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définition - Ponce Pilate

Ponce Pilate (n.prop.)

1.Ier s.procurateur romain de Judée. Il livra Jésus aux Juifs, en se lavant symboliquement les mains (d'où l'expression s'en laver les mains : décliner toute responsabilité).

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Ponce Pilate (n. pr.)


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Ponce Pilate

                   
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ponce (homonymie).
  Ecce Homo (Voici l'homme !), tableau d'Antonio Ciseri montrant Ponce Pilate présentant Jésus de Nazareth aux habitants de Jérusalem

Ponce Pilate (en latin Pontius Pilatus[N 1]), vraisemblablement né vers la fin du Ier siècle av. J.-C. à un endroit inconnu[N 2], était un citoyen romain, membre de la classe équestre, qui, à partir de 26[1] sous le règne de l'empereur Tibère et durant onze ans, a occupé la charge de préfet de Judée avant d'être renvoyé à Rome fin 36 ou au début 37[2] par le proconsul de Syrie Lucius Vitellius afin qu'il s'explique de sa gestion auprès de l'empereur. Après son arrivée à Rome, l'histoire perd sa trace[3].

Il est essentiellement connu pour avoir, ordonné l'exécution et le crucifiement de Jésus de Nazareth, ce qui lui a conféré une notoriété exceptionnelle pour un simple gouverneur d'une province mineure de l'empire, due à la tradition évangélique et la mention de son nom dans les professions de foi des chrétiens[4].

L'absence d'éléments historiques a permis le développement de légendes à son sujet, telle celle qui veut qu'il ait été exilé et se serait suicidé[5] durant le règne de Caligula (entre 37 et 41 de notre ère)[N 3]. Des traditions lui font trouver la mort à de nombreux endroits comme Rome[6], Vienne ou encore Lucerne où une montagne porte son nom.

L'Église éthiopienne orthodoxe ainsi que les Églises catholique et orthodoxe coptes vénèrent Ponce Pilate comme saint avec sa femme. Les Églises orthodoxes honorent seulement cette dernière sous le nom de Claudia Procula.

Sommaire

  Nomination

  La Palestine au Ier siècle av. J.-C.

Ponce Pilate est nommé préfet en 26 sous le règne de l'empereur Tibère (14-37), sans qu'on en connaisse les motivations. Il prend la tête d'une province impériale d'un type particulier, généralement confiée à des membres de l'ordre équestre dont les gouverneurs ne reçoivent pas de l’empereur l’imperium proconsulaire comme cela se fait pour des provinces impériales plus importantes ou pour les provinces sénatoriales[7]. Certains chercheurs[8] estiment que la Judée n'avait peut-être pas d'autonomie propre, constituant plutôt un district de la province de Syrie - dont le gouverneur est le seul a posséder l’imperium complet - sous l'autorité d'un légat en charge du commandement des troupes, de la justice et des impôts[7].

Succédant à Valérius Gratus - resté onze ans en charge - Ponce Pilate est le cinquième des gouvernants romains qui se succèdent en Judée entre 6 et 36, tous issus de l'ordre équestre. Il est néanmoins le seul parmi eux dont la notoriété a traversé les siècles, notamment à travers les attestations de son contemporain Philon d'Alexandrie[9] mais surtout des évangiles chrétiens et des écrits de l'historien judéo-romain Flavius Josèphe[10]. Il existe également une attestation archéologique découverte en 1961 à Césarée[11], la ville dont ces dirigeants romains avaient fait le siège de leur administration au détriment de Jérusalem, probablement pour le luxe des palais hérodiens et les divertissements offerts par cette cité[12]. En qualité de Préfet, Ponce Pilate gouvernait donc une province où étaient stationnées des forces militaires[13].

  Fonction

Le poste qu'occupe Ponce Pilate, dans une région aux troubles et à l'insécurité permanents, est ingrat et redouté en même temps qu'il est sans prestige. Nombre de ses titulaires ne s'y maintiendront que très peu de temps mais certains, comme Pilate lui-même et son prédécesseur Valérius Gratus, restent plus de dix ans, jouant des antagonismes ethniques et opposant les forces autochtones[14], même si la politique romaine s'appuie sur les institutions préexistantes et les élites locales pour les faire fonctionner[15].

L'officier romain en charge du gouvernement de la Judée dirige son administration ainsi que les troupes auxiliaires cantonnées dans sa juridiction qu'il peut, en cas de nécessité, voir augmentées par un appoint de troupes de la province de Syrie. Il détient l'autorité juridique suprême[16], même s'il reste une certaine autonomie aux autorités juives en matière de droit civil et de droit pénal[17]. Il est également habilité à frapper monnaie - généralement de pièces de bronze qui suivent le comput officiel de l'empire - et de collecter les impôts[16].

  Titulature et nom

  Titulature

  L'inscription de Césarée maritime sur laquelle figure partiellement le nom : [Pont]ius Pilatus (2e ligne)

Depuis la fin du XXe siècle, l'historiographie s'accorde pour dire que le titre officielle de Ponce Pilate, comme pour les autres titulaires de la charge jusqu'au règne de l'empereur Claude (41 - 54), était Praefactus. Or, pendant des siècles, le titre attribué à Ponce Pilate a été celui de procurateur qui a pu sembler « inséparable de son nom »[12] : en effet, tant Philon que Josèphe qualifient Pilate d’épitropos (en grec, ἐπίτροπος), ce qui correspond au titre latin de procurator que l'on trouve chez Tacite[18]. De plus, les rédacteurs des évangiles mais aussi Flavius Josèphe utilisent quelques fois le terme grec sans connotation officielle d’hegemon qui désigne - « celui qui dirige » - correspondant au latin praeses[12].

Mais les textes littéraires antiques utilisent souvent les titres sans grande rigueur et de façon anachronique. De plus la découverte en 1961 à Césarée d'une inscription attestant de la construction d'un sanctuaire dédié à l'empereur Tibère (le Tiberium), à l'initiative d'un [Pon]tius Pilatus dont la titulature apparait partiellement comme [prae]fectus Judaeae, a montré que Pilate ne portait pas ce titre de « procurateur », qui ne s'impose que plus tardivement en Judée[12]. Ainsi, le praefectus qui gouverne la Judée a en charge des fonctions administratives, militaires et juridiques - tant sur le plan civil que criminel - mais il s'occupe également de la levée des impôts ce qui fait de lui un « procurateur » (en latin, procurator) chargé des intérêts de l'empereur et il semble que ce soit la dénomination qui soit restée à partir de l'époque de Claude[12] « correspond[ant] à une évolution historique des gouverneurs de rang équestre »[19].

  Nom de Pilate

Une mention au début de l'Évangile selon Luc, un passage des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe[20] et une courte phrase de Tacite, dont l'authenticité est très contestée[N 4] sont les trois seuls textes qui permettent de savoir que le surnommé Pilate s'appelait « Pontius ». L'inscription retrouvée à Césarée en 1961 ne comporte quant à elle que les dernières lettres du nom.

« Pontius » est son nom (nomen) et « Pilatus » son surnom (cognomen) tandis qu'on ignore son prénom (praenomen)[21].

  Contexte

Au premier siècle de l'ère commune, la Palestine se trouve dans une situation politique complexe : depuis l'an 6 de notre ère et la déposition du souverain hérodien Hérode Archélaüs par Auguste, la Judée est passé sous administration romaine avec le rang de province « équestre », dépendant de l'empereur mais sous responsabilité directe du légat de Syrie. En dehors de la Judée, de l'Idumée et de la Samarie, la Palestine est dirigée par la dynastie hérodienne qui est néanmoins soumise au pouvoir romain[22]. De manière générale, pour une région qui change régulièrement de statut, la Palestine est, depuis le Ier siècle av. J.-C. et tout au long du Ier siècle, le théâtre d'agitations et de nombreux soulèvements motivés par différents facteurs - recherche d'amélioration des conditions sociales ou fiscales - sur fond d'attente eschatologique d'ordre prophétique qui poussent certains des habitants à une certaine radicalité à l'encontre des autorités romaines[23].

Les soulèvements populaires auxquelles succèdent des provocations romaines, parfois inconscientes, maintiennent ainsi un climat souvent insurrectionnel qu'il convient cependant de relativiser : sous l'administration de Pilate et de son prédécesseur, la province paraît bénéficier d'une relative prospérité ainsi que semblent en témoigner la longueur de leurs administrations successives - s'étalant chacune sur plus de dix ans - ainsi que le règne des tétrarques Philippe (-4 à 34) et Hérode Antipas (-4 à 39)[22]. C'est ainsi que Tacite[24] explique que sous le règne de Tibère « les choses étaient calmes » en Judée[25].

  Préfecture

Bien qu'ils divergent sur d'autres points, les textes de Flavius Josèphe et de Philon d'Alexandrie s'entendent pour rapporter l'image détestable que Ponce Pilate laisse auprès des Juifs, même bien au-delà de la Judée[26]. Ainsi, dans Légation à Caïus, Philon d'Alexandrie raconte un épisode où les autorités juives menacent d'envoyer une supplique à l'empereur Tibère, ce qui ne fait qu'accroître la colère de Pilate, car « il craignait que, si on envoyait des députés on ne vînt à découvrir les autres méfaits de son gouvernement, ses vexations, ses rapines, ses injustices, ses outrages, les citoyens qu'il avait fait périr sans jugement, enfin son insupportable cruauté »[27]. Maints commentateurs actuels soulignent que ce portrait hostile reflète une opinion préconçue qui sert rétrospectivement à justifier le remplacement des procurateurs romains par Hérode Agrippa Ier. Si les sources néotestamentaires dressent de leur côté un portrait moins hostile du préfet, elles ne le présentent pas pour autant comme un modèle de la justice romaine[25].

Ainsi il convient de tempérer la façon qu'ont ces sources apologétiques voire théologiques chrétiennes ou juives - parfois influencées par leur particularisme communautaire - de noircir l'image d'un fonctionnaire sur lequel l'historiographie actuelle pose un regard plus nuancé : Pilate ne semble pas outrepasser ses prérogatives et semble avant tout soucieux de préserver l'ordre et les intérêts de Rome[28]. Si le pouvoir de Ponce Pilate repose sur la puissance militaire de l'empire qu'à l'instar de tout gouverneur romain il n'hésite pas à déployer de temps en temps avec une « insensibilité dévastatrice », il faut noter que la présence romaine ne se fait habituellement sentir que lors de la levée des impôts, de la construction des routes et par une présence policière minimale, essentiellement cantonnée au palais d'Hérode et à la forteresse Antonia[29].

Durant les onze années de la préfecture de Pilate, on peut relever une série de six incidents entrainant des protestations plus ou moins graves dont l'histoire a conservé la trace : dès 26, l'année de son arrivée, un incident concernant des images figurant l'empereur sur des enseignes romaines ; un incident consécutif à la construction d'un aqueduc financé avec le trésor du Temple ; un incident concernant des pièces frappées avec un symbole cultuel paien ; un épisode concernant les sacrifice sanglants galiléens ; une affaire anodine de consécration de boucliers dorés à Jérusalem prise pour un outrage ; et encore en 36, l'affaire mettant en scène un prophète samaritain se proclamant « Nouveau Moïse ». On peut y ajouter les arrestations et exécutions de Jean le Baptiste et de Jésus de Nazareth, voire l’arrestation du populaire Jésus Bar Abbas[30].

  Images à Jérusalem

  Représentation de Flavius Josèphe dans un livre de La Guerre des Juifs de 1888.

Dès sa nomination, une action de Pilate est lue comme une provocation par les Juifs, quand le préfet prend l'initiative d'introduire de nuit à Jérusalem des enseignes et des effigies de l'Empereur, alors qu'aucun autre gouverneur romain n'avait fait cela avant lui[N 5] et que d'après Philon d'Alexandrie, cet interdit religieux avait été « jusqu'alors respecté par les Rois et les Empereurs »[27] . Suivant Flavius Josèphe, « Le jour venu, […] les habitants présents furent frappés de stupeur, voyant là une violation de leurs lois, qui ne permettent d'élever aucune image dans leur ville »[31]. Les habitants se précipitent alors à Césarée où les gouverneurs de Judée stationnaient. « Les Juifs s'ameutèrent autour de Pilate, à Césarée, pour le supplier de retirer les enseignes de Jérusalem et de maintenir les lois de leurs ancêtres »[31].

Si cet épisode est le même que celui rapporté par Philon, à ces députations se joignent « les quatre fils » d'Hérode le Grand et notamment Antipas le tétrarque de Galilée et celui de la trachonitide Philippe le Tétrarque‎ et peut-être Hérode Boëthos, « on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout ce qu'il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation »[27]. Mais Pilate s'obstine. Alors les Juifs « se couchèrent autour de sa maison et y restèrent prosternés, sans mouvement, pendant cinq jours entiers et cinq nuits »[31]. Pilate convoque alors le peuple dans le grand stade au prétexte de lui répondre :

« Là, il donna aux soldats en armes le signal convenu de cerner les Juifs. Quand ils virent la troupe massée autour d'eux sur trois rangs, les Juifs restèrent muets devant ce spectacle imprévu. Pilate, après avoir déclaré qu'il les ferait égorger s'ils ne recevaient pas les images de César [l'empereur Tibère], fit signe aux soldats de tirer leurs épées. Mais les Juifs, comme d'un commun accord, se jetèrent à terre en rangs serrés et tendirent le cou, se déclarant prêts à mourir plutôt que de violer la loi[32]. »

Finalement, « frappé d'étonnement devant un zèle religieux aussi ardent », Pilate n'exécute pas sa menace. D'après Philon, Tibère ayant été saisi par les fils du roi Hérode et par les autres hauts personnages, l'empereur ordonne à Pilate de retirer les enseignes problématiques. Elles sont alors installées à Césarée dans le Temple consacré à Auguste[N 6].

Certains historiens estiment que les relations de Flavius Josèphe et de Philon d'Alexandrie parlent de deux événements distincts[33].

  Construction d'un aqueduc

  Monnaie en bronze frappée sous Ponce Pilate.
Revers: Inscription en grec TIBEPIOY KAICAPOC (Tibère Empereur) an 16 (29/30).
Avers : Inscription en grec IOYLIA KAICAPOC (Julia, la mère de l'empereur).

Flavius Josèphe[34] rapporte également des troubles occasionnés « un peu plus tard »[35] par la construction - ou la complétion[36] - d'un aqueduc destiné à desservir Jérusalem en eau, financé par Pilate - en tout cas en partie - avec des fonds provenant du trésor du Temple. Ces ouvrages d'art étaient en effet fort onéreux[37] et celui de Jérusalem portait sur une distance de 200 à 400 stades[38].

Bien qu'il soit possible que le financement de l'ouvrage utile à la ville se soit fait en accord avec les autorités sacerdotales[39], cette construction soulève un mécontentement populaire pour des raisons qui restent difficiles à établir précisément ; il semble néanmoins qu'il ait pu être occasionné autant par la nature des travaux d'eau et des raisons religieuses que par leur financement avec les biens du Temple[40]. Quoiqu'il en soit, alors que l'ouvrage semble avancé dans sa construction[36], une protestation de la foule rassemblée - peut-être pour une cérémonie officielle comme une inauguration qui nécessite la présence de l'autorité[41] - dégénère. Le fil des évènements qui suivent est divergent suivant les deux versions de Josèphe mais, en tout état de cause, le rassemblement est agressif et la foule hiérosolymitaine remontée contre le préfet. Pilate ne se laisse pas surprendre et maitrise la situation par la ruse[42] : la sédition est réprimée à coup de gourdins sur un signe du préfet par des soldats romains qui, préalablement dissimulés en civil au sein de la foule, occasionnent de nombreux morts et blessés.

L'épisode qui se termine tragiquement semble montrer une maladresse dans l'exposé des intentions de Pilate, qui place les habitants de Jérusalem devant le fait accomplis mais révèle, si l'on suit le texte de Flavius Josèphe, « un gouverneur qui n'hésite pas à recourir à la manière forte pour rétablir l'ordre compromis par ses initiatives » plutôt qu'« un homme assoiffé de sang »[42].

Article connexe : Piscines de Salomon.

  Incident des boucliers dorés

Philon d'Alexandrie rapporte aussi l'incident des boucliers dorés qui a pour particularité d'être décrit dans une lettre que le roi Agrippa Ier aurait écrite à l'empereur Caligula pour l'inciter à abandonner son projet de faire ériger sa statue dans le Temple de Jérusalem.

« Pilate, qui était procurateur de Judée, consacra à l’intérieur de Jérusalem, dans le palais d’Hérode, des boucliers d’or, moins pour honorer Tibère que pour déplaire au peuple. Ils ne portaient aucune image, ni rien qui fût expressément interdit, mais seulement une inscription contenant les noms de celui qui les avait dédiés et de celui auquel ils étaient consacrés[43]. »

Selon Jean-Pierre Lémonon, les termes grecs employés pour décrire ces boucliers montrent qu'il s'agissait d'objets consacrés religieusement et que certains pouvaient porter une dédicace à l'empereur Tibère, avec « plein de sous-entendus religieux[44] » et notamment « son lien de filiation avec Auguste dont la divinité était alors affirmée[44]. »

À cette nouvelle « le peuple se rassembla et députa au procurateur les quatre fils du Roi (Hérode) qui, pour le rang et la dignité, ne le cédait en rien aux Rois ; on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout ce qu'il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation[27]. »

Tibère, saisi par les fils du roi Hérode et par les autres hauts personnages, ordonne à Pilate de retirer les enseignes problématiques. Elles sont alors installées à Césarée dans le Temple consacré à Auguste.

Cet incident est beaucoup moins grave que les répressions racontées par les deux auteurs juifs, puisque les boucliers ne comportaient pas d'image et que le peuple se contente de faire intervenir les grandes familles à ce sujet. Dans la lettre qui est rapportée par Philon d'Alexandrie, Agrippa veut montrer à Caligula combien Tibère, son père adoptif, a été sage en respectant les coutumes juives. Il met en parallèle l'attitude de Tibère à propos d'un incident bénin (puisque les boucliers ne comportaient pas d'image), avec ce que veut imposer Caligula (mettre sa statue dans le Temple), ce qui pour un Juif est la pire des provocations. Plusieurs auteurs pensent donc que cet incident est le même que celui des enseignes raconté par Flavius Josèphe (voir ci-dessus Des images à Jérusalem). Pour parfaire sa démonstration, Agrippa en aurait simplement minoré la gravité. Toutefois, Jean-Pierre Lémonon et d'autres historiens estiment qu'il s'agit de deux événements distincts.

  Répression des Samaritains

« Les Samaritains ne manquèrent pas non plus de troubles, car ils étaient excités par un homme qui ne considérait pas comme grave de mentir et qui combinait tout pour plaire au peuple. II leur ordonna de monter avec lui sur le mont Garizim, qu'ils jugent la plus sainte des montagnes, leur assurant avec force qu'une fois parvenus là il leur montrerait des vases sacrés enfouis par Moïse, qui les y avait mis en dépôt. Eux, croyant ses paroles véridiques, prirent les armes, et, s'étant installés dans un village nommé Tirathana, s'adjoignirent tous les gens qu'ils purent encore ramasser, de telle sorte qu'ils firent en foule l'ascension de la montagne. Mais Pilate se hâta d'occuper d'avance la route où ils devaient monter en y envoyant des cavaliers et des fantassins, et ceux-ci, fondant, sur les gens qui s'étaient rassemblés dans le village, tuèrent les uns dans la mêlée, mirent les autres en fuite et en emmenèrent en captivité beaucoup, dont les principaux furent mis à mort par Pilate, ainsi que les plus influents d'entre les fuyards.  »

— Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, IV, 1

Jean-Pierre Lémonon place ces deux derniers événements après la mort de Séjan (en 31). « Deux événements ont eu pour Pilate des suites plus ou moins graves: lors de l'affaire des boucliers dorés, il est désapprouvé par l'empereur ; le massacre des Samaritains lui coûte sa place. Même si nous ignorons la décision de Gaïus (Caligula) à l'égard de Pilate, le fait est là : à la suite de cet incident, Pilate quitte la Judée[45]. »

  Fin de charge

  Renvoi de Pilate à Rome

  Pièce présentant Aulus Vitellius face à son père, Lucius Vitellius.

Lucius Vitellius est nommé légat de Syrie par Tibère en 34. L'empereur lui confie la délicate mission de gérer le conflit arméno-parthe et « de diriger toutes les révolutions qui se préparaient en Orient[46] ».

Celui-ci, ébranlé par les plaintes qui s'accumulent tant des Juifs que des Samaritains sur les exactions de Pilate, décide de son renvoi à Rome pour qu'il s'en explique avec l'empereur[47]. Pilate, quitte sa charge pour Rome vers la fin de l'année 36 ou le début de l'année 37, au plus tard à la fin février, ainsi que l'envisagent la plupart des chercheurs[48] quand arrive son successeur Marcellus (ou Marullus)[49] tandis que « Pilate, après dix passés en Judée, se hât[e] vers Rome, obéissant aux ordres de Vitellius, qu'il ne pouvait pas rejeter. Mais avant qu'il atteigne Rome, Tibère le devance en quittant la vie »[50]. On perd la trace historique de Pilate après cet épisode[51].

  Inflexion politique

Le mandat de Vitellius marque un retour à l'ordre en même temps qu'au travers d'une inflexion de la politique précédente, une volonté de conciliation envers les Juifs. Lors d'une première venue à Jérusalem, au cours de l'année 36[52], un des premiers actes de Vitellius consiste à restituer les vêtements du Grand Pontife que s’étaient arrogés les romains à la suite d'Hérode[47], ce qui leur conférait le contrôle des cérémonies qui se déroulaient au Temple de Jérusalem lors du jeune du Kippour ainsi que lors des fêtes célébrées au cours des trois pèlerinages[53].

L'année suivante, en route avec Hérode Antipas pour combattre les nabatéens et leur roi Arétas IV, Vitellius accepte de contourner la région de Jérusalem pour ne pas offenser la population par la vue des enseignes de ses légions, à l'effigie impériale, au contraire de ce qu'avait fait Pilate[54]. Il se rend même au Temple de Jérusalem avec Hérode pour y sacrifier à l'occasion de la Pâque et destitue le grand-prêtre Caïphe, probablement jugé trop proche de Pilate[47].

  Pilate dans les Évangiles

  Fresques du procès de Jésus, église Saint-Jean-Baptiste de Iaroslavl.
  Pilate se lave les mains (Duccio).

Dans le propos amère attribué à Pilate dans l'évangile selon Jean, se demandant « qu'est-ce que la vérité[55] ? » , certains auteurs, dont Ernest Renan, voient l'un des personnages les plus humains présentés dans les Évangiles, en raison de son doute sincère, alors que c'est plutôt la foi ou l'indifférence qui est décrite chez d'autres protagonistes. Les évangiles présentent en effet Pilate comme quelqu'un qui veut libérer Jésus, mais qui est contraint de le condamner par les autorités juives et la foule. Il se retrouve même piégé et doit libérer Barabas, un « brigand » inculpé pour émeute et meurtre[56], plutôt que de libérer Jésus dont il dit qu'il est innocent (voir ci-dessous: Pilate dans les Évangiles).

Seul, l'Évangile de Luc (3,1) présente Ponce Pilate comme gouverneur de la Judée et le situe dans un environnement politique[57]. « Or, en la quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, (...) la parole de Dieu vint à Jean (le Baptiste), le fils de Zacharie, au désert ». Cette précision chronologique ne s'applique pas à Jésus, mais au début de la prédication de Jean le Baptiste.

  Répression dans le Temple

L'Évangile attribué à Luc évoque aussi des « Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes[58] ». Les « victimes » dont il est question, sont les animaux qui étaient sacrifiés à Dieu dans le Temple de Jérusalem, une pratique qui existait dans la plupart des autres religions de l'Antiquité. Selon cette phrase trop brève, qui n'a d'écho ni chez Flavius Josèphe, ni chez Philon d'Alexandrie, Pilate aurait donc aussi réprimé un mouvement de protestation animé par des Galiléens à l'intérieur même du Temple. Ici, les Galiléens ne sont pas spécialement des habitants de Galilée, mais des membres du mouvement créé vers l'an 6, par Juda le Gaulanite (ou Judas le Galiléen)[N 7], qui prendra le nom de Zélote à une date indéterminée.

  Arrestation et interrogatoire de Jésus

Les mentions ultérieures de Pilate dans le Nouveau Testament se réfèrent toutes à la comparution de Jésus devant lui[59].

Pilate est surtout connu comme juge au procès de Jésus. Les chapitres 27 de Matthieu, 15 de Marc, 23 de Luc et 18-19 de Jean[60] rapportent le renvoi de Jésus du Sanhédrin à Pilate, son interrogatoire, la pression de la foule, la libération de Barabbas :

Jésus est conduit devant Pilate par les responsables du Sanhédrin. La nuit précédente, il avait été arrêté à Gethsémani, par une foule armée de bâtons et de glaives, envoyée par les grands-prêtres[61]. Jésus avait été trahi par le baiser de Judas. On le traîne alors devant l'ancien grand-prêtre Anne, puis devant son gendre, le grand-prêtre Caïphe qui a convoqué de toute urgence le Grand Conseil ou Sanhédrin. On lui fait alors un procès autour d'une accusation de blasphème. Mais, le pays étant occupé par les Romains, il faut obtenir un autre jugement, cette fois devant le tribunal du préfet romain, Pilate, pour parvenir à une condamnation à mort, il est accusé d'être le « roi des Juifs ».

L'ayant interrogé, Pilate ne voit aucun motif de condamnation. Croyant sans doute avoir trouvé le moyen d'épargner Jésus, il propose à la foule (Ecce homo[62]) de libérer un prisonnier à l'occasion de la Pâque[63]. Mais, contrairement à ce qu'il attendait, la foule crie « Libérez Barabbas » (PâLaT bar Abbas), du nom de cet autre prévenu dont Pilate instruisait le procès au même moment, présenté comme un émeutier, un meurtrier et « un brigand » (c'est-à-dire un révolté Galiléen).

« Et Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que plutôt il s'élevait un tumulte, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez[64]. »

Bien que reconnaissant l'innocence de Jésus, Pilate le livre pourtant au supplice de la croix. Il rédige le motif de la condamnation : « le roi des Juifs » ; les autorités juives protestent et voudraient plutôt inscrire: « Il a dit : Je suis le roi des Juifs ». Pilate refuse de changer ce qui est écrit. Après la crucifixion, il accorde le cadavre de Jésus à Joseph d'Arimathie et délègue aux autorités juives la garde du tombeau[65].

  Les différences entre les évangiles

La relation ci-dessus correspond plus au contenu des évangiles vu par la tradition chrétienne que ce qui est effectivement écrit dans les évangiles. En effet, les évangiles ont été écrits séparément et lors de leur composition (essentiellement dans la période 70 - 115) personne n'a envisagé que certains d'entre eux puissent être un jour regroupés dans un livre unique : le Nouveau Testament. Par simplification, cette histoire est en général racontée en effectuant une sélection des épisodes tour à tour dans l'un ou l'autre évangile particulier, alors que cet épisode ne figure pas dans les autres ou qu'il y est raconté différemment. Or cette sélection est elle aussi le résultat de la tradition ecclésiastique. Cette façon de faire, ne permet pas d'analyser ce que chacun des textes dit effectivement.

L'Évangile attribué à Luc est le seul, probablement avec celui attribué à Pierre, à contenir un épisode où Pilate envoie Jésus se faire juger par Hérode[66]. En suivant la tradition ecclésiastique, on estime que cet Hérode est Hérode Antipas qui est d'ailleurs mentionné pour avoir fait exécuter Jean le Baptiste auparavant. Toutefois, l'évangile attribué à Pierre parle de « Hérode le roi », ce qui place cet événement sous l'un des rois juifs qui ont régné de 37 à environ 92, Antipas n'étant pas roi, mais tétrarque de Galilée et ne pouvant d'ailleurs exercer aucune autorité à Jérusalem. Comme par ailleurs l'Évangile attribué à Matthieu parle de « Pilate le Procurateur », cela nous renvoie alors à après 46, date où pour la première fois un Procurateur gère la province de Judée.

  Hypothèses

  Pilate et Séjan

Au début de la seconde moitié du XXe siècle, quelques historiens[67], à la suite de Ethelberg Stauffer [68], ont émis l'hypothèse que Pilate avait partie liée avec le confident de l'empereur et puissant préfet du prétoire Séjan qui, suivant les allégations Philon d'Alexandrie[69], était hostile aux juifs. Séjan aurait alors nommé Pilate dans l'idée de susciter, vers la fin des années 20, une révolte juive et sa répression[70].

Selon cette hypothèse, les « provocations » ont lieu dans la première partie du gouvernorat de Ponce Pilate. À partir d'un moment qui semble coïncider avec la nomination de Lucius Vitellius comme légat de Syrie (en 34), auraient cessé. Suivant ces historiens, Ponce Pilate voulant complaire à Séjan, aurait délibérément orchestré « les provocations » pour précipiter une agitation juive à réprimer afin que Tibère lui concède plus de pouvoir[71]. Indépendamment de cette hypothèse, Séjan obtient de facto plus de pouvoir à partir de 29, lorsque l'empereur âgé s'isole davantage sur son île de Capri[72]. Suivant cette hypothèse, l'essentiel de ces graves incidents se seraient ainsi produit de 29 à 34[N 8].

Toutefois Séjan tombe en disgrâce - notamment sous l'influence d'Antonia Minor, fille d'Antoine qui protégeait le parti hérodien de Rome[70] - et est exécuté en 31 sans que cela y mette fin[N 9]. Par ailleurs, en tout état de cause, Pilate n'avait pas beaucoup à craindre d'un pouvoir central qui se souciait assez peu de la l'administration des provinces éloignées[70] mais son comportement a pu être lui-même encouragé par les évènement de la capitale[73].

Ainsi, pour l'historiographie récente, cette hypothèse est contestée et démontée ainsi que le lien qu'elle sous-tend entre Séjan et Pilate[74] : des historiens dont Jean-Pierre Lémonon estiment que s'il y a bien eu, en tout cas à Rome[75], une politique anti-juive de Séjan à partir de 29, ils estiment qu'on ne peut s'appuyer sur le témoignage de Philon pour conclure que Pilate agissait ainsi « pour complaire à Séjan » et doutent des liens entre les deux hommes : en effet, « aucun texte ne permet de prétendre que Pilate fut l'exécutant d'une politique hostile aux Juifs, pensée et voulue par Séjan[45] ». Jean-Pierre Lémonon souligne que rien par ailleurs ne prouve que les incidents ne se poursuivent pas au-delà de 34 et place d'ailleurs la répression des Samaritains vers la fin 36.

  Un procès de Pilate ?

« P. L. Maier a cru pouvoir affirmer qu'il n'y eu probablement pas de procès contre Pilate en raison de la mort de Tibère »[76]. Selon Jean-Pierre Lémonon : « Les textes avancés par P. L. Maier ne manquent pas de pertinence, [mais] ils ne permettent pas cependant de définir avec certitude le sort de Pilate d'autant plus que la violence de la lettre d'Agrippa, rapportée par Philon [...] invite à nuancer [ses] propos. Philon utiliserait-il des propos aussi violents [cf. supra] à l'adresse d'un fonctionnaire romain si celui-ci n'avait pas été officiellement blâmé pour son comportement en Judée ? » [76] .

  Le nom de Pilate et sa notoriété

Pilate (Pilatus en Latin) signifie que Ponce Pilate (Pontius Pilatus) avait été décoré d'un javelot d'honneur (du latin pilum)[N 10],[77].

  Célébrité chez les Juifs et parodie anti-judaïque

S'il n'existe qu'un seul Ponce Pilate, le surnom Pilate a pour particularité de pouvoir être donné à beaucoup de gouverneurs, puisqu'un très grand nombre devaient porter cette décoration et étaient donc des « Pilatus ». Pourtant, pour désigner Ponce Pilate, les juifs semblent aimer utiliser ce seul surnom. C'est ce que font Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe[N 11], mais aussi les auteurs des évangiles, qui sont eux aussi juifs, puisque ces textes sont écrits avant que le « christianisme » et le judaïsme ne se séparent. À part l'exception tardive d'une seule mention dans l'Évangile selon Luc[N 12], tous les autres, y compris les apocryphes ont pour seul nom: Pilate.

Cette préférence des auteurs juifs tient-elle au fait qu'en Hébreu, dont l'alphabet ne comporte pas de voyelles, le nom Pilate évoque la racine « plt » qui signifie libérer[N 13] ? Pilate serait-il plus connu comme celui qui a été contraint de libérer Jésus Barabbas[N 14] par une quasi émeute des Juifs de Jérusalem, que comme celui qui a crucifié Jésus Christ ?[interprétation personnelle] Selon Jean-Pierre Lémonon, le témoignage de Philon, même s'il est peut être exagéré, n'en constitue pas moins « un témoignage valable sur le mauvais souvenir laissé en Judée par Pilate lors de son gouvernement[78] ». La célébrité qu'il semble avoir chez les Juifs pourrait venir du « mauvais souvenir laissé par Pilate ». À l'instar de ce que fait Philon, les juifs profitaient peut-être de la sanction qui a frappé Ponce Pilate, pour critiquer sans risque, les agissements des romains et valoriser, en l'exagérant, la sagesse et la tolérance de Tibère (en fait celle de Vitellius). Cette célébrité de Pilate semble rejaillir sur le « fameux Barabbas » comme l'alter ego de Jésus est appelé dans l'Évangile selon Matthieu[79]. Surtout, que le prénom de ce prisonnier célèbre est aussi Jésus. Celui-ci semble avoir été enlevé de l'évangile attribué à Matthieu vers le IIIe ou IVe siècle car disait Origène, il ne convenait pas qu'un brigand porte le nom prestigieux de Jésus[N 14],[80]. Avant cette coupure, Pilate proposait à la foule cet étonnant dilemme: « Lequel voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas (Jésus fils du Père), ou Jésus que l'on appelle Christ[81] (surnommé Fils de l'Homme dans les évangiles)[80] ? ».

De même, la parodie que le vice-roi d'Égypte Flacchus, fait subir à Agrippa Ier[82], nouveau roi des juifs, à Alexandrie qui présente de nombreux points communs avec les récits de la Passion contenus dans les évangiles, peut signifier que l'humiliation que Pilate a fait subir au « fou », Jésus Barabbas, qui se prétendait roi des Juifs ou que l'on présentait comme tel, avait déjà fait le tour de la Méditerranée. Or, cette parodie a lieu en été 38, c'est-à-dire à peine 16 ou 18 mois après le renvoi de Pilate, même si le nom que l'on trouve aujourd'hui dans le texte de Philon d'Alexandrie n'est pas Barabbas mais Karabbas, un Kappa ayant très bien pu remplacer un Béta au fil des recopies.

  Chez Tacite

Il n'existe aucune trace connue de Ponce Pilate chez les romains (archives, chroniques, écrits littéraires ou historiques), mais Tacite, vers 115, le mentionne dans ses Annales[83], en rapportant la répression des christiani sectateurs du Christ livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate - ce qui est généralement considéré comme la première mention des chrétiens chez un auteur romain - , accusés par Néron d'avoir incendié Rome (en 64)[84].

  Actes du procès de Pilate

Cette célébrité semble encore présente, lorsque vers 150, Justin de Naplouse écrit à « l'Empereur, au Sénat et à tout le peuple », une apologie des chrétiens dans laquelle il invite ses destinataires à se référer aux « Actes du procès de Pilate » qui, d'après lui, confirmeraient ses dires. Cela montre que ces faits sont encore connus plus d'un siècle après, puisque Justin se contente de renvoyer ses lecteurs à ce procès, sans donner plus d'explication. En 150, l'implantation des idées chrétiennes dans l'administration romaine, commence à peine, donc si Justin s'abstient d'expliquer c'est qu'il table sur un niveau de connaissance générale dans la société romaine de l'époque, qui ne peut exister que parce que les événements vécus par Ponce Pilate et/ou Jésus ont connu une certaine célébrité.

Encore au IVe siècle, pour transformer les mentalités, l'empereur Maximin Daïa aurait fait rédiger des « Actes » de Pilate dirigés contre les chrétiens[N 15]: Selon Eusèbe de Césarée, « Dans les écoles, durant toute la journée, les enfants avaient à la bouche jésus, Pilate et les Actes fabriqués par outrage[85],[86] ». D'après Jean-Pierre Lémonon, ce serait d'ailleurs en réponse à ces Actes, que les « Actes de Pilate » chrétiens auraient été rédigés.

Cela signifierait qu'il y a bien eu un procès de Pilate à Rome dont, à part les apocryphes chrétiens, plus aucun texte grec ou latin ne parle aujourd'hui. Il faut bien alors s'interroger sur le fait qu'il n'existe aucun texte d'auteurs païens parlant de Ponce Pilate qui soit parvenu jusqu'à nous. En particulier, on ne peut que constater que les Annales de Tacite nous ont été entiérement conservées, à l'exception des livres couvrant le règne de Caligula et le début du règne de Claude.

  Pilate, les traditions chrétiennes, la légende

Malgré son apparente célébrité, aucun texte d'auteurs romains qui parlait de Ponce Pilate n'a été conservé. Seuls des textes d'auteurs juifs parlent de lui, mais Flavius Josèphe s'arrête à son arrivée à Rome. Ensuite, ce sont les auteurs chrétiens qui prennent le relais. Le théologien catholique Jean-Pierre Lémonon estime que « dès son arrivée à Rome, Pilate échappe à l'historien[76]».

Les récits chrétiens sur Ponce Pilate sont très nombreux, comme les autres écrits, y compris les Évangiles, la plupart revêtent des caractères légendaires évidents.

  Les Actes de Pilate

Une série de textes fait référence à des Actes de Pilate qui ont donné lieu à des écrits chrétiens connus sous le même nom ou sous celui d'Évangile de Nicodème. L'apparition de ces textes chrétiens (vers le VIe siècle) a une histoire.

  Les Actes de Pilate chez Justin de Naplouse

Le premier auteur chrétien à parler d'Actes de Pilate, est saint Justin de Naplouse (appelé aussi Justin Martyr) qui vers 150 écrit à « l'Empereur, au Sénat et à tout le peuple[N 16] », la première de ses deux apologies du christianisme. Il s'agit de prouver que les membres de l'Église n'ont rien à voir avec les juifs messianistes pour lesquels les romains ont inventé le nom de chrétiens, qui à cette époque sonne comme une « qualification criminelle »[N 17]. Les romains rendent en effet responsable ces chrétiens des révoltes extrêmement sanglantes qui ont lieu depuis un siècle parmi les juifs de la diaspora et en particulier la révolte des exilés qui a embrasé la méditerranée de 115 à 117.

Dans cette apologie, Justin fait référence à deux reprises à des « Actes de Pilate » qui ne sont bien sûr pas le futur texte chrétien, mais « des minutes du procès, conservées dans les archives romaines[87]. » Dans ces deux passages, l'auteur renvoie ses lecteurs à ces Actes pour prouver la véracité de ses dires. « En consultant les Actes de Pilate, les romains auquel Justin destine son œuvre, pourront vérifier la réalisation des prophéties dans les événements qui ont marqué la passion du Christ[88]. » écrit Jean-Pierre Lémonon. Il se range à l'avis d'autres auteurs pour dire que « les Actes de Pilate auxquels Justin renvoie sont à recevoir comme une supposition de Justin : il conjecture que les romains disposent d'archives qui leur permettent de contrôler l'exactitude de ces affirmations[88]. » Si cette hypothèse est recevable, d'autres auteurs font remarquer que Justin suppose que ses interlocuteurs (dont font partie la plus haute administration de l'empire et le Sénat) sont au courant de l'existence d'un procès de Pilate ayant concerné un Jésus, sinon ses arguments seraient complètement inopérants. Justin n'a probablement pas eu entre ses mains les actes du procès de Pilate, mais il pourrait tout autant faire référence à la version de ces Actes publiée par des historiens comme Tacite dont les livres des Annales qui couvrent justement cette période, ne nous ont malheureusement pas été conservés.

  Eusèbe de Césarée et les Actes dirigés contre les chrétiens

Au début du IVe siècle, Eusèbe de Césarée connaît un rapport de Pilate à Tibère, sans que l'on puisse déterminer s'il s'agit du même que celui auquel faisait référence Tertullien dans son Apologétique (écrit vers 197). Mais pour Eusèbe, Pilate « se fait le simple écho de ce qui s'est passé et se dit dans la province dont il a la charge[86] », alors que conformément aux Évangiles, Tertullien faisait de Pilate un « chrétien de cœur[89],[90] ». Au contraire pour Eusèbe, « Pilate ne prend pas en compte ce qu'il rapporte[86]. » Pour Jean-Pierre Lémonon, les écrits d'Eusèbe concernant « le rapport de Pilate » sont dépendants de l' Apologétique de Tertullien dont il donne d'ailleurs la référence explicite. Toutefois, Eusèbe « ne fait pas mention du texte de l' Apologétique qui présente Pilate comme un chrétien de cœur car il est également l'écho d'une tradition qui met en valeur le châtiment de Pilate[86]. » En effet dans son Histoire Ecclésiastique, Eusèbe de césarée s'appuie sur « les écrivains grecs qui nous ont laissé la suite des olympiades avec les événements survenus à leur date » pour mentionner que Ponce Pilate n'aurait pas survécu longtemps à sa disgrâce et se serait donné la mort alors que Caligula était empereur (37 - 41)[91].

Mais Eusèbe ne parle pas seulement d'un rapport de Pilate à l'empereur, il mentionne aussi l'existence d'Actes anti-chrétiens qu'il appelle « Actes de Pilate et de notre Sauveur[92] ». Pour transformer les mentalités, l'empereur Maximin Daïa aurait fait rédiger des « Actes » de Pilate dirigés contre les chrétiens: « Dans les écoles, durant toute la journée, les enfants avaient à la bouche jésus, Pilate et les Actes fabriqués par outrage[85],[86] ». « On y retrouvait des thèmes classiques empruntés parfois aux polémiques entre chrétiens et juifs. Plusieurs attaques sont liées à la naissance de jésus: Jésus serait né hors des liens du mariage, il serait un fruit de la débauche; ses parents ont fui en Égypte en raison de leur honte ; si Jésus était fils de Dieu, celui-ci n'aurait pas laissé massacrer des innocents lors de la naissance de son fils[93] ». Les miracles de Jésus « étaient des actes de magie. Sa prétention à la royauté et son activité de malfaiteur l'ont conduit à la mort. La résurrection y était ramené à une affirmation subjective, car comme déjà Celse l'affirmait, il n'était pas convenable que « le Ressuscité » ne se manifeste pas au plus grand nombre, en particulier à ses ennemis[93]. »

  Les Actes de Pilate de la tradition chrétienne

Vers la fin du IVe siècle apparaissent les Actes de Pilate chrétiens qui donneront naissance à l'Évangile de Nicodème dans une Homélie sur la date de Pâques datant de 387 et dans un passage du Panarion d'Épiphane de Salamine.

Selon des traditions divergentes, Pilate se serait ensuite converti et serait mort martyr, ou aurait été puni par Tibère et exécuté. Un document nommé actes de Pilate (ou Évangile de Nicodème), quoique considéré dès les origines comme apocryphe, a fortement influencé la culture occidentale.


  Légendes diverses

De nombreux autres récits existent. Selon le Mors Pilati (« Mort de Pilate »), son corps fut d'abord jeté dans le Tibre. Les eaux réagirent si vivement aux esprits malins, que son cadavre fut conduit à Vienne et jeté dans le Rhône. Ici aussi les eaux réagirent et son corps dut être noyé dans le Léman à Lausanne. Selon cette tradition, le corps décomposé fut en dernier lieu enterré au pied du Pilatus qui domine Lucerne et le lac des Quatre Cantons.

La légende veut que chaque Vendredi saint, le corps émerge des eaux du lac et se lave les mains.

D'autres récits racontent qu'il se serait suicidé dans le Rhône à Vienne. Un monument de la ville, la « tombe de Pilate », en fait un monument marquant le centre du cirque romain, évoquerait ce récit. D'autres attribuent aussi le nom du massif du Pilat, qui commence à Vienne, à cette origine.

  Culte

Les églises éthiopienne orthodoxe et copte orthodoxe célèbrent Ponce Pilate comme saint. Selon cette tradition, il se serait converti en secret au christianisme, sous l'influence de sa femme Claudia Procula (ou Claudia Procla). Ils sont tous les deux fêtés le 25 juin.

Les Églises orthodoxes honorent seulement Claudia, le 27 octobre.

  Postérité

  Anatole France (1844–1924), Prix Nobel de Littérature en 1921.

Le personnage de Ponce Pilate a inspiré beaucoup d'œuvres. On peut citer L'Évangile selon Pilate d'Éric-Emmanuel Schmitt, Le Procurateur de Judée d'Anatole France ou Ponce Pilate de Roger Caillois, uchronie dans laquelle l'auteur imagine que Pilate gracie Jésus et transforme ainsi l'histoire du monde.

De même, le personnage de Ponce Pilate est l'une des figures centrales du roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, où c'est un personnage triste, profondément humain, accablé par sa charge et laissant crucifier Jésus à contre-cœur qui est décrit.

Au cinéma, Ponce Pilate a fait l'objet de nombreuses incarnations dans des films sur la passion de Jésus : Jean Gabin dans Golgotha, Rod Steiger dans Jésus de Nazareth de Franco Zefirelli, Barry Dennen dans la comédie musicale Jesus Christ Superstar, David Bowie dans La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese, Hristo Chopov dans La Passion du Christ de Mel Gibson ou Michael Palin dans La Vie de Brian de Monty Python. En 1962, Gian Paolo Callegari réalisa Ponzio Pilato évoquant la vie de Pilate avec Jean Marais dans le rôle du préfet de Judée.

Dans le livre le Frère de sang d'Éric Giacometti, et Jacques Ravenne, les auteurs se moquent des fantasmes de complot judéo-maçonnique en brodant sur le fait que Pilate est présenté comme un franc-maçon qui a comploté avec les Juifs pour crucifier le Christ.

  Notes

  1. De « pilatus », « titulaire d'un javelot d'honneur », d'un pilum).
  2. Cet état d'ignorance à amené à de nombreuses spéculations à travers les époques : ainsi, Félix Benoit, dans son ouvrage Lyon secret, se fait l'écho d'historiens et autres érudits lyonnais du XIXe siècle pour évoquer le lieu de naissance de Ponce Pilate. Il serait né en -19 dans le quartier de Fourvière à Lugdunum, aujourd'hui Lyon, où son père aurait occupé un poste de haut-fonctionnaire romain. Toutefois aucun historien ne reprend cette information.
  3. Pour l'écrivain chrétien Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, Livre II, § VII), Ponce Pilate n'aurait pas survécu longtemps à sa disgrâce et se serait donné la mort alors que Caligula était empereur (37 - 41).
  4. Outre l'argument exposé dans la note ci-dessus, les auteurs qui contestent l'authenticité de la phrase de Tacite font remarquer que ce texte qui évoque la participation des chrétiens dans l'incendie de Rome était inconnu avant le XVe siècle et que celui qui l'a découvert est l'humaniste italien Le Pogge qui était secrétaire particulier du Pape Eugène IV. Ils font aussi remarquer que le titre exact de Ponce Pilate est « Préfet » et pas « Procurateur » et que jamais Tacite n'aurait pu se tromper à ce sujet. Toutefois, s'il est possible que des copistes chrétiens aient harmonisé cette appellation avec celle des évangiles lors des recopies, cela n'invalide pas la phrase entière.
  5. C'est tout au moins ce que dit Flavius Josèphe et ce qui ressort des textes antiques à notre disposition.
  6. Flavius Josèphe donne une version différente et dit que c'est Pilate lui-même qui donna cet ordre.
  7. Appelé aussi « quatrième philosophie » par Flavius Josèphe.
  8. Ces graves incidents ce seraient donc produit de 29 à 34, excepté au moins, l'incident des images à Jérusalem que tout le monde considère comme s'étant produit dès l'arrivée de Pilate en Judée.
  9. Constatant que ce qu'ils appellent les « provocations » de Pilate se déroulent au début de son gouvernorat pour cesser ensuite, plusieurs auteurs ont expliqué que Pilate aurait été nommé par Séjan pour faire ces « provocations » anti-juives. Ils placent donc ces « provocations » encore plus tôt que 34. Toutefois, « l'explication Séjan » n'est qu'une hypothèse qui souffre de n'être directement soutenue par aucun texte, car Philon d'Alexandrie ne dit pas des choses aussi précises. Ainsi Jean-Pierre Lémonon écrit : « Des auteurs aussi importants que E. Stauffer, E. Bammel, P.L. Maier ou M. Grant ont voulu distinguer dans la carrière de Pilate un « avant » et un « après » Séjan. Ils ont cru pouvoir expliquer les attitudes de Pilate en fonction de ce critère : Séjan aurait été l'inspirateur de la politique de Pilate. [...] Depuis quelques années, une réaction salutaire se dessine, Séjan n'est plus présenté comme le protecteur de Pilate ». Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 257.
  10. Dans la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, après la prise de Jérusalem (70), on voit Titus distribuer à ses soldats et ses officiers des décorations dont des javelots d'or et d'argent.
  11. Flavius Josèphe parle une seule fois de Pilate en disant Ponce Pilate (Antiquités Judaïques, XVIII, II, 2).
  12. Ce passage qui parle du Procurateur Ponce Pilate a souvent été considéré comme une insertion tardive, car il reprend mot à mot le prologue de l'évangile de Marcion, apporté par ce même Marcion vers 140 à Rome.
  13. Aux premiers siècles, la population juive (pas seulement les scribes ou les docteurs) aimait faire des jeux de mots sur le nom des personnages publics. En hébreu, le mot qui se prononce PâLaT signifie « libérer », « délivrer », « sauver ». Comme l'hébreu ne comporte pas de voyelle, « Pilate » et « libérer » s'écrivent de la même manière. Les jeux de mots sont d'ailleurs un procédé constant du midrash.
  14. a et b Certains manuscrits anciens montrent que le prénom de Barabbas est Jésus. Par exemple le verset Mt 27. 16. (Barabbas Article de Jean-Paul Michaud, 2003, sur le site Interbible). Un passage de l'auteur chrétien Origène laisse penser que le prénom de Barabbas a été enlevé vers le IIIe siècle car disait Origène, il ne convenait pas qu'un brigand porte le nom prestigieux de Jésus.
  15. Eusèbe de Césarée mentionne l'existence d'Actes anti-chrétiens qu'il appelle « Actes de Pilate et de notre Sauveur; cfEusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, Livre IX, § V, 1s
  16. « À l'empereur Titus Aélius Hadrien Antonin le Pieux, Auguste, César, et à Vérissimus (Marc Aurèle), César, fils d'Auguste, philosophe et à Lucius, philosophe, fils de César selon la nature et d'Antonin le pieux par l'adoption, ami de la culture, au sacré Sénat et à tout le peuple romain, en faveur des hommes de toute origine, injustement haïs et persécutés, moi l'un d'eux, Justin [...] originaire de Flavia Neapolis, cité de Syrie-Palestine, j'adresse ce discours et cette pétition. »
  17. « Parce que vous avez entendu dire que nous attendons un royaume, vous supposez sans discernement que nous parlons d'un royaume humain, alors qu'il s'agit de celui qui est auprès de Dieu ; cela résulte aussi du fait qu'interrogés par vous nous avouons être chrétiens, alors que nous savons bien que pour celui qui fait cet aveu, la peine de mort est instituée. », cf. Ire Apologie, XI, 1, in Claude Munier, Apologie pour les chrétiens de Justin, Éd. Cerf, 2006, p. 153.

  Références

  1. « Pour l'arrivée de Pilate en Judée, Eusèbe de Césarée donne deux dates différentes. Dans l'Histoire ecclésiastique, il parle de la douzième année de Tibère (25 - 26), dans sa Chronique de la treizième annéee (26 - 27). » cf. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p.  122
  2. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp.  223-225, extrait en ligne
  3. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p.  225
  4. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p.  15
  5. Cette légende, qui suit la tradition rapportée par Eusèbe de Césarée, est le calque de l'exil d'Hérode Archélaos, fils d'Hérode le Grand exilé à Vienne ; cf. Jean-Pierre Lémonon, op. cit. pp.  253-254, note 140, note en ligne
  6. Bertrand Westphal,Roman & évangile: transposition de l'évangile dans le roman européen, éd. Presses universitaires de Limoges, 2002, pp.  44-73, extraits en ligne
  7. a et b Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 418
  8. cf. Maurice Sartre, Le Haut-empire romain, éd. Seuil, 1997, p. 344 ; Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, éd. Fayard, 2001, pp. 471-472, 552-554 ; cités par S.C. Mimouni, op. cit. , 2012, p. 418
  9. Ferdinand Delaunay Écrits historiques de Philon d'Alexandrie (1867)
  10. Guerre des Juifs, livre II, IX, 2-4 et Antiquités Judaïques, livre XVIII, II, 2
  11. Guy Couturier (professeur émérite de la faculté de théologie de l'Université de Montréal), « L'inscription de Ponce Pilate », interbible.org, 16 mars 2007.
  12. a, b, c, d et e Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard, 2009, p. 70
  13. Michel Dubuisson, Le « Procurateur » de Judée, p. 133.
  14. Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, pp. 419-420
  15. Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 422
  16. a et b Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 419
  17. Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 427
  18. Annales, XV, 44
  19. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp. 52-53.
  20. Antiquités Judaïques, XVIII, II, 2
  21. L'usage était les tria nomina, les trois noms du citoyen romain. Les deux premiers étaient le praenomen et le nomen ; cf. Pierre Vidal-Naquet, Du bon usage de la trahison, préface de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, traduit par Pierre Savinel, éd. de Minuit, Paris, 1977, pp. 24-25
  22. a et b Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2007, p. 24
  23. Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, pp. 436, 437
  24. Histoire, V, 9 ; cité par Raymond E. Brown, op. cit. , 2011, p. 99
  25. a et b Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, éd. Bayard, 2011, p. 99
  26. Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard, 2009, p. 71
  27. a, b, c et d passage écrit vers l'an 40 par Philon d'Alexandrie, Légation à Caïus, 38, texte en ligne sur remacle.org
  28. cf. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, notamment préface de Maurice Sartre ; Helen K. Bond, Pontius Pilate In History And Interpretation, éd. Cambridge University Press, 2004
  29. Martin Goodman, Rome et Jérusalem, éd. Perrin, 2009, p. 744
  30. Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, pp. 436
  31. a, b et c Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre II, IX, 2
  32. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre II, IX, 3.
  33. Voir plus bas l'Incident des boucliers dorés
  34. cf. Guerre des Juifs, livre II, IX, 4 (texte en ligne sur le site remacle.org) et Antiquités judaïques, XVIII, 60 (texte en ligne sur le site remacle.org)
  35. Guerre des Juifs, livre II, IX, 4
  36. a et b cf. Steve Mason, Flavius Josephus : Translation and Commentary. Judean war, Volume 1, éd. Brill, 2008, p. 148
  37. A Rome, il faut compter plus de deux millions de sesterce par kilomètre. Les aqueducs de province ont probablement moins de capacité mais restent des ouvrages dispendieux ; cf. Steve Mason, op. cit., 2008, p. 147
  38. Selon que l'on se réfère aux Antiquités ou à la Guerre
  39. Les rapports entre Pilate et le grand prêtre Caïphe semblent avoir été bons et en tout cas durables ; cf. Helen K. Bond, Pontius Pilate In History And Interpretation, éd. Cambridge University Press, 2004, p. 93
  40. cf. Gerd Theissen, Jésus et la crise sociale de son temps, in Daniel Marguerat (dir.), Jésus de Nazareth : Nouvelles approches d'une énigme,éd. Labor et Fides, p. 141
  41. Helen K. Bond, Pontius Pilate In History And Interpretation, éd. Cambridge University Press, 2004, p. 85
  42. a et b Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 157
  43. Philon d'Alexandrie, Légation à Caïus, § 288 (du texte Grec), sur remacle.org
  44. a et b Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, ed. Atelier, Paris, 2007, ISBN 978-2-7082-3918-0, p. 197 extraits en ligne sur books.google.fr.
  45. a et b Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 257.
  46. Tibère « charge Vitellius de diriger toutes les révolutions qui se préparaient en Orient. » c.f. Tacite, Annales, Livre VI, § XXXII
  47. a, b et c Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard, 2009, p. 74
  48. Pour voir les débats sur ces dates, cf. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp.  223-225, extrait en ligne ; quelques historiens dont Gilbert Picard, ont estimé que celui-ci serait intervenu alors que Caligula était déjà nommé à Rome, peu après le 16 mars 37, cf. Gilbert Picard, « La date de naissance de Jésus du point de vue romain, p. 805 ; en 1989, Nikkos Kokkinos, développait à ce sujet d'autres théories qui ne sont pas reprises par la recherche in Jack Finegan, Chronos, kairos, Christos: nativity and chronological studies, éd. Jerry Vardaman & Edwin M. Yamauchi, 1989, p. 134
  49. Il n'existe pas de traces documentaires sur ce successeur de Pilate ; cf. Mireille Hadas-Lebel, op. cit., 2009, p. 83. Il existe un débat entre chercheurs pour savoir si les deux personnages doivent être considérés comme identiques ou non ; cf. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p.  22, note 3
  50. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, 18,89, cité par Jean-Pierre Lémonon, op. cit. , p. 223
  51. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p.  223, extrait en ligne
  52. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp.  224-225, extrait en ligne
  53. Pessa'h, la Chavouot et la Souccot
  54. « Il avait eu l'idée, pour abolir les lois des Juifs, d'introduire dans la ville [de Jérusalem] les effigies de l'empereur qui se trouvaient sur les enseignes,... » cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, III, 1, texte en ligne
  55. Évangile attribué à Jean, 18:38
  56. Rien ne permet d'affirmer, comme l'on fait certains auteurs, que Barabas était membre du parti zélote auquel les auteurs des évangiles, écrits après la révolte juive de 66-70 dont ce parti fut le moteur, ont pu le rapprocher ; cf. Raymond E. Brown, La mort du Messie, éd. Bayard, 2005, pp.  766-768, cité par Jean Zumstein, L'évangile selon saint Jean (13-21), vol. 2, éd. Labor et Fides, 2007, p.  229, extrait en ligne
  57. Lc 3. 1
  58. Évangile attribué à Luc, Bible de Jérusalem, Lc 13. 1
  59. Voir par exemple1Ti 6. 13, Ac 3. 13, Ac 4. 27, Ac 13. 28
  60. Mt 27. 1-2 puis Mt 27. 11-26, Mc 15. 1-15, Lc 23. 1-24, Jn 18. 28 puis Jn 19. 4-31
  61. Évangile attribué à Matthieu, Mt 26. 47.
  62. Jn 19. 5
  63. La Bible de Jérusalem, Jean, chapitre 18"Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c'est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu'un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? "
  64. Mt 27. 24
  65. Mt 27. 62-65
  66. Lc 23. 11-12
  67. Cités par Helen K. Bond, Pontius Pilatus in history and interpretations, éd. Cambridge University Press, 1998, préface, cité par Mireille Hadas-Lebel
  68. Christus und die Caessaren, éd. F. Wittig, 1948, cité par Mireille Hadas-Lebel
  69. Martin Goodman, Rome et Jérusalem, éd. Perrin, 2009, p. 509
  70. a, b et c Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard 2009, p. 75
  71. Voir à ce sujet : E. Stauffer, Jesus, Gestalt und Geschichte, Berne, 1957, pp. 99-101 ; E. Bammel, RCGR 5, 1961, col. 383 ; E. Bammel, Syrian Coinage and Pilate, pp.  108-110 ; E. Bammel, Philos tou Kaisaros, dans ThLZ 77, 1952, pp. 205-210 ; P. L. Maïer, The episode of the Golden Roman Shields at Jerusalem, pp. 114-115 ; M. Grant, The Jews in the Roman World, p. 94 et 99.
  72. « Selon [Philon d'Alexandrie] (Légation à Caïus 159-161), c'est peu avant sa mort, survenue en 31, que Séjan projeta ses attaques radicales contre les Juifs, toutefois la mort l'empêcha de réaliser l'ensemble de ses projets. » Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp.  201-202.
  73. Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard 2009, p. 74
  74. Helen.K. Bond, Pontius Pilatus in history and interpretations, éd. Cambridge University Press, 1998, p. 22
  75. Comme l'attestent plusieurs auteurs antiques, Tibère fait effectivement expulser les juifs de Rome - de qui affecte gravement la communauté locale - dans des circonstances peu claires. Mais ceux-ci semblent de retour dans l'Urbs à la fin des années 30, au profit de la retraite de l'empereur à Capri ; cf. Mireille Hadas-Lebel, op. cit., 2007, p. 75
  76. a, b et c Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 225, extrait en ligne
  77. Voir à ce sujet: Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre VII.
  78. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp. 204-205, extrait en ligne
  79. Évangile selon Matthieu, 27:16, « On avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas », d'après la Bible de Jérusalem, Éd. du Cerf.
  80. a et b Jérôme Prieur, Gérard Mordillat, Jésus contre Jésus, Éd. du Seuil, 2008.
  81. Nouveau Testament, Évangile selon Matthieu, Bible de Jérusalem, Éd. du Cerf. 27, 17.
  82. Philon d'Alexandrie, Contre Flaccus.
  83. 15, 44
  84. Paul Mattéi, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, p. 51
  85. a et b Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, Livre IX, § V
  86. a, b, c, d et e Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 235, extrait en ligne
  87. J. D. Dubois, La figure de Pilate: Introduction aux textes relatifs à Pilate dans Pierre Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli (éds.), Écrits apocryphes chrétiens Tome II, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2005, p. 245.
  88. a et b Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, pp. 232-233, extrait en ligne
  89. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 233.
  90. Tertullien, Apologétique, V, 1-2.
  91. Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, Livre II, § VII
  92. Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, Livre IX, § V, 1s
  93. a et b Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 236, extrait en ligne

  Bibliographie

  Histoire

  Essais et littérature

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