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Dictionnaire de la langue française
Principales Références

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Le dictionnaire des synonymes est surtout dérivé du Crisco ou du dictionnaire intégral (TID).
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définitions

conscience (n.f.)

1.perception qu'à l'homme de sa propre activité psychique; perception qu'il a de son moi et de la réalité distincte de lui.

2.faculté qu'à l'homme d'attribuer une valeur morale à ses actes et de juger ceux-ci de ce point de vue.

 
voir aussi

conscience (n.f.)

consciencieux inconscience

 
synonymes
 
locutions
 
dictionnaire analogique

conscience (n. f.)

tid

conscience[ClasseHyper.]

état, fait de savoir[ClasseParExt.]

psychologie[termes liés]

conscience (n. f.)

conscience (n. f.)

conscience (n. f.)

conscience (n. f.)

conscience (n. f.)

conscience (n. f.)

tid

intelligence[Classe]

sagesse[Classe]

abstraction[termes liés]

conscience (n. f.)

 
le Littré (1880)

CONSCIENCE (s. f.)

1. Sentiment de soi-même ou mode de la sensibilité générale qui nous permet de juger de notre existence : c'est ce que les métaphysiciens nomment la conscience du moi.

Sitôt que nous avons la conscience de nos sensations (J. J. ROUSS. Ém. I)

C'est alors qu'il prend la conscience de lui-même (J. J. ROUSS. ib. 2)

La conscience est le sentiment intime, immédiat, constant de l'activité du moi dans chacun des phénomènes de sa vie morale (Dict. des sci. phil. Conscience)

On pourrait définir la conscience le sentiment du moi dans tous les phénomènes de la vie morale (ib.)

Double conscience, phénomène qui s'observe chez les somnambules, et qui consiste en ce qu'ils ont deux existences dont chacune ignore l'autre : dans la veille, ils ne se souviennent pas de ce qu'ils ont fait pendant leur sommeil somnambulique, et, pendant le somnambulisme, ils ne se souviennent pas de ce qu'ils ont fait pendant la veille, quoiqu'ils rattachent très bien ensemble tous les actes qui se passent respectivement dans chacun de ces deux états.

2. Témoignage ou jugement secret de l'âme, qui donne l'approbation aux actions bonnes et qui fait reproche des mauvaises ; ou, autrement, mode d'émotion de l'ensemble des instincts bienveillants et désintéressés, ensemble qui porte aussi le nom de sens moral. La voix de la conscience.

Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence L'état de notre conscience (LA FONT. Fabl. VII, 1)

Il parle contre sa conscience (FÉN. Tél. III)

Paul, patriarche de Constantinople, déclara sur la fin de sa vie qu'il avait combattu les images [qu'il avait été iconoclaste] contre sa conscience (BOSSUET Hist. I, 11)

À ce dernier moment la conscience presse (CORN. Nicom. IV, 2)

Elle lui pardonna son crime, le livrant pour tout supplice à sa conscience (BOSSUET Reine d'Anglet.)

Selon divers besoins il est une science D'étendre les liens de notre conscience, Et de rectifier le mal de l'action Avec la pureté de notre intention (MOL. Tart. IV, 6)

M. Bucquet réunissait toutes ces qualités ; il y joignait ce courage qui sait préférer le sentiment de la conscience à l'opinion de ceux même qu'on estime (CONDORCET Bucquet.)

Aucun des ministres déplacés ne fut exilé ; l'ambitieux est assez puni par la perte de son pouvoir ; l'homme vertueux jouit en paix, dans une retraite libre, de sa renommée et du témoignage de sa conscience (CONDORCET Maurepas.)

S'il est contraire à la morale d'agir contre sa conscience, il ne l'est pas moins de se faire une conscience d'après des principes faux et arbitraires ; l'obligation de faire sa conscience est antérieure à l'obligation de suivre sa conscience (MIRABEAU Collection, t. V, p. 302)

Vous [les quakers] n'avez pas pris Dieu à témoin, mais vous avez attesté votre conscience, et une conscience pure n'est-elle pas aussi un ciel sans nuage ? (MIRABEAU ib. t. V, p. 364)

Ordonnez, rien ne coûte à son obéissance, Et du soin de vous plaire il fait sa conscience (M. J. CHÉNIER Tibère, I, 4)

Pénétrer dans la conscience, savoir ce qui est dans le coeur d'autrui.

Les juges, qui ne pénètrent pas dans les consciences, ne jugent que par le dehors de l'action, au lieu que nous regardons principalement à l'intention (PASC. Prov. VII)

Opprimer les consciences, empêcher par la force et l'intimidation la manifestation des sentiments religieux ou moraux.

Les consciences hardies opprimèrent les consciences faibles, et l'époque de ce grand phénomène fut celle d'une grande servitude (RAYNAL Hist. phil. IX, 29)

La conscience publique, l'ensemble des opinions morales d'une société, d'un peuple, d'une époque, qui font approuver ou blâmer.

Quelles que soient ces lois, il faut toujours les suivre et les regarder comme la conscience publique, à laquelle celle des particuliers doit se conformer toujours (MONTESQ. Lett. pers. 129)

Sur mon honneur et sur ma conscience, serment que prononce le chef du jury avant de lire le verdict.

Sur ma conscience, en ma conscience, en conscience, sorte de serment familier.

Avoir une chose sur la conscience, se la reprocher.

Vous ne pouviez les porter longtemps sur la conscience (MASS. Avent, Délai de la conv.)

Familièrement. Avoir sur la conscience, répondre de.

M. de la Garde aura sur la conscience tous ces mariages (SÉV. 314)

Vous voulez donc que je mette sur ma conscience le paquet de cette femme ? (SÉV. 62)

Je mets sur votre conscience tout le bien que vous dites de moi (SÉV. 233)

J'en ai la conscience nette, je n'ai point cela à me reprocher.

Avoir les mains pures et la conscience nette, être irréprochable.

Dire tout ce qu'on a sur la conscience, donner un libre cours à des plaintes qu'on croit fondées et qu'on retenait.

Décharger sa conscience, soulager sa conscience, dire une pensée intime que l'on croit devoir dire.

Avoir de la conscience, être homme de conscience, être incapable de forfaire à l'honneur, à la probité.

Je serais assez lâche pour vous déshonorer ? Non, non, j'ai trop de conscience pour cela (MOL. Fest. de P. II, 3)

Quand ils sont gens de conscience (PASC. Prov. 6)

Nous avons considéré, à l'égard des valets, la peine qu'ils ont, quand ils sont gens de conscience, à servir des maîtres débauchés (PASC. ib.)

N'avoir point de conscience, être sans conscience, ne se faire scrupule de rien.

Avoir la conscience large, avoir peu de scrupules.

L'un et l'autre avaient la conscience assez large (SCARR. Rom. com. ch. 13)

Mariage de conscience, mariage que l'on fait pour satisfaire à sa conscience, pour régulariser une union irrégulière.

Oh ! puisque c'est un mariage de conscience, je n'ai plus rien à vous dire (DANCOURT Chevalier à la mode, I, 3)

Faire conscience de, avoir conscience de, avoir scrupule de, ne pas vouloir.

Et de m'ôter mon bien que l'on ait conscience (RÉGNIER Sat. III)

Je fais conscience de la regretter (VOIT. Lett. 71)

Qui n'a pas honte de manquer de parole aux hommes, ne fait pas conscience de tromper les dieux (VAUG. Q. C. 424)

Alix fit conscience De n'avoir pas mieux gagné son argent (LA FONT. Quipr.)

On a dit aussi, avec la négation, ne pas faire de conscience.

N'en faites point de conscience (LA FONT. Cord.)

Dans le même sens, se faire une conscience.

Vous vous feriez une conscience de faire payer ce que vous ne pouvez leur apprendre [à vos disciples] (FÉN. Socrate.)

Se faire une affaire de conscience, regarder comme un devoir.

Ils se font une affaire de conscience de souffrir toutes sortes de religions (MONTESQ. Esp. XXV, 15)

C'est conscience de, il y a conscience à faire telle chose, c'est-à-dire on la ferait si la conscience ne s'y opposait, on serait coupable de la faire.

Ton coeur.... tiendrait ses lâchetés à quelque conscience (RÉGNIER Épît. III)

Mais au moins, monsieur, ne m'allez pas tromper ; il y aurait de la conscience à vous, et vous voyez que j'y vais de bonne foi (MOL. Fest. de P. II, 2)

C'est une conscience Que de vous laisser faire une telle alliance (MOL. Tart. II, 2)

C'est conscience à ceux [de tromper ceux] qui s'assurent en nous, Mais c'est pain bénit, certe, à des gens comme vous (MOL. Éc. des mar. I, 4)

Il y avait de la conscience à laisser tromper le pauvre Savoyard (HAMILT. Gramm. 3)

Il fait trop cher mourir, ce serait conscience ; Jamais de mon vivant je n'aimai la dépense (REGNARD Légat. IV, 5)

En sûreté de conscience, à l'abri des reproches que peut faire la conscience.

Les services qu'ils peuvent rendre en sûreté de conscience (PASC. Prov. 6)

En conscience, selon les lois de la probité, les règles de la conscience.

Dites-moi en votre conscience (RÉGNIER Sat. VIII)

Relever ses cheveux, dire : en ma conscience (RÉGNIER ib.)

En conscience, quels desseins peut avoir un homme entre le sentiment du mal et l'appréhension de la mort ? (BALZ. liv. II, lett. 3)

Agissez en conscience dans le rapport que vous faites (BOSSUET Lett. abb. 87)

On ne peut pas se déclarer en conscience (BOSSUET ib. 31)

On ne peut pas en bonne conscience enseigner diversement (BOSSUET Var. IV)

Il dit que le pauvre peut voler le riche en conscience (PASC. Prov. 12)

Vous êtes obligés, en conscience, de dire.... (PASC. Prov. 2)

Je ne crois pas que je doive croire en conscience ce que vous m'en dites (SÉV. 512)

En bonne conscience signifie aussi avec franchise.

Par acquit de conscience, proprement pour le seul effet d'acquitter la conscience, et, par suite, négligemment, sans intérêt. Il a fait cela par acquit de conscience.

3. Terme de religion. Le sentiment des fautes commises. Faire son examen de conscience. Directeur de conscience.

On ne les envoie à la mort qu'après leur avoir donné le moyen de pourvoir à leur conscience (PASC. Prov. 14)

On se fait aisément de fausses consciences ; on étouffe tous les remords du péché (BOURD. Pensées, t. I, p. 16)

Ils [les jésuites] ont assez bonne opinion d'eux-mêmes pour croire qu'il est utile et comme nécessaire au bien de la religion, que leur crédit s'étende partout et qu'ils gouvernent toutes les consciences (PASC. Prov. 5)

On est obligé de reprocher à ces peuples d'avoir été trop soumis, puisqu'ils ont mis sous le joug leur foi même et leur conscience (BOSSUET Reine d'Anglet.)

Retirée à la campagne, séquestrée du monde, elle s'occupa trois ans entiers à régler sa conscience et ses affaires (BOSSUET Anne de Gonz.)

Cas de conscience, difficulté sur ce que la religion permet ou défend en certaines circonstances.

Vous avez très bien résolu le cas de conscience (BOSSUET Lett. abb. 22)

Quand vous avez entrepris de décider les cas de conscience d'une manière favorable et accommodante (PASC. Prov. 13)

Se faire un cas de conscience de quelque chose, s'en faire scrupule.

Liberté de conscience, liberté de ne pas professer la religion dominante dans un pays et de suivre en secret celle à laquelle on appartient ; elle diffère de la liberté des cultes qui permet d'exercer le culte auquel on est attaché.

Conseil de conscience, conseil qui était autrefois établi pour régler les affaires ecclésiastiques.

4. La région du coeur considéré comme le siége de la conscience ; ne s'emploie, en ce sens, que dans les locutions suivantes : Mettre la main sur la conscience, s'examiner de bonne foi.

Mais, monsieur, mettez la main à la conscience, est-ce que vous êtes malade ? (MOL. Mal. im. I, 5)

Que chacun mette la main à la conscience (BOSSUET Préf. rel.)

Mets la main sur ta conscience (BOSSUET Nécess. 1)

Mettons la main sur nos consciences (BOSSUET Soumiss. 2)

Mettez la main à la conscience, n'ai-je pas plus de droits que lui [le duc de Chevreuse] ? (SAINT-SIMON 299, 119)

Elliptiquement. La main sur la conscience, en toute sincérité. Dites-nous, la main sur la conscience, si vous avez quelque chose à vous reprocher.

Familièrement. Se mettre quelque chose sur la conscience, mettre quelque chose dans son estomac, l'avaler. Mettez ce verre de vin sur votre conscience.

Partie ronde que le serrurier applique contre sa poitrine, quand il fait tourner un outil muni d'une mèche.

5. En un sens restreint, soin minutieux. J'ai fait ce travail en conscience. J'y mets de la conscience.

6. Terme d'imprimerie. Travail à la journée, sans autre mesure que la conscience de l'ouvrier. Mettre un compositeur en conscience.

Les compositeurs qui travaillent en conscience. C'est ordinairement la conscience qui corrige les tierces.

Le lieu où ils travaillent.

HISTORIQUE

XIIe s.Sa cunscience le remorst (Rois, 216)

XIIIe s.Tu as feite moult bele fin, se ta concience est tex come la semblance (Merlin, f° 70)La coscience le roi de France fut apaisie (Chron. de Rains, p. 234)Cui conscience ne reprent (ib. p. 235)Et dit au conte [l'évêque] : ne troublez pas vostre conscience quant le patriarche ne vous absout (JOINV. 271)

XIVe s.Que dieux lui doint voloir, conscience et advis De moi ce pardonner qu'envers lui ai mespris (Guesclin. 797)Car telle conscience avoit ou [au] chevalier, Jà n'essauchast le tort, ains le volt abaissier (Baud. de Seb. VIII, 162)Et que tu t'armes volentiers ; Car c'est tes souverains mestiers ; N'autre honneur, n'autre science Qu'armes, dames et conscience (MACHAULT p. 117)Que tout cil qui ne puent [peuvent] estre en religion corporelment soient en religion spirituelment ; hé biaus sire Dieu ! où sera ceste religion fondée, ceste abeie plantée ? Je di qu'ele sera fondée et plantée en une place qu'on appelle conscience (Li enseignemens de l'ame, dans Hist. litt. de la Fr. t. XXIV, p. 375)

XVe s.Sire, vous ne pouvez, à conscience, bonnement faire ce voyage, si l'Eglise n'est à un (FROISS. III, IV, 17)Il ne peut estre que en un tel ost que le roi d'Angleterre menoit, qu'il n'y ait des vilains garçons et des malfaiteurs assez et gens de petite conscience (FROISS. I, I, 272)Il [l'archevêque de Cantorbie] le [Jean Balle] faisoit grand conscience de le faire mourir (FROISS. II, II, 106)À leur despartement ils trouverent quatre nefs anglesches chargées de pourveances et de chevaux, qui s'estoient tenues au dessus de la bataille : si eurent bien conscience, quel temps ni quel tempeste qu'il fist, de prendre ces quatre vaisseaux et de les attacher aux leurs et emmener après eux (FROISS. I, I, 196)....Fouls est et fole Qui conchie [salit] sa conscience ; Tien toudis vraie ta parole (E. DESCHAMPS Il faut toujours tenir.)Doulce amye, plaise vous de entendre à moy ; dire vous veulx ma conscience [vous dire ce que je pense] (Perceforest, t. V, f° 54)Il luy suffist qu'elle ait Dieu, conscience et verité pour soy, et qu'elle prouffite au bien commun (GERSON Harangue au roi Charles VI, p. 19)Il mourut assez soudainement [Mahomet II] ; touteffois il fist testament, lequel j'ay veu, et fist conscience d'ung impost que nouvellement il avoit mis sur ses subjectz (COM. VI, 13)Il faut de ce bon vin laver sa conscience (BASSELIN LII)

XVIe s.Aucuns en mangent avec ceste conscience [croyance, scrupule] comme si elles estoient dediées aux idoles, et leur conscience infirme est violée (CALV. Instit. 962)Puis quand il eut prins sur sa conscience Broc de vin blanc, du meilleur qu'on eslise (MAROT III, 64)Mais dictesmoy en conscience, N'apprend-on sagesse ou science Qu'en livres françois seulement ? (MAROT IV, 155)D'un default naturel on en faict un default de conscience (MONT. I, 34)Ma conscience ne falsifie pas un iota (MONT. I, 103)Plutarque faisoit conscience de vendre un boeuf qui l'avoit longtemps servy (MONT. II, 135)Il me confessera, s'il parle en conscience, que.... (MONT. II, 227)Veu le grand nombre de personnes qui ont eu la conscience plus large que la manche d'un cordelier (LANOUE 97)En telle guerre on n'auroit la conscience agitée d'aucun remord (LANOUE 455)On void quelques huguenots qui font conscience de rire (LANOUE 497)La vraye vertu se contente à par soy de la conscience d'avoir bien fait (AMYOT Préf. VI, 31)Par maniere de descharge et acquit de conscience (AMYOT Numa, 18)Tout estoit plein de ceux qui de peur faisoient conscience (D'AUB. Hist. I, 143)Je n'avois pas bien dormy la nuit, et sans mentir j'eusse voulu ma conscience couchée à part (D'AUB. Conf. II, 9)Sachans qu'ilz ne pourroyent innover les choses sans l'oeuvre des grands, ils les voulurent gaigner, leur proposant liberté de conscience [de faire ce qu'ils voudraient] (CONDÉ Mémoires, p. 641)Conserver les pauvres fideles de ce royaume en la liberté de conscience qu'il a pleu au roi leur permettre par ses edits (CONDÉ ib. p. 646)Et ayant trempé une rostie dedans [un breuvage], la mangea et jetta sur sa conscience tout ce qui estoit au verre (Straparole, 6e nuit, Fab. I)Quand la bourse s'estrecist, la conscience s'eslargist (Contes d'Eutrapel, p. 442, dans LACURNE)On peut user une fois l'an de sa conscience (LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 363)Qui n'a conscience n'a honte ne science (LEROUX DE LINCY ib. p. 397)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. conciencia, cossiencia ; espagn. conciencia ; ital. coscienza ; du latin conscientia, de cum, et scientia, science.

 
Wikipedia

Conscience

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Pour les articles homonymes, voir Conscience (homonymie). 

La conscience est la faculté mentale de percevoir les phénomènes, sa propre existence ou ses états émotionnels. Si je suis triste, heureux et que je me rends compte que je suis triste ou heureux par exemple je prends conscience de mes états affectifs.


Il ne faut pas confondre la conscience ainsi définie avec la conscience morale traitée plus bas dans cet article.

Sommaire

  • 1 Introduction
    • 1.1 Conscience comme représentation du monde et des réactions à celui-ci
    • 1.2 Représentation de sa propre existence
    • 1.3 Relation entre la conscience de soi et la conscience du monde
      • 1.3.1 Forme minimale de conscience du monde
      • 1.3.2 Forme minimale de conscience de soi
      • 1.3.3 La notion de culture
  • 2 Les aspects de la conscience
    • 2.1 Pluralité de manifestations
    • 2.2 Questions fondamentales liées à la conscience
    • 2.3 Disciplines concernées
  • 3 Histoire
  • 4 Caractéristiques de la conscience
    • 4.1 Conscience de soi
      • 4.1.1 Le rapport en première personne
      • 4.1.2 Courant de conscience
    • 4.2 Conscience du monde extérieur
      • 4.2.1 Structure phénoménale de la conscience
    • 4.3 Conscience morale
  • 5 Fonctions de la conscience
  • 6 Les théories de la conscience
  • 7 Quelques questions à méditer
  • 8 Bibliographie
  • 9 Notes
  • 10 Voir aussi

Introduction

Il est important de distinguer :

  • la conscience en tant que phénomène mental lié à la perception et constructions mentales, qui comprend :
  1. la conscience du monde qui est en relation avec la perception du monde extérieur, des êtres vivants doués ou non de conscience dans l’environnement et dans la société (autrui)
  2. la conscience de soi et de ce qui se passe dans l’esprit d’un individu : perceptions internes (corps propre), aspects de sa personnalité et de ses actes (identité du soi, opérations cognitives, attitudes propositionnelles)
  • La conscience morale, respect de règles d'éthique

Le terme conscience est donc susceptible de prendre plusieurs significations, selon le contexte.

Conscience comme représentation du monde et des réactions à celui-ci

Ce premier sens indique représentation, même très simplifiée, du monde et des réactions par rapport à celui-ci. On parle alors de conscience du monde, en anglais awareness.

C’est celle qui est évoquée dans des expressions comme perdre conscience, ou à l'inverse prendre conscience. Cette conscience-là est considérée comme présente chez les mammifères.

Chez l'homme, les recherches récentes sur plusieurs périodes de l'histoire montrent l'importance du concept de représentation : Voir par exemple Georges Duby (sur le bas Moyen Age), Jean Delumeau (sur la Renaissance), et sur un plan plus épistémologique, les recherches de Michel Foucault relatives à l'épistémè. La psychologie sociale parle aussi de représentation sociale.

Représentation de sa propre existence

La conscience est un fait au sens où Descartes affirme dans les Méditations Philosophiques que "l'âme est un rapport à soi". L'introspection de la conscience considère ainsi le doute méthodique comme l'objet premier du rapport à soi.

Dans un sens plus individuel, la conscience peut aussi correspondre à une représentation, même très simplifiée, de sa propre existence. On parle alors de conscience de soi, ou conscience réflexive, en anglais consciousness.

On l’attribue pour le moment essentiellement à l’homme et aux grands singes anthropoïdes comme le chimpanzé et l’orang-outan.

La conscience dans ce second sens implique celle du premier, puisque « se connaître » signifie nécessairement « se connaître dans ses rapports au monde » (y compris d’autres êtres potentiellement doués de conscience). L'inverse n'est en revanche pas vrai. Pour prendre un exemple limite, une boucle de commande comprenant un thermostat constitue une forme élémentaire de conscience du monde à laquelle rien n'incite à attribuer une conscience de soi.

Relation entre la conscience de soi et la conscience du monde

La conscience de soi est bien illustrée en médecine, surtout au niveau individuel. C'est en effet une des fonctions vitales qui permet de réagir aux situations, de bouger et parler spontanément. Plus généralement, l’état de conscience (de la conscience pleine au coma profond) est déterminé par l’état neurologique du patient.

Forme minimale de conscience du monde

Au niveau de la conscience du monde, les choses peuvent se montrer plus complexes, en impliquant un ensemble de phénomènes liés au contexte sociologique, politique, économique. Le degré minimal de conscience du monde semble celui ou a tout simplement quelque chose à dire sur le monde (la philosophie ne sait dire quoi que ce soit pour le moment (2006) sur une conscience non observable par ses manifestations : Ce dont on ne peut parler, il faut le taire explique Wittgenstein). Un simple capteur de présence possède un début de représentation du monde (présence, absence). Encore faut-il pour s'intégrer dans un schéma de conscience que cette information soit utilisée en aval par quelque chose (déclencheur d'alarme, etc).

Forme minimale de conscience de soi

La conscience de soi, comme la conscience du monde (René Dubos dirait « agir local / penser global ») n'est jamais complète. Une question qui s'en déduit - puisque toutes sont incomplètes - est « quel est le degré minimal de conscience de soi imaginable ? ». Descartes y répond par son célèbre « Je pense, donc je suis ». Les sciences cognitives s'intéressent à détailler le sens opérationnel de cette phrase (voir Antonio Damasio, Daniel Dennett...).

On connaît la formule de Socrate : « connais-toi toi même », qui montre qu'une mauvaise connaissance de soi a un impact sur la connaissance du monde et réciproquement - puisque nous faisons partie du monde. En fait, la conscience de soi désigne la conscience de phénomènes particuliers reliés au concept de soi.

La notion de culture

On pourrait aussi rapprocher la notion de conscience du monde de celle de culture, en tant que système de représentation. On note que le mot culture est souvent perçu en langue française dans une acception individuelle avec une connotation "intellectuelle" (ce terme n'étant pas toujours perçu positivement), encore qu'il exite des sens collectifs : culture d'entreprise, culture française, culture de masse,...

En allemand, les deux sens sont donnés par des mots différents : Bildung et Kultur.

Les aspects de la conscience

Pluralité de manifestations

Outre les deux sens principaux déjà vus, le concept de conscience a de nombreux sens ou manifestations que l’on peut s’efforcer de distinguer, bien que dans certains cas ces différences soient surtout des différences de degrés :

  • La conscience comme sensation : tout être doué de sensibilité peut être dit conscient, dans la mesure où il perçoit son environnement et répond à des stimulus ;
  • la conscience spontanée, sentiment intérieur immédiat ; certains philosophes de l’Antiquité (par exemple les Stoïciens) parlent de toucher intérieur ;
  • on peut distinguer une étape supérieure, en signifiant par le mot conscience un état d’éveil de l’organisme, état qui diffère du précédent par le fait qu’il ne se réduit pas à la passivité de la sensibilité (cf. en anglais, le mot wakefulness, vigilance, alerte); en ce sens, il n’y a pas de conscience dans l’état de sommeil profond ou dans le coma ;
  • Conscience de soi : la conscience est la présence de l’esprit à lui-même dans ses représentations, comme connaissance réflexive du sujet qui se sait percevant. Par cette présence, un individu prend connaissance, par un sentiment ou une intuition intérieurs, d’états psychiques qu’il se rapporte à lui-même en tant que sujet. Cette réflexivité renvoie à une unité problématique du moi et de la pensée, et à la croyance tout aussi problématique que nous sommes à l’origine de nos actes ; ce dernier sens est une connaissance de notre état conscient aux premiers sens. Le domaine d’application est assez imprécis et comporte des degrés : s’il s’agit d’une conscience claire et explicite, les enfants ne possèdent sans doute pas la conscience en ce sens ; s’il s’agit d’un degré moindre de conscience, d’une sorte d’éveil à soi, alors non seulement les enfants peuvent être considérés comme conscients, mais peut-être aussi certains animaux.
  • un autre sens du mot conscience a été introduit par le philosophe Thomas Nagel : il s’agit de la conscience pour un être de ce que cela fait d’être ce qu’il est.
  • la conscience comme conscience de quelque chose (conscience transitive, opposée à l’intransitivité du fait d’être conscient). Cette conscience renvoie à l’existence problématique du monde extérieur et à notre capacité de le connaître ;
  • la conscience intellectuelle, intuition des essences ou des concepts.
  • la conscience phénoménale, en tant que structure de notre expérience.

Dans l’ensemble de ces distinctions, on peut noter une conception de la conscience comme savoir de soi et perception immédiate de la pensée, et une autre comme sentiment de soi impliquant un sous-bassement obscur et un devenir conscient qui sont en général exclus de la première conception.

  • la conscience morale, quant à elle, désigne le jugement moral de nos actions. Dans ce cas, la conscience nous permet de distinguer le bien du mal. Voir plus bas.

Questions fondamentales liées à la conscience

Il existe de nombreuses théories qui s’efforcent de rendre compte de ce phénomène. À partir de ces théories, on peut mettre en avant quelques groupes de questions fondamentales :

  • Quelle est la nature de la conscience (et, par suite, son origine et son développement) ?
  • Quelles sont ses caractéristiques ?
  • Quel est son mode d’existence ? Comment peut-elle exister à partir d’entités non-conscientes ?
  • Quelle est sa fonction ? A-t-elle une causalité propre et, si oui, de quelle nature ?
  • Quelles relations la conscience entretient-elle avec les autres phénomènes de la réalité, physiques et mentaux ?

En résumé, il s’agit de décrire la conscience, de découvrir sa cause et de déterminer son rôle et sa valeur.

Ce sujet fait l’objet des travaux de Daniel Dennett, Antonio Damasio et Jean-Pierre Changeux, ainsi que des sciences cognitives.

Le modèle du spectateur cartésien est remis en cause car, comme le fait remarquer Daniel Dennett, on ne peut expliquer la conscience par la conscience : expliquer exige que l’explication ne fasse pas appel elle-même à une compréhension de ce qu’on souhaite justement expliquer (« To explain means to explain away »). En d’autres termes, on n’aura expliqué la conscience que lorsque cela aura été fait en termes ne faisant pas intervenir le mot ni le concept de « conscience ». Sinon, on tombe dans un argument circulaire (voir l’article : sophismes).

Il semble que ces questions soient à mettre en rapport avec le cogito de Descartes, remis dans son contexte, et avec la notion de représentation du monde. Descartes conçut sa philosophie en réaction au modèle géocentrique, incarné par les "aristotéliciens" et la scolastique décadente de son époque, et en fonction du modèle héliocentrique qui émergeait avec les observations faites par Galilée (voir Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, 1633).

Disciplines concernées

Dans le langage courant, le concept de conscience peut être opposé à l’inconscience, à l’inattention, à la distraction, au divertissement, etc.

En réalité, il existe un regard épistémologique sur la conscience, défendu entre autres par la sophrologie caycédienne, à savoir que la conscience est une force intégratrice de tout : l'inconscient, le subconscient et le conscient.

La psychanalyse parle d'inconscient qui peut être vu individuellement (conception de Freud), ou collectivement (conception de Carl Gustav Jung : inconscient collectif).

Outre la psychanalyse et la médecine, l’étude de la conscience concerne plusieurs disciplines, comme la psychologie, la psychiatrie, la philosophie de l'esprit et la philosophie de l'action. Elle est aussi liée au langage (verbal ou non), donc à la philosophie du langage.

Histoire

La philosophie bouddhique étudie la conscience, vijñāna et en analyse les différentes formes et fonctions. Il s'agit alors de l'un des constituants de la personne, skandhas, distinct de la perception, samjñā ; cependant, si vijñāna est traduit par conscience, et que le terme désigne bien une connaissance, le concept ne recouvre pas la conscience dans la pensée occidentale.

Il n’existe aucun concept strictement comparable à celui de conscience dans la philosophie de la Grèce antique : l'être de Parménide (voir ontologie) pourrait s'en rapprocher.

Chez certains auteurs romains, le mot latin prend une dimension morale dérivée du droit, exprimant le fait de se prendre soi-même pour témoin.

Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le terme devient un fondement de la réflexion sur l’esprit.

Le concept de conscience n’a été isolé de sa signification morale qu’à partir de John Locke, dans son Essai sur l’entendement humain. Avant lui le mot conscience n’a jamais le sens moderne. En particulier, Descartes ne l’emploie quasiment jamais en ce sens, bien qu’il définisse la pensée comme une conscience des opérations qui se produisent en nous (cf. les Principes de la philosophie, 1644).

C’est le traducteur de Locke, Pierre Coste, qui a introduit l’usage moderne du mot conscience (donc en français, mais le sens du mot consciousness était bien sûr tout aussi nouveau), associé à l’idée d’un soi-même dont la conscience exprime l’identité.

Caractéristiques de la conscience

La conscience présente certains traits caractéristiques :

  • Le rapport au moi ;
  • la subjectivité : la conscience que j’ai de moi-même est distincte de celle d’autrui ;
  • la structure phénoménale ;
  • la mémoire ;
  • la disponibilité, ou liberté de la conscience à l’égard des objets du monde ;
  • la temporalité ;
  • la sélectivité ;
  • l’intentionnalité : toute conscience est conscience de quelque chose, est tournée vers autre chose qu’elle-même : « la conscience n’a pas de dedans, elle n’est rien que le dehors d’elle-même. » (Sartre).
  • l’unité ou synthèse de l’expérience ;

Conscience de soi

La conscience s’accompagne de souvenirs, de sentiments, de sensations et de savoir que nous rapportons à une réalité intérieure que nous nommons moi. Cette conscience est appelée conscience de soi, et est structurée par la mémoire et l’entendement. Elle est en ce sens une unité synthétique sous-jacente à tous nos comportements volontaires. Les éléments qu’elle contient, souvenirs, sentiments, jugements, dépendent d’un contexte culturel, ce qui fait de la conscience de soi une réalité empirique changeante et multiple. L’unité et la permanence du moi ne sont donc pas garanties par l’unité de la conscience.

Le cogito cartésien ("je pense donc je suis") tend à exprimer l'état de conscience de celui qui s'exprime. Autrement dit le sujet, disant "Je" exprime une conscience de lui-même (Ego), en terme de savoir (raisonnement - entendement). Le "Je pense" est interactif. Il implique et nécessite, pour être exprimé, la conscience de soi. La conclusion d'être pourrait dès lors paraître redondante. Toutefois, elle vient exprimer l'état et la relation sensitive. "Je pense donc je suis" peut donc se décliner en "Je sais que je ressens parce que je suis conscient".

Le rapport en première personne

L’introspection est la méthode d’investigation de la conscience qui vient généralement la première à l’esprit. C’est un fait que nous pensons avoir un accès privilégié à notre esprit, accès dont la conscience serait l’expression. Mais l’investigation de notre vie mentale n’est certainement pas suffisante pour élaborer une théorie de la conscience étendue : « on ne peut pas, disait Auguste Comte, se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue ». Le sujet ne peut en effet s’observer objectivement puisqu’il est à la fois l’objet observé et le sujet qui observe, d’autant que la conscience se modifie elle-même en s’observant. Toute psychologie impliquerait donc d’examiner la conscience à la troisième personne, même s'il faut alors se demander comment il est possible d’observer ainsi la conscience de l’extérieur.

Le stade du miroir (se reconnaître dans un miroir) est souvent considéré comme un attribut essentiel de la conscience de soi, réservé à l'humain. Mais si ce stade est atteint vers l'âge d'un an et demi-deux ans chez l'homme, certains chimpanzés expérimentés, de même que certaines pies, sont capables de se reconnaître dans un miroir, comme l'a montré le test du miroir en éthologie [1].

Courant de conscience

L’idée de conscience de soi pose le problème de l’unité d’un sujet, d’un moi ou d’une conscience. On peut très généralement distinguer deux types d’hypothèses :

  • la conscience est l’expression d’une unité interne − le je du je pense ; cette unité peut être comprise de différentes manières :
    • unité d’un individu − le sujet pensant, voire « l’âme » (par exemple chez Descartes);
    • unité transcendantale − le sens interne comme conscience de mes contenus de conscience comme m’appartenant (Kant).
  • la conscience n’est qu’une liaison d’agrégats d’impressions (Hume) qui peut être décrite comme une suite plus ou moins cohérente de récits concernant un sujet purement virtuel − le moi. Aussi, « quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas » (Hume, Traité de la nature humaine, I). Selon cette thèse, le moi est autre.

Conscience du monde extérieur

Selon Husserl, qui reprend un concept médiéval, toute conscience est conscience de quelque chose. Cela suppose que la conscience soit un effort d’attention qui se concentre autour d’un objet. Cette concentration est structurée par l’expérience ou par des catégories a priori de l’entendement, structures que l’on considère parfois comme les fondements de toute connaissance du monde extérieur. Dans l’idéalisme moderne la conscience est ainsi la source et l’origine de la science et de la philosophie.

Structure phénoménale de la conscience

À la question de savoir quelles relations la conscience entretient avec la réalité en général, une description phénoménologique répond que celle-ci a une structure spatiale et temporelle, structure qui est une organisation des concepts qui concernent notre expérience du monde et nous-mêmes en tant qu’acteurs de ce monde.

Conscience morale

C’est le sens premier du mot « conscience », que l’on trouve chez Cicéron et Quintilien, et qui dans la langue française reste sans concurrence jusqu’au XVIIe siècle (voir plus haut − section histoire).

La conscience psychologique est souvent évoquée comme une lumière, la conscience morale comme une voix : si la première nous « éclaire », la seconde nous « parle ». La conscience morale désigne en effet le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles d’autrui. C’est le démon qui fit condamner Socrate.

Cette « voix » de la conscience, qui se fait entendre dans l’individu est pourtant, selon Rousseau, la même en tout homme. Malgré la diversité et la variabilité des mœurs et des connaissances, elle est universelle : elle est en nous la voix de la nature, car « quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au-dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir » (Émile, Livre IV). Tel un instinct, mais pourtant signe de notre liberté, elle ne nous trompe jamais, pour peu qu’on l’écoute vraiment : « Conscience ! Conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe » (ibid.).

Entendue ainsi, dit Alain, la conscience est « le savoir revenant sur lui-même et prenant pour centre la personne humaine elle-même, qui se met en demeure de décider et de se juger. Ce mouvement intérieur est dans toute pensée ; car celui qui ne se dit pas finalement : « que dois-je penser ? » ne peut pas être dit penser. La conscience est toujours implicitement morale ; et l’immoralité consiste toujours à ne point vouloir penser qu’on pense, et à ajourner le jugement intérieur. On nomme bien inconscients ceux qui ne se posent aucune question d’eux-mêmes à eux-mêmes » (Définitions, in Les Arts et les Dieux).

Pour Alain, il n’y a donc pas de morale sans délibération, ni de délibération sans conscience. Souvent la morale condamne, mais lorsqu’elle approuve, c’est encore au terme d’un examen de conscience, d’un retour sur soi de la conscience, de sorte que « toute la morale consiste à se savoir esprit », c’est-à-dire « obligé absolument » : c’est la conscience et elle seule qui nous dit notre devoir.

La question demeure cependant de savoir quelle origine attribuer à la conscience morale. Car si pour Rousseau « les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments »(ibid.), il n’en sera plus ainsi pour Kant, qui considérera au contraire la conscience morale comme l’expression de la raison pratique − et encore moins pour Bergson, qui verra en elle le produit d’un conditionnement social, ou pour Freud, qui la situera comme l’héritière directe du surmoi (Le Malaise dans la culture, VIII), instance pourtant en majeure partie inconsciente.

Fonctions de la conscience

  • Régulation du comportement et interface avec le monde extérieur : selon la théorie de l’access consciousness, l’état de conscience est un accès à une information susceptible d’être utile à l’organisme et de le guider. La conscience est donc un état indépendant à la fois de ce que cela fait d’être conscient de telle ou telle chose et de toute idée de structure phénoménale.
  • Fonction sociales

Les théories de la conscience

Les questions de savoir ce qui caractérise la conscience, quelles sont ses fonctions et quels rapports elle entretient avec elle-même ne préjugent pas nécessairement du statut ontologique qu’il est possible de lui donner. On peut par exemple considérer que la conscience est une partie de la réalité qui se manifeste dans des états de conscience tout en étant plus qu’une simple abstraction produite à partir de l’adjectif « conscient ». Cette thèse réaliste (au sens de la philosophie médiévale, voir Réalisme et nominalisme) n’a plus beaucoup de défenseurs de nos jours. L’une des raisons est que l’investigation descriptive ne rend pas nécessaire ce genre d’hypothèses réalistes.

  • La conscience s'étudie par ses manifestations. Une école de pensée, le behaviorisme, se propose d'ailleurs de n'étudier que les manifestations elles-mêmes, sans chercher à poser d'hypothèse d'une conscience sous-jacente et bien difficile à définir.
  • Dualisme
  • Physicalisme
  • La conscience du point de vue matérialiste : voir page de discussion.
  • L’approche de Timothy Leary avec ses 8 circuits.
  • Autres théories cognitives (Douglas Hofstadter, Daniel Dennett, Antonio Damasio, Gerald Edelman, Giulio Tononi).

et même des approches totalement physiques, comme celle de Jean-Pierre Changeux, selon lequel les percepts et les concepts constituent des entités physiques se traduisant par des connexions physiques et logiques de neurones, qu’il entend mettre en évidence; c’est déjà le cas pour les percepts.

Voir l’article Science et conscience.

Quelques questions à méditer

  • Peut-on parler de connaissance de soi ?
  • Qu’est-ce que se connaître soi-même ?
  • Que peut-on savoir de soi ?
  • Qu’est-ce qu’avoir bonne conscience ?
  • Suffit-il d’être conscient pour se connaître ?
  • Peut-on prouver l’existence de la conscience ?
  • L’homme doit-il toujours suivre sa conscience ?
  • La conscience est-elle un guide ou un témoin ?
  • Toute conscience est-elle nécessairement conscience morale ?
  • Peut-on échapper aux exigences de la conscience?
  • Sommes-nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients ?
  • La conscience est-elle source d'illusions ?
  • Peut-on dire que la conscience isole l'Homme du monde qui l'entoure?
  • Peut on dire que la conscience est dans le temps ou que le temps est dans la conscience?
  • Un être conscient peut-il ne pas être responsable?

Bibliographie

Par ordre alphabétique :

  • Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
  • Antonio Damasio, Le sentiment même de soi
  • Delacour, Conscience et cerveau
  • Daniel Dennett, La Conscience expliquée
  • Descartes, Discours de la méthode
  • Descartes, Méditations métaphysiques
  • Descartes, les Principes de la philosophie
  • Edelman, Tononi, Comment la matière devient conscience
  • Kant, Critique de la raison pure
  • Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain
  • Locke, Essai sur l’entendement humain (en particulier le chapitre 27. Voir John Locke, Identité et différence. L’ invention de la conscience. Présenté, traduit et commenté par Étienne Balibar. Seuil, Paris, 1998. Voir aussi "Identité et différence selon Etienne Balibar", par Françoise Badelon, in Multitudes, mis en ligne le 21 juin 2003)
  • Spinoza, éthique
  • Rudolf Steiner, Philosophie de la liberté

Notes

  1. ↑ Voir Ces drôles d'oiseaux, Documentaire de Volker Arzt et Immanuel Birmelin (Allemagne, 2006, 2x43mn), diffusé sur Arte le 5 septembre 2006 ([1])

Voir aussi

   
wikt:

Le Wiktionnaire possède une entrée pour « conscience ».

  • Inconscient | Inconscient collectif | Psychologie
  • Pensée | Perception | Esprit | Philosophie de l'esprit | | Existence | Sophrologie
  • Science et conscience | Éthique | Morale
  • Immortalité
  • Conscience dans le bouddhisme : voir Vijñāna
  • Bicaméralité : théorie controversée autour de l'apparition de la conscience.
  • Stade du miroir et test du miroir
Théorie de la connaissance

Concept · Conscience · Croyance · Dialectique · Empirisme · Épistémologie · Espace · Imagination · Jugement · Langage · Logique · Mémoire · Métaphysique · Pensée · Phénoménologie · Philosophie du langage · Psychologie cognitive · Raison · Rationalisme · Réalité · Science · Sciences cognitives · Temps · Vérité

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