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Boko Haram

                   
Boko Haram
Idéologie Islamisme
Objectifs instauration de la charia sur l'ensemble du Nigeria (celle-ci étant déjà en application dans le Nord du pays)
Statut Actif
Fondation
Date de formation 2002
Fondé par Mohamed Yusuf
Pays d'origine Drapeau du Nigeria Nigeria
Actions
Zone d'opération Drapeau du Nigeria Nigeria (nord-est)
Période d'activité 2004-présent
Organisation
Chefs principaux Abubakar Shekau
Sanni Umaru

Peuple engagé dans la propagation de l'enseignement du Prophète et du jihad[1] (arabe: جماعة اهل السنة للدعوة والجهاد, Jama'atu Ahlu Sunna Lidda'awati Wal Jihad), plus fameux par son nom haoussa Boko Haram, est une organisation terroriste au Nigeria[2]. Fondée par Mohamed Yusuf en 2002, l'organisation a l'objectif de faire appliquer strictement la charî'a dans tout le pays[3].

Le groupe, activement combattu par les forces armées nigérianes, s'est illustré par une série de violences à l'encontre du gouvernement, des chrétiens et de la population musulmane des régions où ils ont implantés. Prônant un islam radical et rigoriste, l'idéologie du mouvement s'inspire des Talibans d'Afghanistan[4], rejetant la modernité et visant à instaurer la charia dans les États au Nord du pays.

Sommaire

  Idéologie

Le nom de 'Boko Haram' signifie « L'éducation occidentale est un péché »[5]. Boko (signifiant en français « Livre ») est un alphabet latin créé par les Européens pour transcrire la langue haoussa et par dérivation, il désigne l'école laïque. Haram est un mot arabe signifiant « interdit » ou « illicite » dans l'islam[6],[7],[8],[9]. Se revendiquant de l'islamisme salafiste et des Talibans afghans, Boko Haram, contrairement aux autres mouvements terroristes islamistes, est une secte. Son discours est très hétérodoxe par rapport à l'Islam, en effet, selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos, spécialiste du Nigeria, chargé de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), « la doctrine de Boko Haram ne correspond pas vraiment au modèle wahhabite: c'est une secte qui endoctrine et a recours à la magie. Certains fidèles de Boko Haram portent des grigris, cela ne ressemble pas vraiment à Al-Qaeda. »[10] Dénonçant la constitution nigériane comme calquée sur les valeurs occidentales, Boko Haram souhaite instaurer la charia et un État islamique sur l'ensemble du Nigeria[11]. Le gouverneur Aliyu estime ainsi que la plupart des activités du groupe sont en fait anti-islamiques et anti-charî'a[12].

Selon l'avis d'experts, en réponse à des rumeurs prêtant à la secte des liens avec Al-Qaïda, les deux groupuscules poursuivent des objectifs différents[13]. Bien que tous deux opposés à la modernité et aux valeurs occidentales, Boko Haram se distingue par des attaques essentiellement anti-gouvernementales et non envers des intérêts occidentaux. De plus, ses membres se revendiquent des Talibans afghans sans pour autant entretenir de liens directs avec eux.

Cependant, à partir de 2010 et surtout des attentats de l'été 2011, il est possible que Boko Hakam ait tissé des liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique (l'ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien)[14]. Selon Athmane Tazaghart, essayiste et spécialiste de l'islam radical, Boko Hakam serait ainsi passé de secte salafiste réactionnaire à formation djihadiste pratiquant le terrorisme islamiste.

  Histoire

  Fondation et endoctrinement

Boko Haram est fondé en 2002 par Mohamed Yusuf, prédicateur radical, à Maiduguri, capitale de l’État de Borno. C'est d'abord une mosquée dotée d'une école coranique où les familles pauvres peuvent envoyer leurs enfants[11]. L'organisation se politise et attire alors de jeunes étudiants en rupture de ban à l'université. Selon le journal Rationalist International, un mouvement connu sous le nom de « Disciples du Prophète » (Al Sunna Wal Jamma), se revendiquant également des Talibans afghans, fut la source de violences au sein de Damaturu, capitale de l’État de Yobe, le 31 décembre 2003[15]. Durant l'attaque, le groupe manifeste son hostilité envers le régime de Umaru Yar'Adua en vandalisant des postes de police afin de se procurer des armes et des munitions. Il occupe temporairement la localité de Kanamma, proche de la frontière avec le Niger, entraînant l'exode de la moitié des habitants.

De 2004 à 2009, des heurts souvent violents opposent ses militants aux forces de sécurité. Le gouvernement sous-estime le danger et prend la secte pour un groupuscule d'illuminés sans soutien[11]. En 2006, Mohamed Yusuf fait l'objet d'une enquête pour activités supposées illégales, mais l'instruction est abandonnée[13]. Le gourou est arrêté à plusieurs reprises, notamment le 13 novembre 2008, pour « rassemblements illégaux » et « troubles à l'ordre public », mais relaxé sur décision de la cour.

  Conflit armé de 2009 et mort de Mohamed Yusuf

  Les quatre villes les plus touchées par les combats de 2009

Le 26 juillet 2009, une nouvelle série de violences débute après une attaque simultanée des islamistes dans quatre États du Nord du Nigeria, (Bauchi, Borno, Yobe et Kano). Le gros des combats oppose les troupes gouvernementales aux membres de l'organisation à Maiduguri et dure cinq jours (L'armée n'est intervenue qu'au bout du quatrième jour après avoir constaté l'inefficacité de la police, ainsi les combats contre l'armée n'ont pas duré plus d'un jour, ce sont celles contre la police qui ont duré cinq jours). Selon Umaru Yar'Adua, l'opération des forces armées nigérianes devait mener à la chute définitive du mouvement fondamentaliste. Le 30 juillet 2009, les forces de sécurité infligent une sérieuse défaite aux fondamentalistes et les chassent de la capitale de l'État de Borno. Le bilan des combats s'élève à plus de 700 morts, dont au moins 300 militants islamistes. Mohamed Yusuf, capturé par l'armée à Maiduguri, est exécuté par la police[16]. Les combats cessent en milieu de journée.

Le 14 août 2009, Sanni Umaru, membre de Boko Haram se présentant comme le successeur de Mohamed Yusuf, lance un appel au jihad au Nigeria dans une lettre datant du 9 août[17]. Il reconnaît la mort d'au moins 1 000 membres de la secte suite aux combats de juillet 2009.

  Poursuite du mouvement et attentats

Après l'échec de leur insurrection, d'août 2009 à août 2010, de nombreux membres de Boko Haram se sont enfuis au Niger et au Tchad, la secte reste discrète et se réorganise en secret à Maiduguri[18]. En septembre, elle refait surface de façon spectaculaire en prenant d'assaut la prison de Bauchi réussissant à libérer 700 prisonniers dont 150 adeptes.

Noël 2010 est l'occasion d'intensifier la lutte contre les chrétiens, attaques, incendies et assassinats ciblés font plusieurs dizaines de morts[19], notamment un attentat à Jos faisant à lui seul quatre-vingt victimes[20].

À partir d'avril 2011, le groupe multiplie les attentats à la bombe contre des églises chrétiennes, des gares, des hôtels, débits de boisson et des bâtiments officiels[21]. L'élection présidentielle de mai et la victoire de Goodluck Jonathan est l'occasion d'autres attentats qui font une dizaine de morts[22]. Le 21 juin, une dizaine d'hommes armés attaque la ville de Kankara dans l'État de Katsina, incendie un poste de police, libère les détenus et pille une banque, tuant 7 personnes dont 5 policiers[23].

La volonté affichée du gouvernement à partir de juillet 2011 de négocier avec Boko Haram (négocier quoi ?) n'empêche pas celle-ci de poursuivre la lutte armée[24] et de revendiquer l'attentat kamikaze contre la représentation des Nations unies à Abuja le 26 août 2011 au cours duquel 18 personnes trouvèrent la mort[25].

Le 4 novembre 2011, le quartier chrétien de Damaturu est pris pour cible par Boko Haram, faisant 130 morts chez les chrétiens, et détruisant dix églises. Après cet attentat, 100 personnes sont portées disparues. Avant d'assassiner les chrétiens, les membres de Boko Haram attaquent des postes de police, la préfecture de police et une base militaire (attention, ils ont commis un attentat kamikaze à l'intérieur d'une base militaire, mais cet attentat n'a eu que deux victimes militaires, le reste des blessés et tués étant des civils, il ne faudrait pas exagérer le rapport de force entre l'armée et les terroristes, la puissance de l'armée est hors de porté de celle des terroristes). Leur but est de tuer quiconque ne veut pas adhérer à l'Islam[26].

Le 25 décembre 2011, jour de Noël, Boko Haram revendique un attentat contre une église à Madalla, en périphérie d'Abuja, la capitale fédérale du Nigeria (27 morts), alors qu'un second attentat vise une église évangélique de Jos, épicentre de violences intercommunautaires dans le centre du pays. Ces attentats succèdent à une série d'attaques dans le nord-est du pays (Damaturu et Potiskum, dans l'État de Yobe, et Maiduguri, capitale de l'État voisin de Borno) les 22 et 23 décembre qui auraient fait près de cent morts[27].

  Références

  1. Le Nigeria face au spectre d'une guerre de religion, Le Monde, 2011-12-11. Consulté le 2012-01-02
  2. Homeland Security Committee Report Details Emerging Homeland Threat Posed by Africa-Based Terrorist Organization, Boko Haram, Committe on Homeland Security, 2011-11-30. Consulté le 2012-01-02
  3. Dozens killed in Nigeria clashes, AlJazeera, 2011-12-24. Consulté le 2011-12-24
  4. « Qui sont ces « talibans » du Nigeria », dans El Watan, 29 juillet 2009 [texte intégral] 
  5. AFP, « Plus de 260 morts dans les combats entre police et "talibans" », dans Jeune Afrique, 29 juillet 2011 [texte intégral] 
  6. (en) « Nigeria's 'Taliban' enigma », dans BBC News, 28 juillet 2009 [texte intégral] 
  7. (en) maguzawa.dyndns.ws (dictionnaire haoussa-anglais)
  8. (en) Florian Coulmas, The Blackwell encyclopedia of writing systems, Malden, Wiley-Blackwell, 1999 (ISBN 978-0-631-21481-6), p. 196 
  9. (en) Peter K. Austin, One Thousand Languages: Living, Endangered, and Lost, Berkeley, University of California Press, 2008 (ISBN 978-0-520-25560-9), p. 64 
  10. Le Nigeria est très loin de la guerre civile, interview par Quentin GIRARD, Libération, samedi 13 janvier 2012
  11. a, b et c Malika Groga-Bada, « Nigeria : Boko Haram, la secte des assassins », dans Jeune Afrique, 27 juillet 2011 
  12. Jimmoh, Abbas, « Boko Haram not representing Islam –Gov Aliyu », Sunday Trust, 2011-06-13. Consulté le 2012-01-02
  13. a et b (fr) Al-Qaïda et Boko Haram : même combat ? BBC Afrique.com, 6 août 2009
  14. Nicolas Champeaux, « Attentat au Nigeria : quels sont les liens entre Boko Haram et Aqmi ? », dans RFI, 27 août 2011 [texte intégral] 
  15. (fr) Les Talibans du Nigeria à la conquête du pouvoir Rationalist International.net, 22 janvier 2004
  16. Nigeria: le chef des "talibans" tué, 600 morts en cinq jours tv5.org, 30 juillet 2009
  17. (en) Boko Haram - We're Ready for Battle, New Leader SaysAllAfrica.com, 15 août 2009
  18. Adrien Hart, « Nigeria : Boko Haram, ennemi public numéro 1 », dans Slate, 23 juillet 2011 [texte intégral] 
  19. « Plusieurs attaques contre des églises au Nigeria, à la veille de Noël », dans Le Monde, 25 décembre 2010 [texte intégral] 
  20. Boko Haram, la secte islamiste qui sème la terreur au Nigeria
  21. AFP, « Nigeria : trois bombes pour un dimanche de Pâques », dans Jeune Afrique, 25 avril 2011 [texte intégral] 
  22. « Nigeria : Goodluck Jonathan investi, les bombes continuent d'exploser », dans Jeune Afrique, 30 mai 2011 
  23. « Nigeria : Boko Haram multiplie les attentats », dans Jeune Afrique, 21 juin 2011 
  24. « Le Nigéria va entamer des négociations avec une secte islamiste », dans Jeune Afrique, 31 juillet 2011 
  25. « La secte islamiste Boko Haram revendique l'attentat contre l'ONU au Nigeria », dans Le Monde, 26 août 2011 [texte intégral] 
  26. http://www.portesouvertes.fr/informer/lettres-de-nouvelles/filrouge/2011/novembre/nigeria-un-quartier-chretien-devaste/
  27. Enquête au Nigeria après les attentats de Noël attribués à des islamistes, Agence France Presse et TV5 Monde, 26 décembre 2011. Consulté le 26 décembre 2011

  Voir aussi

   
               

 

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