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Dictionnaire de la langue française
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Nabta Playa est un site désertique situé à l'ouest d'Abou Simbel qui fut occupé à partir du IXe millénaire avant notre ère par une population préhistorique venant probablement de la vallée du Nil toute proche. L'étude de leur histoire, encore mal connue, génère actuellement beaucoup de retombées historiques et scientifiques[1].
Sommaire |
Ce site préhistorique est situé au sud de l'Égypte (en Haute-Égypte, à 100 km à l’ouest d’Abou Simbel), avec pour position approximative : latitude 22° 32' 00" Nord ; longitude 30° 42' 00" Est. Ce site qui occupe une dépression située en plein désert de Nubie (partie orientale du Sahara) semble avoir été actif du IXe au Ier millénaire avant notre ère. Ce site se trouvait sur l'ancienne piste caravanière qui reliait Abou Simbel à Bir Kiseiba[2] et au-delà.
Ce site, bien conservé par les conditions désertiques du climat, offre un grand intérêt pour plusieurs disciplines : anthropologie, archéologie, préhistoire, égyptologie, agriculture, etc.
Sur ce site a été découvert, outre des silex et poteries, un important champ mégalithique vieux de 6000 à 6500 ans, soit 1000 ans de plus que Stonehenge (Wiltshire, Angleterre), lequel est contemporain avec le cercle de Goseck en Allemagne. Il s'agit d'un ensemble de monuments à vocation astronomique.
Le climat passé de cette région nous donne la clef de l'implantation de cette curieuse population préhistorique. Alors qu'aujourd'hui, le désert occidental égyptien est tout-à-fait aride, ce n'était pas le cas dans le passé. Certains éléments nous donnent à penser qu'il y eut plusieurs épisodes humides dans le passé (jusqu'à 500 mm de pluie annuelle), la période la plus récente se situant au cours de la dernière période interglaciaire et glaciaire (glaciation), soit entre 130 000 et 70 000 ans avant notre ère. À ce moment, on rencontrait dans cette région une savane qui abritait une faune très nombreuse telle que des bisons et de grandes girafes, ou encore certaines variétés d'antilopes et de gazelles.
Cette période fut suivie d'une autre hyperaride jusqu'au Xe millénaire environ, lorsque les pluies d'Afrique tropicale commencèrent à remonter vers le nord. Une estimation de 50-100 mm de pluie annuelle a été avancée. On vit alors réapparaître une steppe semi-aride, composée d'herbe sahélienne, d'arbres et de buissons. L'eau s'accumula dans certaines dépressions, formant des lacs temporaires, principalement au pied des montagnes. Nabta Playa fut une de ces régions qui vit une population progressivement s'établir entre -10 000 et -7000 ans.
Fred Wendorf et Romuald Schild ont déterminé que ces êtres humains furent présents pendant plus de 5000 ans, jusqu'à - 2500 ans environ. Toutefois, la majorité de l'implantation s'est faite entre -4500 et -2500.
Ces nomades, suivant les zones pluvieuses, ont emmené leurs troupeaux paître sur ces herbes nouvelles. D'où venaient-elles ? Les chercheurs pensent qu'elles avaient pour origine la vallée du Nil, près d'Abou Simbel, ou de Ouadi Halfa, ou encore la moyenne vallée du Nil, au nord du Soudan. Ils établirent des camps qui ne furent habités qu'une partie de l'année. Aux environs de -6000, un changement intervint lorsque ces peuplades se mirent à creuser des puits ce qui permit aux populations d'y séjourner toute l'année et notamment pendant la saison sèche (hiver).
Les établissements s'agrandirent également, certains des plus grands comptant jusqu'à dix-huit ou vingt tentes rondes ou ovales. Après une autre période très sèche (-4700 à -4500 ans), le retour de la pluie ramena de nouvelles populations qualifiées de néolithiques anciennes. Des évidences très fortes semblent indiquer que ces nouvelles populations avaient un système social qui impliquait un niveau d'organisation pas encore rencontré jusqu'alors en Égypte.
Ce monument cérémoniel, même s'il n'est pas très grand (environ 4 mètres de diamètre - voir photo), est vraiment très impressionnant. Il consiste en une série de tronçons de pierres en grès arrangées en un cercle. Sur le cercle, on voit un groupe de quatre couples de pierres plus grandes, formant des « portes ». À l'intérieur du cercle, on a trouvé trois autres couples de pierres disposées en ligne. Ces rangées, aussi bien sur que dans le cercle, dessinent deux lignes de vues, orientées l'une nord-sud et l'autre 70° nord-est. Cette ligne vise la position calculée du lever du soleil au solstice d'été, au moment où le calendrier a été construit (voir calcul de Malville) ; cette position correspond au début de la saison des pluies dans le désert.
L'âge exact du cercle n'est pas connu ; toutefois une mesure au carbone 14 indique une date aux alentours de -4900. À noter certaines analogies avec Stonehenge en Grande-Bretagne, bien que le calendrier de Nabta Playa soit de 1000 ans plus ancien.
En plus de plusieurs lieux d'habitations retrouvés à Nabta Playa, on trouve un certain nombre d'artefacts d'architecture inhabituelle. Vu le grand nombre de mégalithes présents en cet endroit, on pense que ce lieu pourrait être un centre cérémoniel régional. Trois structures, en dehors du calendrier déjà analysé, se dégagent :
Comme la population de Nabta Playa devait retourner vers la vallée du Nil, lors de la saison sèche, et vu le caractère hautement social de ce groupe, on peut se poser la question s'il n'est pas à l'origine de la civilisation pré-dynastique et des premières dynasties de pharaons. La question reste ouverte.
Wendorf rapporte lors de la découverte du site en 1973 :
« Le site a été découvert par un groupe de scientifiques que je dirigeais alors que j'étais professeur d'anthropologie à la Southern Methodist University du Texas. L'équipe avait fait un arrêt après un trajet éprouvant en passant la frontière libyenne en direction du Nil. Chacun s'occupait de ses petites affaires, lorsque nous vîmes des tessons de poterie et divers autres artefacts. »
Pendant plusieurs années, Fred Wendorf et son collègue Romuald Schild retournèrent à Nabta Playa, notamment pour prendre les premières photographies des lieux.
Au début des années 2000, plusieurs archéologues, passant le long du site, remarquèrent que ces lieux n'étaient en rien protégés, ni par une clôture ni au moins par des panneaux. Après les événements de 1997 à Deir el-Bahari en Égypte, les touristes recommencèrent à circuler dans le désert du sud, surtout depuis l'ouverture de la nouvelle route vers Uweinat; certains groupes se sont arrêtés à cet endroit, mettant en danger ces fragiles monuments. L'« Expédition Combinée Préhistorique » fut contactée pour avoir un avis sur la protection du site, et après avoir appris que l'on pourrait « démonter » certaines parties, Robert Bauval, auteurs de plusieurs livres sur l'histoire alternative de l'Égypte entama une campagne auprès de l'UNESCO et des autorités égyptiennes.
Romuald Schild, directeur de l'expédition de 1999 à 2007, et le Conseil suprême des antiquités égyptiennes décidèrent alors qu'une action immédiate et drastique était nécessaire, en particulier pour le calendrier. Tout le monument fut démonté et amené au musée de la Nubie à Assouan.
Romuald Schild nous décrit l'opération de sauvetage :
« La réinterprétation de nos découvertes par MM. T. Brophy (astrophysicien) et R. Bauval en 2002 amena à Nabta Playa des groupes de touristes venus illégalement sur le site pour exercer leur religion du « Nouvel Âge ». Ces groupes de touristes commencèrent la destruction systématique et massive des monuments, notamment en reconstruisant le calendrier sur des bases non scientifiques. Il était impossible au Conseil suprême des Antiquités de maintenir sur place une garde permanente dans cette partie totalement désertique de l'Égypte. Le calendrier et une série de mégalithes furent enlevés le 18 février 2008 en ma présence, de même qu'en la présence de membres de l'expédition et d'un Comité spécial des Antiquités dirigé par M. Atia Radwan, sous-secrétaire d'État de la Haute Égypte. Le démontage a été entièrement filmé et photographié. Les antiquités furent chargées sur un camion et transportées sous escorte policière au musée de la Nubie. Le Dr. Osama Abdel Meguid, directeur du musée d'Assouan, a décidé de réédifier les pierres dans le jardin du musée, où on peut retrouver aujourd'hui la structure du calendrier et certains mégalithes. »
Le monument sur le site fut remplacé par une réplique qui marque la position originale du calendrier.
Toutes les pierres furent inventoriées au moment de leur arrivée au musée; une nouvelle analyse du calendrier a montré qu'il n'y avait pas trois mais bien cinq paires de pierres dans le centre du cercle. C'est ce nombre que l'on voit aujourd'hui dans la reconstruction faite au musée.
C'est également sur ce site que les chercheurs américains de l'équipe de Fred Wendorf ont pu mettre en évidence un stockage intensif de sorgho sauvage (sorghum bicolor). Ce qui pourrait traduire une forme possible de proto-agriculture.
Fred Wendorf note, à cette époque, une forte poussée démographique dans la moyenne vallée du Nil. Il relève que « le processus de domestication des bovins au Sahara oriental sur les sites de Nabta Playa et de Bir Kiseiba peut être daté de -10 000 à -9000. Il serait donc légèrement plus ancien que celui retrouvé en Eurasie ».
En fait, le processus de domestication attesté dans la vallée du Nil, 1000 ans plus tôt, aurait lentement gagné la Basse Nubie, au cours du IXe millénaire.
Rapide pour quelques espèces, le sorgho et les bovins sauvages par exemple, la domestication de dizaines d'autres plantes et animaux connus des pharaons (dont le mouton), se serait accomplie de façon beaucoup plus lente et progressive.
Les similitudes entre les poteries nubiennes de Nabta Playa et celles de Khartoum (poterie rouge à bord noir décorée en ondulés) traduisent l'arrivée au Sahara, d'hommes vivant de l'exploitation des cours d'eau et provenant du moyen Nil. En plein désert, la pêche n'est évidemment pas possible ; la perte de cette ressource traditionnelle qu'elle constitue (et accessoirement la chasse au gibier d'eau) a dû favoriser, sinon susciter l'appropriation d'espèces alimentaires les plus facilement accessibles.
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