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Dictionnaire de la langue française
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| Linéaire A | |
|---|---|
![]() Écritures en linéaire A sur des tablettes trouvées à Akrotiri (Santorin). |
|
| Caractéristiques | |
| Type | Non déchiffré (probablement syllabique et logographique) |
| Langue(s) | « Minoen » (inconnu) |
| Direction | Généralement de gauche à droite, parfois de droite à gauche |
| Historique | |
| Époque | 2000 à 1200 av. J.-C. |
| Système(s) dérivé(s) | Probablement linéaire B et chypro-minoen |
| Codage | |
| ISO 15924 | Lina |
Le linéaire A est une écriture, encore non déchiffrée, qui fut utilisée dans la Crète ancienne. Cette écriture était composée de quatre-vingt-cinq signes et idéogrammes. On suppose qu'il transcrit le langage des Minoens. C'est Arthur Evans au début du XXe siècle qui découvrit en Crète les vestiges de cette écriture, ainsi que d'autres écritures anciennes. Pour les différencier, il les dénomma hiéroglyphique A, hiéroglyphique B, linéaire A et linéaire B, selon leur apparence et leur ancienneté. Le site d'Haghia Triada, dans la Messara (sud de la Crète), a fourni le plus de tablettes d'argile incisées en linéaire A.
Deux écritures sont manifestement dérivées du linéaire A : le linéaire B, utilisée en Crète et en Grèce, qui a été déchiffré dans les années 1950 et qui transcrit un dialecte grec et le syllabaire chypro-minoen ou linéaire C, en usage à Chypre, non déchiffré comme le linéaire A, lequel aurait donné le syllabaire chypriote (en), qui est, lui, parfaitement lisible et note une langue grecque.
Le linéaire A remonte à l'époque minoenne, une période et une civilisation de la Crète antérieure aux invasions grecques, vers -2000 à -1450. Il est encore utilisé à la même époque que le linéaire B, mais ponctuellement sur d'autres sites notamment dans le sud de la Crète.
Il est généralement écrit de gauche à droite, bien que certaines inscriptions le soient dans le sens opposé.
Sommaire |
L'écriture appelée conventionnellement linéaire A apparaît en Crète à l'époque des premiers palais minoens, au Minoen Moyen II (entre 1900 et 1800, ou entre 1800 et 1700 av. J.-C.[N 1]). Elle reste utilisée par l'administration palatiale minoenne pendant toute la période des seconds palais, jusqu'au Minoen Récent IB (aux alentours de 1550-1500 av. J.-C.), voire peut-être jusqu'au Minoen Récent II (aux alentours de 1450-1400 av. J.-C.)[1].
Les premiers documents en linéaire A, les documents datant de l'époque des premiers palais, viennent tous du palais de Phaistos. Ils sont plus anciens que les premiers documents attestés en hiéroglyphique crétois[2]. La période des seconds palais crétois est l'Âge d'or du linéaire A : c'est de cette époque que datent l'immense majorité des documents conservés, et c'est à cette époque que l'extension de l'aire de dispersion des documents est maximale. On a trouvé des documents inscrits en linéaire A en Crète, mais aussi dans les Cyclades, à Cythère et en Laconie.
Contrairement aux documents en linéaire B, les documents en linéaire A ne proviennent pas uniquement des centres palatiaux : ils peuvent provenir palais comme Cnossos ou Phaistos, de centres urbains comme Tylissos, ou de sanctuaires comme Kato Symi. La diversité des contextes d'où ils proviennent fait écho à la diversité des types de documents attestés, puisque le linéaire A a servi à noter aussi bien des documents administratifs que des documents non administratifs, dont certains ont un caractère manifestement religieux. C'est là une autre grande différence avec le linéaire B.
Le linéaire A cesse d'être utilisé quand l'administration mycénienne de Cnossos supplante les administrations des palais minoens, au MR II. Seule une inscription en linéaire A incinsée sur un vase de Cnossos, KN Zb 10, pourrait dater de cette époque.
L'écriture est redécouverte au début du XXè siècle de notre ère, lors des fouilles de Cnossos menées par Sir Arthur Evans. Ce dernier réussit à isoler le linéaire A des deux autres écritures crétoises avec lesquelles elle a été trouvée, à savoir le linéaire B et le hiéroglyphique crétois. Aujourd'hui, le nombre d'inscriptions en linéaire A est de l'ordre de 1500. Les tentatives de déchiffrement sont restées infructueuses.
L'une des premières tentatives, après le succès du déchiffrement du linéaire B, fut de conserver les valeurs phonétiques du linéaire B et de l'appliquer à son prédécesseur.
Malheureusement, les tablettes restèrent incompréhensibles, et les quelques mots dont le sens pouvait être déduit du contexte ne correspondaient pas à des mots grecs. Si la valeur phonétique du linéaire A est la même que le linéaire B, le langage transcrit n'est pas du grec ; aucun parallèle n'a pu être fait non plus avec des langues sémitiques.
Les autres travaux réalisés, essentiellement statistique, ont donné naissance à quelques hypothèses :
Néanmoins ces éléments restent pour l'instant des hypothèses.
Les travaux plus récents[Quand ?] d'un chercheur français, Hubert La Marle, ont développé des méthodes différentes mais convergentes de déchiffrement, fondées à la fois sur l'épigraphie comparée des écritures est-méditerranéennes de l'âge du bronze et sur les fréquences des signes courants, et ont abouti à dégager les fondements d'une langue se rattachant à la branche indo-iranienne de l'indo-européen. Selon cette interprétation, on aurait donc affaire non pas à une langue agglutinante mais bien à une langue flexionnelle de type indo-européen, comme du reste cela avait déjà été supposé par les chercheurs de l'école italienne dès la fin des années 1940. Dans leur principe, les désinences n'auraient finalement pas été si différentes de celles du linéaire B, quoiqu'il ne s'agisse pas, dans le détail, de terminaisons de type grec. H. La Marle a présenté le résultat de ses travaux lors de conférences données à la Faculté d'histoire et d'archéologie de l'Université de Crète (Réthymnon) et dans diverses rencontres internationales.
Le linéaire A demeure indéchiffré à ce jour en raison de la brièveté des inscriptions retrouvées, qui semblent être essentiellement des bordereaux administratifs, et surtout de l’ignorance dans laquelle nous sommes quant à la langue retranscrite par ces textes. Les inscriptions connues en linéaire A totalisent en effet quelque huit mille signes, alors qu’il en faudrait au moins le triple pour pouvoir mener des investigations sérieuses ; à titre de comparaison, le linéaire B a été déchiffré par Ventris à partir d’un corpus de trente mille signes. Des résultats intéressants ont néanmoins été obtenus en se fondant sur la permanence de certains signes du linéaire A en linéaire B, lequel fut employé couramment à Chypre à côté de l’alphabet grec jusqu’à l’époque classique et dont nous connaissons donc parfaitement la valeur phonétique des signes. Cette méthode doit cependant être maniée avec prudence, car il n’est pas obligatoire que des signes similaires aient la même valeur dans les deux linéaires, comme l’illustre la comparaison des alphabets latin et cyrillique, qui partagent les signes В, С, Х et У tout en leur attribuant des valeurs différentes.
La valeur totale des listes de biens énumérés dans les tablettes semble ainsi introduite par le terme KU-RO, qui pourrait donc signifier « total, cumul, ensemble », qu’on pourrait éventuellement rapprocher de l’étrusque churu avec un sens similaire, ou encore de la racine proto-indo-européenne *kwol par métathèse, voire du sémitique *kwl ; ce terme n’a rien à voir avec son équivalent en linéaire B (to-so), ce qui corrobore l’idée que la langue transcrite par le linéaire A est fondamentalement différente de celle transcrite par le linéaire B. On repère aussi les signes MA+RU avec une ligature, qui signifiait la laine, et qui évoque le grec classique ὁ μαλλός « la laine » et τὸ μῆλον « la chèvre, le mouton » ; une assonance étonnante de ce vocable minoen MA+RU a été relevée avec le sumérien bar-LU dont le sens précis était « assemblage des meilleures laines » et comprenait le logogramme sumérien bar qui avait le sens de « toison » (il est vrai que ce signe polysémique signifiait également « extérieur », « entrailles », « étranger », « ouvrir », etc.). Une autre ligature entre les signes RU+YA avec le sens de « grenade » (un fruit consacré à la grande déesse minoenne, comme le pavot, et dont les graines jouaient un rôle particulier, à l’instar du mythe de Perséphone) évoque le grec classique ἡ ῥοιά « le grenadier, la grenade ».
Les tablettes rédigées en linéaire A sont bien moins soignées que leurs équivalents ultérieurs en linéaire B. Elles sont plus petites, et les lignes d’écriture ne sont pas séparées par des lignes horizontales. Leur contenu n’est pas non plus classé par entrées marquant chaque fois le début d’une nouvelle ligne, mais au contraire il est d’usage de couper les mots et de disposer le résultat des opérations là où il y a de la place, de l’autre côté de la tablette si nécessaire. C’est ce qui rend l’analyse des tablettes en linéaire A si difficile par rapport à celles en linéaire B.
Si le linéaire A est essentiellement écrit sur des tablettes, on en trouve également gravé sur des objets votifs, avec un sens clairement moins utilitaire mais au contraire à caractère peut-être religieux. Une séquence de signes se retrouve fréquemment, avec quelques variantes, dans de telles inscriptions : A-SA-SA-RA, également YA-SA-SA-RA-ME, dont on ignore si c’est un titre, un dieu, voire une prière.
Ouvrage édité par W. C. Brice d'après les notes d'Arthur Evans et de Sir John Myres.
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