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Pieter Bruegel l'Ancien

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Pieter Bruegel l'Ancien
Autoportrait.
Naissancevers 1525
Breda (?)
Décès9 septembre 1569
Bruxelles
Activité(s)Artiste-peintre
Influencé parJérôme Bosch

Pieter Bruegel l'Ancien (Brueghel, près de Breda, v. 1525 - Bruxelles, 1569) est un peintre flamand.

Sommaire

Biographie

La biographie de Pieter Bruegel l'ancien est extrêmement lacunaire et en l’absence de sources écrites, les historiens en sont souvent réduits aux hypothèses[1].

On sait que Bruegel est mort en 1569, « medio aetatis flore » (dans la fleur de l'âge) donc entre 35 et 45 ans. Il pourrait être né entre 1525 et 1530, ce qui en fait un contemporain de Philippe II d'Espagne.

Selon Carel van Mander[2] (Vide supra : « Fortune Critique ») il serait né près de Breda mais les historiens modernes soupçonnent une confusion possible entre Breda, ville du Brabant septentrional, sur le territoire hollandais et l'actuelle Bree (ou Breede, Brida ou Breda en latin) dans le Limbourg (Belgique) campinois.

La première date connue avec certitude est 1551, lorsque le nom de Peeter Brueghels apparaît dans les liggeren (registres) de la Guilde de Saint-Luc à Anvers où il a été reçu comme maître. Habituellement, on était accepté à la Guilde entre 21 et 25 ans, ce qui pourrait fixer l'année de sa naissance entre 1525 et 1530 [3]. Une autre hypothèse suggère que le fait de s'inscrire à la Guilde sous le nom de Brueghels - avec s - signifierait qu'il n'est pas natif d'un village mais qu'il s'agit du patronyme Brueghel (fils de) [4].Toujours selon Carel van Mander[2], il fut l'élève de Pieter Coecke van Aelst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fit un voyage en Italie, poussant jusqu'à Rome où il est possible qu'il ait travaillé avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d'Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple.

Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l'éditeur Jérôme Cock, réalisant des dessins préliminaires pour des séries d'estampes. À partir de 1559, il simplifie son patronyme, signant ses œuvres Bruegel au lieu de Brueghel.À Anvers, il fréquente un cercle d'artistes et d'érudits humanistes notamment le mécène Nicolas Jonghelinck qui possédait seize de ses œuvres. On sait qu'il fut l'ami d'Abraham Ortelius qui écrivit quelques lignes émouvantes à sa mémoire[5]. Mais sa vie sociale déborde largement de ce milieu intellectuel. Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme « parent ou compatriote » des époux[2].

En 1562 il s'installe à Bruxelles (où l'on peut toujours voir sa maison de la rue Haute) et c'est à l'église Notre-Dame de la Chapelle qu'il épouse en 1563 "Mayken cocks" (sic), fille de son maître Pieter Coecke van Aelst.

En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Bruegel le Jeune, dit Bruegel d'Enfer. La situation politique et religieuse en Flandres se dégrade. En 1567 le Duc d'Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c'est l'année même de l'exécution des comtes d'Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan, dit Bruegel de Velours. Il semble certain que Bruegel l'Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres.

Il meurt en 1569 et est enseveli à Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles.

On ignore tout de la personnalité du peintre, en dehors de ces quelques lignes de van Mander :

« C'était un homme tranquille, sage, et discret ; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries. » Van Mander va narrer quelques anecdotes, plutôt fantaisistes, - comme ses intrusions dans les mariages avec son ami Hans Frankaert, joaillier à Anvers, prétendant faire partie de l'une ou l'autre famille - mais ne va pas être suffisamment précis pour que l'on puisse en tirer des conclusions.

On retrouve son effigie dans Les effigies des peintres célèbres des Pays-Bas de Dominique Lampson. Ce portrait du peintre, attribué au graveur Jean Wierix, est publié avec un poème de Lampsonius en 1572.

Sa descendance

 
 
 
Pieter Bruegel l'Ancien
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pieter Bruegel le Jeune
 
Jan Bruegel l'Ancien
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jan Bruegel le Jeune
 
Anna Bruegel
 
David Teniers le jeune
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Abraham Bruegel

L'art de Bruegel

La peinture

Étude critique

Fichier:Pieter Bruegel I-Fall of rebel Angels IMG 1446.JPG
Détail : La Chute des anges rebelles, 1562, Bruxelles

La peinture de Bruegel est généralement présentée en trois périodes : les premières compositions qui fourmillent de personnages pris sur le vif ; le cycle des Mois qui raconte la marche du monde selon les lois de la Nature et les derniers tableaux où quelques grands personnages se détachent d'un paysage qui n'est plus qu'un fond.

Le peintre est en rupture avec ses prédécesseurs ou avec le goût italien de ce XVIe siècle. En faisant la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance, il dépasse l'art des Primitifs flamands et s'affranchit de celui des Italiens; l'unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les « genres mineurs » en font un artiste inclassable dans l'histoire de l'art.Certains historiens se sont attachés à établir un lien entre Jérôme Bosch et Bruegel, unis par une tradition figurative. Bosch représente la fin du Moyen Âge, il est le dernier « primitif » et Bruegel commence un nouveau siècle, une ère moderne qui s'ouvre à la découverte de l'homme et du monde.
Cependant, l'œuvre de Bosch veut inspirer une terreur dévote, totalement absente de celle de Bruegel. Pour l'un, le monde n'est qu'un « rêve de Dieu » ou une tromperie du Diable ; la Nature est une tentation nuisible. Pour l'autre, l'action humaine prend au contraire toute sa valeur : joies ou défis au destin, l'homme doit tenter l'aventure malgré les menaces.

Contrairement aux peintres de la Renaissance, Bruegel n'a pas représenté de nu et ne s'est que fort peu intéressé au portrait. Ses personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu'ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l'histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée dans une vision objective. Les têtes s'alignent et l'on sent l'artiste sensible aux émotions et aux faiblesses.

La tour de Babel, Vienne

Même les scènes bibliques de Bruegel se situent pour la plupart dans un village et la description de la place publique qui fourmille de monde prend plus de place que le thème (voir le Dénombrement de Bethléem). Au XVIe siècle, en effet, la rue et la place étaient des lieux de rendez-vous et de divertissements : jeux d'hiver, carnaval, procession et kermesse, danses ou rites campagnards, tout était prétexte aux réjouissances et le peintre a su raconter ces rassemblements que Philippe II, d'ailleurs, voudra interdire.

Pour les stoïciens, le monde est une construction bien ordonnée dans laquelle l'homme occupe une place précise et accepte son destin. Cette conception s'exprime dans la série Les Mois qui montre l’union profonde des êtres vivants soumis aux cycles naturels. En revanche, dans d'autres toiles, Bruegel semble craindre l'orgueil et la rébellion de l'homme contre l'ordre de la création (c'est Nemrod et sa folle entreprise, Icare et son rêve ou encore la punition des Anges rebelles). La joie peut cohabiter avec le danger si l'homme se soumet à la fatalité et s'intègre dans la symphonie des éléments naturels.

L'Œuvre peint

Sont répertoriés aujourd'hui une cinquantaine de tableaux comme étant de sa main, dont le tiers se trouve au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Un grand nombre d'œuvres ont été perdues, et certains tableaux jadis attribués à Bruegel l'Ancien se sont avérés être des copies plus tardives réalisées par ses fils.

1. - Retable de Saint-Bavon, à Malines,

  • Huile sur Bois, Deux volets extérieurs en grisailles
  • Œuvre perdue exécutée en collaboration avec Pieter Balten et sous la direction de Claude Dorizi, commandité par la corporation des gantiers de Malines.

2. - Le Christ et les apôtres au lac de Tibériade,

  • Huile sur Bois, 1553.
  • Collection privée.
  • En collaboration avec Maarten de Vos.
La Tentation de Saint-Antoine, 1557

3. - La Tentation de Saint-Antoine, 1557, National Gallery of Art, Washington (D.C.)

  • Huile sur Bois,
  • Les sources mentionnent les combats aériens et les épreuves nocturnes affrontés par Saint-Antoine. La tentation de l'ermite a de tout temps inspiré aux peintres des paysages d'une grande diversité. Avec cette représentation d'une hutte au milieu d'une sombre forêt ainsi que d'une forteresse incendiée, Bruegel se rapproche d'une évocation des enfers.
Paysage fluvial avec la parabole du semeur, 1557

4. - Paysage fluvial avec la parabole du semeur

  • Huile sur Bois,70,2 x 102 cm , 1557,
  • Timken Museum of Art, San Diego
  • La représentation des paraboles du Christ fait son apparition au XVIe. Auparavant, on peignait presque exclusivement des épisodes de sa vie. Quand il désirait prêcher, Jésus se trouvait confronté à une assistance si nombreuse qu'il se servait comme d'une chaire posée sur l'eau. Pourtant en l'état actuel du tableau, c'est en vain que l'on recherchera dans les embarcations représentées. Son personnage pourrait avoir disparu à la suite d'une restauration qui a gravement affecté toute la partie supérieure de l'œuvre. la parabole a ici pour sujet le grain et le caractère incertain de la récolte : selon le bon vouloir de Dieu, il peut soit tomber sur la roche, soit sur le chemin, avant de trouver un sol fertile. Du côté gauche un paysan ceint d'un tablier de semeur traverse son champ ombragé. La présence devant sa chaumière de la roue brisée de la fortune ne doit rien au hasard. À l'arrière-plan, du côté droit, c'est au contraire une bonne récolte qui attend un autre paysan, même s'il reste avec ostentation assis paresseusement au bord de son champ. Évoquant la parole de Dieu, qui, à l'image du grain ne porte pas toujours ses fruits, la parabole engage le croyant à la patience.

5. - La Chute d'Icare,

  • Huile sur Bois, ,circa 1558,
  • Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles.
  • Ce paysage insulaire avec un laboureur, un pêcheur, un berger et Icare tombant du ciel, est le seul tableau mythologique de Bruegel. Il suit mot pour mot l'histoire de Dédale et Icare, exposée par Ovide dans le huitième livre des Métamorphoses, au point de montrer au premier plan les témoins cités succinctement par le texte. Même si Ovide précise que la chute d'Icare intervient seulement quelques îles après la rencontre avec ces témoins, Bruegel fait nôtre leur "perspectives", d'où l'on prête à peine attention au tragique événement. On est toujours surpris par l'absence de Dédale. Mais selon Ovide, il aurait perdu son fils des yeux et aurait été contraint de rechercher sa dépouille. Détail grivois: on a découvert sous la couche de peinture de la tête de l'homme qu'il était en train de déféquer [6]
Proverbes flamands, 1559

6. - Proverbes flamands

  • Huile sur Bois, 117 × 163 cm, 1559,
  • Staatliche Museen zu Berlin – Gemäldegalerie, Berlin
  • La représentation de proverbes est une innovation, une invention de Breugel. Les catalogues d'expressions étaient alors surtout apprécié comme aide à la rédaction de discours. Cependant des exemplaires précoces de livres illustrés, ressemblant à des proverbes et des locutions montre que le langage des images était déjà compris comme un genre en soi. Bruegel a ici peint près de 120 proverbes et expressions, offrant toujours de nouveaux aspect d'un monde à l'envers expression souvent utilisée comme titre du tableau. De fait le globe terrestre pend, retourné - telle une enseigne - sur le mur de la ferme.

7. - Le Combat de Carnaval et Carême

  • Huile sur Bois, ,1559,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Comme dans un tournoi, Carnaval et Carême en arme chevauchent l'un vers l'autre et s'affrontent. Vêtue d'un habit de pénitent et armée d'une planche à pain, Carème est assise épuisée sur un chariot de procession. Carnaval, bien en chair, chevauche un tonneau de vin ou de bière en brandissant un cochon de lait sur une broche. Tirant et poussant, des escortes de personnages maigres ou gros, rapprochent les protagonistes. L'ensemble du tableau en appelle à la répartition en deux camps qui se partagent par erreur cette place au lieu de s'exclure d'eux-mêmes, conformément au calendrier.
Bataille navale dans le golfe de Naples, 1560

8. - Bataille navale dans le golfe de Naples

  • Huile sur Bois, 39,8 x 69,5 cm, circa 1560,
  • Galerie Doria-Pamphilj, Rome
  • Cette vue du port de Naples n'a été exécutée qu'après le voyage du peintre en Italie. Mais si Bruegel s'est bien rendu sur place, il s'inspire ici de vue plus ancienne de la cité. La représentation de bateaux à voile répond à une mode de l'époque. On conserve plus d'une douzaine de gravures sur cuivre de moindre importance, presque entièrement couvertes de navires de guerre et de commerce, et mentionnant Bruegel comme le dessinateur. Pourtant le peintre n'a pas réalisé le moindre tableau figurant une bataille historique.

9. - Les Jeux d’enfants

  • Huile sur Bois, 118 × 161 cm, circa 1560,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • L'enfance est une invention de la modernité et il ne faut pas s'étonner de rencontrer dans ce tableau des enfants ressemblant à de petits adultes et de voir des jeux de différentes générations se mélanger. Une bonne part des jeux présentés sont en fait des parodies du monde des adultes. Diverses scènes nous montrent des jouets, d'autres des sports, et des jeux pouvant être pratiqués en plein air, sans aucun accessoire. On a supposé que le tableau faisait partie d'un cycle subordonné aux saisons. Mais aucun des tableaux à la composition analogue ne semble s'inscrire dans un cycle. Ainsi, cette peinture reste un cas unique de l'histoire de la peinture.
Le suicide de Saül (1562)

10. - Le suicide de Saül,

  • Huile sur Bois, ,1562, 33,5 × 55 cm
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne.
  • Saül, roi d'Israël, défait par les Philistins, décide de se donner la mort. Pourtant dans la suite du récit biblique, c'est David appelé à devenir roi, qui apparaît comme le vrai vainqueur. Dans les reproductions, l'étendue du paysage fait souvent oublier que cette œuvre compte parmi les plus petites peintures de Bruegel, d'un format à peine supérieur à ses dessins.
Les deux Singes, (1562)

11. - Les Deux Singes

  • Huile sur Bois, 20 × 23 cm,1562,
  • Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie, Berlin.
  • Au XVIIe siècle, l'œuvre était plus connue sous le titre La Ville d'Anvers et les deux Singes, témoignage de l'importance accordée à cette vue de la ville à l'arrière-plan, ne serait-ce que pour identifier le tableau. la restitution réussie de l'atmosphère brumeuse, au-dessus de l'Escaut est surprenante à une date aussi précoce que 1562. Les singes sont des cercopithèques, une espèce rare mais appréciée des collectionneurs d'animaux comme le cardinal de Granvelle. Dans le port d'Anvers on faisait le commerce d'animaux exotiques.

12. - Le Triomphe de la Mort

  • Huile sur Bois, c. 1562,
  • Museo del Prado, Madrid,
  • Dans le paysage macabre de Bruegel se déploient les attributs de la mort : sablier, faux, squelettes, cercueils, croix et toutes les formes d'agonies. La fin par noyade ou sous la torture s'accompagne du meurtre et de la mort de la vieillesse, et l'inventaire des peines capitales. Enfin, ceux qui semblent ignorer la mort s'adonnent à des jeux déraisonnables.
La Chute des Anges Rebelles, (1562)

13. - La Chute des anges rebelles

  • Huile sur Bois, 1562,
  • Musées royaux des beaux-arts de Belgique,Bruxelles
  • La chute de Lucifer, qui avait pris la place de Dieu, était au XVIe siècle un symbole de la victoire du catholicisme. Tout comme ici, c'est en général l'archange Michel qui fait office d'adversaire victorieux des rebelles. Mais chez Bruegel, le premier des anges est une apparition lumineuse et nom le guerrier comme peint dans le tableau de Frans Floris en 1554.
Dule Griet, 1562.

14. - Dulle Griet ou Margot la folle

  • Huile sur Bois, circa 1562,
  • Museum Mayer van den Bergh, Anvers:
  • La figure féminine fantastique de la Dulle Griet a mainte fois suscité la recherche de récits populaires, de légendes, de contes ou même de légendes à caractère historique. Pourtant, son identité n'a pas encore été percée à jour. Un proverbe semble pourtant lui être destiné : Piller devant les Portes de l'Enfer, autrement dit profiter de la fortune d'autrui. Comme elle parvient manifestement à ses fins en prenant la fuite avec son butin, il convient peut-être de la considérer comme l'antihéros d'une époque troublée.
La Tour de Babel, Vienne

15. - La Tour de Babel

L'histoire de la tour de Babel figure dans le onzième chapitre du livre de Moïse. Dieu empêche l'achèvement de la tour en plongeant les bâtisseurs dans la confusion des langues pour ensuite les disperser à la surface de la terre. A la confusion babélienne des langues, le Nouveau Testament répond par la Pentecôte où l'on célèbre la passion purificatrice de Dieu dans le miracle des langues . A l'époque de Bruegel l'ancien, l'éclatement de l'Eglise donne un regain d'actualité aux querelles linguistiques.

16. - La Fuite en Égypte

  • Huile sur Bois, 1563,
  • Institut Courtauld, Londres:
  • La Fuite en Egypte est liée thématiquement au Massacre des Innocents Alors que la Sainte Famille fuit les menaces de mort, à Bethléem, Hérode fait systématiquement tuer les nouveau-nés pour conjurer la prophétie annonçant la venue d'un nouveau souverain. D'un point de vue formel, les deux tableaux n'ont pourtant rien en commun. Si le massacre est perpétré en hiver, ici s'imposent le printemps ou l'automne. Par contre rien n'évoque l'Égypte, même si l'idole tombant à droite d'un autel pour voyageurs est supposée rappeler la christianisation des terres païennes.
La petite Tour de Babel, Rotterdam

17. - La Petite Tour de Babel,

  • Huile sur Bois, c. 1563,
  • Musée Boymans-van Beuningen, Rotterdam
  • Dans le plus petit des tableau figurant la tour de Babel, la construction semble presqu'achevée. Dépourvue de l'avant-scène montrant le roi Nemrod et ses maîtres d'ouvrages, elle apparaît encore plus éloignée que celle de la grande version. Le thème avait déjà fourni aux enlumineurs un prétexte tout trouvé pour figurer l'art des bâtisseurs. Bruegel donne moins à voir l'échec de l'entreprise que la fascination suscitée par un bâtiment si gigantesque et inhabituel. De même la critique de la Rome païenne, et de son Colisée bien connu du peintre et utilisé comme modèle, s'en tient à d'étroite limites. Il est rare de voir Breugel répéter, comme ici, un même thème.

18. - La Dormition de la vierge,

  • Huile sur Bois, grisaille, 1564, 36 x 55 cm
  • Upton House, Banbury, Oxfordshire, Angleterre
  • La Dormition de la Vierge surprend par la vision proposée. Peinte en grisaille, mais avec une tonalité de camaïeu brun chaud qui en renforce l'esprit de recueillement, ce petit panneau éveille, par toutes ses nuances et surtout par les effets d'un éclairage artificiel, bien avant Caravage, un climat qui annonce l'art du XVIIe siècle et, en particulier, celui de Rembrandt ou de Georges de La Tour. Le tableau fut vraisemblablement peint pour Abraham Ortelius qui le fit graver, dans le même sens, par Philippe Galle en 1574. Lors de la publication de l'estampe, Ortelius en fit don à quelques amis, dont Coornheert, qui exprima son appréciation en ces termes: Je l'ai examinée avec plaisir et admiration de haut en bas pour son art du dessin et le soin de sa gravure, Bruegel et Philippe se sont surpassés. Aucun des deux n'aurait pu mieux faire. Il ajoutait qu'elle survivra pour les amoureux de l'art de tous les temps[7].
Tête de paysanne, (1564)

19. - Tête de paysanne

  • Huile sur Bois, , 1564,
  • Alte Pinakothek, Munich
  • La vieille paysanne fait exception dans l'œuvre de Bruegel l'Ancien, car il ne nous reste ni un autre portrait de ce genre, ni étude ultérieure. La vielle femme, coiffée d'un fichu blanc, se détache sur un fond sombre et dépourvu de profondeur. Ses lèvres fines et sans vie sont entrouvertes, l'éclat blanc de quelques dents venant souligner l'orifice de la bouche. Elle fixe son regard vide vers le haut et sa mâchoire inférieure béante témoigne de son apathie et non de son désir de parler. Ainsi le peintre dévoile non seulement les marques de son grand âge, mais montre aussi, sans ménagement, une perte de contrôle de la mimique, traits qu'une commanditaire n'aurait sûrement pas acceptés. Nous ne sommes donc pas en présence d'un portrait, mais plutôt d'une étude de tête, dont le prétexte demeure inconnu.
Le Portement de Croix, (1564)

20. - Le Portement de Croix

  • Huile sur Bois, , 1564,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne,
  • Le tableau associe deux thèmes fort répandus. Il s'agit d'une part du Portement, ayant déjà inspiré à Jan van Eyck la composition de vastes paysages et, de l'autre, d'une anticipation de la Déploration, figurée en plan rapproché sur un mode plus intimiste. Tous deux sont noyés dans une multitude de personnages accessoires faisant l'objet d'un travail de création aussi attentif que les scènes chrétiennes elles-mêmes. Dès l'époque de Bruegel, cette trouvaille picturale témoignait d'une volonté de se mesurer aux anciens maîtres. La rhétorique et la théorie de l'art ont appelé de telles interprétations Æmulatio.
L’Adoration des Mages, (1564)

21. - L’Adoration des Mages,

Dans ce tablea, le seul a présenter un format vertical, Breugel l'ancien figure les trois Rois-Mages de la Sainte-Famille en plan rapproché. La douceur des contours de l'Enfant Jésus et la délicatesse du visage de Marie ont été comparées à des œuvres de Raphaël. Le contraste avec les traits grossier de Joseph et des autres figurants, à l'évidence placé là en réaction à l'habituel decorum, est saisissant. Chez Bruegel, que le visiteur soit roi ou berger n'a presque plus d'importance.22. - La Montée au Calvaire,

Les Saisons
Chasseurs dans la neige, (1565)

23. - Les Chasseurs dans la Neige (Décembre-Janvier)

  • Huile sur Bois, 1565
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Ce tableau hivernal de Breugel l'Ancien est le plus célèbre des paysages de neiges de toute l'histoire de la peinture. Les flocons ne tombent pas, comme dans d'autres tableaux, mais de nombreuses nuances de blanc, où dominent les teintes vertes, suggère avec vraisemblance l'atmosphère d'une campagne enneigée depuis fort longtemps. Toits, branches d'arbres et murs permettent au peintre de conférer à la neige des qualités plastiques. Au premier rang, il dispose des ronces qui perce le manteau neigeux et en laisse deviner le poids. S'en revenant de la chasse avec leurs chiens, les hommes laissent dans la neige de profondes traces de pas. Leur descente vers la vallée accompagne le regard du spectateur qui y découvre une multitude de scène hivernales: de divers jeux sur un étang gelé à un feu de cheminée. À l'horizon, sur la droite, des rochers escarpés font contrepoint à la diagonale de la colline au premier plan et marquent de leurs formes minérales le caractère rebutant de l'hivers.
La Journée sombre, (1565)

24. - La Journée sombre (Février-Mars)

  • Huile sur Bois, 118 × 163 cm,1565,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Ce paysage côtier est le plus sombre de toute l'œuvre de Bruegel l'Ancien. Des touches noires accentue encore l'impression d'un temps tourmenté. Les dangers de la navigation, reconnaissable au navire échoué et aux naufragés, ne sont pas traité par les autres peintres avec une ampleur et une richesse de détails comparable à celle de Bruegel. Au premier pal, on élague les arbres, on fixe des sarments à la façade d'une maison. Une famille vient de gravir la pente. Les gaufres tenues par l'homme et la couronne de papier coiffant l'enfant sont autant d'attributs qui apparaissaient déjà dans le Combat de Carnaval et de Carême. L'action de la Journée Sombre doit donc se situer en février ou en mars. Par rapport à la tradition des calendriers, Bruegel l'Ancien se contente d'évoquer la confection de fagots et les soins de la vigne, grâce à un personnage fixant des sarments à un mur, à droite du tableau. On a à juste titre décrit la scène comme un avant -printemps, car rien n'évoque encore la pousse ou la croissance des plantes.

24b - Avril-Mai

  • présumé disparu
  • Blasius Hütter, secrétaire privé de l'archiduc Ernst précise que les magistrats de la cité d'Anvers offrirent en cadeaux le 5 juillet 1594, six panneaux représentant les saisons[8] et lors de l'inventaire du 17 juillet 1595, à la mort du Duc [9]. Enfin David Teniers le Jeune, dans son Theatrum pictorium cite qu'il a vu au Stallburg à Vienne: ... soubz et entre les fenestres, sont posées autres peintures, plusieurs desquelles vous sont incognues. Entre icelles sont six piéces de l'ancien Bruegel, qui représentent la diversité des douze mois de l'année.[10][11]. Le panneau manquant aurait donc disparu au XVIIIe siècle à Vienne.
La Fenaison, (1565)

25. - La Fenaison (Juin-Juillet)

  • Huile sur Bois, 1565
  • Galerie nationale à Prague, Prague
  • Du chemin argileux de l'avant scène, se déploie un vaste paysage de prairie, collines et rivières, dont la cohésion est assurée, sur toute la largeur du second plan, par cette fenaison qui donne son titre à l'œuvre. Au premier plan, des paysans prennent à droite le chemin du marché. Trois femmes d'âges différents, la plus jeune fixant le spectateur, portant une cruche et des râteaux, se dirigent à l'inverse vers la gauche. Bruegel sera copié par Rubens. En bordure du chemin, un paysan se tient à l'ombre, penché sur sa faux.
La Moisson, (1565)

26. - La Moisson (Août-Septembre)

  • Huile sur Bois, , 1565
  • Metropolitan Museum of Art, New York
  • La période de la moisson est clairement fixée et correspond au mois d'août dans tous les calendriers flamands. Mais comme le tableau présente de toute évidence une abondance de fruits mûrs, on est ici sans doute en présence d'une représentation d'août et de septembre. En effet généralement connu pour être le mois des fruits, ce dernier était aussi figuré comme tel. Du plan le plus rapproché à la portion la plus reculée, du paysage, Bruegel l'Ancien ponctue sa représentation du plein été de plusieurs scènes annexes: une cruche reposant au frais à l'ombre des blés, deux perdrix s'envolant, effrayées par le bruit des faucheurs, trois servantes portant des gerbes de blés vers le chariot de la moisson, un étang avec des baigneurs et à l'arrière, un verger flanqué sur sa droite d'un pacage de village où s'ébattent des joueurs.
La Rentrée des troupeaux, (1565)

27. - La Rentrée des troupeaux (Octobre-Novembre)

  • Huile sur Bois, 117 × 159 cm, 1565,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • La rentrée des troupeaux ne trouve pas ses origines dans les calendriers flamands. Peut-être Bruegel l'Ancien combine-t-il ici son expérience des paysages alpins, avec l'intention convaincante, du point de vue de la composition de peindre un paysage de montagne à l'automne. De fait, il relègue au second plant les traditionnelles vendanges, et leur accorde peu d'espace. L'orage qui s'approche tire une grande partie de ses effets des montagnes se dressant devant lui. Le troupeau de vache se dirigeant vers le village constitue une de ses création les plus libres. Vues de dos, les bêtes apparaissent proportionnées au chemin forestier et leur fourrure est rendue par un sens consommé de la matière par de fines couches de couleurs transparentes. S'il fallait décider quel tableau de la série des mois a été exécuté en dernier, ou du moins par la main la plus rapide et expérimentée, on pourrait bien s'accorder sur ce paysage de fin d'automne.

28. - Le Christ et la femme adultère

A même le sol, au pied de l'élégante femme adultère, Jésus vient d'écrire en flamand: Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre (Jn, VIII, 3-11). Les manteaux des juristes juifs sont décorés d'inscriptions hébraïques. Breugel ici tient compte du contexte historique qui vois Jésus s'opposer aux anciennes lois juives. Mais simultanément, le peintre reproduit la célèbre sentence en langue commune, accessible à tous.

Le Massacre des innocents, 1565

29. - Le Massacre des innocents

  • Huile sur Bois, c. 1565,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Ayant appris qu'un nouveau souverain vient de naître à Bethléem, Hérode craint pour son trône. C'est cette peur et un malentendu qui sont en fait à l'origine du massacre des innocents. Jésus expliquera plus tard que sont royaume n'est pas de ce monde. Bethléem est ici figuré sous la neige, les habitations éloignées les unes des autres,. On enfonce les portes, on expulse les occupants de leur maison. Nourrissons et enfants sont étendus, morts, dans la neige. D'autres sont encore protégés par leurs parents. Mais la supériorité des soldats laisse entrevoir le caractère désespéré de ces tentatives.
La Prédication de Saint Jean-Baptiste, 1566

30. - La Prédication de Saint Jean-Baptiste

  • Huile sur Bois, 1566,
  • Szépmüvészeti Muzeum, Budapest
  • Ce n'est qu'a partir du XVIe siècle que Saint Jean-Baptiste est figuré en prédicateur. Il se tient ici loin à l'arrière plan, mais l'attention dont il fait l'objet et la tribune que lui offre la nature pour prêcher suffise à le mettre en évidence. De la main gauche, il semble annoncer l'importance de Jésus qui se tient légèrement à l'écart. Jean est ainsi représenté à la fois en prédicateur ambulant, maître de jésus, et prophète annonçant la venue du Messie.
Le Recensement de Bethléem, 1566

31. - Le Recensement de Bethléem

  • Huile sur Bois, 1566
  • Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles
  • Ce dénombrement montre des caractéristiques propres à une foire engourdie par le froid hivernal. Des voitures transportant des tonneaux, le cochon qu'on égorge, les patineurs et bien d'autres détails sont plus immédiatement accessibles que la situation de cette taverne, a gauche du tableau, qui fait office de bureau de recrutement. Mais près des carrioles, et de leurs tonneaux, un charpentier mène un âne sur lequel une femme se tient assise, enveloppée dans un manteau bleu. Cette représentation traditionnelle de la Vierge, richement vêtue, constitue ici la référence la plus évidente à la proximité de Noël.
L'Adoration des Rois-Mages, 156?

32. - L'Adoration des Rois-Mages

En 1564, Bruegel peint deux "Adoration" où il cherche à rivaliser avec Hieronymus Bosch. Bruegel souligne la signification universelle de l'Epiphanie en associant la visite de ces souverains orientaux à des gens du commun. On chuchote, on se gausse, et bien peu de visages exprime la piété. Cette œuvre appartient aux rares toiles qui ont été conservées. Peinte à l'eau (a tempera), ces dernières se détérioraient en effet facilement.

La Danse de la mariée en plein air, 1566

33. - La Danse de la mariée en plein air

  • Huile sur Bois, circa 1566,
  • Detroit Institute of Arts, Detroit
  • Le lieu des réjouissance tient à la fois de la forêt et de la clairière, et semble, à l'avant-scène, presque exclusivement réservé à la danse sur une musique de cornemuse. Sur les côtés, les membres de l'assistance s'entretiennent, boivent ou observent les joueurs. A l'arrière, la mariée est assise à une table, derrière laquelle est suspendue une tenture. Bruegel a ordonné sa composition en ménageant deux passages moins fréquentés entre l'assistance et les danseurs, délimitant ainsi deux diagonales qui convergent vers le tronc d'arbre au centre du tableau. Dans le triangle de la danse ainsi délimité, presque tout le monde agite les jambes, lance ses bras en l'air ou se déhanche. Sous la fine couche de peinture, on peut aujourd'hui encore observer à l'œuil nu le soin apporté au dessin préparatoire, conférant au tableau un surcroît de vie.
L'Adoration des mages dans un paysage d'hiver, Copie

34. - L'Adoration des mages dans un paysage d'hiver

  • Huile sur Bois, 1567
  • Collection Oskar Reinhart, Winterthur

Avec cette adoration, Bruegel offre son interprétation la plus moderne de l'évènement. La composition met l'accent sur une vision quotidiennne, sinon pauvre, du récis et non sur la présentation de riches parures de souverains fortunés.

La Conversion de Saint-Paul, 1567

35. - La Conversion de Saint-Paul

  • Huile sur Bois, 1567,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne:
  • Après Pierre, Paul est le plus important des apôtres. Sa conversion à la foi chrétienne a de tout temps constitué une des légendes centrales du christianisme. En comparaison, du paysage du Suicide de Saül, la formation montagneuse apparaît comme plus capricieuse. Les versants sont escarpés et le chemin tortueux souligne leur forte dénivellation, image dont on a cherché l'origine dans l'expérience alpine de Bruegel.
Le Pays de Cocagne, 1567

36. - Le Pays de Cocagne

  • Huile sur Bois, 52 × 78 cm, 1567,
  • Alte Pinakothek, Munich
  • Le Pays de Cocagne et ses habitants constituaient un thème fort prisé au début de la Renaissance. Le tableau combine vision utopique et critique de l'oisiveté et de la prodigalité. Autour de l'arbre, ceint d'une table, un paysan, un soldat et un érudit sont allongés comme les rayons d'une roue. Leur présence simultanée prouve que les hommes de toute condition succombent aux délices du pays de Cocagne.
Le Trébuchet, (1565)

37. - Le Trébuchet, "Paysage avec la trappe aux oiseau

  • Huile sur Bois, 38 × 56 cm,1565
  • Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles
  • le Paysage avec trappe à oiseaux de 1565 pourrait-il être une peinture méditative. Contemporain de la célèbre série des Mois ou des Saisons, il traduit cependant aussi, dans un format plus restreint, une vision de l'homme et de la nature. L'hiver règne, mais la saison offre un autre visage que celui que proposent les célèbres Chasseurs dans la neige. Neige et glace sont présentes, mais le chromatisme y est moins froid, l'air moins aigu. L'ocre du ciel, que réfléchissent l'eau gelée et les arbres, incite les oiseaux à chercher la nourriture et les hommes à se divertir. N'est-ce pas un leurre? Une trappe attend rouges gorges, merles ou moineaux qui sortent des buissons ou descendent des branches, la glace peut céder sous le poids des patineurs insouciants; elle fond déjà, laissant voir un cercle sombre en pendant au carré qui menace les oiseaux. Ce tableau se nomme parfois Le Trébuchet, et le titre lui convient en français, puisque le verbe trébucher implique une possible chute par erreur d'appréciation.
La Pie sur le Gibet, 1568

38. - La Pie sur le gibet,

  • Huile sur Bois, 1568,
  • Musée régional de la Hesse, Darmstadt
  • L'époque de Bruegel nous a transmis de rares titres de tableaux dont fait partie la Pie sur le Gibet. Le Biographe Carel van Mander date l'œuvre de 1604 et écrit que l'oiseau sur la potence symbolise les excès de bavardage. Selon ce même auteur, sur le point de mourir, Bruegel aurait légué ce tableau à sa femme pour l'engager à se garder des ragots. Mais outre la pie, la danse près du gibet pourrait avoir valeur de proverbe. En effet la pie n'est pas l'unique motif pouvant servir de point de départ à l'interprétation de l'œuvre, Jouer sur le Pilori et Chier sur la Potence pourrait être deux expressions flamandes qui pourraient trouver ici leur illustration avant d'être reprises par Bruegel dans les Proverbes.

39. - La Perfidie du monde ou Le Misanthrope

  • Huile sur Bois, 1568, Tüchlein
  • Musée Capodimonte de Naples, Naples
  • Un misanthrope est par définition une personne mal disposée envers le genre humain, apparaissant ici de façon inattendue sous les habits d'un moine portant une escarcelle. Le vagabond, qui cherche à lui subtiliser sa bourse, symbolise la vanité du monde. Bruegel joue du caractère contradictoire de de ses personnages, et en les associant, tisse un réseau inextricable de paradoxes. Quel but peut bien poursuivre le personnage dans le globe et volant de l'argent, si ici-bas tout est vanité et sans objet? Le berger semble, en spectateur, faire contrepoids à la métaphore de la misanthropie au milieu d'un monde hostile. Qu'il s'agisse du larcin du personnage symbole de la vanité, ou des clous à quatre pointes placé sur le chemin du moine, Bruegel ne suggère aucun moyen d'infléchir ou de stopper la spirale des événements.

40. - La Parabole des aveugles

  • Tüchlein, , 1568,
  • Musée Capodimonte de Naples, Naples
  • "Si un aveugle conduit un autre, ils tomberont tous les deux", affirme le célèbre proverbe. Mais ce long cortège ne facilite pas la définition du niveau de correspondance entre tableau et locution ou citation biblique. Sommes-nous en présence de l'évocation de la cécité humaine au sens large ou d'une mise en scène de la communauté des incroyants. Ces aveugles sont sans doute le témoignage le plus marquant de l'existence, chez Bruegel l'Ancien, d'un style original de personnages tardifs. La file des personnages qui trébuchent, se pressent et s'agrippent l'un à l'autre, semble osciller en un mouvement des plus expressifs. Les trois compagnons au centre se tiennent par l'épaule, main gauche sur l'épaule droite, leurs bras tendus croisant la ligne médiane et accentuant d'autant l'expression de confusion.

41. - Le Repas de noce

  • Huile sur Bois, 1568,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Le service des boissons et des mets occupe le premier plan du tableau des noces. En dehors de cette composition, Bruegel l'Ancien ne peindra aucune autre scène d'intérieur de grand format. Seuls les murs arrières de la grange figurent les limites de la pièce. La décoration murale distingue discrètement la mariée du reste des convives. Elle est assise devant une tenture verte à côté de ses parents, au-dessus desquels sont suspendues des gerbes de blés croisées, en signe de fertilité.
La Danse des Paysans, 1568

42. - La Danse des Paysans

  • Huile sur Bois, ,1568,
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Si la fête se déroule bien dans une rue de village, la disposition des tables et du terrain de danse serait tout à fait envisageable dans un espace fermé. Le mouvement est introduit dans la composition par la droite, où un vieux paysans entraîne derrière lui sa partenaire. Ses jambes dérogent volontairement aux règles de l'anatomie, de façon a donner une impression de vitesse. C'est avec de telles compositions à grands personnages que Bruegel l'Ancien s'est inscrit dans notre mémoire visuelle. Pourtant, il n'a que rarement peint de telles figures et uniquement dans les dernières années.
Les mendiants, 1568

43. - Les Mendiants,

  • Huile sur Bois, , 1568,
  • Louvre, Paris:
  • Les mendiants donnent l'impression de danser. Moignons et prothèses ne touchent pas tous le sol: Les membres vont en tous sens et les bouches sont entrouvertes. Au XVIe siècle, en dépit des soins apportés aux indigents, la mendicité et les maladies constituaient toujours un grave problème. La population vouait une véritable haine aux mendiants, car nombre d'entre eux étaient d'anciens soldats en maraude. Mutilés, ils cherchaient de préférence refuge dans les grandes villes, car à la campagne il ne pouvait compter sur aucune aide.

44. - Le Proverbe du dénicheur

  • Huile sur Bois, 1568
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • L'énigme posée par le jeune homme désignant le voleur d'oiseau ou le nid n'est toujours pas résolue. A-t-il déjà mis sa proie dans le sac déposé à terre ou, comme le prétend le proverbe, "Connaît-il seulement le nid?", un autre étant sur le point de s'emparer de l'oisillon? Impossible de trancher. Quoi qu'il en soit, il est menacé d'une chute imminente dans le ruisseau. Dans ses figures tardives, Bruegel adopte un mode de représentation bien particulier qui donne aux vêtements des allures de seconde peau. Le large bassin du voleur de nid, la courbe du ruisseau, l'arrondi du premier plan, et la sobriété du paysage avec son horizon bas, à l'arrière plan, évoque une image déformée par un miroir convexe.
La Tempête, 1568
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45. - La Tempête

Fichier:Jean Fouquet- Portrait of the Ferrara Court Jester Gonella.JPG
Le bouffon Gonella, 1568
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46. - Le bouffon Gonella

  • Huile sur Bois, 36 x 24 cm, circa 1445.
  • Kunsthistorisches Museum, Vienne
  • Longtemps attribué à Bruegel, il est maintenant réattribué à Jean Fouquet.
  • Un dessin, copie du tableau a permis d'identifier le modèle comme étant le bouffon Gonella, au service de Nicolas II d'Este, à Ferrare. Ses poils de barbes gris et son nez luisant sont restitués avec réalisme. Les vêtements et les mains ont fait l'objet de retouches d'un autre peintre, ce qui a longtemps rendu l'attribution fort difficile
Le vin de la Saint-Martin, 1568
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47. - Le vin de la Saint-Martin

Les 12 proverbes, vers 1558
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48. - Les 12 proverbes

Le bon Berger, Copie
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50. - Le bon Berger

  • Huile sur Bois (copie)
  • Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
  • Le bon Berger ...


51. - L'excision de la pierre de folie

  • Huile sur bois
  • Autrefois à Prague.
  • Perdue dans un incendie pendant la guerre 1940-1945.

Études d'œuvres

Les Dessins

L'Été, 1568, (22 x 28,6 cm) Hambourg

L'Œuvre dessiné

À l'aube du XXIe siècle, il subsiste peu de dessins de la main de Bruegel l'Ancien, beaucoup ayant été réattribués à d'autres artistes, principalement par l'étude des filigranes et des monogrammes du papier, qui vont démontrer la postériorité des dessins.

À Roelandt Savery (1576 - 1639) ont été attribués les célèbres dessins "naer't leven" - sur le vif - et plusieurs "Grands Paysages" semblent bien être de la main de son frère ainé Jacob Savery (ca 1565 - 1603). Des artistes encore anonymes appelés "Le Maître des Paysages de Montagne"[12] - qui pourrait être Roelandt Savery ou Jacob Savery[13] -, "le Maître des Petits Paysages"[14] - qui pourrait être Joos van Liere[15] ou encore Cornelis Cort[16] -, mais aussi Jérôme Bosch, Pieter Balten, la famille Cock, les propres fils de Bruegel - Pieter et Jan - ou encore son entourage, se partagent la paternité d'autres compositions, paysages, personnages et scénettes champêtres. Il semble aussi que le grand succès des compositions de Bruegel l'Ancien ait attiré les faussaires. [13]

Le dernier catalogue raisonné des dessins de Pierre Bruegel l'Ancien[17] décrit 61 dessins autographes et six connus par une copie. Sur ces 67 items, trente-cinq sont achevés dans le but d'être gravés. Quatre-vingt-quatre gravures furent publiées (sans compter celles d'après peinture ou posthume). Il manque donc au moins quarante-neuf dessins [18].

Index des dessins

Vous pouvez consulter la Liste des dessins de Bruegel l'Ancien (en cours)

Les Gravures

Fichier:Pieter Bruegel the Elder- The Seasons - Spring.JPG
Le Printemps, 1565

L'Œuvre gravé

Dès 1556, on trouve le nom de Bruegel associé à celui de l'éditeur Jérôme Cock à l'enseigne Aux quatre Vents. Il dessine des planches satiriques comme Les gros Poissons mangent les petits. L'année suivante sort la série des Sept péchés capitaux suivie en 1558 des Sept vertus[19].

La Chasse au Lapin sauvage - réalisé en 1560 - est la seule gravure que Bruegel l'Ancien va exécuter lui-même, et qui sera publié par Jérôme Cock. Le dessin original est connu[20]. Longtemps considéré comme une copie, il a été récemment réattribué au maître[21]. Il pourrait illustrer le vieux proverbe courir deux lièvres à la foi [22]. par les effets de lumière et l'atmosphère, il préfigure déjà les deux grands tableaux Les Chasseurs dans la Neige et Le Retour de la Harde[23] ou le caractère diurne et saisonnier joue un grand rôle[24].

Bruegel est également l’inventor d'un grand nombre de gravures exécutées par d'autres artistes et publiées chez Jérôme Cock[25] : La cuisine maigre et la cuisine grasse, gravée par Pieter van Der Heyden (graveur) en 1563. Comme celles de Jérôme Bosch, ses œuvres continueront à être gravées après sa mort.

  • Suite de Douze Grands Paysages (1555-1556)
  • Suite de Douze Proverbes flamands (vers 1568), d'après Pieter Bruegel, gravés par Jan Wierix
  • La suite des Vaisseaux de Mer, Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562) vers 1561-1562.
  • Le Printemps et L'Été par Pieter van Der Heyden (graveur) (Anvers , 1570 (les dessins préliminaires des deux autres saisons sont dus à Hans Bol).

Index des Estampes

L'Œuvre gravé d'après de Bruegel l'Ancien approche la centaine selon le spécialiste Louis Lebeer.

Index des Graveurs

De nombreux graveurs ont travaillé sur les dessins, voici la liste où chacun est suivi par les numéros d'estampes sur lesquels ils ont travaillé.

Fortune Critique

Van Mander

Fichier:Karel-van-mander-schilderboeck.JPG
Portrait de Carel van Mander à l'âge de 56 ans, 1604).

Toutes les recherches relatives à la vie, aux activités, à la personnalité, à l'esprit et à l'œuvre de Pierre Bruegel l'ancien, tendent à compléter, à préciser sinon à corriger ce que —le premier— Carel Van Mander relata à leur sujet dans son Livre des Peintres, Het Schilder-Boeck dont la première édition, publiée à Harlem, date de 1604. C'est sous l'en-tête Pierre Bruegel… de Bruegel, qu'il écrit ce qui suit sous le titre: Le Livre des Peintres de Carel Van Mander:« La nature fit un choix singulièrement heureux le jour où elle alla prendre, parmi les paysans d'un obscur village brabançon, l'humoristique Pierre Breughel pour en faire le peintre des campagnards.Né dans les environs de Bréda, au village dont il prit le nom pour le transmettre à ses descendants, Pierre Breughel fut d'abord l'élève de Pierre Coeck dont il épousa plus tard la fille qu'il avait portée dans ses bras quand elle était enfant.Il passa ensuite chez Jérôme Cock, puis alla en France et en Italie. Les œuvres de Jérôme Bosch avaient fait l'objet spécial de ses études et, à son tour, il fit beaucoup de diableries et de sujets comiques, si bien qu'on le surnomme Pierre le Drôle. En effet, il est peu d'œuvres de sa main qu'on puisse regarder sans rire et le spectateur le plus morose se déride à leur aspect. Breughel, au cours de ses voyages, fit un nombre considérable de vues d'après nature, au point que l'on a pu dire de lui qu'en traversant les Alpes il avait avalé les monts et les rocs pour les vomir, à son retour, sur des toiles et des panneaux, tant il parvenait à rendre la nature avec fidélité. Il se fixa à Anvers et entra dans la gilde en 1551. Un marchand, du nom de Hans Franckert, lui commanda de nombreux tableaux. C'était un excellent homme qui était fort attaché au peintre. À eux deux, Franckert et Breughel prenaient plaisir à aller aux kermesses et aux noces villageoises, déguisés en paysans, offrant des cadeaux comme les autres convives et se disant de la famille de l'un des conjoints. Le bonheur de Breughel était d'étudier ces mœurs rustiques, ces ripailles, ces danses, ces amours champêtres qu'il excellait à traduire par son pinceau, tantôt à l'huile tantôt à la détrempe, car l'un et l'autre genre lui étaient familiers. C'était merveille de voir comme il s'entendait à accoutrer ses paysans à la mode campinoise ou autrement, à rendre leur attitude, leur démarche, leur façon de danser. Il était d'une précision extraordinaire dans ses compositions et se servait de la plume avec beaucoup d'adresse pour tracer de petites vues d'après nature. À Anvers, il vivait maritalement avec une servante dont il aurait fait sa femme, n'eût été que la fille était une incorrigible menteuse. Il fit avec elle cet accord qu'il marquerait tous ses mensonges sur Pierre, étudia chez Égide van Coninxloo, et peint des portraits d'après nature; l'autre, Jean, qui apprit de sa grand-mère, la veuve de Pierre Coeck, l'art de peindre à la détrempe, vint étudier ensuite la peinture à l'huile chez un nommé Pierre Goetkindt qui possédait beaucoup de belles choses. Il alla à Cologne et gagna l'Italie, où il s'est fait un grand nom comme peintre de paysages et d'autres sujets d'un très petit format, en quoi il excelle.[26] »

Ortelius

Abraham Ortelius

Les témoignages des contemporains, notamment dans le milieu de l'art et de l'édition anversois, montrent que Bruegel avait de nombreux amis et admirateurs. Le cartographe flamand Abraham Ortelius lui rend hommage dans son Album amicorum :

« Le peintre Eupompos, à qui on demandait qui de ses prédécesseurs il considérait comme son maître, répondit en désignant la foule: "Il faut imiter la nature elle-même, non un artiste". Phrase qui sied si bien à notre ami Bruegel que je l'appellerai non le peintre des peintres, mais la nature des peintres: j'entends dire par là qu'il mérite d'être imité par tous. Comme le dit Pline à propos d'Apelle, notre Bruegel a peint bien des choses qui ne peuvent être peintes. Dans toutes ses œuvres, il y a toujours plus de pensée que de peinture. Eunapius en dit autant au sujet de Timanthe […] Les peintres qui représentent des êtres gracieux, dans la fleur de l'âge, et veulent ajouter à la peinture un je ne sais quoi d'élégance charmante qu'ils tirent d'eux-mêmes, dénaturent tout à fait l'image représentée et en s'éloignant du modèle choisi, ils s'éloignent aussi de la beauté vraie. Notre Bruegel est pur de cette tache[27]. »

Guichardin

Francesco Guicciardini, érudit italien installé à Anvers, le cite dans sa Descrittione de' Paesi Bassi (« Description des Pays-Bas») parue chez Christophe Plantin en 1567 : « Pierre Bruegel de Breda, grand imitateur de la science et de la fantaisie de Jérôme Bosch, ce qui lui a valu aussi le surnom de Second Jérôme Bosch ». Bruegel a acquis une notoriété suffisante pour être mentionné par Giorgio Vasari qui lui consacre cette mention dans ses Vite : « Ils célèbrent aussi comme bon peintre [ .. ] Pierre Breughel d'Anvers, maître excellent[28]. »

Lampsonius

Dominique Lampson, - Lampsonius - qui travaille pour le même éditeur que Bruegel, Jérôme Cock, et connaît les écrits de Guiccardini, en fait ce panégyrique et adresse à Pierre Breughel les vers suivants:

« Est-ce un autre Jérôme Bos,

Qui nous retrace les vives conceptions de son maître,

Qui, d'un pinceau adroit, fidèlement nous rend son style,

Et même, en le faisant, encore le surpasse ?

Tu t'élèves, Pierre, lorsque par ton art fécond,

À la manière de ton vieux maître tu traces les choses plaisantes.

Bien faites pour faire rire; avec lui tu mérites

D'être loué à l'égal des plus grands artistes.[29]. »

Le témoignage de Dirck Volkertszoon Coornhert, graveur lui-même, montre l'estime dans laquelle le peintre était tenu par ses collègues. Coornhert décrit ici son plaisir devant La Mort de la vierge[30] dans une lettre à Ortelius datée du 15 juillet 1578 : « Cher Ortelius, votre précieux cadeau m'est bien parvenu et je ne sais comment vous exprimer ma gratitude. J'en ai hautement apprécié la finesse du dessin et la qualité de la gravure. Bruegel et Philippe (Galle) se sont surpassés. Je considère même qu'ils n'ont jamais été meilleurs. La bonté de leur ami Abraham Ortelius permet de mieux faire connaître leur talent, de sorte que les passionnés d'art des temps à venir pourront s'en délecter.Je crois bien n'avoir jamais vu plus belle représentation dessinée ou gravée que cette triste chambre. Que dis-je? Il me semble véritablement entendre les paroles d'affliction, les sanglots, les larmes et l'expression du malheur. les plaintes et les gémissements deviennent ici réalité; Dans cette œuvre, nul ne peut pas s'empêcher de participer avec ferveur à la tristesse de l'événement.Il s'agit d'une chambre mortuaire, et pourtant tout paraît vivant, tant l'authenticité est grande[31]. »

Le peintre Giovanni Paolo Lomazzo, considéré comme un des pionniers de l'histoire de l'art, cite Bruegel avec admiration : « [..] des flamands j'ai vu certains tableaux à l'huile faits récemment [… ] et ils sont admirables: et les peintres qui les ont exécutés, Gill Mostraert, Pier Breughel ne méritent pas peu d'éloges…[32]  »

Le nom du peintre figure ensuite dans toutes les anthologies de la peinture :

« Quelques-unes de ses principales œuvres sont à présent chez l'Empereur, à savoir un grand tableau représentant la Tour de Babel, où il entre beaucoup de bel ouvrage, et par en haut on voit à l'intérieur: un autre tableau de la même histoire, en petit, ou au moins plus petit. (folio 154)
Il avait beaucoup travaillé dans la manière de Jérôme de Bois-le-Duc, et il fit, lui aussi,beaucoup de pareilles sorcelleries et figurations plaisantes; c'est pourquoi beaucoup le surnommèrent Pierre le Drôle. Aussi voit-on peu d'œuvres de sa main que le spectateur arrive à considérer sérieusement, sans rire; si sourcilleux, morose ou solennel qu'il soit, le spectateur au moins sourit ou ricane (folio 233a) »
Carel van Mander, Het Schilder-Boeck, Amsterdam 1604, seconde édition 1618 ;

« Il apprit aussi beaucoup des travaux de Jérôme Bosch, et fit aussi beaucoup d'œuvres amusantes et de diableries, pour quoi on l'appelle souvent Pieter den Drol[33]. »

« [..] il ne peignit que des choses burlesques et ridicules, non pas tant par la couleur et le dessin qui étaient nobles et dignes d'un maître, que par la matière et l'invention. » P. A. Orlandi, Abecedario pittorico, 1719 ;

« … Brueghel faisait des esquisses pendant les fêtes et les noces paysannes, qu'il peignait admirablement à l'huile et à la détrempe. Né pour ce genre de thèmes, il eut été le premier dans son art, sans Téniers. Ses compositions sont très bien imaginées; le dessin est correct, les costumes de bonne qualité, les têtes, les mains sont saisies dans leur valeur spirituelle. » J.-B. Descamps, La vie des peintres flamands, 1753 ;

« Ce peintre ignorait tout à fait n'importe quelle forme de technique de la peinture; mais dans ce tableau [34] il y a beaucoup d'idées, une représentation vive et variée du désespoir: autant qu'il en faut pour vingt modernes. Sous cet aspect, l'auteur […] se distingue des versificateurs d'aujourd'hui qui ne portant en eux aucune pensée d'un poids quelconque, tombent facilement dans le faux galop de vers ridiculisé par Shakespeare dans As You Like it. » Josuah Reynolds, Journey to Flanders and Holland, 1797 ;

Voir aussi

Articles connexes

Cornelis van Dalem Paysage avec une Métairie, 1564; Munich, Pinachotèque

L'Entourage, les suiveurs et les copistes[35]

L'engouement pour Breugel l'Ancien culmine aux alentours de 1600, En 1594, lorsqu'il fait sa joyeuse entrée à Anvers , l'Archiduc Ernest d'Autriche se voit offrir une série de tableaux du maître représentant les mois de l'année, un cadeau de prestige assurément. [36] En 1609, son fils Jan Bruegel l'Ancien écrit au Cardinal de Borromée qu'il n'est pas en mesure de lui procurer des tableaux de son père, à l'exception de celui qu'il possède lui-même, le Christ et la Femme adultère. Cette situation résulte, explique-t-il de ce que l'empereur a offert les prix les plus élevés pour acquérir toutes les œuvres de Bruegel[37].Un tel contexte est favorable à la prolifération des copies, pastiches et contrefaçons[38]. Et en effet, c'est alors que voient le jour de nombreux dessins à la plume, qu'un Maître des Petits Paysages a manifestement réalisé dans le style de Bruegel. Il en est ainsi d'un groupe de 25 dessins, portant la signature de Bruegel et daté de 1559-1562. On sait aujourd'hui qu'ils ont été exécutés à la fin du XVIe siècle, probablement par Jacob Savery ou encore Cornelis Cort[39], et peut-être dans un but frauduleux[40]. La même hypothèse doit être envisagée pour les célèbres Paysages de Montagne, ou Vues des Alpes, longtemps considérés comme des chefs-d'œuvre de Bruegel. En réalité la plupart de ces dessins ont été exécutés à la fin du XVIe siècle. [41]

La Technique

Bibliographie de Bruegel l'Ancien

Article détaillé : Bibliographie de Bruegel l'Ancien.

Liens externes

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Pieter Bruegel l'Ancien.

Notes et références

  1. « C'est donc ainsi que cela se passe pour le projet « Breughel » et, à propos, Walter ne serait pas mécontent qu'on s'entende un peu sur l'orthographe, car messieurs les connaisseurs proposent Breugel ou Bruegel, ou encore Brueghel ou Breughel. Si déjà nous ne tombons pas d'accord là-dessus, messieurs, qu'est-ce que ça promet pour l'avenir de ce film, je vous le demande ! » Belladonna, Hugo Claus, Éditions de Fallois, 1995, Paris.
  2. a b c Het Schilder-Boeck (Le Livre des peintres), Amsterdam, 1604
  3. Bedaux et Van Gool, 1974, Briels, 1980
  4. Grossman, 1973, p13
  5. Documents pour la compréhension du contexte humaniste
  6. Allard D. Mémoire, ULg
  7. Popham Arthur Edwart Pieter Bruegel and Abraham Ortelius, 1931, page 187
  8. P. Coremans, L'Archiduc Ernest, La cour et ses dépenses d'après les comptes de Blaise Hütter, son secrétaire intime et premier valet de chambre, Bulletin de la Commission d'Histoire 13(1947), pp.101, 141:
  9. M. de Maeyer, Albrecht und Isabella en de Schilderkunst, Verandelingen van de Koninklijke Vlaamse Academie voor Wettenschappen, Letteren und Schone Kunsten van Belgie. Klasse der Schone Kunsten Verhandelingen vol.9), Brussels 1955, p.259, doc.7-12: Seebs Taffell, von 12 Monatben des Jahrs von Bruegel
  10. K. Demus, F, Klauner and K. Schutz, Flämische Malerei van Jan Van Eyck bis Pieter Bruegel der Ältere, Vienna (Kunsthistoritches Museum) 1981, p. 87
  11. H. Vlieghe, "David Teniers II en het hof van aartshertog Leopold Wilhelm en Don Juan van Oostenrijk," Genese Bijdragen tot de Kunstge schiedenis 19(1966), pp. 23-49.
  12. groupe de 19 paysages controversés
  13. a b Orenstein, 2001, ibidem
  14. corpus d'une vingtaine de paysages controversés
  15. E. Haverkamp, 1979
  16. Rotterdam-Maastricht 2003
  17. Hans Mielke, The Drawings of Pieter Bruegel the Elder; Brepols, Tournhout 1996. 255pp 1996
  18. Martin Royalton Kish; Pieter Bruegel as a Draftsman,Yale University Press, 2001
  19. Vie et œuvres de Bruegel
  20. Institut Néerlandais Paris, Collection Fritz Lugt. (21,3 x 19,6 cm)
  21. Mielke, 1996, qui souligne la technique typique du dessin du feuillage
  22. Orenstein Nadine, Catalogue, n° 81 & 82, Rotterdam 2001
  23. Vienne Musée des Arts Anciens
  24. Orenstein 2001, ibidem
  25. Site de l'université de Liège
  26. 'Het Schilder-Boeck, Harlem, 1604, traduction publiée par H. Hymans, pp. 299-305, 1884
  27. Abraham Ortelius, Album amicorum, Manuscrit, Cambridge, Pembroke College, 1550 et sq. 
  28. Georgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, 2(de) édition revue et augmentée, Lorenzo Torrentino, Florence, 1568 
  29. Domenicus Lampsonius, Pictorum aliquot celebrium Germaniae inferioris effigies (Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas), Jérôme Cock, Anvers, 1572 
  30. Numéro 86 au catalogue de Louis Lebeer
  31. Abraham Ortelius Epistolæ, J. H. Hessels, ? 
  32. Giovanni Paolo Momazzo, Trattato dell' arte della pittura diviso in sette libri, Paolo Gottardo Pontio, Milan, 1584 
  33. Cornelius de Bie, Het Gulden Cabinet van de Edel Vry Schilderconst, Jan Meyssens, Anvers, 1661 
  34. le Massacre des Innocents, que Reynolds ne connaissait que par une copie
  35. pour les références des commentaires, voir l'article sur le peintre
  36. Bucchanan 1990
  37. Crivelli, 1868, p.119
  38. Allard, 2001, p.47
  39. Rotterdam-Maastricht, 2003
  40. Mielke 1996, pp. 80-85
  41. Mielke 1996, pp. 74-80
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