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Dictionnaire de la langue française
Principales Références

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Le dictionnaire des synonymes est surtout dérivé du Crisco ou du dictionnaire intégral (TID).
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définitions

colère (n.f.)

1.mécontentement très vif accompagné de manifestations agressives.

 
voir aussi

colère (n.f.)

coléreux, colérique

 
synonymes
 
locutions
 
dictionnaire analogique

colère (n. f.)

tid

vengeance[Classe]

colère (n. f.)

tid

péché capital[ClasseParExt.]

colère[ClasseHyper.]

bourru[termes liés]

colère (n. f.)

colère (n. f.)

colère (n. f.)

colère (n. f.)

colère (n. f.)

 
le Littré (1880)

COLÈRE (s. f.)

Sentiment d'irritation contre ce qui nous blesse. Je l'ai vu dans ses colères, dans des colères affreuses.

Vous vous mettez en colère contre votre fils (PASC. Prov. 18)

Mais que sert la colère où manque le pouvoir ? (CORN. Sertor. I, 2)

.... Si pour moi vous êtes en colère (CORN. Nicom. IV, 4)

Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur, Et dans un même instant, par un effet contraire, Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère (CORN. Cinna, I, 3)

Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère (RAC. Andr. III, 8)

D'autant plus dangereux en leur âpre colère, Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère (MOL. Tart. I, 6)

Il n'y a morale qui tienne, je me veux mettre en colère tout mon soûl, quand il m'en prend envie (MOL. Bourg. gentilh. II, 6)

Un certain Grec disait à l'empereur Auguste Que, lorsqu'une aventure en colère nous met, Nous devons, avant tout, dire notre alphabet, Afin que dans ce temps la bile se tempère (MOL. Éc. des femmes, II, 4)

La colère est superbe et veut des mots altiers (BOILEAU Art p. III)

Le tyran est toujours dans une colère à faire pouffer de rire (VOLT. Lett. d'Argental, 27 févr. 1765)

La douceur, selon l'Écriture, rompt la colère (FLÉCHIER Serm. II, 15)

J'oubliai ma colère et ne sus que pleurer (RAC. Iphig. II, 1)

D'autant plus malheureux qu'il aura su lui plaire, Narcisse, il doit plutôt souhaiter sa colère (RAC. Brit. II, 2)

Je n'épargnerai rien dans ma juste colère (RAC. Andr. I, 4)

Vous avez vu quelle ardente colère Allumait de ce roi le visage sévère (RAC. Esth. II, 9)

La colère du roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du roi lion (LA FONT. Fabl. VIII, 14)

La colère lui avait bouché les oreilles (VAUGEL. Q. C. VIII, 1)

La colère de Dieu.

Pressé de toutes parts des colères célestes, Il en vient dessus vous faire fondre les restes (CORN. Pomp. I, 1)

.... On m'accable et les astres sévères Ont contre mon amour redoublé leurs colères (MOL. Fâch. III, 1)

Mais, seigneur, s'il le faut, si le ciel en colère Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire.... (RAC. Andr. IV, 5)

Marie ignore les saintes colères du Seigneur, elle reste toute bonté (CHATEAUB. Génie, I, I, 5)

Terme de l'Écriture.

Les enfants d'Adam sont enfants de colère, indignes de l'héritage céleste (FÉN. XVIII, 167)

Comme un esclave et un enfant de colère (MASS. Myst. Purification, 2)

Se dit aussi en parlant des animaux. La colère du lion. Chien en colère.

Fig. La colère des flots, la colère des vents, c'est-à-dire le soulèvement des flots, le souffle impétueux des vents.

SYNONYME

COLÈRE, COURROUX, EMPORTEMENT. L'emportement se distingue tout d'abord des deux autres, en ce qu'il est la manifestation extérieure soit de la colère soit du courroux. Une violente colère, un violent courroux peut être dans le coeur sans qu'il s'en montre rien au dehors ; mais dès qu'il se montre par des gestes ou des paroles passionnées, alors il y a emportement. Entre colère et courroux, il est difficile de trouver aucune nuance dans le sens ; on n'en trouve que dans l'emploi, colère étant du langage ordinaire comme du langage élevé, tandis que courroux appartient seulement à ce dernier et se dit surtout de la colère des personnes de haut rang, de grande condition, ou des êtres célestes.

HISTORIQUE

XVe s.Je ne vai point en cholere Tempester à la maison (BASSELIN XV)

XVIe s.Les nobles ne se pouvans plus contenir, ains estans par cholere transportez hors d'eulx mesmes (AMYOT Cor. 27)Nous reprenons en cholere ceulx qui se corroucent et cholerent (AMYOT Comment refréner la colère, 42)À la fin ils vomissoient grante quantité de cholere [bile] et mouroient soudainement (AMYOT Anton. 58)Le reste des capitaines advertis de ce collere, demeurerent tous entredicts (CARL. VI, 5).... De quoy il entra en un merveilleux colere (CARL. VI, 19)Il se retira en colere picarde (CARL. VI, 50)La cholere [bile] est chaude et seiche (PARÉ Introd. 5)Rien n'est à l'amant impossible pour parvenir à son intention ; mais, sa grande colere [passion] refroidie, il treuve en fin de compte avoir servy d'une grande fable et risée à tout le peuple (PASQUIER Monophile, p. 53, dans LACURNE)Ayans cogneu que je ne tenois compte de leur indiscrete façon de faire et que leurs choleres et artifices ne me pouvoyent divertir du chemin que j'avoye commencé de tenir (CONDÉ Mémoires, p. 671)

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. quelère ; provenç. colera, colra, bile ; espagn. colera ; ital. collera ; du latin cholera, bile, colère ;le terme grec signifie non pas bile, mais choléra. Colère n'est entré qu'assez tard dans la langue ; le mot habituel dans les âges anciens était ire ; puis est venu chole, bile; chaude chole, pour dire emportement, a été longtemps usité.

COLÈRE (adj.)

Qui se met souvent en colère.

Un prince avare et colère (FLÉCH. Panég. II, p. 445)

Il est fier et colère (CORN. Attila, IV, 2)

S'il est vrai que les riches soient colères (LA BRUY. VI)

Ton ombre [Xerxès] est encore bien colère et bien superbe ; tu n'étais pas plus emporté quand tu faisais fouetter la mer (FÉN. XIX, 170)

Mais quelle erreur ! non Dieu n'est point colère ; S'il créa tout, à tout il sert d'appui (BÉRANG. Dieu des b. gens.)

.... Ma femme est terrible avecque son humeur ; Du nom de philosophe elle fait grand mystère, Mais elle n'en est pas pour cela moins colère (MOLIÈRE F. sav. II, 9)

Par extension.

La vanité ne me donnait que trop de penchant à cette humeur colère (J. J. ROUSS. Ém. IV)

Elle me frappe ; et moi je feins, dans mon courroux, De la frapper aussi, mais d'une main légère, Et je baise sa main impuissante et colère (A. CHÉNIER Élég. 29)

REMARQUE

Dans le langage populaire, on dit souvent être colère, pour avoir un accès de colère : j'étais colère en ce moment-là. C'est une faute : colère signifie non pas l'homme saisi d'un accès de colère, mais l'homme qui se met souvent en colère.

SYNONYME

COLÈRE, COLÉRIQUE. Le colère est celui qui se met souvent en colère ; le colérique est celui que son tempérament porte à la colère. Un homme, dit Roubaud, peut être colérique, sans être colère, s'il parvient à se vaincre lui-même.

HISTORIQUE

XVIe s.Celuy qui est cholere semble remuant et actif (AMYOT Cor. 32)Pelopidas estant de sa nature plus cholere (A. CHÉNIER Pélop. 44)Les femmes sont plus aigres et plus choleres que les hommes (A. CHÉNIER Comment refréner la colère, 15)Ce n'est pas ma faute, disons-nous, si je suis cholere, si je n'ay encores establi aucun train asseuré de vie ; c'est la faulte de la jeunesse (MONT. III, 107)

ÉTYMOLOGIE

Colère 1.

COLÉRÉ, ÉE (part. passé.)

Mis en colère.

... les combattants à l'égal colérés (RÉGNIER Ép. II)

 
Wikipedia

Colere

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Colere
Nom italien Colere
Pays  Italie

Région

Lombardie 

Province

Bergame 
code ISTAT 016078
code postal 24020
Préfixe tel 0346
Coordonnées Latitude: 45° 58′ 0′′ Nord
Longitude: 10° 5′ 0′′ Est
Altitude 1.013 m
Superficie 18 km2
Population 1 143 - ()
Densité 64 hab./km2
Code cadastral C835
Gentilé coleresi
Localisation
Commune
 
pas de site web 

Colere est une commune italienne de la province de Bergame dans la région Lombardie en Italie.



Administration

Liste des maires (sindaci) successifs
Période Identité Parti Qualité
- - - -
Toutes les données ne nous sont pas encore connues.


Hameaux

Communes limitrophes

Angolo Terme, Azzone, Castione della Presolana, Rovetta, Vilminore di Scalve

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Colère

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En psychologie, la colère est considérée comme une émotion secondaire à une blessure, un manque, une frustration. Elle est affirmation de sa personne et sert au maintien de son intégrité physique et psychique. Une colère saine est sans jugement sur autrui[1]. Parce qu'elle peut faire souffrir celui qui l'exprime, elle peut être considérée comme une passion.

Le 3 mai 1808, l'exécution des défenseurs de Madrid - Goya, 1814 - le sentiment d'injustice comme cause de colère
Le 3 mai 1808, l'exécution des défenseurs de Madrid - Goya, 1814 - le sentiment d'injustice comme cause de colère

Sommaire

  • 1 Aspects généraux
    • 1.1 Sa démesure
    • 1.2 Une émotion censurée
    • 1.3 Un enjeu : la justice
  • 2 Philosophie classique
    • 2.1 Aristote
    • 2.2 Sénèque
    • 2.3 Thomas d'Aquin
    • 2.4 Spinoza
  • 3 Lexique et étymologie
  • 4 Notes
  • 5 Liens internes
  • 6 Voir aussi
  • 7 Liens externes

Aspects généraux

Sa démesure

Si la colère est une forme d'expression licite contre l'indignation et l'injustice, elle est parfois incontrôlable. Face à un mal subi, l'homme en colère ne se contente pas alors de répondre par un mal équivalent, rétablissant une sorte d'ordre de droit égalitaire, mais rend facilement au centuple le mal qu'il a subi.
Pour Albert Camus :

La révolte est le refus d'une part de l'existence au nom d'une autre part qu'elle exalte. Plus cette exaltation est profonde, plus implacable est le refus. Ensuite, lorsque dans le vertige et la fureur, la révolte passe du tout ou rien, à la négation de tout être et de toute nature humaine, elle se renie à cet endroit.

La colère, aveugle et dévastatrice, devient de la fureur et génère de la peur.

Une émotion censurée

Dans la tradition catholique, la colère fait partie des sept péchés capitaux, avec la paresse, la gourmandise, l'orgueil, la luxure, l'avarice et l'envie.
Chez les bouddhistes, la colère fait partie des trois poisons de l'esprit, avec l'avidité, ou Tṛṣna, et l'ignorance, ou Avidyā.
"Les Dieux sont autocrates. Ils ont confisqué l'immortalité et la colère". Seul Dieu a le droit d'être en colère"[2] : c'est l' ire de Dieu, un flot d'ouragan, un souffle torride qui balaye tout sur son passage.
"Un esclave, un domestique, un prisonnier, désormais un salarié, ne peuvent oser la colère, il en va pour eux de leur survie (physique ou professionnel)". "Les ébauches de législation sur le harcelement moral dans les entreprises viennent sans doute aucun de la disparition forcée et acceptée de l'expression de la colère sur les lieux de travail, de son caractère décrété tacitement impossible, impensable"[3]. A sa place, on retrouve l'ironie, la séduction, les mirages, les ricanements, le sarcasme, la dérision : en fait les armes du Diable! Dans le milieu familial, à l'école, la situation n'est guère différente.
Pourtant la psychologie a bien montré, et expérimente chaque jour, les effets nocifs de la censure de la colère, qui enferme l'individu dans des zones de non-dits et parasite la relation à soi-même et aux autres. Il existe pourtant des expressions positives de la colère, qu'il est possible d'apprendre, de même qu'il est possible et souvent souhaitable d'accueillir la colère des autres.
Pour mémoire, "Chez les Inuits, la colère s'exprime toujours en public, les deux adversaires s'insultent, s'injurient, jusqu'à ce que les rires des spectateurs et spectatrices de cette joute, où aucun coup n'est échangé mais où aucun mot n'est censuré, les départagent"[4].

Un enjeu : la justice

Pour Lytta Basset[5] l'injustice est un des mobiles de la colère et "une personne en colère est une personne qui n'a pas renoncé à la justice".[6].
La question de la justice ne se pose que dans le champ des relations interpersonnelles : la colère constitue un formidable contre-pouvoir face aux idéologies de toutes sortes. Elle est un potentiel de transformation inter-individuelle, à condition de ne pas "casser" la relation.

Tant que la recherche de la justice mobilise un individu, le processus de justification est sous-jacent. Mais cela nécessite qu'une relation soit encore possible, que le sujet en colère ne s'enferme pas à l'intérieure d'elle, et qu'un Autre puisse l'accueillir.
Si ce n'est pas le cas, le sujet se met en danger. La tentation de l'auto-justification est grande, nourrissant le soupçon qu'autrui a besoin d'un coupable. La culpabilité et le sentiment de culpabilité s'entremèlent, pour le meilleur et pour le pire.
Si ce n'est pas le cas, la frontière précise entre l'auto-accusation et l'accusation réelle est mince, quelque soit la légitimité de la colère.
Le processus de justification se transforme alors en hostilités et en inimitiés et celui du bouc émissaire entre en scène.

Philosophie classique

Aristote

Aristote, 384 av. J.-C.-322 av J.-C., qui a fondé l'école du Lycée et l'école des péripatéticiens, a consacré dans la Rhétorique un chapitre sur la colère : De ceux qui excitent la colère ; des gens en colère ; des motifs de colère.

Selon Aristote, toutes nos actions se rattachent nécessairement à sept causes diverses : le hasard, la contrainte, la nature, l'habitude, le calcul, la colère et le désir passionné. La colère, au même titre que le désir, est une passion (comme le sont aussi la pitié, la terreur, la haine, l'envie, l'émulation et la dispute).
La peur est absente pendant la colère. L'hyperbole est un mode d'expression courante pendant une colère.

Contrairement à la volonté qui est le désir d'un bien accompagné de raison, la colère est irraisonnée. Elle est un désir de vengeance, secondaire à une marque de mépris, et, comme tout désir de vengeance, elle s'adresse toujours à quelqu'un en particulier : On n'agit jamais avec colère contre une personne sur qui l'on ne peut exercer sa vengeance. Le plaisir qui l'accompagne vient de l'espoir de cette vengeance.

Par mépris, il faut entendre le dédain, la vexation et l'outrage. Le mépris n'assigne aucune valeur à celui qui en est l'objet. La vexation consiste à obtenir que la volonté d'autrui ne s'accomplisse pas. L'outrage est de causer de la honte à quelqu'un, et d'y trouver de la jouissance, en se fondant dans la croyance qu'il y a un avantage sur celui qui est déshonoré.
On pense devoir être honoré, de ceux qui sont inférieurs dans un système hiérarchisé (richesse, rang de naissance, pouvoir ...) ou de ceux dont on croit devoir attendre un bon office. Ainsi on ne peut ressentir une colère contre ceux qui peuvent nous être supérieurs ; dans ce cas, ou bien on n'agit pas avec colère, ou bien on le fait d'une manière moins énergique.

La colère est le contraire du fait d'être calme. Le calme est un retour de l'âme à l'état normal et un apaisement de la colère.
Ce qui fait tomber la colère est l'acte de repentence, d'humiliation, ou le fait d'agir avec considération. On devient calme après avoir épuisé sa colère contre un autre. Ou lorsqu'une personne qui nous a fait du tort se trouve condamnée.
La colère a son origine dans ce qui nous touche personnellement, tandis que la haine est indépendante de ce qui se rattache à notre personne. La colère peut guérir avec le temps, pas la haine. La haine s'attaque plus à une classe de gens. La colère s'accompagne de peine, non la haine. La colère peut porter à la haine. La colère, comme l'inimitié, peut inspirer la crainte, par le pouvoir et la volonté qu'elle procure. Il y a de l'assurance dans le sentiment de la colère, du fait de l'impression de subir une injustice.

Sénèque

Je ne conçois de grandeur que dans une âme inébranlable. [1,20]

Sénèque, -4,+65, était un philosophe de l'école stoïcienne. Il a écrit un ouvrage consacré à la colère : Sur la colère (De Ira).

  • Livre premier

L'homme en proie à la colère n'a plus toute sa raison. Certains la nomment courte folie. On ne peut la cacher : elle se donne à voir et éclate à découvert.
Jamais aucun fléau n'a couté à l'humanité plus que la colère. Ses effets ont été dévastateurs, aussi bien à l'échelle individuelle qu'à l'échelle collective.
La colère ne vient pas que de l'offense, mais parfois aussi du pressentiment et de l'intention du mal.
L'animal ne connait pas la colère, et il ne faut pas la confondre avec l'impétuosité, la rage, la férocité ou la fougue.
L'irascibilité est à la colère ce que l'homme ivre est à l'ivrogne. L'homme en colère peut n'être pas irascible, comme l'irascible n'est pas toujours en colère.
Les formes et les modifications de la colère sont infinies.
La colère n'est pas dans la nature de l'homme. Elle a soif de vengeance. Le châtiment n'est utile que lorsqu'il s'appuie sur la raison et la justice.
Il est plus facile d'étouffer la colère dans son germe que de la controler, car une fois ébranlée, l'âme se laisse emporter par la passion. Elle s'installe comme un droit et ne suit plus que ses caprices. L'âme s'identifie alors à cette passion et la raison ne peut plus se relever. Même ceux qui semblent contenir la colère le font au risque de se laisser controler par une autre passion, telle la peur ou la cupidité, ou de ne pouvoir exercer l'usage de la raison, là où elle aurait suffit pour arriver à ses fins. Une colère qui écoute la raison n'est plus une colère et la raison n'a point besoin d'une aveugle auxilliaire. Modérer la colère ne revient qu'à obtenir un mal modéré. La colère n'a rien d'utile. La vertu n'a pas besoin de faire appel au vice.
Au champ de bataille, elle n'aide pas le courage mais le remplace.
En cas de meurtre d'un de ses proches, le devoir de vengeance, sans trouble et sans émoi, ne doit pas faillir devant la colère. Car celui qui s'irrite quand on outrage ses proches est celui qui s'irrite quand l'eau chaude n'est pas servie à point ou quand on brise un verre ou qu'on éclabousse les chaussures.
Même quand le vice aurait parfois produit quelque bien, ce n'est pas une raison pour l'adopter et l'employer.
Devant ceux qui font le mal, la voie n'est pas de les haïr, puisque c'est l'erreur qui les porte au mal, mais de les ramener, au lieu de les poursuivre ! Il faut rendre l'homme meilleur par l'indulgence et la tempérence. S'il y en a d'incorrigibles, qu'on les traite sans haine et avec raison, en les arrachant à leur propre dégradation, comme on ampute un membre gangréné : remontrances, ignominie, exil, fers et prison publique, voire la mort qui rends ainsi le plus grand service et qui peut parfois être un acte de pitié.
La colère ne veut pas être éclairée ; la vérité, en fait, l'indigne (exemple du consul Pison), à la différence de la raison qui pourrait, renverser des maisons entières, de puissantes familles, peste de l'état, sacrifier enfants et femmes, abattre et raser jusqu'au sol des murs odieux, et abolir des noms ennemis de la liberté: tout cela sans frémir de rage.
La colère n'est que boursouflée, humeur viciée, une enflure funeste. Elle n'a rien de noble ni d'élevée. Elle touche surtout les femmes et les enfants, et, si elles touchent les hommes, c'est que les hommes aussi ont le caractère des enfants et des femmes. Elle n'a rien d'une marque de grandeur, sinon l'auraient aussi la luxure, l'avarice et l'ambition.

Thomas d'Aquin

Thomas d'Aquin, 1225, 1274 est un philosophe scolastique, fondateur du thomisme. Dans le traité la Somme théologique, il a consacré trois questions à la colère : Partie 2a, Question 46, Partie 2a, Question 47 et Partie 2a, Question 48.

Spinoza

Saturne dévorant son fils, 1819, de Goya - Image de la démesure.
Saturne dévorant son fils, 1819, de Goya - Image de la démesure.

Les doctrines de Spinoza, 1632-1677, font parties des courants du Rationalisme, du Panthéisme et de l'Eudémonisme. La philosophie classique des affects ou sentiments distingue la colère de la haine. En effet, Spinoza définit la haine (odium) comme une tristesse accompagnée de l'idée d'une cause, donc ce qui correspondrait à un mécontentement attribué à un objet précis tandis que la colère (ira) est définie comme l'effort de causer du mal à l'objet de notre haine[7]. « Mal », ici signifie tout ce que nous imaginons pouvoir diminuer notre puissance d'exister propre[8]. Spinoza rejoint en ce sens le stoïcien Cicéron qui définissait la colère comme « désir (libido) de punir celui qui semble nous avoir causé un dommage injustement »[9].
La colère serait alors la conséquence immédiate de la haine, elle même causée par différents sentiments négatifs comme la sensation d'être menacé, une offense, une humiliation, etc. Et en tant que désir de faire subir un mal à ce qui nous en a fait subir auparavant, elle est à son tour cause de violence, de conflit, puis de haine et de colère en retour.

Spinoza oppose à la colère l' animositas, non pas l'animosité dans le sens de colère ou hostilité durable contre une personne, mais d'"ardeur, fermeté, courage". Avec la générosité, il fait de l'animositas une des deux vertus fondamentales ou forces de l'âme[10].
Pour lutter contre tout ce qui peut nous détruire, Spinoza oppose à la colère aveugle, le courage de l' animositas, «désir qui porte chacun de nous à faire effort pour conserver son être en vertu des seuls commandements de la raison»[11].

Lexique et étymologie

Vient du grec kholê, "bile", qui a donné cholera. La colère était du à un échauffement de la bile : la chaude chole ou "bile chaude" et "cholère".
Pour Littré, l'emportement est la manifestation extérieure de la colère ; mais une colère peut être dans le coeur sans qu'elle se montre par des gestes ou des paroles.

  • colérique : emprunté au latin cholericus, XIIIè. Agir sous le coup de la colère : se dit d'une personne qui agit sans réflexion, à la suite d'une colère.
  • fulminer : être en colère, pester contre quelqu'un.
  • fumée : les fumées leur montent à la tête ; on lui a bien rabattu les fumées ; des fumées qui passent.
  • ire, du latin ira, colère. L'un des sept péchés capitaux : la colère est pour les animaux et les êtres brutaux. Mais Dieu a droit à l' Ire : L' Ire de Dieu.
  • irascible. Dans la Philosophie Scolastique, l’appétit irascible est la faculté par laquelle l’âme se porte à surmonter les difficultés qu’elle rencontre dans la poursuite du bien ou dans la fuite du mal. Des onze passions de l'âme, cinq sont dus à l'appétit irascible : la colère, l'audace, la crainte, l'espérance et le désespoir.

Notes

  1. ↑ Isabelle Filliozat L'intelligence du coeur Marabout, 1997
  2. ↑ Jean-Pierre Dufreigne Bref traité de la colère
  3. ↑ ibid
  4. ↑ ibid
  5. ↑ Lytta Basset Sainte colère
  6. ↑ ibid
  7. ↑ l'Éthique III, scolie 2 de la proposition 40
  8. ↑ cf. scolie de la prop. 39
  9. Tusculanae 4, 9, 21
  10. Éthique III, prop. 59, scolie
  11. ↑ Cf. Éthique IV, prop. 69

Liens internes

émotion, haine, humeur, passion, sentiment, violence

Voir aussi

Wikiquote possède quelques citations de ou à propos de la colère.
   
s:Accueil

Wikisource propose un ou plusieurs textes de ou sur la colère.

  • La Rhétorique d'Aristote (not.Livre II chapitre II)

Liens externes

  • Miller, S. (2006). Anger problems in military veterans. Columbia University Journal of Student Social Work, IV, 7-16. Article par Scott Miller, MSW, au sujet du traitement des problèmes de colère parmi les vétérans militaires.
  • Etudes sur la colère
  • La poésie fait mal ? de Michel Deguy, sur la colère en poésie, texte et lecture par l'auteur (format mp3)
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