DÎME (s. f.)
1. Prélèvement qui se faisait sur les Juifs du dixième des fruits de la terre pour offrir au Seigneur ou pour donner aux lévites.
• Le Seigneur votre Dieu vous ayant bénis, vous ne pourrez lui apporter toutes ces dîmes ; vous vendrez tout, et en aurez de l'argent que vous porterez en votre main (SACI Bible, Deutéronome, XIV, 24)
• Ceux qui, étant de la race de Lévi, entrent dans le sacerdoce, ont droit, selon la loi, de prendre la dîme du peuple (SACI ib. Ép. aux Hébr. de St Paul, VII, 5)
Il se dit aussi d'un dixième prélevé pour tout autre objet.
• Alors Abraham lui donna [à Melchisédech] la dîme de tout ce qu'il avait pris (SACI ib. Genèse, XIV, 30)
• C'est à lui [Melchisédech] qu'il paye la dîme du butin qu'il avait gagné sur les rois vaincus (BOSSUET Hist. I, 3)
2. Prélèvement que l'Église ou le seigneur faisait sur les récoltes, et qui en était ordinairement le dixième. Lever, payer la dîme des blés, du vin. Il y avait des dîmes qui faisaient la douzième partie, la treizième partie. Les dîmes s'affermaient.
• Toute votre piété se réduit à certaines cérémonies, à certaines coutumes, à payer certaines dîmes dont la loi ne fait pas mention (BOURDAL. 5e dim. après la Pentec. Dominic. t. II, p. 441)
• La dîme n'est point une propriété ; la propriété ne s'entend que de celui qui peut aliéner le fonds ; et jamais le clergé ne l'a pu (MIRABEAU Collection, t. II, p. 11)
Grosses dîmes, dîmes qu'on levait sur les gros fruits, comme le blé et le vin.
Menues dîmes, celles qui se levaient sur les menus grains et sur le menu bétail.
Vertes dîmes, celles qu'on levait sur les légumes, le chanvre, etc.
Dîme inféodée, dîme aliénée par l'Église et possédée par des laïques.
Dîme saladine, impôt du dixième des revenus dont furent frappés ceux qui ne prirent point part à la 3e croisade.
Dîmes ecclésiastiques, dîmes possédées sans aucune charge féodale.
Dîmes mixtes, dîmes perçues sur les choses qui provenaient en partie des héritages et en partie de l'industrie.
Fig. Lever la dîme, faire un prélèvement non permis.
• D'anciens Gaulois.... Levaient la dîme sur les caves Du maître qui les opprimait (BÉRANG. Escl. gaulois.)
3. Dîme royale, titre d'un ouvrage de Vauban.
• Son Altesse Royale ayant formé le dessein de faire dans le royaume quelques essais d'une taille proportionnelle ou dîme qu'avait proposée feu M. de Vauban et qui devait remédier aux anciens et intolérables abus de la taille arbitraire (FONTEN. Renau.)
HISTORIQUE
XIIe s.— Ne devez as prelaz defendre u comander .... ne des dismes causer (Th. le mart. 79)
XIIIe s.— Et ot li elleus [l'élu] de Biauvais la disme de par l'apostole [pape] (Chr. de Rains, 90)— De droit commun, toutes les dismes doivent estre à sainte Eglise (BEAUMANOIR XI, 38)
XVe s.— Qu'elles estoient tenues de rendre à Dieu disme de tous leurs biens (LOUIS XI Nouv. XXXII)
XVIe s.— Le droit de tenir dixmes en fief [dîmes inféodées] par gens purs laics (P. PITHOU 74)— La principale cause de la malveillance que le peuple luy portoit vint de la decime des depouilles.... il feit voeu qu'il offriroit aux dieux la dixme du butin (AMYOT Cam. 14)— Un veau de disme [un grand sot], OUDIN., Peu de gloire me semble accroistre à ceulx qui seulement employent leurs yeulx.... baislent aux mouches comme veaulx de disme (RAB. Pant. Prol. du liv. III)— Rente est plus seure que dismes (LEROUX DE LINCY Prov. t. I, p. 24)
ÉTYMOLOGIE
Berry, le dîme ; provenç. desme, deime, deyme, deume, deme, s. m. et aussi decima, s. f. ; catal. delme ; espagn. diezmo et decima ; ital. decima ; du latin decimus, dixième, de decem (voy. DIX).
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
DÎME. Ajoutez :
4. Nom d'une petite monnaie.
• Cette nouvelle pièce [valant un franc] est surtout destinée aux États de la côte du Pacifique où circule la dîme d'argent [valant 50 centimes] (Journ. officiel, 16 mai 1875, p. 3476, 3e col.)