1.relatif aux philosophes grecs qui ont précédé Socrate.
philosophe présocratique[ClasseHyper.]
présocratique (n. m.)
[philosophie]
Les présocratiques sont des penseurs qui, dans la Grèce antique, ont participé aux origines de la philosophie et ont vécu du milieu du VIIe siècle av. J.-C. jusqu'au IVe siècle av. J.-C., c'est-à-dire pour la plupart avant Socrate (470-399 av. J.-C.). Certains penseurs considérés comme présocratiques étaient toutefois contemporains de Socrate, comme les atomistes et certains sophistes.
On considère les Présocratiques (ou Antésocratiques) comme les initiateurs de plusieurs aspects de la spéculation philosophique. Leurs réflexions, qui relèvent en grande partie de ce qu'on appela ensuite « philosophie de la nature » (astronomie, origine et reproduction de la vie, etc. — soit ce que les Grecs nommaient « Physique »), présentent des concepts et une exigence de rationalité (en grec : logos) qui tranche avec les discours traditionnels qui constituaient la culture commune en Grèce, c'est-à-dire les légendes et les fables (en grec : mythos) de la mythologie, comme celles qu'on trouve chez Homère et Hésiode. Certains d'entre eux ont proposé en outre des réflexions d'ordre moral, politique ou métaphysique.
Leurs doctrines et leur vie ne sont que partiellement connues. En effet, il ne nous reste d'eux que des fragments et citations transmises par des auteurs ultérieurs. Lorsqu'ils sont évoqués par un philosophe, principalement par Platon et Aristote[1], leur pensée peut donc faire l'objet d'une présentation tendancieuse. Originaires pour la plupart des colonies grecques de l'époque situées dans l'actuelle Turquie (Ionie) et l'actuelle Italie (Grande Grèce), les auteurs présocratiques les plus célèbres sont Thalès, Anaximandre, Pythagore, Héraclite, Parménide, Démocrite, Zénon d'Élée, Anaxagore et Empédocle.
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Si l'histoire de la philosophie, suivant en cela l'opinion de Platon et d'Aristote, a fait de Socrate un moment décisif de l'histoire des idées, de sorte qu'il existerait un « avant » et un « après » Socrate, la pensée de ce dernier ne peut pourtant se concevoir sans celle de ses aînés et contemporains. Les présocratiques ont eu, comme Socrate, et après lui, une très grande influence sur la philosophie. Il est donc excessif de considérer Socrate comme l'unique point convergent d'une histoire téléologique de la pensée grecque, et il est bon pour cela de retenir que l'appellation de « présocratiques » est dans une certaine mesure incorrecte, plusieurs d'entre eux n'ayant pas précédé Socrate[2].
Socrate lui-même est le premier à évoquer, dans les dialogues de Platon, l'influence que ces penseurs ont exercée sur lui, même s'il a souvent été amené à les critiquer[3]. Platon développe lui-même des théories sur la formation de l'univers ou la vie de l'âme après la mort qui sont notoirement influencées par l'école de Pythagore[4], et il évoque plusieurs fois la pensée d'Héraclite (dont il hérite sa conception du mobilisme de la matière) et celle de Parménide (dont la théorie sur la stabilité de l'être a pu influencer sa théorie des « formes »), ce dernier étant un personnage de l'un de ses dialogues de maturité[5]. Quant à Aristote, il emprunte aux présocratiques sa théorie des quatre éléments, et sa conception de l'Être est dans une large mesure une réponse (notamment par le biais de Platon) aux thèses de Parménide[6].
Dans la tradition philosophique moderne, Hegel[7], Nietzsche[8], Heidegger[9], Bachelard[10], et plus récemment Castoriadis[11] et Marcel Conche, figurent parmi les plus grands commentateurs des Présocratiques, et s'en sont profondément inspirés. Dans la tradition littéraire, leur influence est perceptible chez Friedrich Hölderlin (La Mort d'Empédocle), Paul Valéry (Le cimetière marin, sur Zénon d'Élée), René Char (Fureur et mystère, sur Héraclite), Milan Kundera (prologue de L'insoutenable légèreté de l'être, sur Parménide).
Les Présocratiques provenaient pour l'essentiel de deux régions du pourtour méditerranéen, qui appartenaient dans l'Antiquité au monde grec, puisque les grandes cités grecques y avaient établi des colonies :
Les Présocratiques ont donc en commun, grosso modo, pour une partie d'entre eux les études physiques (écoles ioniennes), et pour une autre partie la spéculation métaphysique sur l'être et le mouvement (écoles d'Italie), ces deux aspirations n'étant pas exclusives l'une de l'autre — Pythagore, pour sa part, conjugue les deux traditions puisque, né à Samos (en Ionie), il ira fonder des cités et des écoles en Grande Grèce (autour de Crotone). À travers les voyages de certains d'entre eux, en particulier à Athènes, leur pensée se diffusera dans le monde grec, inspirant les premiers grands philosophes (Socrate, Platon, Aristote)[12].
Les Présocratiques se consacrent toutefois pour la plupart à l'étude de la nature (physis en grec ancien), ce qui fait qu'Aristote les désigne par le nom d'anciens « physiologues », et qu'on les appelle parfois les anciens « physiciens », plutôt que « philosophes ». Ils étaient d'ailleurs en général des savants polyvalents, à la fois géomètres (on connaît encore en cette matière les théorèmes de Thalès et Pythagore), astronomes, et intéressés par les phénomènes biologiques. Leur principal apport est de chercher à expliquer l'origine et la formation du monde, non plus par des mythes ou des fictions, mais par des concepts rigoureux, c'est-à-dire par la raison au détriment de l'imagination, inaugurant ainsi les prémisses de la science naturelle. Ce phénomène majeur a été thématisé par certains historiens[13] comme le passage de la civilisation du mythos (la fable) au logos (la raison), c'est-à-dire des mythes à la science — phénomène qui se poursuit jusqu'au Ve siècle av. J.-C., où naissent encore des sciences comme la philosophie (Socrate), l'Histoire (Hérodote) et la médecine (Hippocrate).
La plupart des présocratiques avaient publié des traités « Sur la nature » (Peri Physeôs)[14], qui n'étaient autres que des cosmogonies, rédigées pour la plupart en vers — ce qui montre que beaucoup restaient encore fidèles à la tradition poétique[15]. Par les fragments et les citations qui nous sont parvenus, on sait que, dans ces traités sur la nature, les Ioniens cherchaient un principe (en grec, « archè ») pour expliquer la formation du cosmos et l'existence de la vie : pour Thalès, ce sera l'eau ; pour Anaximène, l'air ; pour Héraclite, le feu ; pour Empédocle, ce seront les quatre éléments tout à la fois, se combinant entre eux ; pour l'école atomiste de Leucippe, ce seront les atomes et le vide. Le principe de l'organisation du monde est ainsi identifié dans les éléments premiers de la matière. Mais d'autres trouveront ce principe ailleurs que dans les éléments physiques : ainsi, pour Anaximandre, le principe est l'infini ; pour Pythagore, c'est le nombre ; pour Anaxagore, l'esprit.
De plus, la physique ionienne, et à sa suite l'atomisme, rend compte du changement et du mouvement dans la nature par l'opposition de certaines qualités au sein cette substance primordiale, comme le chaud et le froid, le sec et l'humide, le dense et le rare, l'amour et la haine, le semblable et le dissemblable, etc. Ces oppositions conceptuelles ouvrent un champ théorique pour la science qui rompt avec les traditions mythologiques — même si la mythologie n'est pas totalement reniée par ces penseurs, mais coexiste avec leurs recherches[16]. On peut donc voir, dans le niveau d'abstraction atteint par ces recherches de « physique », l'origine des réflexions plus « métaphysiques » que menèrent les Présocratiques sur la nature de l'être. En effet, Héraclite en vient à dire que c'est la mobilité qui caractérise l'univers, car toutes choses ne cessent de se renverser dans leur contraire (mobilisme). Parménide et les Éléates affirment au contraire que l'être est immobile, absolument identique à lui-même, parce qu'ils refusent l'existence du non-être. Quant à l'École pythagoricienne, s'appuyant sur l'idée que le cosmos obéit à des harmonies numériques, elle cherche à percer les mystères de la nature par l'étude des nombres et sera aussi à l'origine de la musicologie.

Mais il suit une nouvelle voie novatrice. En effet, Démocrite, comme son compagnon Leucippe, fractionne l'être éléatique unique en une myriade de corpuscules, les « idées » ou « atomes ». En quelque sorte, les atomistes vont démultiplier l'UN dans le vide du monde. Les fragments de Démocrite qui nous sont parvenus constituent 80% du corpus présocratique.
Au Ve siècle, le débat philosophique se tiendra à Athènes. L'unité politique de la Grèce antique est celle de la cité ; unité tragique et sanglante, puisque les cités ne cessèrent pas de s'affronter. Or, bien qu'originaires de cités différentes, les Présocratiques furent parmi les premiers à prendre conscience de l'unité des peuples grecs, et ils furent souvent des pan-hellénistes[réf. nécessaire]. Ce projet politique ne fut jamais concrétisé[réf. nécessaire].
Michel Onfray dans son cours "Génie de l'hédonisme I - L'archipel pré-chrétien" (2002/2003) à l'Université populaire de Caen remet en cause (remise en cause qui existe depuis longtemps - voir Nietzsche, et qui est largement reprise par les hellénistes) le concept même de présocratiques, ce terme donnant selon lui trop d'importance à Platon et à l'idéalisme dans l'histoire de la philosophie, minimisant volontairement l'importance d'autres philosophes et regroupant sous la même dénomination des courants de pensées éloignés. Il résulterait d'une écriture de l'histoire par le Platonisme lui-même, victorieux — victorieux car en accord philosophique parfait avec la scolastique médiévale toute-puissante pendant des siècles, qui se chargera de la copie des textes antiques et de la détermination du "cléricalement" correct. Ainsi, les théories atomistes de Leucippe ou Démocrite ne relèvent pas d'un courant de pensée antérieur à Socrate ou Platon, mais constituent au contraire une alternative contemporaine à l'idéalisme de Platon, et se retrouvent bien plus tard chez Épicure et Lucrèce. Ce courant matérialiste a été vivement combattu par le christianisme.
Rééd. en deux tomes, par W. Kranz, Zürich, 1951, avec t. III : Worindex, Namen- und Stellenregister, Zürich, 1952.
(par ordre chronologique)
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