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Abolition de l'esclavage

                   
  « Am I not a man and a brother ? », illustration du célèbre médaillon anti esclavagiste dessiné par William Hackwood ou Henry Webber pour le compte de Josiah Wedgwood, vers 1787[1].

L’abolition de l'esclavage consiste à interdire juridiquement l'esclavage. Si on trouve historiquement des exemples ponctuels et localisés d'affranchissement des esclaves, l'interdiction légale de l'esclavage, étendue à toutes les catégories de population, resta rare avant l'époque contemporaine. À la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle, à partir de l'Europe, un mouvement historique d'ampleur internationale conduisit à l'abolition de l'esclavage au sein des États américains et des sociétés colonisées par l'expansion européenne. Au début du XXe siècle, l'interdiction de l'esclavage était acquise dans les principaux États de la planète.

Sommaire

  La question des origines

  La liberté conquise : révoltes et marronnages

L'émergence de multiples formes de résistance peut être considérée comme une donnée structurelle des sociétés esclavagistes. Les guerres serviles sous la République romaine puis, à partir du XVIe siècle, le marronnage, constituaient des formes de contestation de l'esclavage par l'esclave. Les Marrons fuyaient de la propriété de leur maître et partaient se réfugier dans des lieux inaccessibles où ils se regroupaient parfois pour former des sociétés structurées capables de s'organiser contre les chasseurs ou les armées envoyés à leurs trousses, comme le montre l'exemple emblématique du quilombo brésilien de Palmares. De telles révoltes ne sont pas l'exclusivité du domaine occidental : la rébellion des Zandj contre le pouvoir des Abbassides entre 869 et 883 dans le sud de l'Irak constitue historiquement l'une des principales révoltes d’esclaves noirs. Cependant, si ces révoltes ont pu rendre plus complexe le maintien et le développement de sociétés esclavagistes, elles n'ont pas directement contribué au phénomène abolitionniste.

  L'abolitionnisme, un concept né et développé en Europe

L'abolition de l'esclavage est un acte juridique qui ne peut émaner que d'une autorité reconnue comme prescriptive au sein d'une communauté politique. En d'autres termes, c'est le dominant, et donc le maître de l'esclave, qui accorde l'abolition. Pour comprendre les racines du phénomène abolitionniste, nous devons donc nous interroger sur ce qui a amené les sociétés esclavagistes à renoncer à ce statut établi le plus souvent par des documents à valeur juridique.

  Des interdictions ponctuelles, partielles et localisées

La première abolition connue fut celle de l’archonte grec Solon au VIe siècle av. J.-C.[2]. Sa législation, la seisakhtheia ou « libération des dettes », ne concernait cependant qu’une catégorie très particulière de la population, les citoyens athéniens asservis pour dettes. Elle interdisait toute créance garantie sur la personne du débiteur, mais également la simple vente d'un Athénien libre, y compris par lui-même. Solon essayait d'enrayer la crise économique et sociale que traversait Athènes : l'esclavage pour dettes des paysans prenait de telles proportions qu’il mettait en danger le fonctionnement de la cité. Toujours pendant la période antique, les Esséniens auraient condamné l'esclavage si l'on en croit Flavius Josèphe[3].

Et, à partir du VIIIe siècle l'esclavage rural, hérité de l'Antiquité, fut progressivement remplacé par le système du servage en Europe occidentale[4]. Aucune législation ne vint cependant mettre un terme officiel et général à cette pratique[5].

Dans le royaume de France, l'Édit du 3 juillet 1315 de Louis X le Hutin, datée de 1315, proclama que le sol de France affranchissait quiconque y posait le pied[6]. On trouve des traces tardives et ponctuelles de l’application de ce texte par les parlements français au XVIe siècle : à Bordeaux, en 1571, il est invoqué pour justifier la libération d’une cargaison d’esclaves africains, transportée par un négrier normand[7]. L'application de l'ordonnance royale demeura cependant strictement circonscrite au territoire européen, ne remettant à aucun moment en cause la participation active de la France au commerce triangulaire et à la mise en place d'une économie esclavagiste dans ses colonies antillaises. Avec le développement de la traite, la législation évolua sur le sol de la métropole dans un sens de plus en plus défavorable aux esclaves : l'automaticité de l'affranchissement fit place à la tolérance de l'esclavage (édit d'octobre 1716)[8] puis au strict contrôle du séjour des Noirs (déclaration royale de 1738)[9],[N 1].

  De la liberté des Européens à celle de l'Homme en général

C'est pourtant à cette époque, à partir du milieu du XVIIIe siècle, que le basculement décisif en faveur d'une dynamique abolitionniste se fit jour en Europe, à la faveur d'une « profonde révolution morale contre la traite et l'esclavage »[10]. Même si ces deux mouvements, légitimation toujours plus nette de la traite d'un côté, émergence d'un discours abolitionniste puissant de l'autre, semblent être contradictoires, ils ne le sont qu'en apparence, dans la mesure où ils puisent aux mêmes sources de l'affirmation de la liberté individuelle. Loin de constituer un phénomène indépendant surgi ex nihilo et sans antériorité dans les consciences européennes, le basculement des Européens du côté de l'abolitionnisme ne fut que l'aboutissement de mutations progressives des mentalités européennes sur le temps long. Les historiens perçoivent un changement de perspective dès le XIe siècle, mais plus nettement encore au XIVe siècle, lorsqu'il s'avéra impossible de « faire revivre le servage ou même l'esclavage lors de la crise de main-d’œuvre qui suivit la peste noire »[11]. À cette époque, malgré les nécessités du temps, il est clairement impossible d'envisager l'asservissement d'un Européen par un autre Européen.

En fait, cela doit être mis en relation avec l'idée que tout processus d'intégration politique et sociale au sein d'un groupe entraîne l'impossibilité de l'asservissement au sein de ce groupe et inversement la désignation d'un « Autre », extérieur à la communauté, qui lui paraît tout désigné pour jouer le rôle de l'esclave. C'est ce phénomène qui explique, pour une part, à la fois la réforme de Solon à Athènes au VIe siècle av. J.-C. ou l'ordonnance de Louis X le Hutin de 1315[12]. Or, la fin du Moyen Âge correspond en Europe à un temps d'émergence de plus en plus affirmé à la fois de l'idée nationale et de celle de liberté individuelle excluant tout asservissement[13],[N 2]. L'affirmation de la solidarité des insiders, qu'il s'agisse d'Européens chrétiens (les deux termes sont pour l'essentiel synonymes à cette époque) ou a fortiori de sujets du royaume de France ou d'Angleterre, facilite la désignation des outsiders comme « esclaves par nature »[N 3]. Évidemment, la liberté individuelle reconnue aux insiders peut paraître contradictoire avec l'asservissement d'un autre être humain. C'est d'ailleurs l'émergence, à partir de cette liberté individuelle au sein de la communauté, de celle, plus large, de l'Homme en général qui mettra à mal les fondements du principe esclavagiste au XVIIIe siècle. Reste qu'il semble bien que « cette idée, laïque, selon laquelle tous les hommes sont libres au sein d'une même communauté politique a, dans un premier temps, facilité l'esclavage des autres, avant de contribuer à saper les bases idéologiques du système esclavagiste »[13]. David Eltis résume ainsi cette idée en soulignant que « la liberté telle qu'elle se développa en Europe rendit d'abord possible l'esclavage aux Amériques, et ensuite conduisit à son abolition »[15], les forces ayant contribué à l'établissement du commerce triangulaire jouant dans un second temps contre ces pratiques.

  Le christianisme, entre contestation et justification de l'esclavage

De fait, en Europe, l'esclavage connut un renouveau avec le début de l'expansion européenne au XVe siècle. On chercha immédiatement à obtenir des autorités religieuses un blanc-seing pour pratiquer la traite et l'esclavage. La question se posa d'abord pour les Portugais qui souhaitaient prélever quelques populations noires d'Afrique pour peupler et exploiter São Tomé et les Açores. La réponse de la papauté fut sans ambiguïté, puisque le 8 janvier 1455, Nicolas V, dans sa bulle Romanus Pontifex, justifiait la politique portugaise, même si elle mettait en relation lutte contre l'islam et mise en esclavage des populations noires[16].

L'esclavage des Indiens d'Amérique, pratiqué dès l'arrivée de Christophe Colomb sur Hispaniola, renouvela le questionnement et se constitua ensuite progressivement en problème politique jusqu'à sa conclusion lors de la Controverse de Valladolid en 1550. Le souverain espagnol Charles Quint autorisa d'abord l'esclavage des Amérindiens, puis l'interdit en 1526 dans tout son empire sur recommandation de son Conseil des Indes.[réf. souhaitée] Le 2 juin 1537, le pape Paul III le condamna à son tour en termes vigoureux dans sa lettre Veritas ipsa, suivie le 29 mai de la bulle officielle Sublimis Deus. Mais si la condamnation papale était ici sans ambiguïté, elle s'appliquait essentiellement à rejeter l'asservissement des Indiens, en refusant toute « distinction entre les droits fondamentaux des chrétiens et ceux des populations non chrétiennes, connues ou qui pourraient l'être à l'avenir »[17] : le sort des populations africaines n'était pas évoqué explicitement. Cependant, la bulle pontificale fut complètement ignorée, et la papauté choisit l'immobilisme pour ne pas nuire trop aux puissances coloniales catholiques dans un contexte d'essor de la Réforme[17].

Ces tergiversations des autorités catholiques manifestent le caractère contradictoire des textes auxquels un chrétien pouvait se référer pour définir son positionnement vis-à-vis de l'institution esclavagiste. En effet, les circonstances dans lesquelles le christianisme était né, celles d'une société romaine où l'esclavage était admis comme une dimension fondamentale de l'organisation sociale, n'inclinait pas à rejeter cette institution, ce qui apparaît très clairement dans le discours de Saint Augustin[N 4]. Cependant, ce qu'Édouard Biot a appelé la « doctrine primitive » du christianisme[19] et qui s'incarne dans l'Épître aux Galates de saint Paul (« Il n'y a plus ici ni Juifs ni Grecs, il n'y a plus ni esclaves ni libres, il n'y a plus ni homme ni femme, mais tous sont en Jésus-Christ ») pouvait également être utilisé par les opposants au système esclavagiste pour alimenter leur combat. Cette indécision des textes fondateurs du christianisme sur la question de l'esclavage a permis aux autorités en place de se saisir, au sein du message chrétien, des éléments susceptibles d'appuyer les décisions prises en fonction de circonstances et de critères autres que religieux : justification de l'esclavage noir d'abord, contestation du système esclavagiste, appuyée sur l'idée que tous les hommes sont égaux devant Dieu, ensuite[12].

  Le XVIIIe siècle : une remise en cause progressive

Article détaillé : Abolitionnisme.

  L'argumentaire abolitionniste

  Les arguments philosophiques et moraux

Dès le milieu du XVIIIe siècle l'esclavage devint un sujet fréquemment évoqué par les philosophes des Lumières : Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Raynal (secrètement épaulé par Diderot) écrivirent tous sur le sujet. En France, l'article « traite des nègres » de L’Encyclopédie rédigé en 1766 par Louis de Jaucourt condamnait l'esclavage et la traite : « Cet achat de nègres, pour les réduire en esclavage, est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine ». Si la dénonciation morale de l'esclavage fut fréquente, elle franchit plus rarement le cap de la remise en cause du système esclavagiste existant dans les colonies[20].

  Les arguments économiques

Dans les années 1760 émergea chez les économistes libéraux et les physiocrates français une condamnation économique de l'esclavage. Considéré comme moins productif que le travail libre, le système esclavagiste apparaissait aussi pour ces auteurs comme un frein au développement du marché intérieur. Adam Smith écrivait ainsi que « l'expérience de tous les temps et de tous les pays s'accorde, je crois, pour démontrer que l'ouvrage fait par des mains libres revient définitivement à meilleur compte que celui qui est fait par des esclaves. »[21] Ces arguments, qui trouvèrent en France dans le comte de Mirabeau un relais fidèle, permirent de rallier une partie des milieux d'affaire.

Devant la condamnation morale qui se généralisa au XIXe siècle, les esclavagistes français se replièrent néanmoins derrière des arguments économiques opposés : sans l'esclavage, affirmaient-ils, la prospérité de la France ainsi que sa position dans le concert des nations serait mise en danger.

  Les premières sociétés anti-esclavagistes

À la fin des années 1780, des sociétés anti-esclavagistes furent fondées quasi-simultanément aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France. Leur travail de dénonciation, principalement sur le terrain moral, permettait de diffuser à une large échelle l'information existant sur les conditions de vie des esclaves, comme en attestent le succès des pétitions des années 1788-1789 demandant un débat parlementaire sur l'esclavage en Angleterre ou la revendication de l'abolition de l'esclavage dans les colonies dans une cinquantaine de cahiers de doléances français en 1789[N 5].

  L'intensification des révoltes d'esclaves

Le XVIIIe siècle se caractérisa par une recrudescence des révoltes d'esclaves dont le nom des leaders connut une postérité importante dans toute l'Europe. Makandal, chef des insurgés de 1748 à Saint-Domingue, Orookono, leader des marrons de Surinam ou Moses Bom Saamp en Jamaïque sont autant de figures qui nourrirent le mythe du Spartacus dont Raynal se fit l'écho dans son Histoire philosophique et politique des établissements & du commerce des européens dans les deux Indes.

La révolution haïtienne (1791 à 1804), première révolution anti-esclavagiste du continent américain, constitue le point d'orgue de cette « chaîne des insurrections ». Les noirs libres et les esclaves de la colonie française de Saint-Domingue se rebellèrent sous la direction de François Dominique Toussaint Louverture puis de Jean-Jacques Dessalines, tous deux anciens esclaves émancipés. La République d'Haïti, proclamée en 1804, devint alors le deuxième État indépendant du continent après les États-Unis.

  Voies nationales de l'abolition des traites occidentales

  Au Danemark

L'État danois (alors associé au Royaume de Norvège) fut le premier à abolir officiellement la traite, en 1792; la Suède (associée à son tour au Royaume de Norvège) s'en prévaudra lors de la signature d'un "traité pour la répression de la Traite des Noirs" avec l'Angleterre en 1824[23]. Influencés par les vigueur des débats abolitionnistes en Angleterre et en France, persuadés que l'abolition allait intervenir rapidement dans ces deux pays majeurs, les Danois, un an seulement après avoir constitué une commission chargé d'étudier cette éventualité et sans qu'une réelle mobilisation ait eu lieu au sein de la population ou des élites intellectuelles du pays, décidèrent de franchir le pas de l'interdiction de la traite[24]. Ils accordèrent néanmoins à leurs colonies à sucre un délai de dix ans, jusqu'en 1803, pour adapter leur système productif et notamment développer la reproduction du stock d'esclave présent sur place par accroissement naturel[25]. En fait, malgré l'importance, plus grande que pour la France ou la Grande-Bretagne, du commerce colonial dans l'économie du pays, les membres de la commission avaient constaté la maigre rentabilité de la traite du fait de ses coûts importants (décès d'esclaves et de marins, naufrages, entretien des forts nécessaires au commerce sur les côtes africaines...)[26]. Dès lors, rien ne justifiait « de la maintenir pour elle-même, et de continuer à la subventionner par le biais des avantages concédés aux compagnies de commerce »[25].

  Au Royaume-Uni

  Les prémices de l'abolitionnisme britannique, entre « Grand Réveil » et philosophie des Lumières

L'Angleterre connut assez tôt l'émergence de discours condamnant l'esclavage (par exemple, le non-conformiste Richard Baxter, qui en 1673 considérait que les négriers étaient des ennemis de l'humanité)[25] ou valorisant et humanisant la figure du Noir d'Afrique asservi, présenté, avec une nette connotation religieuse puritaine[27], comme un être noble et bon dont la pureté s'opposait à la dépravation de ses maîtres[28]. La place tenue par les quakers dans ce mouvement initial de dénonciation de l'esclavage doit être soulignée : c'est dans leurs rangs qu'il se cantonnera pendant plusieurs décennies. « Cependant, vers 1750, 90 000 quakers parlant anglais des deux côtés de l'océan Atlantique constituaient une masse de manœuvre non négligeable »[29], et dont les convictions antiesclavagistes ne tardèrent pas à se diffuser dans d'autres églises protestantes britanniques, dans le cadre du développement d'un évangélisme égalitariste s'incarnant dans le Grand réveil, même si ce dernier mouvement, tout à la fois produit et réaction à la philosophie des Lumières, n'entraîna pas systématiquement l'engagement de ses adeptes en faveur des thèses abolitionnistes[29].

Au Royaume-Uni, c'est dans le sillage du renouveau religieux impulsé par le fondateur du méthodisme, le prédicateur John Wesley que le mouvement anti-esclavagiste prit une ampleur déterminante : en 1774, la publication par Wesley de ses Thoughts on Slavery, encouragea les pasteurs méthodistes à réclamer avec force la disparition de la traite dans leurs sermons[30]. Ainsi, le 30 novembre 1788, le pasteur James Dore, condamna fermement la traite dans le sermon qu'il prononça à Maze Fond, Southwark : « Vous êtes des Hommes [...], respectez l'humanité. [...] Si vous êtes plus puissants que vos voisins, cela doit-il vous autoriser à les priver de leurs droits ? Vous êtes des Britanniques [...]. Vous aimez la liberté. Est-il possible d'être britannique et de ne pas aimer la liberté ? Est-il possible d'aimer la liberté et de ne pas vouloir en même temps toujours qu'elle étende sa douce influence ? [...] Oh ! Angleterre, Angleterre, les mots cherchent à décrire les horreurs de ta condamnation. Finalement, vous êtes chrétiens, et comme tels, vous ne pouvez sans crainte justifier la traite. [...] La loi royale, la première grande maxime de l'Évangile, demande de ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'ils nous fassent. Est-il possible que les pauvres nègres embrassent joyeusement le christianisme en voyant ce que nous faisons ? »[31]

  Premières sociétés abolitionnistes

  Le militant abolitionniste Thomas Clarkson

De fait, si les quakers étaient précurseurs dans cette lutte, c'est avec la première des associations anti-esclavagistes non exclusivement quaker[N 6], la « Société pour l'abolition de la traite » (Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (en)) créée en 1787 à Clapham[N 7], que le combat abolitionniste prit toute son ampleur dans le monde britannique. Certains des membres de ce groupe étaient jeunes, comme Thomas Clarkson ou William Wilberforce, mais d'autres disposaient d'une expérience déjà riche en matière de lutte contre l'esclavage. Ainsi, à l'occasion de l'affaire de l'esclave fugitif James Somersett, Granville Sharp avait obtenu dès 1772 que le le Lord Chief of Justice Lord Mansfield reconnut qu'aucune loi positive n'autorisait de manière explicite la réduction en esclavage sur le territoire des Îles Britanniques, et que dès lors, tout esclave fugitif pouvait, en Grande-Bretagne, réclamer juridiquement avec succès la reconnaissance de sa liberté[32].

Article connexe : James Somersett.

Réaliste dans ses objectifs, la Société pour l'abolition de la traite visait, comme son nom l'indique, non à abolir l'esclavage en tant que tel dans les colonies britanniques, mais à en tarir la source en mettant fin à la traite négrière dans le cadre du commerce triangulaire[33]. Cet « abolitionnisme pragmatique » ou « graduelliste » ne détournait pas la société de son objectif ultime, à savoir abolir la condition d'esclave elle-même. Elle espérait simplement réduire ainsi l'efficacité économique du système esclavagiste : en effet, un esclave nouvellement arrivé, peu au fait des réalités du monde dans lequel il était projeté et notamment des rapports de forces entre esclaves et maîtres, était souvent plus docile et facile à contrôler qu'un esclave né au sein de ce système[34]. Dans ce cadre, « en tarissant l'esclavage à la source, on obligerait les maîtres à mieux traiter leurs esclaves puis à les affranchir »[35]. L'augmentation des coûts, alliée aux prévisibles difficultés à renouveler le stock d'esclaves par croît naturel minerait à terme suffisamment le système pour rendre sa réforme indispensable et permettre la disparition en quelque sorte « naturelle » de l'esclavage lui-même[34].

  La « machine » abolitionniste

L'action de la Société pour l'abolition de la traite se manifesta par un travail de mobilisation de l'opinion publique britannique, doublé d'une action politique au sein même du Parlement visant à encourager l'État à mettre un terme légal à la traite[36]. Le chef d'orchestre de cette efficace mobilisation propagandiste auprès de la population britannique fut le quaker Thomas Clarkson : diffusion d'information (par des affiches, des fascicules), boycott de marchandises fabriquées par des esclaves, organisation de comités abolitionnistes locaux ou de conférences, et plus largement élaboration d'un argumentaire bien huilé. Pris comme modèle pendant un demi-siècle par tous les abolitionnistes d'Europe, ce bréviaire de l'anti-esclavagiste réunissait des considérations morales et religieuses à des arguments d'ordre économique : l'augmentation de la productivité attendue des affranchis rendraient l'abolition bénéfique d'un point de vue économique pour les planteurs[37].

Il s'agissait en premier lieu de convaincre les interlocuteurs européens de l'humanité des Noirs, pour rendre de ce fait la traite insupportable moralement. De ce point de vue, le sceau de la Société pour l'abolition de la traite, dessiné par Josiah Wedgwood en avril 1787 puis décliné par William Hackwood sous forme de médaillon, était d'une étonnante efficacité. Il représentait, à genoux, un esclave noir enchaîné interpelant le lecteur : « Am I not a man and a brother ? » (« Ne suis-je pas un homme et un frère ? »). Percutant, ce médaillon connut un très grand succès et fut reproduit en de nombreux exemplaires, arboré par les hommes et les femmes de la bonne société britannique et américaine et même recopié, en France, par la Société des amis des Noirs pour établir leur sceau[38].

  Plans du navire négrier Brookes

Thomas Clarkson, n'hésitait pas à faire la chasse aux documents susceptibles de démontrer le caractère intolérable des conditions de la traite, non sans « certaines exagérations dans le discours, parfaitement adaptées, cependant, à une Europe de plus en plus portée par la vague du « sentiment » »[38]. Ainsi, il enquêta à plusieurs reprises dans le grand port négrier britannique qu'était alors Liverpool, interrogeant les marins et visitant les navires, ce qui n'était d'ailleurs pas sans danger : lors d'une ces visites, il faillit périr noyé au bout d'une jetée d'où l'avaient poussé des marins mécontents[39]. Il obtint néanmoins en 1788 un document précieux dont il sut faire bon usage pour stigmatiser la traite : les plans du navire négrier Brookes lui permirent d'en faire une représentation particulièrement saisissante[40] par son apparente froideur[N 8], susceptible de démontrer que les idées abolitionnistes ne reposaient pas sur de simples préjugés alarmistes à propos de la condition des esclaves, mais bien sur une connaissance précise des réalités de la traite[39]. En effet, on distinguait sur ce document la place disponible[N 9] pour chacun des 454 esclaves que pouvaient transporter le navire. Sur la figure centrale, le choix de superposer les niveaux de captifs, répartis en fait sur plusieurs étages du fait des plates-formes, procurait une impression frappante d'entassement des hommes, d'autant plus insupportable que l'on savait que la traversée durait trois mois[39]. Ce type de document, qui connut du reste un grand succès, illustre la volonté des abolitionnistes d'articuler arguments concrets et chiffrés d'une part, appel à la sensibilité du public d'autre part : c'est « en insistant sur la dimension pathétique de la traite » mais également en s'appuyant sur la présentation froide et rationnelle « des preuves pour eux irréfutables la barbarie de la traite », que « les abolitionnistes l'ont emporté sur le terrain de la morale »[39].

Un important réseau de clubs abolitionnistes provinciaux se développa, largement financé par les quakers, entre 1787 et 1792[34]. Cette mobilisation encouragea en 1788 le Conseil privé de la Couronne à diligenter une enquête sur les conditions de la traite. La Société pour l'abolition de la traite multiplia dès lors les campagnes de distribution de tracts, la récolte de témoignages d'esclaves et la mise en avant des atrocités commises à leur encontre. On s'appuya ainsi sur la publication du témoignage d'Olaudah Equiano, un ancien esclave calviniste connu sous le nom de baptême de Gustavus Vassa[43], un des rares livres de témoignage sur la traite vue du côté des Africains déportés[44]. La sensibilisation et la propagande de la Société pour l'abolition de la traite trouva son aboutissement dans l'élaboration de pétitions recueillant des centaines de milliers de signatures[29] et régulièrement déposées devant les parlementaires de la Chambre des Communes et des Lords.

  Dynamique abolitionniste et interdiction de la traite

Le principal relais de l'action abolitionniste au niveau parlementaire fut William Wilberforce (1759-1833), fils d'un riche homme d'affaires et jeune député méthodiste de l'entourage du premier ministre William Pitt[34]. Il s'était fait connaître par son implication dans la lutte contre le travail des enfants, mais entra dans la postérité pour sa contribution à la lutte abolitionniste. Confronté à la violente opposition des planteurs, il échoua d'abord en 1788, puis en 1791, à ce que la Chambre des Communes consente à abolir la traite, même si elle accorda en 1788 aux esclaves une réglementation qui leur assurait davantage d'espace sur les navires négriers (Dolben Act)[45]. Par la suite, en 1792, Wilberforce trouva une majorité pour voter une abolition graduelle de la traite à l'exemple de ce qui avait été fait au Danemark, mais la décision fut différée du fait de l'opposition des Lords[34],[33].

Les campagnes pétitionnaires se multiplièrent dès lors fortement : en 1792, 500 pétitions réunirent 390 000 signatures[33]. Finalement, l'abolition de la traite fut votée le 23 février 1807 lorsque Wilberforce obtint un vote favorable à l'abolition à une large majorité[46], par 100 voix contre 36 à la chambre haute, 283 contre 6 aux Communes[N 10].

  Obtenir l'abolition de l'esclavage

En 1823, la création de la Society for the Mitigation and Gradual Abolition of Slavery, plus connue sous le nom d’Anti-slavery society, marqua le passage vers la revendication de l'abolition graduelle de l'esclavage[37]. Ce parti pris d'une abolition progressive s'appuyait sur la conviction largement répandue, même au sein du mouvement antiesclavagiste, que les esclaves devaient être préparés à la liberté, notamment par l'apprentissage des principes élémentaires du christianisme : c'était par exemple la conviction de Thomas Clarkson, contre la volonté de William Wilberforce[37]. L’Anti-slavery society entendait aussi, dans une perspective cette fois plus stratégique, se rallier la part des élites économiques la plus réticente, en laissant la possibilité aux planteurs d'obtenir une période transitoire vers l'organisation du travail libre des esclaves. Après le retrait de Wilberforce en 1825, Thomas Fowell Buxton fut le principal défenseur de cette position au Parlement[37].

En 1833, le flot des pétitions réclamant l'abolition de l'esclavage devint particulièrement spectaculaire : le gouvernement en reçut cette année-là plus de 5000 réunissant au total plus d'un million et demi de signatures[48]. Un consensus se dégagea dès lors pour proclamer l'abolition légale de l'esclavage dans les colonies britanniques. L’Abolition bill voté par le parlement britannique le 8 août 1833[49] fut confirmé le 28 août par le roi Guillaume IV[37].

Afin de ne pas provoquer dans les colonies de plantation un choc économique trop brutal - et accessoirement atténuer la sensibilité des Members of Parliament aux arguments antiabolitionnistes des planteurs -, le texte prévoyait une abolition graduelle. Certes, les esclaves disposaient désormais de la liberté juridique en vertu du nouveau texte. Néanmoins, celui-ci ne devait s'appliquer qu'au 1er août 1834, soit près d'un an après son vote, « ce qui laissait le temps aux assemblées locales de planteurs d'envisager les modalités de son entrée en vigueur et allongeait d'autant le délai laissé aux planteurs pour se préparer à la rémunération du travail »[50] comme l'attente de la libération juridique effective des 770 400 esclaves recensés dans les colonies de la Couronne[N 11]. Surtout, une période dite d'apprentissage (apprenticeship) était imposée aux esclaves de plus de six ans et de moins de soixante ans. Seuls les planteurs d'Antigua choisirent une abolition immédiate, sans « apprentissage »[51]. Pendant cette période, d'une durée de quatre ans pour les domestiques et de six ans pour les esclaves agricoles, les anciens esclaves devaient fournir à leur ancien maître un travail non rémunéré de quarante heures et demie par semaine, à charge pour ce dernier de leur assurer logement, nourriture, habillement et soins médicaux[51]. Dans le cas de la vente d'une exploitation, les apprentis qui y travaillaient précédemment y restaient attachés[51].

La loi comportait aussi une clause, prise en charge par le contribuable britannique, d'indemnisation des propriétaires : ces derniers perçurent vingt millions de livres sterling, « somme énorme équivalant à peu près à la moitié du budget annuel de la nation »[49], débloquée pour l'essentiel sous forme d'emprunt à la Banque Rothschild[51].

La difficulté à s'affranchir des rapports sociaux anciens dans des sociétés coloniales où les anciens esclaves représentaient parfois 85 % de la population totale, tout comme la complexité de mise en œuvre de la législation sur l'apprentissage et les fortes tensions sociales (émeutes, marronage) poussèrent le Colonial office à avancer le terme de ce système transitoire[52]. Le 1er janvier 1838, l’émancipation des deux catégories d'esclaves, urbains et agricoles, fut proclamée, deux ans avant l'échéance prévue par le texte de 1833 pour les esclaves des plantations. On chercha cependant à orienter cette main d'œuvre désormais salariée vers les grandes cultures commerciales d'exportation plutôt que vers l'exploitation de leur propre lopin de terre, en limitant pour ces catégories de population la surface qu'il était possible de louer ou d'acheter[52]. À ces motivations économiques, cette législation ajoutait des préoccupations politiques : la qualité de propriétaire terrien impliquait en effet celle d'électeur et pouvait même, à partir d'un certain seuil, entraîner l'éligibilité aux assemblées locales. On chercha dans ce cadre à limiter au maximum l'accès éventuel d'anciens esclaves aux responsabilités politiques[52].

  Thomas Clarkson interpellant les membres de l'Anti-Slavery Society en 1840

  Internationaliser la lutte : les sociétés abolitionnistes britanniques dans le monde

Dès 1807, l'interdiction de la traite obtenue pour la Grande-Bretagne, les abolitionnistes britanniques poursuivirent leur travail de propagande pour étendre l'interdiction du commerce triangulaire à l'ensemble des nations. Cette volonté d'internationaliser la lutte se maintint après l'obtention d'une législation nationale interdisant l'esclavage en 1833. La British and Foreign Anti-Slavery Society succéda en 1839 à l'Anti-Slavery Society : elle joua un rôle d'expertise, envoyant des émissaires dans le monde entier pour vérifier les conditions d'application des décrets anti-esclavagistes et informer le Parlement britannique des persistances de la traite illégale. Elle tint aussi une place prépondérante au sein du mouvement anti-esclavagiste international, participant même au financement de sociétés étrangères comparables, notamment en France[53]. La British and Foreign Anti-Slavery Society organisa à Londres deux grandes conventions réunissant les délégués de toutes les sociétés abolitionnistes du monde, d'abord en juin 1840, ensuite en juin 1843, dans le but de recenser les différents types d'esclavages du monde, leurs conséquences humaines et commerciales et de dégager des stratégies d'action coordonnée pour obtenir leur disparition[54].

  L'État britannique, militant de l'abolition de la traite hors du monde britannique

  La volonté de disposer d'un outil de lutte supranational

Dès après 1807, l'État britannique soutint ces sociétés abolitionnistes et se fit désormais champion de la lutte contre la traite. En effet, comme le soulignait encore Alexis de Tocqueville en 1843, le Royaume-uni ne souhaitait pas que les autres puissances disposent des avantages de la traite et bientôt de l'esclavage dont il s'était volontairement privé[55]. Les négociations diplomatiques de 1814-1815 consécutives à la chute de Napoléon Ier lui fournirent une occasion précieuse de faire triompher ses vues en ce domaine : le Royaume-Uni obtint ainsi, le 8 février 1815 lors du congrès de Vienne, que les belligérants approuvent une « déclaration sur l'abolition de la traite des Nègres »[N 12].

Néanmoins, on en resta largement aux déclarations d'intentions, dans la mesure où les États concernés étaient très réticents à concéder aux Britanniques les moyens d'une lutte effective et coordonnée contre les négriers[57]. Lors de la conférence de Londres du 28 août au 22 novembre 1816, la tentative britannique de prolonger l'effort pour obtenir l'établissement d'une ligue internationale disposant des moyens de mettre un terme à la traite se heurta ainsi à l'opposition des autres puissances[58].

En fait, ces dernières, de manière plus ou moins explicites, dénonçaient des arrières-pensées hégémoniques dans la volonté du Royaume-Uni d'étendre la lutte abolitionniste au-delà du monde britannique[59]. De fait, le zèle des Britanniques était d'autant plus important que la chasse aux bateaux négriers qu'ils menaient leur permettait de s'assurer plus facilement des points d'appuis sur la côte africaine[46]. Dès lors, les puissances concurrentes de la Grande-Bretagne considérèrent que le sombre dessein de ces motivations géopolitiques étaient bien prédominant sous ses habits philanthropiques, et que tout système collectif de répression de la traite renforcerait démesurément une supériorité maritime britannique déjà évidente. De fait, seule la Royal Navy disposait des moyens nécessaires à une telle « police des mers ». Compte tenu du déséquilibre entre la flotte britannique et celles des autres puissances, s'engager dans un tel projet, c'était offrir au Royaume-Uni un spectaculaire outil de puissance et au-delà « céder à un principe attentatoire aux souverainetés et dignités nationales autant qu'au droit maritime international, bien que celui-ci soit encore mal fixé, sous l'espèce du principe mare liberum, la mer libre »[60].

  Le choix du « bilatéralisme par défaut »

Dès lors, à défaut de multilatéralisme, les Britanniques choisirent de faire eux-mêmes pression individuellement sur chacun des pays impliqués dans les traites négrières. Déjà, pendant les guerres napoléoniennes, l'Angleterre avait su utiliser son statut de belligérant maître des mers pour d'une part aborder et saisir les navires négriers ennemis au large des côtes africaines, d'autre part soutirer dès février 1810 à la cour royale du Portugal, en quête de légitimité diplomatique après avoir été contrainte à l'exil au Brésil sous la pression des Français, un traité d'alliance dont l'article 10 établissait le principe d'une collaboration des deux États en vue d'une abolition graduelle de la traite[61]. Cet article, éventuellement adapté et peaufiné, constitua le prototype de tous ceux que, durant les cinquante années qui suivirent, les diplomates britanniques s'efforcèrent d'introduire dans les nombreux traités bilatéraux signés par le Royaume-Uni avec les nations impliquées dans le trafic négrier[62]. « L'Angleterre extorqua ainsi nombre de traités anti-négriers, en faisant pression sur ses alliés » ou sur les États « que le sort des armes mettait entre ses mains »[61]. Elle en fit de même la condition de la reconnaissance officielle de la souveraineté des États nouvellement indépendants d'Amérique du Sud (Venezuela, Chili, Argentine...)[61]. Tous les États moralement, politiquement ou financièrement endettés vis-à-vis de la Grande-Bretagne se virent ainsi imposer l'abandon légal de la traite, non sans compensation financière parfois[N 13] : ce fut le cas de l'Espagne et du Portugal en 1817, ou de cette nation économiquement très liée à l'Angleterre qu'était la Hollande en 1818[60].

Ces conventions bilatérales disposaient systématiquement de deux clauses principales. La première instaurait un droit de visite réciproque : les navires de guerre de ces deux pays pouvaient contrôler en mer les navires marchands de l'autre nation, s'il s'agissait de négriers saisir le bateau et arrêter l'équipage, enfin l'escorter avec sa cargaison jusqu'en Sierra Leone, colonie britannique depuis 1808[60]. Là, la deuxième clause prévoyait qu'une cour de justice spéciale, théoriquement mixte mais composée en fait majoritairement de Britanniques[N 14], les jugerait, les condamnerait éventuellement et surtout procéderait à la libération et à l'installation en Sierra Leone des individus retenus captifs. Ces cours, qui fonctionnèrent à partir de 1819, furent efficaces, mais leur caractère supranational, à l'instar de ce droit de visite qui en temps normal n'avait lieu d'être que dans le cadre d'affrontements militaires[58], en rendait la mise en place difficilement acceptable du point de vue d'États en mesure de résister à la pression britannique, comme la France ou les États-Unis. Ces derniers privilégièrent donc le cas échéant une répression autonome, prise en charge spécifiquement par chaque État vis-à-vis de sa flotte marchande[60].

  Concessions et pressions britanniques

Si elle laissait davantage les mains libres à l'Angleterre dans sa lutte contre la traite, la signature d'un traité bilatéral tel que décrit ci-dessus n'était pas une garantie absolue de l'abandon effectif de l'importation d'esclaves dans les colonies des nations concernées[63]. La Grande-Bretagne devait parfois faire des concessions : par exemple, jusqu'en 1830, la traite portugaise resta autorisée au sud de l'équateur, notamment entre le Brésil et les territoires de l'actuel Angola[64]. Surtout, les Britanniques devaient régulièrement rappeler à l'ordre leurs alliés, qui faisaient souvent preuve de laxisme voire de complaisance vis-à-vis des négriers. La dénonciation de la traite n'entraînait pas systématiquement la mise en place d'une répression effective.

Ainsi, il fallut attendre 1835, « des menaces d'interventions britanniques non déguisées »[63] et un nouveau traité avec l'Angleterre, pour que Madrid s'engage dans une lutte relativement efficace contre l'« infâme trafic », et 1845 pour qu'une loi du gouvernement espagnol abolissant officiellement la traite dans les territoires relevant de son autorité fut promulguée, sans être d'une efficacité frappante d'ailleurs[65]. Le Portugal se révéla encore plus difficile à convaincre, et ce n'est que suite à la saisie par la Royal Navy de dizaines de bâtiments portugais en 1839 que le gouvernement de Lisbonne, adepte jusque-là d'un complaisant immobilisme, consentit à s'engager réellement dans la lutte contre la traite dans le cadre d'un nouveau traité bilatéral signé avec l'Angleterre le 3 juillet 1842[66]. Vis-à-vis du Brésil, la pression britannique fut encore plus spectaculaire. En jouant sur « le chantage à la reconnaissance de jure de l'Empire qui avait proclamé son indépendance en 1822 »[63], l'Angleterre avait obtenue en 1831 le vote d'une loi brésilienne abolissant la traite. Mais l'absence d'application de cette loi amena les autorités britanniques à envoyer en 1850 la Royal Navy bombarder, couler et saisir des navires négriers dans les ports brésiliens eux-mêmes : le Parlement brésilien consentit dès lors la même année à voter une loi « aux effets pratiquement définitifs »[63].

  La British African Squadron, entre efficacité et dérives

Concrètement, la marine britannique fut longtemps la seule à prendre sérieusement en charge la lutte contre la traite au large des côtes africaines. Jusqu'à une dizaine de navires, naviguant en général par groupe de trois, composèrent ainsi la British African Squadron chargée de la répression dans une zone centrée sur le golfe de Guinée, entre Sierra Leone et équateur[64]. Si l'on en croit le futur amiral Roussin, l'investissement britannique était loin d'être négligeable : au moins une frégate de 42 canons et 245 hommes et trois ou quatre sloops de 25 à 32 canons et 100 à 150 hommes, le tout complétés de plusieurs bricks de 50 hommes et douze à vingt canons, capables de remonter les rivières pour la chasse et la saisie des négriers[67]. Ces dernières furent régulières : selon David Eltis, 1635 navires négriers de toutes nationalités furent saisis entre 1808 et 1867 sur un total estimé de 7750 expéditions, soit un navire négrier sur cinq[68]. De la sorte, plus de 160 000 esclaves furent soustraits à leur destinée de servilité sur le continent américain, dont près de 100 000 rejoignirent la Sierra Leone[68].

Les primes par tête d'esclave libéré versées aux marins après jugement des négriers par les commissions mixtes de Freetown ne furent pas sans stimuler les prises de navires négriers[N 15]. Mais si elles stimulèrent leur zèle, les primes allouées aux matelots et aux officiers ne furent pas sans engendrer des dérives. La surestimation régulière du nombre d'esclaves présents sur le navire saisi n'en est que la moins grave : tout à leur désir de saisir un nouveau navire, les marins britanniques s'engageaient dans des combats navals au cours desquels on ne se souciait guère du sort des individus transportés dans les cales adverses[69] ; une fois le navire saisi, le voyage, qui pouvait durer plus de trois semaines, de ces derniers vers la Sierra Leone entraînait généralement la mort d'une proportion de captifs équivalente à celle d'un voyage négrier « classique »[70].

  Contestations et triomphe de la répression britannique de la traite

Ces inconvénients du système répressif britannique insinuèrent le doute quant à son efficacité : certains abolitionnistes estimèrent qu'il incitait seulement les négriers à ruser davantage, ce qui finalement aggravait encore la manière dont les captifs étaient transportés. Des libre-échangistes soulignèrent que l'existence de la British African Squadron contrevenait aux « lois naturelles de l'offre et de la demande » et ne contribuait qu'à accroître d'une part les profits des négriers qui parvenaient à passer dans les mailles du filet, d'autre part « l'hostilité des puissances européennes à l'égard de l'hégémonie navale britannique »[71]. Au milieu des années 1840, au moment même où ses effectifs était triplés[71], l’African Squadron, dont le coût pour le budget britannique était en outre loin d'être symbolique[N 16], se trouva ainsi fortement contestée. L'État britannique poursuivit cependant sa croisade abolitionniste, et fut peu après récompensé par quelques coups de forces heureux comme au Brésil en 1850, par l'apparition de navires de guerre à vapeur au sein de la flotte britannique et par la conjonction de plus en plus nette des efforts britanniques avec ceux de la France ou des États-Unis[72].

En fait, le Royaume-Uni recueillait là le fruit de plusieurs décennies de combat et de pression sur les autres puissances : le 20 décembre 1841, les cinq puissances signataires du Congrès de Vienne de 1815 accordèrent aux Anglais l'extension de la lutte contre la traite de l'océan Atlantique à l'océan Indien et l'année suivante les États-Unis s'engagèrent à entretenir une flotte de répression de la traite de 80 canons[64]. Les pressions britanniques sur l'Espagne, le Portugal et le Brésil durant les décennies 1840/1850 firent le reste, et tarirent naturellement le commerce des esclaves à travers l'Atlantique[72], commerce qui devint marginal à partir des années 1860, d'autant que la guerre de Sécession développa la coopération États-Unis/Royaume-Uni dans la lutte contre la traite[72].

  En France

  L'abolition révolutionnaire

En 1748 dans De L'esprit des Lois Montesquieu écrivit un texte satirique intitulé De l'esclavage des nègres; il y tournait en dérision les justifications idéologiques et matérielles de l'esclavage négrier. En 1755, le Chevalier de Jaucourt rédigea les articles « esclavage » et « traite des nègres » (demandant son abolition) dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il estimait que détenir quelqu'un en esclavage, c'est lui déclarer la guerre et légitimait donc la résistance des esclaves[73]. Brissot créa en 1788 la Société des amis des Noirs dont les objectifs affirmés étaient l'égalité des blancs et des hommes de couleur libres, l'interdiction de la traite négrière et l'abolition progressive de l'esclavage colonial. Condorcet (Réflexions sur l'esclavage des nègres) réclama un moratoire d'une durée de 70 ans entre la fin de l'esclavage et l'accession des affranchis au statut de citoyen[74]. Malgré les efforts de ses membres éminents, comme Mirabeau, Pétion, Clavière, l'abbé Grégoire, Lanthenas, Lafayette, Sieyès, la Société des amis des Noirs ne put obtenir que provisoirement le premier des trois objectifs auprès de l'Assemblée constituante : c'est au cours de ces débats que le député Barnave s'exclama « le nègre ne peut croire qu'il est l'égal du blanc »[75]. Le 15 mai 1791 il fut mis en minorité par un décret qui accordait l'égalité à une partie des hommes de couleur libres (les planteurs métis et non les esclaves affranchis). Seul parmi les adversaires de Barnave, Robespierre au nom de des principes et de l'humanité condamna le compromis. Mais le 24 septembre 1791 dans le cadre de la régression qui suivit la fuite de roi à Varennes et la fusillade du Champ-de-Mars symbolisée par la création du club des Feuillants, Barnave réussit à faire révoquer ce décret. Il bénéficia pour cela de la défection de Lafayette et de Sieyès (qui avaient l'un et l'autre participé en conformité avec leurs principes égalitaires) au débat de mai 1791) vivement condamnée par Brissot dans le Patriote Français du 26 septembre. Néanmoins, le 28 septembre, le député jacobin Edmond Dubois-Crancé parvint à obtenir de l'assemblée constituante l'abolition de l'esclavage et l'égalité des hommes de toutes les couleurs en Françe continentale.

Le 4 avril 1792, l'Assemblée nationale décida d'accorder la pleine citoyenneté à tous les libres de couleur[75]. Plus exactement, ce jour-là le roi sanctionna — comme la constitution de 1791 le voulait — les décrets législatif du 24 mars et gouvernemental du 28 mars 1792. Clavière et un certain Roland avaient été nommés ministres par le roi au début du mois et persuadèrent Louis XVI de valider sans délai la décision de l'assemblée législative : ce fut « la loi du 4 avril 1792 ». Deux commissaires jacobins, proches de la Gironde, Léger-Félicité Sonthonax et Etienne Polverel furent nommés par Brissot — élu député en septembre 1791 — pour faire appliquer le décret dans la colonie. Le premier avait publié entre septembre 1790 et juin 1791 dans le périodique hebdomadaire les Révolutions de Paris (les articles étaient anonymes mais Brissot nous apprend l'identité de l'auteur dans ses mémoires écrits en prison en octobre 1793) « des articles très énergiques en faveur des hommes de couleur » et même contre l'esclavage des Noirs. Le second avait fait radier Barnave du club des Jacobins le 25 septembre 1791 et avait participé aux côtés de Clavière, l'abbé Grégoire, Condorcet et Lanthenas à un jury jacobin chargé de couronner le meilleur almanach constitutionnel et populaire. L'almanach du Père Gérard de Jean-Marie Collot d'Herbois qui fut sélectionné condamnait l'esclavage des Noirs. Ils s'embarquèrent en juillet pour Saint-Domingue. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention abolit l'esclavage[N 17] en avalisant et généralisant la décision unilatérale du commissaire de la Convention au nord et à l'ouest de Saint-Domingue, Léger-Félicité Sonthonax, prise le 29 août 1793, suivie de l'envoi à Paris de six élus et de trois suppléants. Au Sud de Saint-Domingue, elle fut décrétée par Étienne Polverel le 21 septembre 1793, sans qu'à la date du 16 pluviôse an II, la Convention ne soit au courant, faute d'avoir reçu de députés de cette partie de la colonie. Il y eut ici donc conjonction entre les deux décisions, locale et nationale. Aucun député de cette partie méridionale de la grande colonie ne fut jamais élu pour participer aux débats de la Convention et des assemblées directoriales.

Cette abolition, certes dictée par un humanisme hérité des Lumières, avait aussi comme objet de ramener le calme à Saint-Domingue dans un contexte de pression militaire britannique sur les possessions françaises des Caraïbes[77]. Les esclaves affranchis disposèrent dès lors de la citoyenneté française[77]. Cependant, cette abolition fut également appliquée dans d'autres possessions françaises : aux Antilles, seules la Martinique et Tobago que les Anglais contrôlaient alors, ne connurent absolument pas la suppression de l'esclavage et la volonté de la métropole de faire appliquer l'émancipation aux Mascareignes se heurta au refus des représentants de locaux de recevoir les commissaires du Directoire venus dans cette perspective en janvier 1796[77]. Sinon outre les deux entités de Saint Domingue, l'abolition de l'esclavage et de la traite s'appliqua réellement qu'en Guadeloupe, sous la houlette de Victor Hugues[78], en Guyane[N 18] et à Saint-Lucie pendant l'année (1795-1796) au cours de laquelle la France réussit à prendre le contrôle de cette colonie. Il n'en reste pas moins que la ratification du décret de Sonthonax entraîna l'envoi en métropole de nouveaux députés de couleur à la Convention accueillis et écoutés chaleureusement par Camboulas, René Levasseur, Danton, Jean-François Delacroix, l'abbé Grégoire comme à la Commune par le porte-parole des sans-culottes, Chaumette qui prononça en leur présence un très long discours abolitionniste le 30 pluviôse an II (18 février 1794) au Temple de la Raison[N 19]. D'autres fêtes de l'abolition de l'esclavage, qui ont fait l'objet ces vingt dernières années de multiples travaux[82], furent organisées en province jusqu'en juillet 1794 souvent sous l'égide de représentants en mission : Bordeaux (Tallien), Lyon (Fouché, Meaulles, Laporte), Châlons-sur-Marne (Adam Pfiegler), Brest (Prieur de la Marne), Rouen-Le Havre (Claude Siblot), Provins-Montereaux (Nicolas Maure), Vitry-le-François (Jean-Claude Battelier), Bourg-en-Bresse (Antoine Albitte). Cette dernière fête fut la plus spectaculaire, car, au nom de l'unité du genre humain, on y vit des femmes blanches et noires échanger quelque temps leurs bébés pour allaitement. Parallèlement, à peu près jusqu'au 9 thermidor an II, des centaines d'adresses en provenance de sociétés populaires provinciales parvinrent à la Convention, la félicitant du vote de ce décret émancipateur. Si après thermidor an II, la lecture d'adresses et l'annonce de fêtes furent annulées, l'abolition ne fut pas mise en cause. Au contraire dans la constitution du 5 fructidor an III, (22 août 1795) qui sanctionne le principe de la république des propriétaires et supprime le suffrage universel masculin, sous l'autorité de Boissy d'Anglas (ancien député de la Plaine), le décret du 16 pluviôse an II est validé dans ses articles 6 et 7 par le principe de la départementalisation des colonies. À l'assemblée constituante en mai 1791 Boissy d'Anglas avait voté et écrit en faveur de la cause des hommes de couleur libres et exprimé dans une perspective d'avenir des convictions antiesclavagistes. Il faut à ce sujet noter que le mouvement antiesclavagiste révolutionnaire et militant ne s'est pas limité à la Société des Amis des Noirs. Le Cercle Social, né en 1790, en la personne de l'abbé Fauchet était très marqué par la philosophie abolitionniste. Sonthonax qui écrivit — nous l'avons vu — des articles abolitionnistes dans les Révolutions de Paris jusqu'en juin 1791 — ne l'était pas. Il fut relayé par Chaumette, ancien mousse, témoin à ce titre des forfaits de l'esclavage et de la traite (août 1791-juin 1792 puis un article en février 1794). Le 4 juin 1793 il se présenta à la Convention avec une pétition demandant l'abolition de l'esclavage. Olympe de Gouges, surtout connue pour son combat en faveur des droits de la femme, s'est beaucoup plus tôt engagée dans cette cause, par une pièce de théâtre écrite en 1789 (mais publiée en mars 1792 quelques mois après l'élection de Pétion à la mairie de Paris) Zamor et Mirza. À l'assemblée constituante le 11 mai 1791, un député du Vermondois, Vieffville des Essarts, présente un projet d'abolition assez proche de ceux proposés par les Amis des Noirs. L'assemblée l'écarte prudemment des débats, mais le fait publier. Le 18 mai c'est Marat qui en présente un dans l'Ami du Peuple. Contrairement à une idée reçue, Robespierre, qui s'écria le 13 mai 1791 « Périssent les colonies » pour rejeter la constitutionnalisation de l'esclavage proposée avec succès par Barère ne fut jamais membre de cette société. À l'assemblée législative, début décembre 1791, le député des Bouches-du-Rhône, Mathieu Blanc-Gilli prend le relais de Vieffiville des Essarts en proposant à son tour un plan d'abolition de l'esclavage. Dans ses mémoires écrits vers 1830 l'ancien Conventionnel montagnard de la Sarthe, René Levasseur, qui le premier proposa le 16 pluviôse an II l'extension de l'abolition à toutes les colonies, explique que dix ans avant la Révolution, il fut déshérité par son père pour avoir dénoncé la traite des Noirs. Dans la presse il faut enfin compter avec le journaliste Claude Milscent (1740-1794), créole ancien propriétaire d'esclaves, rédacteur jacobin du Créole Patriote qui de septembre 1792 à mars 1794 publia régulièrement des articles sur le sujet, participa à la campagne de juin 1793 auprès de Chaumette et salua avec enthousiasme le décret du 4 février 1794 : original le 5 février 1794 il rendit compte exclusivement de sa réception chaleureuse au club des Jacobins.

  Le rétablissement napoléonien

Par la loi du 20 mai 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage dans les territoires restitués à la suite du traité d’Amiens, traité qui, en restaurant la paix, rétablit en outre la sécurité du commerce maritime et permit aux négriers français de recommencer leurs expéditions pour quelques mois, avant que la reprise des hostilités en 1803 et l'établissement du blocus continental n'entraîne à nouveau leur repli jusqu'à la Restauration[78]. La loi de 1802, si elle ne prévoyait pas le rétablissement de l'esclavage dans toutes les colonies françaises, laissait à travers son article IV toute latitude au gouvernement pour légiférer en faveur de son rétablissement général.

En Guadeloupe, en mai 1802, une partie des soldats noirs se rebella. L'insurrection fut écrasée. On estime que près de 4 000 personnes furent tuées entre mai et décembre 1802, dont un millier de soldats réguliers[83]. L'esclavage fut progressivement rétabli. Le 17 juillet 1802, Richepance publia un arrêté qui refusait aux gens de couleur de porter le titre de citoyens[84], qui replaçait les cultivateurs dans une servitude complète et qui supprimait les salaires aux cultivateurs[85]. En revanche, l'arrêté consulaire du 16 juillet 1802 n'a jamais été publié[86]. Le rétablissement légal de l'esclavage fut publié le 14 mai 1803. Le 26 mai 1803, la Guadeloupe revint dès lors au régime antérieur à 1789[87].

En Guyane, Victor Hugues rétablit l'esclavage par le règlement général du 25 avril 1803.

Cependant, malgré la dictature, le mouvement abolitionniste ne fut pas complètement réduit au silence : ainsi grâce à Fouché, sans doute, devenu ministre de l'intérieur, l'abbé Grégoire pu écrire et publier en 1808 un livre égalitaire : de la littérature des Nègres.

Napoléon Ier, de retour de l'île d'Elbe lors des Cent-Jours, décrèta l'abolition de la traite négrière pour se concilier la Grande-Bretagne[88]. Sa décision fut confirmée par le traité de Paris le 20 novembre 1815 et par une ordonnance de Louis XVIII le 8 janvier 1817[88]. Mais la traite de contrebande se poursuivit malgré les sanctions prévues. Dans les années 1830, le Ministère de la Marine et des colonies tente de remettre à jour le Code noir de 1685 pour l'adapter aux conditions de l'époque[73].

  L'abolition de l'esclavage (1849) par François-Auguste Biard - Château de Versailles

  Le décret d'abolition de 1848

Plusieurs mesures visant à l'abolition de l'esclavage furent prises sous la Monarchie de Juillet : par exemple, les esclaves reçurent un état civil en 1839[88] ; l'esclavage fut supprimé à Mayotte en 1843[89].

Victor Schoelcher, nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies par le ministre François Arago, contribua à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les Colonies. Le Décret d'abolition du 27 avril, signé par tous les membres du gouvernement parut au Moniteur, le 5 mars. 250 000 esclaves des colonies françaises devaient être émancipés[90].

  Dans les colonies africaines françaises

La loi de 1848 ne s'appliquait cependant pas à l'Algérie, pourtant déclarée la même année partie intégrante de la République. Elle ne prévoyait pas non plus le statut des esclaves présents sur les territoires d'éventuelles nouvelles colonies. Saint-Louis du Sénégal et Gorée bénéficièrent de la loi mais toutes les nouvelles possessions africaines postérieures à 1848 furent soumises à un régime particulier, défini par un arrêté de Faidherbe en date du 18 octobre 1855[91]. Ce dernier stipulait que les possesseurs d'esclaves favorables aux autorités françaises pourraient conserver ceux qui sont désignés sous le qualificatif euphémisé de « captifs »[91]. Les récalcitrants se virent imposer la libération de leurs esclaves dont certains furent regroupés à partir de 1887 dans des « villages de liberté », qui permettaient à l'administration française de disposer d'une main d'œuvre commode employée aux travaux de construction[92]. Une grande part du corps des tirailleurs sénégalais provint jusqu'en 1905 d'anciens esclaves affranchis. Le 12 décembre 1905, un décret s'appliquant à l'Afrique-Occidentale française interdit l'atteinte à la liberté d'un tiers : il prohiba, sans l'évoquer explicitement, la pratique esclavagiste[93]. La tolérance à l'esclavage resta cependant élevée comme en atteste la persistance de l'institution au Mali.

  En Grande Colombie

En Amérique du Sud, les voies de l’abolition furent liées, bien que de manière indirecte, au mouvement indépendantiste. Au début du XIXe siècle, les forces sécessionnistes étaient dans leur grande majorité constituées des élites créoles dont la richesse s’appuyait souvent sur le système esclavagiste. Les revendications indépendantistes s’accompagnaient dès lors le plus souvent d’une volonté de conservation de l’ordre social. L’abolition décidée en 1794 par les hommes de la Révolution française était encore dans toutes les mémoires, comme le montre cette réflexion du général en chef de l'armée de la république du Venezuela, Francisco de Miranda : « Nous avons sous les yeux deux grands exemples : les révolutions américaine et française. Imitons prudemment la première et évitons soigneusement la seconde »[94].

La question était d'autant plus sensible que le Venezuela avait connu dix révoltes d’esclaves notables entre 1770 et 1799, élevant à 30 000 le nombre estimé de nègres marrons présents dans le pays à la fin du siècle[95]. L'identification entre élites esclavagistes et mouvement indépendantiste s'exprima, lors des premiers soulèvement contre le roi d’Espagne, dans le ralliement d'esclaves à la couronne contre les indépendantistes, menés par Simón Bolívar. En 1815, dans sa «  La lettre de Jamaïque » à destination de la Royal Gazette de Kingston, Bolivar tenta de nier, contre toute évidence, la spontanéité du ralliement de certains esclaves à la cause loyaliste, et dressa de leurs conditions de vie un tableau quasiment « idyllique »[96]. Il doit cependant être souligné que les insurgés eux-aussi recrutèrent des esclaves pour participer au soulèvement militaire. Miranda promit ainsi en 1812 la liberté à tout esclave qui s'enrôlerait dans l'armée qu'il commandait, en assurant leurs maîtres d'une indemnisation prochaine dès lors que la situation militaire aurait clairement basculé en faveur de l'indépendance[97].

Par la suite, Bolivar fit le choix d'opter explicitement pour l’abolitionnisme. Réfugié en Haïti après l’échec de sa campagne de 1815, il négocia avec Alexandre Pétion, le président du pays, son soutien contre l’Espagne en échange de la promesse de la suppression de l’esclavage sur les territoires libérés[97]. Il espérait aussi que ce changement de cap rallierait à sa cause la masse des esclaves dont il promettait l’affranchissement.

En 1816, après avoir donné l'exemple en libérant les huit cents esclaves de sa propriété familiale, Bolivar concrétisa sa promesse en publiant les trois décrets d'abolition des 2 juin, 6 juillet et 31 décembre 1816[97]. Ces décrets visaient également à grossir les rangs de l’armée d’insurrection : le premier des trois textes subordonnait l’émancipation à l’engagement dans les troupes de Bolivar, le second l’accordait sans condition[96]. Au final, les esclaves tinrent une place importante dans les succès de l’armée indépendantiste. Cependant, le ralliement de Bolivar à la cause abolitionniste ne doit pas être réduit à ces questions militaires, comme il l'exprimait lui-même en avril 1820 : « Mes raisons militaires pour ordonner la levée d'esclaves sont évidentes. [...] Les raisons politiques de la mesure que j'ai prise sont encore plus puissantes. [...] Tout gouvernement libre qui commet l'absurdité de maintenir l'esclavage est châtié par la rébellion des serfs et parfois par le massacre des maîtres. C'est ce qui advint à Haïti »[98].

Malgré la caractère pragmatique de cette adhésion à la cause abolitionniste, Bolivar semble avoir mis tout en œuvre pour faire valider ses décrets devant le Congrès fondateur d’Angostura[97]. Néanmoins, ce dernier, dominé par les propriétaires terriens, n’accéda pas à sa demande, malgré ses protestations[N 20]. Oruno Denis Lara a cependant remis en cause cette sincérité, arguant que Bolivar disposait des moyens de faire plier le Congrès[100]. Plusieurs dispositions juridiques, comme la loi d’affranchissement du 21 juillet 1821, mirent en place des systèmes d’émancipation graduels qui ne s'appliquèrent qu’avec parcimonie sur l'ensemble du territoire de la Grande Colombie[101].

Dans un contexte d’instabilité politique et sociale chronique, le nombre d’esclaves diminua toutefois progressivement : au Venezuela, il passa de 87 800 en 1810, à 36 000 en 1836 puis 12 000 en 1854[102]. Au Venezuela, c’est seulement le 24 mars de l’année 1854 que le président José Gregorio Monagas décréta l’abolition de l’esclavage. En Colombie, le président José Hilario López l'avait aboli trois ans auparavant, le 21 mai 1851, ce qui avait déclenché une courte guerre civile qui fut gagnée par les libéraux abolitionnistes[103],[104]. Le nombre d'esclaves en Colombie était alors d'environ 20 000[104].

  Aux États-Unis

  Bénézet instruisant des enfants de couleur
Illustration dans un livre de 1850
Article détaillé : Antiesclavagisme aux États-Unis.

  Un mouvement précurseur : les quakers

Le premier abolitionnisme américain, en lien avec la Grande-Bretagne, se développa dans les sociétés quakers : c'est sous leur influence qu'en 1676 l'assemblée de l'État de Rhode Island refusa la réduction de tout Indien en esclavage[105] et en Pennsylvanie, c'est dès 1688 qu'ils rédigèrent et publièrent la Protestation de Germantown contre toute pratique esclavagiste[106].

Cependant, ce n'est qu'en 1758, lors du Yearly Meeting, que les quakers pennsylvaniens condamnèrent officiellement et collectivement l'esclavage et s'interdirent personnellement de le pratiquer[107],[105]. De fait, jusqu'aux années 1760-1770, l'abolitionnisme ne constitua pas une conviction partagée par tous les quakers : à de nombreuses reprises de la fin du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, certains de leurs membres portèrent sans succès des pétitions antiesclavagistes devant les assemblées de leur communauté et en Pennsylvanie il fallut attendre 1780 pour que les derniers membres de la Société des Amis propriétaires d'esclaves se voient contraints de la quitter[108]. Plus largement dans les treize colonies, « l'hostilité à l'esclavage se manifesta jusqu'à cette date surtout en des termes généraux et rhétoriques »[108], malgré le combat militant d'Antoine Benezet, John Woolman ou Benjamin Lay.

  Les contrastes de la guerre d'Indépendance

  Texte de Benjamin Franklin en faveur de l'abolition de l'esclavage

Durant les années 1770[N 21], notamment pendant la guerre d'Indépendance, la voix et l'action des antiesclavagistes se firent plus fortes, « établissant parfois un lien entre le sort des Américains voulant s'émanciper de la tutelle anglaise et celui des esclaves »[108]. Plusieurs des intellectuels ou hommes politiques en première ligne lors de ces évènements se manifestèrent par leur volonté de défendre les droits des Noirs, comme l'auteur du Sens commun (1776) Thomas Paine[110] ou pour réclamer purement et simplement l'abolition de l'esclavage, comme Benjamin Franklin (1706-1790), qui choisit d'affranchir ses esclaves dès 1772. D'autres éminents personnages de la Révolution américaine, Virginiens et propriétaires d'esclaves, furent d'abord plus réticents, comme les deux futurs présidents des États-Unis Thomas Jefferson et George Washington[111], James Madison ou Patrick Henry, qui militèrent cependant en ce sens au Congrès[112].

L'esclavage fut aboli en 1777 dans le Vermont[113],[114], en 1780 en Pennsylvanie[115], en 1783 dans le Massachusetts[116] et le New Hampshire[113]. Une loi de 1782 votée en Virginie entraîna la libération de 10 000 Noirs en dix ans[117]. En 1783, le Maryland interdit l'importation d'esclaves[118]. En 1786, la Caroline du Nord augmenta fortement les droits sur l’importation des esclaves. L'Ordonnance du Nord-Ouest (1787) interdit l'esclavage dans le territoire du Nord-Ouest[119],[120],[113] et établit de fait la limite entre les états esclavagistes et les autres sur l'Ohio : en 1793, le seul État à autoriser encore l'importation d'esclaves venus d'Afrique était la Géorgie[N 22].

Cependant, lorsque la Constitution américaine entra en vigueur le 4 mars 1789, elle ne remit pas en cause l'esclavage pratiqué dans les États du Sud[108], afin de garantir l'union de la jeune nation[N 23]. Dans ce cadre, les esclaves furent exclus de la citoyenneté. Cependant, les États du Sud réclamèrent qu'ils soient comptabilisés dans le recensement qui devait permettre la répartition des sièges à la Chambre des représentants. Cette revendication qui aurait avantagé considérablement les États-Unis du Sud aboutit à un compromis connu sous le nom de « clause des trois cinquièmes » : elle permettait d'ajouter au total de la population libre des différents États « les trois cinquièmes de toutes autres personnes » vivant sur le territoire, c'est-à-dire les esclaves qui, comme dans l'ensemble de la Constitution, ne sont jamais désignés explicitement[121].

  Ambiguïtés et difficultés de l'abolition au XIXe siècle

Cependant, la mobilisation des abolitionnistes se poursuivit[N 24] Thomas Jefferson obtint en 1807, dans la foulée de l'abolition britannique, que la traite négrière fut interdite officiellement sur le territoire américain à partir du 1er janvier 1808[29], même si les contrebandiers la poursuivirent clandestinement pendant plusieurs années[123] sans que les autorités des États fissent toujours les efforts nécessaires à son éradication avant la seconde moitié du XIXe siècle (Olivier Pétré-Grenouilleau parle même de « collusion »[124]). Les volumes en jeu furent cependant, dans les années qui suivirent, moins importants que ceux du XVIIIe siècle. En effet, l'abolition officielle de 1808 intervint à un moment où la production de tabac, tâche principale à laquelle étaient alors attachés les esclaves du sud des États-Unis (notamment dans la baie de Chesapeake), était alors en déclin : « les planteurs disposaient donc d'une main-d'œuvre suffisante, voire excédentaire, et la fin des importations ne pouvait que faciliter la revente, sur le marché américain, des esclaves en surnombre »[29]. En outre, le taux d'accroissement naturel des esclaves était, aux États-Unis, particulièrement élevé relativement à ceux employés dans les plantations de canne à sucre des Antilles ou d'Amérique du Sud[125].

  Les États-Unis lors de la Guerre de Sécession. En bleu les États de l'Union ; en bleu clair, les États de l'Union où l'esclavage était autorisé. En rouge, les États confédérés. En blanc, les territoires qui n'étaient pas encore des États, essentiellement sous le contrôle de l'Union.

Officiellement, la lutte contre la traite restait cependant à l'ordre du jour, et en 1820, une telle pratique fut assimilée légalement par le Congrès à de la piraterie, crime qui pouvait être puni de la peine de mort[126]. Les réticences restaient cependant fortes, du fait des tensions que la question de l'esclavage entretenait au sein de l'Union entre les États du sud esclavagistes et ceux du nord qui interdisaient une telle pratique sur leur territoire[124]. Par ailleurs, les visées des États-Unis sur l'île de Cuba, où les plantations fondées sur l'exploitation d'une main-d'œuvre servile originaire d'Afrique se révélaient particulièrement rentables, pouvait incliner à la prudence en matière d'abolition[124]. En outre, les pressions britanniques pour obtenir le droit de visiter les navires américains soupçonnés de s'adonner illégalement à l'« infâme trafic » étaient mal perçues dans un pays jaloux de son indépendance vis-à-vis de l'ancienne métropole[124]. D'où la réticence des États-Unis à s'engager de manière contractuelle en faveur de l'abolitionnisme international, et conséquemment la relative désinvolture avec la laquelle la lutte contre la traite illégale fut menée : les croisières de répression ne furent qu'épisodiques au moins jusqu'en 1842 et le plus souvent menées par des commandants issus d'États du sud, eux-mêmes propriétaires d'esclaves[126]. Du reste, notamment à Baltimore, les États-Unis fabriquaient à destination des négriers des navires fins et rapides forts appréciés[125], pouvaient ponctuellement « servir de base de repli pour certains négriers ibériques », voire auraient peut-être vu accordées par des banques américaines « des facilités bancaires et financières pour les opérations de la traite illégale »[127].

L'ambiguïté du compromis constitutionnel de 1787 ne fut pas levé en matière de traites négrières avant le déclenchement de la guerre de Sécession, qui obligea les États confédérés à y mettre fin pour obtenir le soutien du Royaume-Uni contre les États du nord[127]. La question esclavagiste (mais non celle de l'intégration des Noirs dans la communauté nationale[29]) fut finalement définitivement réglée à l'issue de ce conflit, lorsque la victoire de l'Union permit en 1865 l'extension à l'ensemble des États-Unis de l'abolition de l'esclavage proclamée par Abraham Lincoln le 1er janvier 1863[128]. Ce texte devint ainsi le 13 décembre 1865 le treizième amendement de la Constitution fédérale. À cette même date, le Ku Klux Klan était fondé dans le Tennessee[128].

  Les traites arabes et internes au continent africain, entre abolition et disparition

  Conséquences de l'abolition

  La traite des asiatiques et l’engagisme

Pour remplacer les esclaves, les planteurs firent appel à des « engagés volontaires » d'origine asiatique, indienne notamment, voire locale (aux Comores). Cette pratique dégénéra très rapidement en une forme d'exploitation, la clause de retour du contrat des coolies ne fut notamment pas respectée à l'issue de leur période d'engagement et beaucoup durent rester sur place car il n'avaient pas été rémunérés suffisamment pour pouvoir payer le trajet retour.

  Colonisation de l'Afrique

La lutte contre l'esclavage permit aux puissances coloniales de justifier leur pénétration du continent noir. Le Royaume-Uni, pointe avancée de l'abolitionnisme en Europe dès lors qu'il avait choisi d'interdire la traite dans les territoires qu'il contrôlait, signa, entre 1807 et 1840, une trentaine de traités avec d'autres États européens et des royautés africaines pour tarir les sources d'approvisionnement des négriers[33]. La lutte contre les négriers entraîna ainsi le développement de relations toujours plus étroites entre les Européens et les souverains africains, tout comme une présence toujours plus grande des marines britanniques et françaises sur les côtes africaines pour débusquer les sites et navires négriers, notamment portugais, qui poursuivaient clandestinement la traite à destination du Brésil[46].

En outre, les abolitionnistes européens, tout au souci de fournir une activité alternative au commerce des esclaves aux communautés africaines qui en vivaient pour une part depuis deux siècles, cherchèrent à établir avec elles des relations commerciales « classiques », comme l'illustre bien les propos de l'abolitionniste britannique Thomas Fowell Buxton en 1840 : « Rien ne m'ôtera la ferme conviction que l'Afrique peut trouver dans ses ressources propres de quoi compenser largement la perte du commerce des esclaves… Un commerce légitime ferait tomber le commerce des esclaves en démontrant combien la valeur de l'homme, ouvrier agricole, l'emporte sur celle de l'homme marchandise ; conduit d'après des principes de sagesse et d'équité, ce commerce pourrait être le précieux ou plutôt le fidèle ministre de la civilisation, de la paix et du christianisme »[129]. Comme le montre le propos de Buxton, cette pénétration commerciale s'accompagnait de visées missionnaires[46]. La London Missionary Society, créée dans ce but en 1795 envoya ses premiers missionnaires en Sierra Leone dès 1797. Les activités missionnaires se multiplièrent sur les côtes dans le premier tiers du XIXe siècle, puis à l'intérieur des terres à partir de 1840[46]. L'expédition sur le fleuve Niger entreprise par Buxton en 1840 illustre bien le caractère entremêlé, dans un but avant tout abolitionniste et « civilisateur », de l'élan missionnaire et de visées scientifiques et commerciales dans le cadre d'une théorie économique coloniale[130].

Même si tous les Européens à intervenir auprès des Africains pour des raisons publiquement philanthropiques ne se caractérisaient pas nécessairement par le caractère très pur de leurs intentions, la bonne foi de nombreux abolitionnistes qui, par leurs initiatives, ouvrirent la voie à la ruée des grandes puissances européennes dans le dernier tiers du XIXe siècle pour s'accaparer le maximum de territoires et de richesses sur le continent africain doit être soulignée. Il est à cet égard symptomatique que la conférence de Berlin de 1884, réunie pour fixer les règles du jeu colonial en Afrique, réaffirme avec force, dans les articles 6 et 9 de son Acte final, la condamnation, par les Européens, de la traite et de l'esclavage qu'ils avaient pratiqué pendant deux siècles et demi, ainsi que leur volonté d'accorder « leur protection aux entreprises philantropiques, scientifiques et chrétiennes appelées à concourir à cette œuvre dite de civilisation »[131]. Par ailleurs, outre la dimension morale de la lutte contre les traites orientales et internes au continent noir, la mobilisation antiesclavagiste se justifiait économiquement dans le cadre de l'expansion du colonialisme en Afrique, dans la mesure où la pratique des razzias et de la traite négrière pouvaient être cause d'insécurité et d'appauvrissement de territoires colonisés encore imparfaitement contrôlés.

La traite contre laquelle les attendus de la conférence de Berlin s'élevaient était celle assurée par les marchands arabes à destination des pays d'Orient. Face à cette traite, « rendue possible par un esclavage domestique africain qui d'ailleurs avait déjà rendue possible la traite occidentale »[131], l'Église catholique se retrouva cette fois à la pointe du combat, représentée notamment par l'évêque d'Alger Charles Lavigerie. Les protestants restèrent eux à l'écart, considérant que la traite orientale disparaîtrait en même temps que l'esclavage domestique africain, lorsque les actions humanitaires et évangélisatrices menées auraient porté tous leurs fruits[132].

Le fait que le combat abolitionniste ait facilité le développement de la domination occidentale sur l'Afrique via le colonialisme est acquis[133]. Mais les individus luttant pour la disparition de la traite, guidés par des principes évangéliques (en Grande-Bretagne) ou inspirés par la mystique des Droits de l'homme (en France) étaient-ils conscients qu'ils ne faisaient que substituer un mode de domination à un autre ? Ont ils délibérément choisi de sophistiquer, sans l'abattre, un système de domination de l'homme par l'homme[133] ? D'après Jean-François Zorn, ni naïfs, ni cyniques, les abolitionnistes ne pouvaient espérer objectivement mettre fin à la domination de l'Occident sur ces territoires et ces populations. Dès lors que le combat abolitionniste était le fait des anciens oppresseurs et que ceux-ci s'abstenaient de quitter le territoire africain, il ne pouvait qu'ouvrir la voie à de nouvelles formes de domination compte tenu du déséquilibre considérable entre les deux ensembles, aussi bien d'un point de vue économique que militaire et diplomatique[133]. « En transformant l'homme-marchandise en homme marchand, les Occidentaux ont intégré les peuples africains et d'autres peuples non occidentaux dans le marché mondial dont ils étaient les maîtres. C'est pourquoi l'analyse des phénomènes actuels de recolonisation, de sous-développement et d'appauvrissement peut être située dans la stricte continuité de phénomènes plus anciens et permanents »[134].

  Notes et références

  Notes

  1. Le texte de 1716 comme celui de 1738 ne fut pas approuvé par le Parlement de Paris qui continua d'affranchir des esclaves tout au long du XVIIIe siècle.
  2. Cette époque, celle de la Renaissance, correspond aussi à l'émergence, en Europe, d'une doctrine humaniste qui ne peut admettre l'identification d'un homme à une marchandise. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 214
  3. « Dans un monde où chrétienté rime pratiquement avec Europe, le fait qu'un chrétien ne puisse réduire en esclavage un autre chrétien a en effet, au départ, pu avoir sa part dans le recours à la main-d'œuvre servile noire. » [12]. Inversement, la première attestation d'une traite négrière hollandaise est constituée par un document où l'on apprend qu'en 1596, dans le port zélandais de Middelbourg, un capitaine négrier fut contraint de libérer sa cargaison dans la mesure où les esclaves étaient baptisés : l'asservissement d'un chrétien pose problème d'un point de vue moral[14].
  4. « Pour saint Augustin, (la Cité de Dieu, livre XIX, chapitre XV), l'esclavage est en effet perçu comme la sanction divine d'une faute, collective ou individuelle »[18].
  5. 49 cahiers de doléances sur 600 firent de l'abolition de l'esclavage une de leurs revendications. Ainsi, le cahier du village de Champagney en Franche-Comté réclamait l’abolition de l’esclavage dans son article 29[22].
  6. Neuf de ses douze membres fondateurs étaient toutefois quakers, les trois autres étant des anglicans.
  7. On parlera pour désigner les membres de ce groupe de « saints de Clapham » (Clapham Sect)[32].
  8. Clarkson fit le choix de ne pas représenter « un esclave, comme on s'y était habitué avec la mode du sentiment propre au XVIIIe siècle, mais une multitude d'esclaves, indifférenciés, parqués comme des animaux, à même le bois du navire, de la manière la plus froide et la plus rationnelle possible, en dehors de toute idée d'humanité »[41].
  9. Clarkson se paya même le luxe de prendre en compte, dans son calcul, le Dolben Act, qui venait, sous la pression abolitionniste, d'être voté par le Parlement pour augmenter l'espace moyen disponible pour chaque esclave à bord des navires négriers britanniques[42].
  10. Concrètement, sur tout navire à destination d'un territoire contrôlé par les Britanniques, il était interdit d'embarquer des esclaves au-delà du mois de mai 1807, et d'en débarquer après mars 1808[47].
  11. Il s'agissait des territoires suivants : Bermudes, Bahamas, Jamaïque, îles Vierges, Antigua, Montserrat, Nevis, Saint Kitts, Dominique, Barbade, Grenade, Saint Vincent, Saint Lucie, Trinidad, Honduras, Guyane britannique, colonie du Cap en Afrique du Sud et Maurice[51].
  12. Cela contraignit ainsi par exemple Louis XVIII à intégrer cette interdiction au droit français, « malgré l'opposition persistante des armateurs qui continuaient la traite clandestinement »[56].
  13. Les traités espagnols et portugais de 1817 ne sont obtenus par la Grande-Bretagne qu'en échange d'une belle compensation financière : plus d'un million de livres-sterling, à titre de dédommagement ou d'incitation à le reconversion des individus atteints par les mesures abolitionnistes et répressives[63].
  14. « Ces commissions étaient composées de deux commissaires par État signataire et d'un secrétaire britannique, ce qui assurait la majorité à la Grande-Bretagne, d'autant plus que ses représentants, bien rémunérés, siégeaient réellement, à la différence de ceux des autres nations »[58].
  15. À partir de 1838, on versa également une prime par tonneau de navire saisi, même si celui-ci était vide, s'il apparaissait qu'il était manifestement destiné à la traite[69].
  16. « Drescher estime que cela coûta aux citoyens britanniques l'équivalent de 1,8 % du revenu national entre 1806 et 1863 »[71].
  17. Mais elle n'abolit pas explicitement la traite des Noirs[76].
  18. En Guyane, l'abolition n'eut lieu que par la volonté du législateur persuadé de sa légitimité, sans qu'il subisse ni insurrection d'esclaves ni menace militaire des puissances en guerre contre la France[79].
  19. Saint-Domingue envoya à Paris à l'hiver 1793-1794 trois nouveaux députés de la colonie, Dufay, (blanc), Mills (métis), Belley (noir) qui se présentèrent à la Convention le 15 pluviôse an II-3 février 1794. Un mois plus tard, le 9 mars 1794, les représentants des planteurs blancs furent mis hors-la-loi et emprisonnés, assimilés ainsi à l'aristocratie française et au clergé réfractaire[80]. Les trois autres députés du nord de Saint-Domingue, entrèrent à la Convention le 19 messidor an II-7 juillet 1794 : Pierre Garnot (blanc), Joseph Boisson (métis), Etienne Laforest (noir)[81].
  20. « J’implore la confirmation de la liberté absolue des esclaves comme j’implorerais ma vie et la vie de la république » déclare-t-il par exemple devant le congrès le 15 février 1819[99]. La décision du Congrès ne concernait pas seulement le territoire actuel du Venezuela mais l'ensemble de la Grande Colombie, c'est-à-dire les actuels Colombie, Panamá, Équateur et Venezuela.
  21. Ainsi, dans les années 1770, la Société d’émancipation des Noirs libres et illégalement réduits à la servilité est fondée à Philadelphie[109].
  22. Cependant, la Caroline du Sud rétablit la traite entre 1803 et 1808[108].
  23. Ce qui ne fut pas sans créer des tensions : l’attorney général du Maryland Luther Martin, représentant de son État à la convention de Philadelphie, refusa d'abord la Constitution parce qu’elle ne condamnait pas l’esclavage explicitement.
  24. C'est ainsi que la Société de Pennsylvanie pour l'abolition de l'esclavage fit circuler une pétition, signée notamment par Benjamin Franklin en 1790[122].

  Références

  1. (en) "Am I Not a Man and a Brother?" sur le site de Africans in America
  2. Yves Benot, La modernité de l’esclavage. Essai sur la servitude au cœur du capitalisme, La Découverte, Paris, 2003, p. 22.
  3. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3) , p.39
  4. Pierre Bonnassie, Les sociétés de l'an mil, De Boeck, 2001. Voir particulièrement le chapitre 3 : « Survie et extinction du régime esclavagiste dans l'Occident du Haut Moyen Age », p. 85-143.
  5. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 218
  6. Yves Benot, op. cit., p. 31.
  7. Voir le texte de l’arrêt dans Serge Daget, La traite des Noirs : bastilles négrières et velléités abolitionnistes, Ouest-France, Rennes, 1990, p. 59. Le manuscrit est conservé à la bibliothèque de Bordeaux (cote D.U. 18039).
  8. Édit concernant les esclaves nègres des colonies. Paris, octobre 1716, Archives Moreau de Saint-Méry, II, 525. In Alphonse-Honoré Taillandier, Recueil général des anciennes lois françaises : depuis l'an 420 jusqu'à la révolution de 1789 :Ve ‑ XVIIIe siècle : 420-1789, Paris, Belin-Le-Prieur, Verdiere, 1830 , n° 526.(notice BNF no FRBNF33851046r)
    Voir également l'enregistrement au parlement de Flandres : des édits, déclarations, lettres-patentes enregistrés au parlement de Flandres ; des arrêts du Conseil d'État particuliers à son ressort ; ensemble des arrêts de règlements rendus par cette cour [ed. by Six and P.A.S.J. Plouvain, n° 641, octobre 1716.
  9. Déclaration concernant les nègres esclaves des Colonies. Versailles, 15 décembre 1738. (Valin, I, 436.- Code de la Martinique. In Alphonse-Honoré Taillandier, Recueil général des anciennes lois françaises : depuis l'an 420 jusqu'à la révolution de 1789 :Ve ‑ XVIIIe siècle : 420-1789, Paris, Belin-Le-Prieur, Verdiere, 1830 .(notice BNF no FRBNF33851046r)
    Catherine Coquery-Vidrovitch, « Le postulat de la supériorité blanche et de l'infériorité noire », dans Marc Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme, Robert Laffont, Paris, 2003, p. 877
  10. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 210, s'appuyant sur David Brion Davis, The Problem of Slavery in Western Culture, Ithaca, New York, Cornell University Press, 1966
  11. David Eltis, The Rise of African Slavery in the Americas, Cambridge, CUP, 2000, cité par Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 211
  12. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 212
  13. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 213
  14. Wim Klooster, Illicit Riches. Dutch Trade in the Carribean, 1688-1795, Leyde, Kitlv Press, 1998, p. 105, cité par Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 214
  15. David Eltis, The Rise of African Slavery in the Americas, Cambridge, CUP, 2000, p. 273 cité par Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 211
  16. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 69
  17. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 70
  18. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 68
  19. Edouard Biot, De l'abolition de l'esclavage ancien en Occident, Paris, 1840
  20. Sur les ambiguïtés du discours philosophique des Lumières concernant l'esclavage voir par exemple Yves Benot, Les Lumières, l’esclavage et la colonisation, Paris : Éditions La Découverte, 2005, (ISBN 978-2-7071-4702-8)
  21. Adam Smith, « Des salaires du travail », dans Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations - Livre I, Chapitre 8.
  22. Jacky Durand, « Il y a plus de deux siècles, Champagney se mobilisait pour "les nègres des colonies" » Libération, 9 mai 2006
  23. La traite négrière à Saint-Barthélemy. Source: 'Mémoire St Barth | Histoire de Saint-Barthélemy (Comité de Liaison et d'Application des Sources Historiques)', Saint-Barthélemy.
  24. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 222
  25. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 223
  26. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 222-223
  27. François Renault et Serge Daget 1985, p. 126-127
  28. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 223-224
  29. a, b, c, d, e et f Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 225
  30. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 224-225
  31. Document reproduit dans Olivier Pétré-Grenouilleau, « Les traites négrières », Documentation photographique, n° 8032, mars-avril 2003, p. 27.
  32. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 226
  33. a, b, c et d Schmidt 2005, p. 138
  34. a, b, c, d et e Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 227
  35. Jean-François Zorn, Abolition de l'esclavage et colonisation, in Poutrin Isabelle (dir.), le XIXe siècle. Science, politique et tradition, Paris, Berger-Levrault, 1995, p. 423
  36. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 254
  37. a, b, c, d et e Schmidt 2005, p. 139
  38. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 255
  39. a, b, c et d Olivier Pétré-Grenouilleau 2003, p. 44
  40. Document reproduit en grand format dans Olivier Pétré-Grenouilleau 2003, p. 45
  41. Olivier Pétré-Grenouilleau 2003, p. 44
  42. Olivier Pétré-Grenouilleau 2003, p. 44
  43. Schmidt 2005, p. 137
  44. The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa the African, paru pour la première fois en 1789. Traduction française, Olaudah Equiano ou Gustavus Vassa l'Africain. Le passionnant récit de ma vie, Paris, L'Harmattan, 2002.
  45. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 227-228
  46. a, b, c, d et e Jean-François Zorn, op.cit., p.426
  47. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 228
  48. Schmidt 2005, p. 166
  49. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 282
  50. Schmidt 2005, p. 218
  51. a, b, c, d et e Schmidt 2005, p. 219
  52. a, b et c Schmidt 2005, p. 220
  53. Schmidt 2005, p. 141
  54. Schmidt 2005, p. 147
  55. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 268
  56. Jean-François Zorn, op.cit., p. 426
  57. François Renault et Serge Daget 1985, p. 129-130
  58. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 264
  59. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 267-268
  60. a, b, c et d François Renault et Serge Daget 1985, p. 130
  61. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 263
  62. François Renault et Serge Daget 1985, p. 129
  63. a, b, c, d et e François Renault et Serge Daget 1985, p. 136
  64. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 265
  65. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 273
  66. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 276
  67. François Renault et Serge Daget 1985, p. 141
  68. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 280
  69. a et b François Renault et Serge Daget 1985, p. 142
  70. cité par François Renault et Serge Daget 1985, p. 145
  71. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 266
  72. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 267
  73. a et b Victor Schoelcher émission Deux mille ans d'Histoire de France Inter le 1er décembre 2010
  74. Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, 2003 (ISBN 2-262-01772-7) , p.253
  75. a et b Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, 2003 (ISBN 2-262-01772-7) , p.254
  76. François Renault et Serge Daget 1985, p. 126
  77. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 233
  78. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 234
  79. Yves Benot, La Guyane ou l'impasse de la révolution pacifique, Ibis, 1997
  80. Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002. Voir également Jean-Pierre Biondi, François Zucharelli, 16 pluviôse an II, les colonies de la Révolution, Denoël, 1989
  81. Florence Gauthier, Triomphe et mort du droit naturel en révolution (1789-1795-1802), Paris, PUF, 1992, p. 215 et 243 ; Nicole Bossut,Chaumettte, porte-parole des sans-culottes, Paris,CTHS,1998.
  82. De la part de Jean-Claude Halpern,Jacques Bernet, Lucie Maquerlot, Jean-Daniel Piquet, Claire Blondet, Caroline Crouin
  83. Frédéric Régent, Esclavage, métissage, liberté, La Révolution française en Guadeloupe 1789-1802, éditions Grasset, 2004, p. 421
  84. Frédéric Régent, Esclavage, métissage, liberté, La Révolution française en Guadeloupe 1789-1802, éditions Grasset, 2004, p. 425
  85. Frédéric Régent, "Esclavage, métissage, liberté, La Révolution française en Guadeloupe 1789-1802", éditions Grasset, 2004, p. 427
  86. Frédéric Régent, Esclavage, métissage, liberté, La Révolution française en Guadeloupe 1789-1802, éditions Grasset, 2004, p. 431
  87. Frédéric Régent, Esclavage, métissage, liberté, La Révolution française en Guadeloupe 1789-1802, éditions Grasset, 2004, p. 432
  88. a, b et c Jean Sévilla, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, 2003 (ISBN 2-262-01772-7) , p.256/
  89. Jean Sévilla, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, 2003 (ISBN 2-262-01772-7) , p.257
  90. Jean Sévilla, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, 2003 (ISBN 2-262-01772-7) , p.258
  91. a et b Yves Benot, op. cit., p. 241.
  92. Voir sur ce point Denise Bouche, Les villages de liberté en Afrique noire française, 1887-1910, EHESS, Paris, 1968.
  93. Yves Benot, op. cit., p. 242.
  94. cité par Schmidt 2005, p. 252
  95. Charles Lancha, « Bolivar et le problème de l’esclavage », Histoire de l'Amérique hispanique de Bolívar à nos jours, L’Harmattan, 2003, pp. 48- 53.
  96. a et b Charles Lancha, « Bolivar et le problème de l’esclavage », Histoire de l'Amérique hispanique de Bolívar à nos jours, L’Harmattan, 2003, p. 49
  97. a, b, c et d Schmidt 2005, p. 253
  98. cité dans Schmidt 2005, p. 253
  99. Simon Bolivar, Obras Completas, t.I p. 180, cité in Charles Lancha, op. cit. p. 49
  100. Voir «  La place de Bolivar dans le procès de destruction du système esclavagiste aux Caraïbes  », Cahiers des Amériques Latine, 1984, n° 29-30, p. 232.
  101. Charles Lancha, « Bolivar et le problème de l’esclavage », Histoire de l'Amérique hispanique de Bolívar à nos jours, L’Harmattan, 2003, p. 50
  102. Charles Lancha, op. cit, p. 50.
  103. (es) Antonio Vélez Ocampo, Cartago, Pereira, Manizales: cruce de caminos históricos : Guerra de 1851, Bibliothèque Luis Ángel Arango [lire en ligne] 
  104. a et b (es) Salvador Camacho Roldán, Mis memorias : La guerra civil de 1851, Bibliothèque Luis Ángel Arango [lire en ligne] 
  105. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 224, note 1
  106. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3) , p.203
  107. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3) , p. 200
  108. a, b, c, d et e Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 224
  109. Bernard Cottret, La Révolution américaine : La quête du bonheur 1763-1787, Paris, Perrin, 2003, (ISBN 978-2-262-01821-4), p. 178
  110. Bernard Cottret, La Révolution américaine : La quête du bonheur 1763-1787, Paris, Perrin, 2003, (ISBN 978-2-262-01821-4), p. 178
  111. Marcel Dorigny et Bernard Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, 2006, p. 42. George Washington affranchit ses esclaves par testamentChristian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3) , p.204
  112. Bernard Vincent, La Révolution américaine 1775-1783, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1985, tome 2, (ISBN 978-2-86480-211-2), p. 172
  113. a, b et c Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3) , p.204
  114. Jacques Binoche, Histoire des États-Unis, p.103 ; Bernard Cottret, La Révolution américaine : La quête du bonheur 1763-1787, Paris, Perrin, 2003, (ISBN 978-2-262-01821-4), p.425
  115. Bernard Cottret, La Révolution américaine : La quête du bonheur 1763-1787, Paris, Perrin, 2003, (ISBN 978-2-262-01821-4), p.425 ; Bernard Vincent, La Révolution américaine 1775-1783, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1985, tome 2, (ISBN 978-2-86480-211-2), p.11
  116. Bernard Vincent, La Révolution américaine 1775-1783, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1985, tome 2, (ISBN 978-2-86480-211-2), p.12
  117. Étienne de Planchard de Cussac, Le Sud américain. Histoire, mythe et réalité, Paris, Ellipses, 2001, (ISBN 978-2-7298-0263-9), p.31
  118. Bernard Cottret, La Révolution américaine : La quête du bonheur 1763-1787, Paris, Perrin, 2003, (ISBN 978-2-262-01821-4), p.478
  119. Claude Fohlen, Les pères de la révolution américaine, Paris, Albin Michel, 1989, (ISBN 978-2-226-03664-3), p.162
  120. Étienne de Planchard de Cussac, Le Sud américain. Histoire, mythe et réalité, Paris, Ellipses, 2001, (ISBN 978-2-7298-0263-9), p.34
  121. Article 1er, section 2 de la Constitution de 1787. Cité dans Claude Fohlen,Histoire de l'esclavage aux États-Unis, Perrin, 1998, p. 109.
  122. G. B. Nash, Race and Revolution, Madison, Wisconsin, Madison House, « The Merill Jensen Lectures in Constitutionnal Studies », 1990, p.144 sq
  123. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3) , p.208
  124. a, b, c et d Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 270
  125. a et b François Renault et Serge Daget 1985, p. 137
  126. a et b François Renault et Serge Daget 1985, p. 135
  127. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 271
  128. a et b Schmidt 2005, p. 275
  129. Thomas Fowell Buxton, De la traite des esclaves et des moyens d'y remédier, Paris, 1840, cité par Jean-François Zorn, op.cit., p.426
  130. Jean-François Zorn, op.cit., p.426-427
  131. a et b Jean-François Zorn, op.cit., p.433
  132. Jean-François Zorn, op.cit., p.434-435
  133. a, b et c Jean-François Zorn, op.cit., p.436
  134. Jean-François Zorn, op.cit., p.436-437

  Voir aussi

  Bibliographie

  Témoignages d'époque sur l'abolition de l'esclavage

  • Marcel Dorigny & Bernard Gainot, La Société des Amis des Noirs 1788-1799, contribution à l'histoire de l'abolition de l'esclavage, Paris, Éditions de l'UNESCO, 1998.
  • Discours sur l'abolition de l'esclavage prononcé par Anaxagoras Chaumette, au nom de la commune de Paris, en 1794 (l'an II de la République française).
  • Benjamin Sigismond Frossard, La cause des esclaves nègres et des habitants de la Guinée…ou histoire de la traite et de l’esclavage, Lyon, Aimé de La Roche, 1789.
  • Débats entre les accusateurs et les accusé dans l'affaire des colonies,Paris, 1795, 9 vol (janvier-août1795).
  • Jean-Philippe Garran-Coulon, Rapport sur les troubles de Saint-Domingue, Paris, 1797, 4 vol.
  • Alexis Eymery, Choix de rapports, opinions et discours prononcés à la tribune nationale depuis 1789 jusqu'à ce jour, recueillis par ordre chronologique et historique tome XIV, 1821, séance du 16 pluviôse an II, p. 425-429. Interventions de Levasseur, Delacroix, Danton recomposées à partir du Moniteur Universel et du Journal des débats et des décrets.
  • Victor Schoelcher, De la pétition des ouvriers pour l’abolition immédiate de l’esclavage, Paris, Pagnerre, 1844. [lire en ligne]
  • Guillaume De Félice, Emancipation immédiate et complète des esclaves, appel aux abolitionnistes, Paris, Delay, 1846. [lire en ligne]

  Histoire générale des traites négrières

  L'abolition de l’esclavage

  • Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l'esclavage et réformateurs des colonies, 1820-1851, Karthala, Paris, 2000, 1196 p
  • Nelly Schmidt, L'abolition de l'esclavage : cinq siècles de combats XVIe-XXe siècle, Paris, Fayard, 2005, 412 p. 
  • Patricia Motylewski, La Société française pour l'abolition de l'esclavage, L'Harmattan, Paris, 1998.
  • Philippe Maudrere, De l’esclave au citoyen, Gallimard, Paris, 1998.
  • François Renault, Libération d’esclaves et nouvelles servitudes, Les nouvelles Éditions africaines, 1976.
  • Gaston Martin, L’abolition de l’esclavage (27 avril 1848), PUF, Paris, 1996.
  • Fred Célimène, André Legris, L’économie de l’esclavage colonial : enquête et bilan du XVIIe au XIXe siècle, CNRS éditions, 2002.
  • Claude Garrier, « L'abolition de l'esclavage : du mythe de 1848 à la victoire de 1905… 1946 », in « Sociétés africaines et diaspora », no 11, septembre 1998, p. 165-172. [lire en ligne]
  • Jean-François Zorn, « Abolition de l'esclavage et colonisation », in Poutrin Isabelle (dir.), Le XIXe siècle. Science, politique et tradition, Paris, Berger-Levrault, 1995.
  • Henri Bangou,La Révolution et l'esclavage à la Guadeloupe, 1789-1802, épopée noire et génocide, Paris, Messidor, 1989.
  • Yves Benot, La Révolution française et la fin des colonies, Paris, La découverte, 1987.
  • Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002.
  • Caroline Crouin, "Étude scénographique des fêtes en faveur de l'abolition de l'esclavage en France (février-juillet 1794)" Annales historiques de la Révolution française, no 339, janvier-mars 2005, p. 55-77.
  • Jean Metellus & Marcel Dorigny, De l'esclavage aux abolitions, XVIIIème-XXème siècles Paris, Cercle d'Art, 1998.
  • Marcel Dorigny (dir)
    • Les abolitions de l'esclavage de L.F. Sonthonax à V. Schoelcher, 1793-1794-1848,colloque organisé à Paris VIII-Saint Denis en février 1994, Paris, Éditions de l'Unesco, 1995.
    • Esclavage, résistances, abolitions, 123è Congrès des Sociétés Historiques et Scientifiques, Fort-de-France- Schoelcher, 6-10 avril 1998, 575 p. ; Paris, Ed. du C.T.H.S., 1999.
  • Jean Erhard, Lumières et esclavage ; l’esclavage colonial et l’opinion publique au XVIIIè siècle, Paris, André Versaille, Éditeur 2008.

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