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René Guénon/Version commune

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Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 De Blois à Paris
    • 1.2 Le milieu occultiste parisien
    • 1.3 La gnose et les contacts orientaux
  • 2 Notes et références

Biographie

De Blois à Paris

René Guénon

René Guénon est né le 15 novembre 1886 à Blois, dans une famille catholique dont les ascendants sont originaires des provinces angevine, poitevine et tourangelle. Son père était architecte[1]. En dépit de sa santé fragile, c'est un excellent élève, aussi bien en sciences qu'en lettres. En 1904 il est inscrit au collège Rollin, à Paris, en classe préparatoire de mathématiques élémentaires.

C'est à cette époque que le jeune Guénon fait deux rencontres dont l'importance pour son parcours intellectuel ultérieur sera discutée par ses biographes et commentateurs:

Albert Leclères, avant d'être nommé à l'université de Fribourg, fut durant deux ans le professeur du jeune René Guénon au collège Augustin-Thierry à Blois. Leclères, surnommé "l'excellent" par ses étudiants, publia une oeuvre philosophique assez abondante, dont J.-P. Laurant rapproche certaines idées de quelques thèmes guénoniens. Cette thèse est contestée par d'autres auteurs[2], qui écrivent qu' il est "très vraisemblable que le jeune Guénon ait été interressé par l'enseignement de Leclère [sic], mais comme c'est en "philosophe" que ce dernier abordait les sujets dont il traitait, [...] c'est plutôt dans l'argumentation dialectique utilisée que résidait l'intérêt de Guénon pour Leclère [re-sic]"[3], en particulier dans l'utilisation de cette argumentation consacrée à la critique du monde moderne, qui ne représente qu'une partie de l'oeuvre de René Guénon; pour le reste... c'est à dire l'essentiel de l'oeuvre, [...] la source est assurément plus mystérieuse qu'on ne le croirait en lisant J.-P. Laurant[4]. P. Chacornac se contente, sur ce sujet, de laisser l'interrogation ouverte par Jean Mornet: "Quelle part eut [Leclères] dans la formation du jeune Guénon ?"[5].

Le chanoine Gombault était curé de Montlivault, près de Chambord, chez qui Guénon passait quelques journées lorsqu'il se rendait dans la famille de sa femme. N. Maurice-Denis Boulet[6] soutient que c'est Gombault qui est à l'origine de l'opinion que Guénon tenait du thomisme. R. Guénon et N. Maurice-Denis Boulet entretiendront une correspondance dans laquelle le premier s'expliquera longuement sur ce qui lui apparaitra comme les limites ontologiques de la philosophie scolastique, et sur la distinction à entretenir selon lui entre thomisme classique et le néo-thomisme dans le sillage de Jacques Maritain. De plus, selon J.-P. Laurant[7], si les critiques de Gombault furent très vives contre les indianistes allemands, c'est parceque Gombault les jugeait trop "passionnés des théologies hindoues", et non pour avoir trahi ces doctrines, comme le leur reprochera Guénon.

Le milieu occultiste parisien

La santé de René Guénon, toujours précaire, l'oblige à de fréquentes absences, et il échoue au concours d'entrée aux grandes écoles en 1905[8]. C'est à cette époque qu'il s'inscrit dans une école d'une nature toute différente : l'École Hermétique de Papus.

Le mouvement occultiste en France, qui datait de 1888, était dirigé par le docteur Gérard Encausse (1865-1916), alias Papus, médecin de formation, auteur de deux cent soixante ouvrages[9]. Celui-ci avait crée l'Ecole Hermétique située au 13 rue Séguier à Paris, qui donnait des cours quatre fois par semaine et dont les enseignants étaient Papus lui-même, Phaneg, F.-Ch. Barlet etc. Papus fut notamment: Grand Maitre de l'ordre de Memphis-Misraïm, président de l'ordre kabbalistique de la Rose-Croix, fondateur du Groupe indépendant d'études ésotériques, fondateur des revues L'Initiation, Le Voile d'Isis, L'Almanach du magiste, etc[10]. Il fut également fondateur de l' ordre martiniste qui revendiquait, à tort selon René Guénon, une filiation avec l' Ordre des Elus Coens de Martinès de Pasqually [11], et qui sera plus tard dirigé par Joanny Bricaud[12], personnage dont René Guénon dira quelques mots dans son ouvrage Le théosophisme, histoire d'une pseudo-religion[13]. Joanny Bricaud avait fondé une "Eglise gnostique universelle" pour contrer l'"Eglise gnostique de France" de Synésius, qualifiée de "valentino-albigeoise", à laquelle René Guénon avait appartenu (voir ci-dessous). Un correspondant anonyme de la revue "La Gnose", revue dans laquelle René Guénon écrivait, accusera Bricaud d'être le successeur de l'abbé apostat Joseph-Antoine Boullan et d'être dans la lignée du vintrasianisme.

René Guénon fut amené à l'Ecole Hermétique par un ami, et reçut les trois degrés de cet ordre, et devint donc S.I. (Supérieur Inconnu) par Phaneg. Il fut pourvu d'une charte de délégué général pour le Loir-et-Cher. Il entra alors dans deux ateliers d'inspiration maçonnique qui étaient en relation d'amitié avec l'Ordre Martiniste: la Loge symbolique Humanidad n° 240, du Rite National Espagnol, dont Charles Détré (alias Téder) était le Vénérable, et le Chapitre et Temple INRI du Rite Primitif et Originel Swédenborgien[14]. Papus lui ouvre également les portes de la revue L'Initiation, dans laquelle le jeune homme publie ses premiers articles au début de 1909.

René Guénon portera plus tard un jugement des plus sévères sur ces occultistes du début du XXème siècle: il reprochera notamment le caractère à ses yeux "syncrétique" de leurs doctrines et la construction d'une "soi-disant tradition occidentale [...] dont bien des éléments, notamment ceux qu'ils tirèrent de la Kabbale, peuvent difficilement être dits occidentaux quant à leur origine"[15]. Il écrira aussi "qu'il n'y avait rien" derrière ce mouvement, et que l'oeuvre des occultistes "n'était véritablement que celle de quelques individualités réduites à leurs propres moyens"[15].

La gnose et les contacts orientaux

Au début de 1908, plusieurs membres de l'Ordre Martiniste se réunirent dans un hôtel situé 17 rue des Canettes près de Saint-Sulpice et obtinrent des "communications" avec l'intervention de diverses "entités" dont la principale se présentant comme étant Jacques de Molay [16]. Un jour, il reçurent l'ordre d'y amener René Guénon et ils furent enjoints de fonder un "Ordre du Temple Rénové" (O.T.R.) dont René Guénon devait être le chef. Cet O.T.R. comprendrait sept grades dont les rituels ne furent jamais divulgués. Cet "Ordre du Temple" eut une existence éphémère, et une "communication" exigea en 1911 sa fermeture. Entre-temps, l'O.T.R. suscita une très vive réaction d'hostilité de la part de Téder qui écrivit lui-même de fausses lettres de René Guénon, conduisant à l'exclusion de celui-ci de la loge Humanidad[17], ainsi que, par Papus, du Rite Primitif.

Ces évènements ont suscité plusieurs interprétations. J.-P. Laurant parle de communications par écriture automatique à caractère spirite ou occultiste, [18]. Ces qualificatifs sont rejetés par les Etudes Traditionnelles, s'appuyant sur le fait que René Guénon, qui de son côté ne s'exprimera pas publiquement sur ces questions, condamnera en 1923, dans son ouvrage L'Erreur spirite, les pratiques et les théories spirites. M. Vâlsan qualifiera ces communications d'interventions de l'ancien centre retiré de la tradition Occidentale[19], P. Chacornac parle de "communications" et d'"écriture directe"[20]. Ch.-A. Gilis, à la suite de M. Vâlsan, utilise également le mot "d'interventions" et parle de la possibilité qu'une initiation proprement occidentale [...] se réactualise [...] avec des moyens appropriés[21]. D'autre part, Ch.-A. Gilis écrira également que "la liste des titres de toutes les conférences montre, à l'évidence, qu'une première élaboration globale de l'enseignement de René Guénon s'opère dès ce moment[...]" et que la fermeture de l'O.T.R. doit être mise en rapport avec le rattachement de René Guénon à l'ésotérisme islamique en 1911[22].

L'Eglise gnostique fut constituée par Jules Doinel à la fin du XIXème siècle, puis dirigée par Fabre des Essarts (sous le nom de Synésius) que René Guénon rencontra en 1908 à l'occasion du congrès spiritualiste et maçonnique organisé par Papus. Il demanda à être introduit dans cette église, fut consacré "Evêque" en 1909 et prit le nom de Palingénius. Dans l'Eglise gnostique comme dans l'O.T.R., il y a l'"élection" d'un fondateur appelé à revivifier une tradition spirituelle plus ancienne, d'origine cathare en l'occurence, ainsi que l'affirmation d'une fonction à assumer à l'égard du monde occidental dans son ensemble. Pour J.-P. Laurant[23], il s'agit d'une manifestation de type occultiste analogue à celle de l'O.T.R.. Pour Ch.-A. Gilis "Tout cela tranchait assurément avec l'indigence doctrinale des milieux occultistes, et montre que l'on est confronté ici à un phénomène complexe."[24]. Pour ce dernier auteur cependant, la question de l'Eglise gnostique ne peut être mise en comparaison avec celle de l'O.T.R.[25]. René Guénon quant à lui, écrira ultérieurement que "ces "néo-gnostiques" n'ont jamais rien reçu par une transmission quelconque [...]"[26].

C'est néanmoins au sein de l'Eglise Gnostique ou dans l'un des organismes relevant du mouvement occultiste que René Guénon fit la rencontre de Léon Champrenaud (alias Théophane dans l'Eglise Gnostique) et d'Albert Puyou, comte de Pouvourville (1862-1939) (alias Simon, évêque de Tyr et de Sidon).

Léon Champrenaud (1870-1925) fut "maître de conférences" à l'Ecole Hermétique, rédacteur à l'Initiation et secrétaire-adjoint de l' ordre martiniste. Il entra au Suprême Conseil de l'Ordre sous le nom de Noel Sisera. Il s'éloigna alors de l'occultisme de Papus pour se diriger vers les doctrines orientales. Il entra en Islam sous le nom d'Abdul-Haqq (le "Serviteur de la Vérité"). Albert Puyou, comte de Pouvourville avait rempli au Tonkin des fonctions militaires et administratives au cours d'une carrière mouvementée, fut un ami de Victor Segalen[27], sera initié au Taoïsme et connu sous le nom de Matgioi. Pouvourville et Champrenaud fondèrent en 1904 la revue La Voie, qui s'arrêta en 1907 et dans laquelle furent publiés, pour la première fois, les oeuvres majeures de Matgioi, La Voie métaphysique et La Voie rationnelle ainsi qu'un ouvrage en collaboration Les enseignements secrets de la Gnose, sous la signature "gnostique" Simon-Théophane. Les deux ouvrages de Matgioi seront cités par René Guénon à plusieurs endroits dans son oeuvre[28].

En novembre 1909, René Guénon, sous nom "gnostique" de Palingénius, et en collaboration avec d'autres membres de l'O.T.R., fondait la revue La Gnose. C'est dans cette revue qu'il publiera un certain nombre d'articles qui contiennent déjà la matière de ses futurs ouvrages les plus axés sur le domaine de la métaphysique : L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, Le symbolisme de la croix, Les principes du calcul infinitésimal, ainsi que l'article inachevé sur Les conditions de l'existence corporelle..

Sur cette période de sa vie, René Guénon écrira[29]:

« Si nous avons dû, à une certaine époque, pénétrer dans tels ou tels milieux, c'est pour des raisons qui ne regardent que nous. »

Notes et références

  1. ↑ Cette biographie s'appuie sur les travaux de Paul Chacornac, éditeur et biographe de René Guénon (La vie simple de René Guénon (Les Edititons Traditionnelles, Paris, 1958), de Jean-Pierre Laurant, René Guénon, Les enjeux d'une lecture (Dervy éditeur, 2006), ainsi que sur les « Repères biographiques et bibliographiques », du même auteur, publiés dans le Cahier de l'Herne consacré à René guénon (pp.17-22). Ces « Repères » sont souvent repris sur les sites internet consacrés à René Guénon, sans qu'en soit toujours mentionnée la provenance.
  2. ↑ c.f. entre autres J. Robin, René Guénon, temoin de la tradition, chapitre: Des vestiges épars (Guy Trédaniel éditeur, 2ème édition, 1986).
  3. ↑ c.f. J. Robin, op. cit., chapitre I: Des vestiges épars, p.33.
  4. ↑ c.f. J. Robin op. cit. p. 34.
  5. ↑ c.f. P. Chacornac, La vie simple de René Guénon, p.27.
  6. ↑ c.f. « L'Esotériste René Guénon, souvenirs et jugements » in La Pensée Catholique, n°. 77, 78-79, 80.
  7. ↑ c.f. Jean-Pierre Laurant, Le sens caché dans l'oeuvre de René Guénon (éditions L'Age d'Homme, Lausanne, 1975)
  8. ↑ Il sera réformé l'année suivante pour les mêmes raisons (cf. Laurant, op. cit., p. 52)
  9. ↑ Dont les plus importants sont, selon Pierre A. Riffard (op. cit.) Le Traité élémentaire de science occulte (1888) et le Traité méthodique de science occulte (1891). P. Riffard dénomme Papus un "Balzac de l'occultisme" (Pierre A. Riffard, Anthologie de l'ésotérisme occidental, Robert Laffont, coll. "Bouquins", p. 807).
  10. ↑ Pierre A. Riffard, op. cit., p. 807
  11. ↑ L'ordre Martiniste se réclamait également de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) et à travers lui, à la figure de Martines de Pasqually (1727-1779), fondateur en 1758 de « l'Ordre des chevaliers maçons Élus cohens de l'Univers » (Cf. Pierre A. riffard, Anthologie de l'ésotérisme occidental, pp. 788-789). Sur Martinès de Pasqually, l'origine et la nature de ses enseignements, ainsi que l'opinion de René Guénon à propos du Martinisme, c.f. L'Enigme de Martinès de Pasqually, article repris dans les Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonage, tome II.
  12. ↑ Alias Jean des Esseintes, en référence au "anti-héros" d' À rebours, le roman de Joris-Karl Huysmans.
  13. ↑ Chapitre L'Eglise vieille-catholique,
  14. ↑ c.f. Paul Chacornac, La vie simple de René Guénon, pp. 31-34.
  15. 15,0 15,1 c.f. René Guénon, Le règne de la quantité et les signes des temps, chapitre XXXVI : La pseudo-initiation, pp. 331-332.
  16. ↑ voir Laurant, ibid., ainsi que P. Feydel, Aperçus historiques touchant à la fonction de René Guénon, Archè, Milano, pp. 27-35.
  17. ↑ Sur Téder, cf. R. Guénon, Etudes sur la F.M., tome II, p.125, D. Roman René Guénon et les destins de la F.M., chapitre V, M. Templière, M. Jacobite et M. Ecossaise (notamment pp. 96-97), et sur l'affaire des fausses lettres de Téder, c.f. Marie-France James Esotérisme, Occultisme, Franc-Maçonnerie et Chrsitianisme aux XIX et XX siècles.
  18. ↑ dans plusieurs de ses écrits: c.f. René Guénon, Les enjeux d'une lecture, Dervy, 2006, Le sens caché dans l'oeuvre de René Guénon, l'Age d'Homme, ainsi que ses Repères biographiques et bibliographiques parus dans le numéro des Cahiers de l'Herne consacré à René Guénon.
  19. ↑ c.f. M. Vâlsan La fonction de René Guenon et le sort de l'Occident, 1951, p.250.
  20. ↑ c.f. P. Chacornac, ibid.
  21. ↑ c.f. Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, p. 59.
  22. ↑ ibid. p. 63. Sur l'O.T.R. et les diverses interpétations que cet évènement a suscitées, c.f. également, P. Feydel, Aperçus historiques touchant à la fonction de René Guénon, chapitre II, Archè, Milano, 2003.
  23. ↑ ibid.
  24. ↑ ibid.
  25. ↑ ibid.
  26. ↑ ibid.
  27. ↑ J.P. Laurant, op. cit., pp.86-90
  28. ↑ Entres autres, dans le Symbolisme de la Croix.
  29. ↑ c.f. Le Voile d'Isis, mai 1932, p.351.
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