupart les Grecs ne nient pas que la guerre de Troie ait eu lieu, ils ont un certain recul par rapport aux récits qui en ont été faits.
Étant donné l'incertitude qui règne autour de la réalité de cet épisode, il est évident que toute datation revêt un caractère hasardeux. De nombreuses dates ont été proposées depuis l'Antiquité, toutes situées aux alentours du XIIe siècle av. J.-C.
La tradition historiographique grecque propose les dates suivantes[C 27].
| Période | Œuvre |
|---|---|
| 1344 | Douris de Samos[48] |
| Timée de Tauroménion[49] | |
| 1300-1290 | Érétès[50] |
| 1280-1270 | Vie d'Homère[51] |
| Hérodote[N 10] | |
| 1222-1212 | Dicéarque[52] |
| 1218-1208 | Hellanicos[53] |
| Éphore de Cumes[54] | |
| Chronique de Paros[55] | |
| 1210-1200 | Hécatée[Qui ?][Où ?] et Thucydide[Où ?] |
| 1208-1198 | Manéton[Où ?], Julien l'Africain[Où ?] |
| 1202-1192 | Timée de Tauroménion[56] |
| 1200-1190 | Velleius Paterculus[57] |
| 1194-1184 | Ératosthène[58] |
| Apollodore d'Athènes[59] | |
| Diodore de Sicile[60] | |
| Castor de Rhodes[61] | |
| Denys d'Halicarnasse[62] | |
| Eusèbe de Césarée[63] | |
| Orose[64] | |
| 1192-1182 | Girolamos[65] |
| 1182-1172 | Sosibios de Laconie[66] |
| 1160-1150 | Artémon de Clazomènes[67] |
| Démocrite[68] |
On observe que l'intervalle le plus populaire parmi ces auteurs est situé entre 1194 et 1184 av. J.-C.
La découverte en 1870 par l’archéologue et homme d'affaires Heinrich Schliemann des ruines de Troie sur la butte d’Hissarlik, en Turquie, a relancé un vieux débat sur l’historicité des évènements relatés par Homère. On ignore toujours à l'heure actuelle si la guerre de Troie a bien eu lieu. Carl Blegen concluait en 1963, à la suite de ses travaux réalisés à partir des fouilles de Schliemann et la découverte du trésor de Priam[C 28] :
« La guerre de Troie fut un fait historique, et pendant cette guerre une coalition d'Achéens ou Mycéniens, sous la conduite d'un roi dont la suzeraineté était reconnue, combattit contre le peuple de Troie et ses alliés. »
Cependant, il fut attesté que le trésor en question datait du deuxième millénaire avant Jésus Christ, et qu'il ne pouvait donc pas être associé à l'épisode du siège de Troie[C 29]. Malgré tout d'autres indices persistent. Par exemple, il est question d'un casque dans l'Iliade :
« Et Mèrionès donna à Odysseus un arc, un carquois et une épée. Et le Laertiade mit sur sa tête un casque fait de peau, fortement lié, en dedans, de courroies, que les dents blanches d’un sanglier hérissaient de toutes parts au dehors, et couvert de poils au milieu[il 30]. »
— Homère, Iliade
Et ce même casque a été retrouvé dans les édifices funéraires d'Argolide, d'Attique ou de Messénie, sous la forme de plaques incurvées taillées dans des dents de sanglier, et est mentionné dans les inventaires des palais de Pylos et de Cnossos[C 30].
Pour Claude Mossé, on ne pourra jamais prouver avec certitude l'existence ou non du conflit ; elle écrit [C 31]:
« Cette guerre dont l'Iliade porte l'écho amplifié ne fut peut-être dans l'histoire qu'un événement mineur : la prise par une petite bande de Grecs d'une bourgade d'Asie Mineure. »
La question est donc discutée. On pourra conclure en disant que si le caractère mythique de l'épisode de la guerre de Troie ne fait évidemment aucun doute, des travaux archéologiques récents livrent des indices indiquant qu'il repose très probablement sur un ou plusieurs événements historiques[C 32],[C 33],[C 34],[C 35],[C 36].
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