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définition - etre

être (n.m.)

1.ce qui est (ex. être vivant).

2.individu humain.

3.fait d'être; essence; ce qui est.

4.(biologie)être vivant déterminé, animal ou végétal.

être (v. d'état)

1.avoir telle caractéristique (ex. le sang est rouge, le feu est chaud.).

être (v.)

1.jouer un rôle dans une représentation artistique; se mettre dans la peau d'un personnage.

2.occuper une certaine position.

être (v. intr.)

1.occuper un lieu (ex. la Maison Blanche est située en Pennsylvanie).

2.avoir une existence.

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définition (complément)

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synonymes - etre

être (n.m.) (biologie)

créature, forme de vie, vie, organisme  (biologie)

être (v. intr.)

être situé, situer, trouver

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locutions

-... Et tremble d'être heureux • Aimer est plus fort que d'être aimé • Autrement qu'être • Bien-être • Bien-être animal • Bien-être fœtal • Bien-être professionnel • C'est dur d'être un crustacé amoureux • C'est pas drôle d'être un oiseau • Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant • Comment être un bon nageur • Composition de l'être dans l'Égypte antique • Confort (bien-être) • Culte de la Raison et de l'Être suprême • De l'être et de l'essence • Demain peut-être • Dracula, mort et heureux de l'être • Histoire d'être humain • Il en faut peu pour être heureux • Il faut être raisonnable • Indice de bien être durable • J'ai toujours rêvé d'être un gangster • J'aurais voulu être un danseur • J'en ai marre d'être deux • Je ne suis pas là pour être aimé • Je ne voudrais pas être un homme • L'Art d'être courtier • L'Art d'être grand-père • L'Enfant qui voulait être un ours • L'Homme qui jouait à être Dieu • L'Homme qui voulut être roi • L'Importance d'être Constant • L'Importance d'être Constant (film) • L'Important (n'est pas d'être important) • L'Insoutenable Légèreté de l'être • L'Insoutenable Légèreté de l'être (film) • L'Éternité, peut-être • L'Être et le Code • L'Être et le Néant • L'Être fini et l'Être éternel • La Difficulté d'être infidèle • La Domestication de l'Être • Le Bien-être et la Paix • Les églantines sont peut-être formidables • Liste des bactéries pathogènes pour l'être humain • L’Importance d’être d’accord • Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu • Nadir ou la transhumance de l'Etre • Non-être • Où peut on être mieux qu’au sein de sa famille • Parti du bien-être • Pas facile d'être papa • Peut-être • Peut-être toi • Pour être libre • Pour être libre (chanson) • Qu'il est dur d'être farceur, d'aimer la musique pop et les films d'horreur quand on a un père qui se présente aux élections • Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? • Quelques réflexions sur la singularité d'être français • Sa raison d'être • Savoir-être • Savoir-être (homonymie) • Si tu veux être mon amie • Supplique pour être enterré à la plage de Sète • Théorème du bien-être • Tout pour être heureux • Tout pour être heureux (téléfilm) • Trop gentil pour être vrai • Trop jolies pour être honnêtes • Un jour, peut-être • Yes, peut-être • Économie du bien-être • Être comme une pierre dans un mur • Être des Galgals • Être et Temps • Être et avoir • Être ou paraître • Être sans destin (film)

dictionnaire analogique

être (aux.)


factotum (en)[Domaine]

instance (en)[Domaine]

être (aux.)




être (n. m.)


être (v. intr.)


[ être dans ][Syntagme]

être (v. intr.) [familier]


 

parier[Classe]

perdre quelque chose[Classe]

être (v. intr.) [familier]



être (v. intr.)



 

factotum (en)[Domaine]

located (en)[Domaine]

être (v. intr.)


 

factotum (en)[Domaine]

located (en)[Domaine]

être (v. intr.)


être (verbe)






factotum (en)[Domaine]

located (en)[Domaine]

être (verbe)






 

factotum (en)[Domaine]

instance (en)[Domaine]

être[Hyper.]

être (verbe)


Le Littré (1880)

ÊTRE [ê-tr']

1. Il sert en général à lier l'attribut au sujet, à indiquer l'existence de l'attribut dans le sujet, à attribuer à quelqu'un ou à quelque chose une qualité, un état, etc. ; c'est là le sens propre et primitif. La terre est ronde. Louis XIV fut roi de France. Il était négociant.

Mais soit cette croyance ou fausse ou véritable (CORN. Poly. II, 3)

Je suis toujours moi-même et mon coeur n'est point autre (CORN. Cinna, III, 4)

Et ne l'écouter pas est le faire enrager (MOL. Mélic. I, 3)

Je crois que deux et deux sont quatre (MOL. D. Juan, III, 1)

Son pays le crut fou [Démocrite] ; petits esprits ! mais quoi ! Aucun n'est prophète chez soi ; Ces gens étaient les fous, Démocrite le sage (LA FONT. Fabl. VIII, 26)

Combien de gens, seigneur, s'ils faisaient même chose, Sachant ce qu'ils étaient et voyant ce qu'ils sont, Auraient à votre cour moins d'orgueil qu'ils n'en ont ! (BOURSAULT Ésope à la cour, v, 3)

Rarement un esprit ose être ce qu'il est (BOILEAU Ép. IX.)

J'étais père et sujet, je suis amant et roi (RAC. Théb. v, 4)

Mardochée à ses yeux est une âme trop vile (RAC. Esth. II, 1)

Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère Que le vent chasse devant lui (RAC. ib. 1, 3)

Jetez-moi dans les troupes comme un simple soldat, je suis Thersite ; mettez-moi à la tête d'une armée dont j'aie à répondre, je suis Achille (LA BRUY. IX.)

Être chrétien et n'être pas pénitent était une nouveauté (MASS. Car. Jeûne.)

Séparez ce que nous sommes du ministère que nous remplissons (MASS. Car. Parole.)

Ce qui rend la ferveur si essentielle est la majesté de celui que nous prions (MASS. Car. Prière 2)

Il ne faut que des substantifs pour nommer tous les objets dont nous pouvons parler ; il ne faut que des adjectifs pour en exprimer toutes les qualités ; enfin il ne faut que le seul verbe être pour prononcer tous nos jugements (CONDILLAC Gramm. I, 13)

Soyons se dit souvent, surtout dans le style élevé, en se parlant à soi-même.

Soyons indigne soeur d'un si généreux frère (CORN. Hor. IV, 4)

Étouffe tes soupirs, malheureuse Constance ; Soyons en tous les temps digne de ma naissance (VOLT. le Prince de Navarre, III, 3)

Ah ! soyons sage, il est bien temps de l'être (VOLT. Enfant prod. III, 6)

Soyons vrais, de nos maux n'accusons que nous-mêmes (LA HARPE Warwick, v, 5)

Terme de manége. Être droit, se dit d'un cheval qui ne boite point.

2. Avec un sens antonomastique, par suppression de l'attribut, avoir l'existence réelle. Dieu, dans l'Écriture sainte, s'appelle celui qui est.

Et je garde avec vous la même liberté Que si votre Sylla n'avait jamais été (CORN. Sertor. III, 2)

Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est (PASC. Pensées, art. I, 1)

Qui sait même ce que c'est qu'être, puisqu'il n'y a rien de plus général et qu'il faudrait d'abord, pour l'expliquer, se servir de ce mot-là même, en disant : c'est être... ? (PASC. Entret. avec M. de Saci, p. XI, édit. HAVET.)

Quoique fils d'Abraham, il [Jésus-Christ] était devant qu'Abraham fût fait (BOSSUET Hist. II, 6)

Notre âme n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée (BOSSUET ib.)

Et les faibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas (RAC. Esth. I, 3)

Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais (RAC. ib. I, 4)

Hâtons-nous aujourd'hui de jouir de la vie ; Qui sait si nous serons demain ? (RAC. Athal. II, 9)

Peut-être sommes-nous cause qu'on y a fait [dans les autres planètes] le procès à des philosophes qui ont voulu soutenir que nous étions [que la terre avait des habitants] (FONTEN. Mondes, 4e soir.)

Les espèces inférieures sont pour les espèces supérieures : la plante est pour la brute, la brute pour l'homme, l'homme pour des natures plus parfaites ; celles-ci pour d'autres plus parfaites encore (BONNET Oeuvres mêlées, t. XVIII, p. 198, dans POUGENS)

Accablés du soin d'être et du travail de vivre (ST.-LAMBERT Saisons, III)

Il se dit aussi d'une existence purement idéale.

En un mot, une conversion qui n'est pas entière, n'est point du tout (MASS. Car. Pâques.)

Où la vertu n'est point, la liberté n'est pas (DUCIS Abufar, II, 7)

Cela n'est pas, je doute que cela soit, c'est-à-dire cela n'est pas vrai, réel, je doute que cela soit vrai.

Cela sera, cela ne sera pas, c'est-à-dire cela arrivera, cela n'arrivera pas.

Vous n'étiez pas encore au monde, ou, simplement, vous n'étiez pas encore, quand.... c'est-à-dire vous n'étiez pas encore né, quand....

En poésie et dans le style élevé, n'être plus, avoir cessé de vivre.

J'apprends en ce moment que mon père n'est plus (CORN. Othon, v, 9)

Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus, Et nous portons la peine de leurs crimes (RAC. Esth. I, 5)

Le prétérit fut, ou, impersonnellement, il fut, se dit pour signifier que quelque chose a cessé d'exister.

Il fut des Juifs, il fut une insolente race (RAC. Esth. II, 1)

Homère m'a guidé dans les champs où fut Troie (DELILLE Imagin. VII)

3. Être, se dit quelquefois pour exprimer la réalité, par opposition à l'apparence.

Rien n'est bon que d'avoir une belle et bonne âme : on la voit en toute chose comme au travers d'un coeur de cristal : on ne se cache point ; vous n'avez point vu de dupes là-dessus ; on n'a jamais pris longtemps l'ombre pour le corps ; il faut être, il faut être, si l'on veut paraître.... (SÉV. Lett. 9 sept. 1675)

4. Se trouver en un lieu. Soyez ici ou là, que m'importe ?

Fig. Être ailleurs, ne pas prêter son attention. Répétez, je vous prie, j'étais ailleurs.

5. Être, se construit avec certains adverbes et avec des locutions adverbiales.

Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause : Je serai mieux en main pour vous conter la chose (MOL. Princ. d'Él. I, 2)

Soyons de concert auprès des malades (MOL. Am. méd. III, 1)

Être bien, être mal avec quelqu'un, être avec quelqu'un dans de bons, dans de mauvais rapports.

Être bien, être mal, se porter bien, se porter mal. Et sans ces adverbes : Comment est notre malade, comment va-t-il ?

6. Être, construit avec la préposition à, exprime en particulier l'appartenance, la dépendance. Cette maison est à moi.

Avant que d'être à vous, je suis à mon pays (CORN. Hor. II, 5)

Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous ? (CORN. Poly. IV, 3)

Que si j'étais à moi, je voudrais être à vous (CORN. Tois. d'or, V, 1)

Que dis-je ? votre vie, Esther, est-elle à vous ? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue ? N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue ? (RAC. Esth. I, 3)

Vous n'êtes point à vous ; le temps, les biens, la vie, Rien ne vous appartient, tout est à la patrie (GRESSET Sidnei, II, 6)

Être à...., être lié par les noeuds du mariage, de l'amour.

Ce qu'elles nous sont [les liens qui nous attachent à elles] ferait qu'avec justice On nous imputerait ce mauvais artifice (CORN. Hor. II, 8)

Je vous vis, je formai le dessein d'être à vous (RAC. Mithr. I, 2)

Je ne suis point à vous, je suis à votre père (RAC. ib. II, 6)

Nous en avons parlé cent fois le comte et moi, sans qu'il sût ce que je vous suis (DANCOURT la Folle enchère, sc. 22)

Être à, être au service de.

.... Je connais ce valet, il est à don Fadrique.... (TH. CORN. Engagem. du has. I, 6)

Cela vient d'un gentilhomme qui était à M. de Turenne (SÉV. 201)

Je suis tout à vous, tout disposé à faire ce qui vous sera agréable.

Je suis à vous dans un moment, c'est-à-dire attendez-moi, je reviens à l'instant, ou je vais m'occuper de vous.

Je suis à toi dans un moment (HAMILT. Gramm. 4)

Il n'est plus à lui, se dit d'un homme dont l'esprit est dans une agitation extrême.

Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours (CORN. Poly. II, 1)

On dit dans un sens analogue, n'être plus soi-même.

Je ne vous connais plus ; vous n'êtes plus vous-même (RAC. Andr. III, 1)

Être à, se dit aussi de la situation, du temps, de l'occupation, etc. Le malade est à l'agonie. Il est à son travail. Il est au lit. Ma famille est à la campagne. Nous sommes au mois de janvier. Vous êtes à la fin du trimestre.

Être à jeun, se dit d'une personne qui n'a pris aucun aliment dans la journée.

Être à mépris, être méprisé.

Et toi, pour te montrer que tu m'es à mépris, Voilà ton demi-cent d'épingles de Paris (MOL. Dép. am. IV, 4)

Être à, se dit, dans le langage des mathématiques, des rapports et des proportions. 2 est à 4 comme 8 est à 16.

Comme le produit d'un terrain inculte est au produit d'un terrain cultivé, de même le nombre des sauvages dans un pays est au nombre des laboureurs dans un autre (MONTESQ. Esp. XVIII, 16)

Être à quelque chose, s'en occuper, y prêter attention. Il est tout à ce qu'il fait. Vous n'êtes pas à ce que je vous dis.

Être à, suivi d'un infinitif, être occupé à....

Je fus samedi tout le jour chez Mme de Villars à parler de vous (SÉV. 15)

Être longtemps à, mettre beaucoup de temps. Il est longtemps à faire son ouvrage.

Ces soleils sont parfois longtemps à se lever (TRISTAN M. de Chrispe, IV, 2)

Familièrement. Il est toujours à se plaindre, ils sont toujours à se quereller, il ne cesse de se plaindre, ils ne cessent de se quereller.

Être à faire, à savoir, etc. c'est-à-dire ne pas faire encore, ne pas savoir encore, etc.

Ah ! sire, êtes-vous donc à vous apercevoir Qu'il sème.... (MAIRET Solim. II, 2)

Ce glorieux vainqueur est encore à savoir Le mauvais traitement qu'il me fait recevoir (MAIRET Soph. I, 4)

Je n'étais pas à savoir en combien de choses elle [Mlle Choin] entrait (SAINT-SIMON t. VIII, p. 264, édit. CHÉRUEL.)

Je n'étais pas à dire mon avis avec colère à Mme la duchesse d'Orléans sur sa manière d'être avec Monseigneur (SAINT-SIMON t. VIII, p. 262)

Être à plaindre, à blâmer, être digne de pitié, de blâme.Cela est à vendre, à louer, c'est-à-dire on veut vendre, on veut louer cela.

On dit aussi cette marchandise est à prendre ou à laisser.

Cela est à faire, cela est à recommencer, c'est-à-dire on devra faire, recommencer cela.

Être homme à, être capable de....

Albert n'est pas un homme à vous refuser rien (MOL. Dép. am. I, 2)

Impersonnellement. Il est à croire, à désirer, etc. on doit croire, désirer, etc.

7. Être, construit avec la préposition de, indique le rapport de l'effet à la cause, l'origine, l'extraction. Cette tragédie est de Corneille. Cet enfant est de lui. Cette marchandise est de fabrique anglaise. Ces figues sont du Levant.

Ces damnables complots sont des gens de la cour (ROTR. Bélis. II, 9)

Le poëte Épiménide, qui fit un voyage à Athènes du temps de Solon, était de Crète (ROLLIN Hist. anc. Oeuvres, t. IV, p. 483, dans POUGENS)

Ces lois viennent des dieux, le reste est des humains (VOLT. Orphel. II, 3)

Être de, exprime la profession, la condition. Il est d'Église, d'épée, de robe.

Il exprime la matière. Cette statue est de marbre.

Il exprime l'occupation. Je suis de service, de garde. Un interne est de garde dans un hôpital. Il est de semaine.

Marque la participation. Il est de moitié dans l'affaire. Il sera de la partie.

[Ils] Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties (MOL. Éc. des f. IV, 8)

Mais, monsieur, cela serait-il de la permission que vous m'avez donnée, si je vous disais.... (MOL. Don Juan, I, 2)

On ne voit pas que vous évitiez ces entretiens, ces lieux, ces plaisirs qui sont pourtant de toutes vos confessions (MASS. Car. Inconst.)

Je vous supplierais de permettre que le nonce du pape en Pologne fût du souper (VOLT. Lett. à Cath. 20)

Aussi disait-on de Fontenelle qu'il avait été le patriarche d'une secte dont il n'était pas (D'ALEMB. Élog. Despréaux.)

M. de Melun fut du voyage (GENLIS Mlle de Clermont, p. 116, dans POUGENS)

Être du nombre de, ou, simplement, être de, être parmi. Je ne suis pas de ces gens qui....

Je suis d'avis que...., c'est-à-dire mon avis est que....

Le prince [Alexandre] ayant mis l'affaire en délibération, Parménion était d'avis d'accepter ces offres, et dit que pour lui il le ferait s'il était Alexandre (ROLLIN Hist. anc. Oeuvres, t. III, p. 303, dans POUGENS)

Cela est bien de son caractère, cela est bien de lui, c'est-à-dire cela est conforme à son caractère, à sa manière de penser et d'agir.

Cela n'est pas du jeu ou de jeu, c'est-à-dire cela n'est pas selon les règles du jeu, ne fait pas partie des conventions.

Exprime la manière d'être. Cet enfant est d'une grande intelligence. Cette étoffe est d'un teint trop clair.

Il est d'une jalousie qui devient tous les jours plus insupportable (GENLIS Théât. d'éduc. la Bonne mère, II, 3)

Être de, avec un substantif, exprime quelquefois la nécessité, l'obligation d'une chose. Dans ce lieu une mise décente est de rigueur.

Comme si le respect qu'on a pour les anciens philosophes était de devoir, et que celui qu'on porte aux plus anciens pères était seulement de bienséance (PASC. Autorité en phil.)

Exprime la conformité. Ces habitudes ne sont plus de nos moeurs.

Être de l'avis, de l'opinion de quelqu'un, partager son avis, son opinion.

Être de quelque chose à quelqu'un, l'intéresser.

Le Rhône et Lyon me sont de quelque chose (SÉV. 39)

Il ne m'est de rien, nous ne sommes pas parents.

Familièrement. Il ne m'est ni d'ève ni d'Adam, je n'ai pas avec lui de parenté si éloignée qu'elle soit.

Impersonnellement. Il est d'homme sage, etc. c'est l'action d'un homme sage.

Pourquoi cette ruine ? était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants [arbres fruitiers] ? (LA FONT. Fabl. XII, 20)

Il est de la justice, etc. la justice commande.

La peste soit du butor ! Peste soit de vous ! Voy.

PESTE

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8. Terme de généalogie. Être du trois au quatre, du cinq au quatre avec quelqu'un, être dans un degré de parenté tel que les deux personnes dont il s'agit, appartenant à deux branches différentes, aient un bisaïeul, un trisaïeul commun ; ainsi la parenté du grand Condé avec M. de Vardes était du cinq au quatre, c'est-à-dire qu'ils avaient un trisaïeul commun, la Trémouille. Ce qui fait que l'on exprime ainsi cette parenté, c'est que le point de départ n'est compté qu'une fois : la Trémouille, une fille, une fille, une fille, Condé, cinq ; de l'autre côté, une fille, un garçon, une fille, Vardes, quatre.

Elle [la princesse de Tarente] n'est que du trois au quatre avec madame la Dauphine ; il faut être son neveu ou sa nièce pour qu'elle compte cela pour quelque chose (SÉV. Lett. 25 mai 1680)

9. Être, construit avec la particule en, exprime le point où l'on est parvenu dans un travail, dans une affaire, et quelquefois l'état où l'on est réduit. Où en êtes-vous de votre ouvrage ? Où en est l'affaire ? Où en êtes-vous de votre procès ? j'en suis à faire nommer un rapporteur. Voilà où j'en suis.

Juge, Araspe, où j'en suis, s'il veut tout ce qu'il peut (CORN. Nicom. II, 1)

Et où en eussiez-vous été, si on eût pris vos poëmes au pied de la lettre ? (FONTEN. Homère, Ésope.)

Il ne sait où il en est, il est troublé au point qu'il ne sait plus ce qu'il fait.

Je ne sais où j'en suis (CORN. Ment. v, 6)

En êtes-vous là ? croyez-vous cela ? ou bien êtes-vous dans cette résolution, dans cette erreur ?

Où en sommes-nous ? se dit par indignation ou par plainte, quand on voit quelque grand désordre.

Il n'en est pas où il croit, il est bien loin de ce qu'il espère ou imagine.

On supprime quelquefois la particule en.

Tu n'es pas où tu crois ; en vain, tu files doux : Ton excuse n'est point une excuse de mise (MOL. Amph. II, 3)

En être, être de la partie, de l'affaire, etc. Je vous baise les mains, je m'en vais ici près Chez mon oncle dîner. - ô Dieu ! le galant homme ! J'en suis.

... (RÉGNIER Sat. VIII)

On proposait une chasse, elle déclara qu'elle en voulait être (FÉN. Tél. VII)

Ma foi, je n'en suis plus ; ceci devient tragique (CAMPISTRON Jaloux désabusé, IV, 6)

S'il faut prendre longtemps de la peine, je n'en suis plus (J. J. ROUSS. Confess. IV)

J'en suis pour ce que j'ai dit, je garde l'opinion que j'avais exprimée.

Elliptiquement et familièrement. Il en est, il est d'une société, d'une bande suspecte, de la police.

Elliptiquement et populairement. C'en est, je crois que c'en est, se dit, par euphémisme, des excréments humains.

Cela n'en est pas, celui-là n'en est pas, c'est-à-dire on ne doit pas faire cela. Il s'agit de jeux, et les coups n'en sont pas.

J'en suis pour ma peine, pour mon argent, j'ai perdu ma peine, mon argent. J'en suis pour une dent, j'y ai perdu une dent.

J'en suis pour mon honneur ; mais à toi, qui me l'ôtes, Je t'en ferai du moins pour un bras ou deux côtes (MOL. Sgan. 6)

Peste soit du lourdaud qui me vient fracasser ; Je crois que j'en serai du moins pour une côte (LEGRAND Roi de Cocagne, III, 9)

J'en fus pour mes lorgneries et mes soupirs, dont même je m'ennuyai bientôt (J. J. ROUSS. Confess. VI)

En être sur, pointiller sur....

Quand je vois des gens en être avec moi sur le plus ou sur le moins.... (LA BRUY. VI)

En être, se dit du résultat, des conséquences d'une chose. On l'a traité outrageusement, et il n'en a rien été. Il en sera de cette affaire ce qu'il vous plaira.

On peut aussi supprimer la particule en : Il sera de cette affaire ce qu'il vous plaira.

Il en sera ce qu'il plaira à Dieu, se dit pour exprimer qu'on se résigne à la volonté de Dieu, à l'événement quel qu'il soit.

Ce qui en est, la réalité, la vérité.

On prétend qu'elle plut au roi, je ne sais ce qui en est (Mme DE CAYLUS Souven. p. 142, dans POUGENS)

Il en est, il n'en est pas de, exprime la similitude, la conformité. Il en est des peintres comme des poëtes, ils ont la liberté de feindre. Il en est de même de tout le reste.

Il n'en est rien, c'est-à-dire cela n'a aucune vérité, cela est faux. Ne croyez pas cette nouvelle, il n'en est rien.

Il n'y a pas lieu à mettre en, lorsque la phrase a un complément qui en tient lieu.

Je prie Dieu, monseigneur, qu'il ne soit rien de tout ce que je viens dire (BALZ. liv. II, lett. 6)

10. Être construit avec la particule y. Y être, être chez soi. Y être pour quelqu'un, avoir donné l'ordre précis de recevoir une personne.

Et pourquoi lui dire que je n'y suis pas ? est-ce pour les personnes comme elle qu'on n'y veut pas être ? (DANCOURT Chev. à la mode, II, 8)

Par plaisanterie. Allez voir là dedans, et, plus souvent, allez voir dehors si j'y suis, se dit pour renvoyer quelqu'un avec qui l'on ne se gêne pas ou contre qui l'on se fâche.

Voyez là dedans si j'y suis (LEGRAND Roi de Cocagne, II, 10)

Je n'y suis pour rien, je n'ai pris aucune part à la chose dont il s'agit, ou je n'y suis pas compromis. Avez-vous perdu à cette faillite ? Non, je n'y suis pour rien.

Vous n'y êtes pas, vous ne comprenez pas. Il y est, il a compris.

M. de Lauzun épouse dimanche, au Louvre, devinez qui.... c'est assurément Mlle de Créqui. - Vous n'y êtes pas (SÉV. 9)

Comment ? je n'y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? (LA BRUY. V)

Il n'y est plus, il ne fait plus attention, ou il est dérouté.

La tête n'y est plus, il est fou, il est tombé en enfance.

11. Être se construit avec différentes prépositions.

Être après, être occupé à.

On est venu lui dire et par mon artifice, Que les ouvriers sont après son édifice (MOL. l'Étour. II, 1)

Être après quelqu'un, l'obséder, le poursuivre, ou le harceler en paroles. Je ne puis bouger sans qu'il soit après moi. Vous êtes bien moqueur, pourquoi êtes-vous toujours après moi ?

Être avec quelqu'un, vivre habituellement avec lui. Y a-t-il longtemps que vous n'êtes plus avec votre frère ?

Être avec quelqu'un, se trouver quelque part avec lui. Vous étiez avec moi lorsqu'il me parla.

Être avec quelqu'un, rester avec lui.

Soyez avec madame (MOL. Mis. III, 6)

Dans le langage biblique, le Seigneur est avec lui, le protége.

Le Seigneur était avec lui, et tout lui réussissait heureusement (SACI Bible, Genèse, XXXIX, 2)

Être en, désigne la manière d'être. Être en toilette, en robe de chambre, en pantoufles. Être en fête, en promenade. Une exposition en plein midi. En printemps, en hiver. Déguisé en Turc.

Être dans une affaire pour un quart, pour un dixième, y avoir un intérêt d'un quart, d'un dixième.

Être pour, suivi d'un infinitif, être propre à, capable de.

Ce serait pour monter à des sommes très hautes (MOL. Fâch. III, 3)

Morbleu ! vous n'êtes pas pour être de mes gens (MOL. Mis. I, 1)

Lui aurait-on appris qui je suis, et serais-tu pour me trahir ? (MOL. l'Avare, II, 2)

Il y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela n'est pas pour durer (MOL. ib. III, 8)

Être pour, suivi d'un substantif, être du parti de.

Je ne suis point pour Albe et ne suis plus pour Rome (CORN. Hor. I, 1)

Dieu est pour nous, Dieu nous protége.

Être pour, être destiné à. Ceci, cette part est pour vous. Mes voeux sont pour vous. Sa dernière pensée a été pour vous. Ce que je dis n'est que pour le contenter.

Être pour, être d'avis de. Vous hésitez ? Moi je suis pour la promenade.

Être sans fortune, sans amis, n'avoir point de fortune, point d'amis.

On dit de même être sans connaissance, sans vie, sans pitié, etc.

Être.... sans...., rester.... sans....

On fut quelque temps à la cour sans entendre parler des affaires d'Angleterre (LAFAYETTE Mém. cour de Fr. Oeuvres, t. II, p. 390, dans POUGENS)

On fut deux ans sans entendre parler d'elle (GENLIS Veillées du château t. I, p. 169, dans POUGENS)

Vous n'êtes pas sans savoir... vous n'ignorez pas sans doute.

Cela n'est pas selon la raison, selon la loi, selon les convenances, etc. cela n'est pas conforme à la raison, à la loi, aux convenances, etc.

C'est selon, la chose dépend des circonstances.

Être sous, dépendre de. J'étais sous un dur maître.

Être sous, suivre les leçons de. J'étais sous tel professeur.

Être sur, siéger sur, être placé sur. Être sur les tréteaux.

Un grand causeur, s'il est sur les tribunaux, ne laisse pas la liberté de juger (LA BRUY. Théophr. 7)

Être sur, s'occuper de quelqu'un, de quelque chose, en converser.

.... Nous étions tout à l'heure sur toi (MOL. le Dép. I, 2)

Sur quoi en étiez-vous, mesdames, lorsque je vous ai interrompues ? (MOL. Critique, 5)

Vous êtes là sur une matière qui depuis quatre jours fait presque l'entretien de toutes les maisons de Paris (MOL. ib. 6)

L'autre ouvrage considérable et qui n'est pas encore imprimé, est la traduction de Quinte-Curce, sur laquelle il [Vaugelas] avait été trente ans, la changeant et la corrigeant sans cesse (PELLISSON Hist. Acad. t. I, p. 300, dans POUGENS)

Dans le langage de l'Écriture, la main de Dieu est sur.... signifie le châtiment infligé par la colère divine.

La main de Dieu fut sur lui, son règne fut court, et sa fin fut affreuse (BOSSUET Hist. I, 6)

12. Être que de, être de, être à la place de ; ne se dit qu'avec les conjonctions si ou quand. Quand je serais de vous, je ne le ferais pas davantage.

Si j'étais que de vous et que j'eusse une nièce, Je saurais m'en défaire aussitôt... (TH. CORN. Bar. d'Albikrac, IV, 7)

Si j'étais que de vous, je lui achèterais dès aujourd'hui une belle garniture de diamants (MOL. Am. méd. I, 1)

Mais enfin si j'étais de mon fils son époux, Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous (MOL. Tart. I, 1)

Je ne souffrirais point, si jétais que de vous, Que jamais d'Henriette il pût être l'époux (MOL. Femm. sav. IV, 2)

13. Impersonnellement. Il est, c'est-à-dire il y a, on trouve. Il est des hommes que la résistance anime. Est-il puissance capable de contraindre la volonté ?

Un coquin s'il en est, un coquin s'il en fut, se dit pour exprimer qu'un homme est aussi coquin qu'il est possible.

Grand et hardi menteur s'il en fut jamais (BALZ. Lett. à Conrard, 28 avril 1653)

Des grammairiens ont demandé s'il fallait écrire s'il en fut ou s'il en fût. Le verbe n'est pas au subjonctif, comme on le voit quand le verbe est un présent.

Il est en.... de, il est au pouvoir de....

Il est en vous de l'éviter [la colère du ciel] par un prompt repentir (MOL. Festin, IV, 9)

Il n'est pas en moi de faire telle chose, je n'ai pas le pouvoir de faire telle chose, ou bien mon caractère ne me le permet pas.

Est-il, signifiant il est certain, ne s'emploie que dans des phrases construites ainsi : toujours est-il, or est-il. Vous soutenez cet homme, toujours est-il qu'il a commis une mauvaise action.

Or est-il que j'en fais un tel fondement, que je ne vous rends pas même les devoirs ordinaires (BALZ. liv. VI, lett. 3)

Or est-il que le Fils de Dieu a voulu choisir la parole pour être l'instrument de sa grâce (BOSSUET Prédic. 3)

Il n'est rien de si beau que...., nulle chose n'est aussi belle que....

Il est midi, une heure, trois heures, c'est-à-dire l'heure actuelle est midi, une heure, trois heures. Quelle heure est-il ? à l'heure qu'il est.

Il est jour, il est nuit, il fait jour, il fait nuit.

Il n'est que lundi, mardi, etc. nous ne sommes encore qu'à lundi, mardi.

J'y reçus une de vos lettres ; et, quoiqu'il ne soit que lundi et que celle-ci ne parte que mercredi, je commence à causer avec vous (SÉV. Lett. 19 juill. 1677)

Ce qu'il peut être, autant qu'il peut être.

Et Pompée est vengé ce qu'il peut l'être ici (CORN. Pomp. v, 4)

Il n'est que telle chose, c'est-à-dire il n'est rien de tel que, cela seul convient.

Pour perdre des amants celles qui s'en affligent Donnent trop d'avantage à ceux qui les négligent ; Il n'est lors que la joie, elle nous venge mieux (CORN. Mél. III, 5)

Il n'est que de.... c'est-à-dire le mieux est de.... Il n'est que de prendre les choses comme elles viennent.

Il n'est que d'être fin et de soir et de nuit (RÉGNIER Épît. II)

Il n'est que d'être libre, et en deniers comptants (RÉGNIER ib. II)

L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée, Il n'est à son avis que d'être mariée (CORN. Suite du Ment. I, 1)

Ma foi, il n'est que de jouer d'adresse en ce monde (MOL. Mal. im Interm. I, sc. 6)

Il n'est que d'entreprendre pour réussir (Exil de Cicéron, dans DESFONTAINES)

Il n'est pour se haïr que d'être un peu parent (BOISSY Babillard, sc. 3)

Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde ; Bénits soient tes décrets, ô sagesse profonde, Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi, M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi (A. CHÉN. Élég. XXIV)

Il n'est que de s'entendre ; cet homme-là et moi sommes quasi d'accord (P. L. COUR. I, 282)

Il n'est que de.... signifie aussi : en fait de choses dont il s'agit, la meilleure vient de. Il n'est pommes que de Normandie. Il n'est pruneaux que de Tours.

Il n'est pas que.... avec ne, et le verbe suivant au subjonctif, il n'est pas supposable que....

Il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire (MOL. l'Av. v, 2)

Il n'est pas que vous n'ayez ouï parler du goût bizarre de cet empereur qui préféra les écrits de je ne sais quel poëte aux ouvrages d'Homère (BOILEAU Dissert. sur Joconde.)

14. Être, construit avec ce antécédent, voy. pour les règles de cette construction CE, à l'article et aux remarques.

Ce se rapportant à une personne, à une chose, à une action déjà déterminée. C'est ce que je désirais. C'est bon. C'est vrai.

Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme, Vous me tenez parole et c'en sont là, madame (CORN. Cinna, IV, 4)

Est-ce là ce beau feu, sont-ce là tes serments ? (CORN. Poly. v, 3)

De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez de vouloir que je sois médecin ? (MOL. Méd. m. lui, I, 6)

Hé parbleu ! je l'aurais pendue [citrouille] à l'un des chênes que voilà ; C'eût été justement l'affaire (LA FONT. Fabl. IX, 4)

Ce se rapportant à une personne, à une chose, à une action indiquée seulement dans la suite de la phrase. C'est moi qui l'ai dit.

Qui de vous deux aujourd'hui m'assassine ? Sont-ce tous deux ensemble, ou chacun à son tour ? (CORN. Poly. v, 3)

A-ce été sous mon nom que j'ai brigué l'empire ? (CORN. Pulch. III, 3)

Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie Soit désenamourée ? ou si c'est raillerie ? (MOL. Dép. amour. I, 4)

Sont-ce encore des bergers ? - C'est ce qu'il vous plaira (MOL. Bourg. gent. I, 2)

Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ? (MOL. ib. II, 6)

C'est.... que, avec un substantif. C'est une plate composition que cette comédie, cette comédie est une plate composition.

En un mot, c'est un ambigu de précieuse et de coquette que leur personne (MOL. Préc. I)

C'est.... que, avec un infinitif.

Si ce n'est pas à moi trop de témérité que d'oser aspirer à l'honneur de votre alliance (MOL. la Pr. d'Él. v, 1)

C'est une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte (MOL. le Fest. de P. I, 3)

Vous moquez-vous ? ce serait être fou que d'aller parler à une statue (MOL. ib. III, 7)

Est-ce que, se dit pour interroger.

Est-ce que vous feignez d'ignorer ma naissance ? (ROTR. Herc. mour. IV, 2)

Est-ce qu'on croit encor mon supplice trop doux ? (RAC. Mithr. v, 4)

Est-ce que de Baal le zèle vous transporte ? (RAC. Athal. III, 3)

Est-ce que vous avez un autre évangile à suivre ? (MASS. Car. Pet. nombre des élus.)

C'est à vous de.... il vous appartient de....

C'est à moi d'obéir, puisque vous commandez (CORN. Poly. I, 4)

C'est à moi de mourir, mais c'est à vous de vivre (CORN. Théod. III, 3)

C'est bien à vous de faire l'habile homme ! (MOL. Am. méd. II, 4)

C'est à moi de parler et d'être le maître (MOL. Méd. m. lui, I, 1)

Ma fille, c'est à nous de montrer qui nous sommes (RAC. Iphig. II, 4)

C'est à l'amour de rapprocher Ce que sépare la fortune (J. B. ROUSS. Cantate XIX.)

C'est à vous de frémir et non de l'accuser (DUCIS Hamlet, I, 2)

C'est à vous à.... il vous appartient de.

C'est à vous à régler ce qu'il faut que je fasse ; C'est à vous, Émilie, à lui donner sa grâce (CORN. Cinna, III, 3)

C'est à monsieur à me mettre de la façon qu'il veut (MOL. Sicil. 12)

C'est à vous à juger de son crime (VOLT. Brutus, v, 5)

Et ce n'est pas à vous à me croire inflexible (VOLT. Alz. IV, 2)

Ce n'est pas que.... avec l'indicatif, signifie après tout.

Ce n'est pas qu'il faut quelquefois pardonner à celui qui, avec un grand cortége, un habit riche et un magnifique équipage, s'en croit plus de naissance et d'esprit : il lit cela dans la contenance et les yeux de ceux qui lui parlent (LA BRUY. II)

On aura le même sens avec le subjonctif précédé de ne. Ce n'est pas qu'il ne faille quelquefois pardonner...

Ce n'est pas que, avec le subjonctif, signifie aussi : on ne doit pas dire, prétendre à cause de cela. Ce n'est pas qu'il faille renoncer au monde.

Ce que c'est que de.... , à quoi aboutit.... , voilà le sort.

Ce que c'est que de nous ! Voyez ce que c'est que du monde aujourd'hui (MOL. l'Ét. I, 9)

Voilà ce que c'est, voilà en quoi consiste la chose, voilà ce dont il s'agit ; et aussi quelquefois : la chose est faite maintenant comme il convient.

C'est-à-dire, voy.

DIRE

.

15. Soit ! expression elliptique d'assentiment. Vous le voulez ; soit ! j'irai avec vous.

Ainsi soit-il ! formule qui termine certaines prières.

Expression de souhait.

Sois-je du ciel écrasé, si je mens ! (MOL. Mis. I, 2)

Jésus soit notre joie ! (BOSSUET 3 Purif.)

Son sang soit sur nous et sur nos enfants (BOSSUET Hist. II, 10)

Elliptiquement. Soit fait selon votre volonté, c'est-à-dire qu'il soit fait.... Entre nous soit dit.

Soit dit confidemment, je crois qu'il est jaloux De tous les sentiments qui m'attachent à vous (GRESSET Méchant, v, 5)

Soit, conjonction, voy.

SOIT

.

16. Elliptiquement. N'était, n'eût été, si ce n'était, si ce n'eût été. N'était, n'eût été que je suis votre ami. N'était l'amitié que j'ai pour vous.

Et encore n'était le hasard et la perte, Je voudrais.... (RÉGNIER Ép. II)

Mais par ma foi, madame, n'était que je lui ai déjà vu jouer mille fois le même rôle, je ne saurais qu'en dire (BARON Homme à bonnes fort. III, 2)

Fût-il.... quand même il serait....

On résolut sa mort, fût-il coupable ou non (LA FONT. Fabl. x, 2)

Fût-elle mon ennemie, je la louerais de même (GENLIS Ad. et Théod. t. III, lett. 40, p. 279, dans POUGENS.)

Ne fût-ce.... que, quand ce ne serait que....

Despréaux est pour eux une grande autorité, ne fût-ce que parce qu'il est mort (D'ALEMB. Latin des modernes)

17. Cela étant, vu que la chose est ainsi.

Et cela étant, qui doute qu'il ne fallût faire des prières générales ? (BALZ. liv. I, lett. 5)

Cela étant, Valère mon maître n'a plus qu'à chercher fortune ailleurs (LESAGE Crisp. riv. de son maître, sc. 2)

Étant ou en étant, dans une construction absolue, c'est-à-dire ne se rapportant ni au sujet ni au régime de la phrase.

Roquebrune n'était pas d'avis qu'on le reçût, en étant des poëtes comme des femmes (SCARRON Roman comique, III, 5)

Je n'ai parlé que des noms communs, étant indubitable que c'est fort bien parler que de dire.... (LANCELOT Gramm. génér. II, 10)

Je dis qu'étant impossible que Dieu emprunte rien du dehors, il ne peut avoir besoin que de lui-même pour connaître tout ce qu'il connaît (BOSSUET Libre arb. 3)

Vous ne pouvez différer, étant important de ne vous pas arrêter davantage (BOSSUET Lett. quiét. 477)

Nous étant défendu de fixer notre coeur à la terre, la situation doit nous paraître la plus souhaitable (MASS. Car. Prosp.)

Étant se rapportant au régime.

On connaîtra que, n'étant autre chose qu'un poëme ingénieux, on ne saurait le censurer sans injustice (MOL. Tart. Préf.)

18. Être s'emploie comme auxiliaire des verbes passifs (en ses temps simples et composés : je suis aimé, j'ai été aimé), et d'un grand nombre de verbes neutres (seulement en ses temps simples : je suis venu, j'étais venu. Cependant on pourrait dire : Il devait venir quand j'aurais été parti). Cicéron fut exilé de Rome. Le pont a été emporté par la débâcle. Il est sorti d'Abraham. Ils sont tous morts. Je vous aurais trouvé si je fusse venu à temps.

.... [l'ours] Vivait seul et caché ; Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés (LA FONT. Fabl. VIII, 10)

Il est aussi auxiliaire dans tous les verbes réfléchis, directs ou indirects, mais seulement avec ses temps simples. Il s'est emparé de la ville. Elle s'est cassé le bras. Ils se sont blessés en jouant.

Chez ces gens pour toujours il [le follet] se fût arrêté (LA FONT. Fabl. VII, 6)

19. Être se dit pour aller, quand on est allé dans un lieu et qu'on en est revenu ; ce qui fait voir qu'en ce sens être a d'abord gardé sa signification naturelle ; il est allé à Rome exprime simplement qu'il a fait le voyage de Rome, sans dire s'il est de retour ; il a été à Rome exprime qu'il est revenu ; être pour aller ne s'emploie qu'aux temps passés : je fus, j'ai été, j'aurai été, j'aurais été, je fusse, ayant été.

J'ai été premièrement tout contre l'arsenal au bout du faubourg St-Germain, du faubourg St-Germain au fond du Marais (MOL. Am. méd. II, 3)

Mon cheval a fait tout cela aujourd'hui, et de plus j'ai été à Ruel voir un malade (MOL. ib.)

La comédie de Racine m'a paru belle, nous y avons été (SÉV. à Mme de Grignan, 15 janv. 1672)

C'est abusivement qu'on emploie être pour aller en d'autres circonstances ; cependant, dans l'usage vulgaire, on se sert souvent de je fus et j'ai été au sens d'aller avec un infinitif suivant ; et on en trouve des exemples dans d'excellents auteurs et dans de très anciens textes.

Il fut recevoir le corps de son frère jusqu'à Pavie ; son frère n'avait été qu'une journée au-devant de lui (D'ABLANCOURT Tacite, 134)

Et nous fûmes coucher sur le pays exprès, C'est-à-dire, mon cher, au fin fond des forêts (MOL. Fâcheux, II, 7)

À peine ai-je été les voir trois ou quatre fois, depuis que nous sommes à Paris (MOL. Impromptu, 1)

Je fus retrouver mon janséniste (PASC. Prov. 1)

Elle fut au-devant d'elle les bras ouverts (SÉV. 17)

Quand un Porphyre, quand un Julien l'apostat, ennemis d'ailleurs des Écritures, ont voulu donner des exemples de prédictions prophétiques, ils les ont été chercher parmi les Juifs (BOSSUET Hist. II, 5)

Il prit deux perdrix et fut chez sa maîtresse (HAMILT. Gramm. 4)

Si on eût eu à chercher un homme heureux, on l'eût été chercher bien loin de lui et bien plus haut, mais on ne l'y eût pas trouvé (FONTEN. Varignon.)

Tu ceignis en mourant ton glaive sur ta cuisse, Et tu fus demander récompense ou justice Au Dieu qui t'avait envoyé (LAMART. Méd. II, 7)

PROVERBES

On ne peut pas être et avoir été, on ne peut être vieux et jeune tout ensemble.

Il faut être tout un ou tout autre, il faut avoir une conduite, une manière de penser décidée.

REMARQUE

1. Être se conjugue avec l'auxiliaire avoir : J'ai été, et non je suis été ; ce que dit l'italien : io sono stato ; italianisme qui au XVIe siècle essaya de se glisser.

2. Ce furent mes soeurs qui y allèrent. L'euphonie fait admettre le singulier dans les locutions interrogatives : Fut-ce mes soeurs qui le firent ?

3. Les constructions du verbe être suivant que le sujet est au singulier ou le complément au pluriel, et vice versa, présentent de l'embarras. Il y a trois cas : 1er cas. Un sujet au singulier avec un complément au pluriel, et le verbe au singulier.Une tragédie doit être des passions parlantes (VOLT. Lett. d'Argental, 12 mars 1740) Cette construction ne fait pas difficulté. 2e cas. Un sujet au singulier, avec un complément au pluriel, et le verbe au pluriel.Le reste des hommes sont des coquins (PASC. Imag. 8)Tout ce que je vois ne sont que de vains simulacres (BOSSUET Brièveté.)L'effet du commerce sont les richesses, la suite des richesses, le luxe (MONTESQ. Espr. XX, 6)La seule chose qui les surprenne [les éléphants] sont les pétards qu'on leur lance (BUFF. Éléphant.)Sa nourriture ordinaire sont des fruits, des amandes, des noisettes, de la farine et du gland (BUFFON Écureuil.)Tout cela ne sont que des arguties et des subtilités (J. J. ROUSS. Prom. 3) Cette construction est archaïque, et aujourd'hui, dans des cas pareils, on met de préférence le verbe au singulier. 3e cas. Un sujet au pluriel, avec un complément au singulier et le verbe au singulier.Et deux ans, dans le sexe, est une grande avance (MOL. Mélic. I, 4)Quatre ou cinq mille écus est un denier considérable (MOL. Pourc. III, 9) Ici deux ans, quatre ou cinq mille écus sont considérés chacun comme un chiffre unique, et le sens entraîne avec soi d'une façon naturelle la construction du verbe au singulier.

4. L'Académie remarque à propos du verbe être que les grammairiens (et il vaudrait mieux mettre : quelques grammairiens) l'appellent verbe substantif. Cela est vrai ; mais il aurait fallu ajouter : 1° qu'ils lui donnent ce nom par opposition à tous les autres verbes, qu'ils nomment verbes adjectifs ; 2° que, dans tous les cas, ces deux dénominations sont fort mauvaises, puisque substantif et adjectif désignent deux espèces de mots, et verbe une troisième ; et que le rapprochement de ces mots contradictoires n'a absolument aucun sens ; 3° que Dumarsais, considérant que tout verbe se résout dans le verbe être suivi de son participe présent, appelait être le verbe simple ou absolu, et tous les autres des verbes composés ; 4° que ces mots entraînaient une confusion, puisque, à un autre point de vue, mettre est un verbe simple, et admettre, commettre, etc. des verbes composés ; 5° que Beauzée a trouvé le véritable nom en appelant être le verbe abstrait ; et alors tous les autres verbes sont concrets, comme réunissant au sens du verbe être celui de leur participe ; ou attributifs, parce que ce participe commence l'attribut dans la proposition où ils entrent.

HISTORIQUE

IXe s.

Nul plaid qui cist meon fradre Karle in damno sit [qui soit en dommage à ce mien frère Charle] (Serment)

In nulla aiudha [en nulle aide] contra Lodhuwig non li vi [y] er [serai] (ib.)

Xe s.Buona pulcella fut Eulalia (Eulalie)Chi [qui] rex eret [était] à cels dis [à ces jours] sovre pagiens (ib.)Por o [pour cela] s' furet [fuerat] morte à grant honestet (ib.)Seit niuls (Frag. de Val. p. 467)Et si fu co [cela] (ib. p. 467)E eret [était] mult las (ib. p. 468)Si astreient [seraient] li Judei perdut, si cum il ore sunt (ib. p. 468)E io ne dolreie [je ne serais pas affligé] de tanta millia hominum, si perdut erent [seront] ? (ib.)p. 469. Quand il se erent convers [quand ils se seront convertis] de via sua mala (ib. p. 469)Seietst [soyez] unanimes in dei servitio (ib. p. 469)

XIe s.Si ceo fust u evesqué u abeïe (Lois de Guil. 1)À grant dolur ermes [nous serons] hoi desevrez [séparés] (Ch. de Rol. CXLV)[Des pechés] Que je ai fait dès l'hore que nés [je] fui (ib. CLXXII)Il ne pot [peut] estre [il est impossible] qu'il seient desevrez (ib. CCLXXXVI)Mais li quens Guenes. se fut bien pourpenset (ib. XXXII)N'est hom quil [qui le] veit e conoistre le sait, Qui ce ne die.... (ib. XXXIX)De là [ils] s'en furent [s'en allèrent] pour la chrestientet (ib. LIII)Se vous mourez, esterez sainz martirs (ib. LXXXVII)Set ans touz pleins ad ested en Espeigne (ib. I)Li reis Marsil esteit en Saragoce (ib. II)Que nous seiuns conduit à mendier (ib.)Quant chascuns ert [sera] à son meillor repaire (ib. IV)Charles serat ad Ais à sa chapele (ib.)Dient paien : ainsi puet-il bien estre (ib.)Là où cis [ceux-là] furent, des autres i ot bien (ib. VIII)S'est qu'il demandet [s'il y a quelqu'un qui le demande], ne l'esteut [il n'est besoin de] enseigner (ib.)Seit qui l'ocie, toute pais puis auriumes (ib. XXVIII)

XIIe s.Ah ! rois de gloire, tu soies mercié (Ronc. p. 160)À dame Deu soiez.... (ib. p. 17)S'il est qui croire veuille ma volonté (ib. p. 20)Qui mout sont à prisier (ib. p. 30)Là s'est armez li cortois Olivier (ib. p. 49)Sempres morrai, mais cher me sui venduz (ib. p. 93)Tant a esté [tant est allé], [que] devant la tour antie Est descenduz voyant sa baronie (ib. p. 115)D'une grant terre qui fu au roi Orsaire (ib. p. 145)Si [je] m'i confort [en son souvenir], quant ele m'est lointaine [absente] (Couci, VIII)Mais itant fu à moi reconforter Que, nuit et jour, en plorant [je] la remir [regarde] (ib. x)Mais il convient qu'à sa volonté [je] soie (ib. XXI)D'hui cest jour en un an soiez prest d'ostoier [entrer en campagne] (Sax. XVI)Comment vous a esté entre la gent foraine [étrangère] ? (ib. XXX)Mult nota les paroles que li quens respundi, Pur ço que li quens ert [était] cusins al rei Henri, Et erent d'un conseil et durement ami (Th. le mart. 51)Se vus nel delivrez, nus sumes mal bailli : Li reis e saint iglise e nus iermes [serons] huni (ib. 12)Et quant vous estes eschapé Et li besoin sont trespassé, Dont ne vous est gaires de nous [vous ne vous souciez guères de nous] (Roman de Brut, v. 6346)Mon tré [tente] tendez en milieu del mostier, Et en ces porches esseront mi sommier (Raoul de C. 150)Et jo li serrai pur pere, e il me serrad pur fiz (Rois, p. 144)Uns hom astoit en la terre Us, ki out num Job (Job, p. 441)

XIIIe s.Quant nous fusmes [allâmes] au bois arcoier et joier (Alexandre, dans DU CANGE, arcuare)La dame à qui je sui, s'el me velt retenir (VIDAME DE CHARTRES Romancero, p. 114)Jà pour autre ne me devra guerpir [quitter], Quant el saura com je lui ai esté Fins et verais, courtois, sans repentir (LE COMTE D'ANJOU ib. p. 124)Et tout cil qui avoient devant esté contre lui estoient ce jour à sa volenté (VILLEH. LXXXVI)Il i avoit un Grieu [Grec] qui miex estoit de l'empereour que tuit li autre (VILLEH. XCVII)Ensi demorerent huit jors pour atendre les nes [vaisseaux] qui encore estoient à venir (VILLEH. LXI)Ilec troverent Guillaume de Braiecuel et cex qui avoec lui estoient, qui mout estoient à grant paor (ID. CXXXVIII.)Tant se travailla Jofrois li mareschaux à l'aide des barons qui estoient dou conseil au marchis (VILLEH. CXX.)Et de corone d'or [je] fui par vous coronnée (Berte, XVI)Si [elle] saignoit com ce fust perceüre de clou (ib. XXXII)Ainsi com vous orrez [ouïrez], s'il est qui vous le die (ib. LX)Dame, ce dist Constance, si soit com dit avez (ib. CXXXII)Pour ce qu'il ert [était] divenres [vendredi].... (ib. I)Vers le lion [il] s'en va, ou soit sens ou folie (ib. II)Ne soiez vers les pauvres ne sure [aigre] ne amere (ib. IV)Sire, fait-ele, c'estroit [ce serait] lait (Lai de l'ombre)Et tant furent ensamble qu'il en ot un filg et une fille (Chr. de Rains, p. 9)Et li rois respondi que li legas disoit sa volenté, ne ne savoit pas à quoi ce montoit : car Sarazin estoient moult sage et estoient sour le leur, et bien veoient lor meillour quant temps et lius en estoit (ib. p. 101)Sire, ormais n'est que dou haster la besoigne (ib. p. 51)Evain en son cuer porpensoit Que s'ele encor une en avoit, Plus belle estroit la compaignie (Ren. 61)Car c'est cele qui la bonté Me fist si grant qu'ele m'ouvri Le guichet del vergier flori (la Rose, 1264)Je t'enseignerai bien autre hui ; Autre, non pas, mès ce meïsmes, Dont chascun puet estre à meïsmes [être à même], Mès qu'il prengne l'entendement D'amors ung poi plus largement (ib. 6462)Trop sunt dolentes et confuses Pucelles qui sunt refusées (ib. 5860)Avis m'iere [m'était] qu'il estoit mains [matin], Il a jà bien cincq ans, au mains [au moins], En mai estoie, ce sonjoie, El tems amoureus plain de joie (ib. 45)Enciez [avant] qu'il vint, si m'escria : Vassal, pris ies [tu es], noient n'i a Du contredire, ne defendre (ib. 1694)Il fu que [il y eut un temps où] toutes les bonnes viles et li castel de Lombardie furent à l'empereur de Romme, en son domaine, et tenues de li (BEAUMANOIR XXX, 64)Aucuns dons et pramesses porroient estre convenencié qui ne seroient pas à tenir (BEAUMANOIR VI, 24)Donques quant plusor parchonier ont compaignie en tix [tels] heritages, il doivent estre à ferme ou à loier (BEAUMANOIR XXII, 4)Tout soit il ainsi que commune renommée keure [coure] entre une feme qui est en mariage, qu'ele est bien de plusors homes carnelment (BEAUMANOIR XVIII, 4)S'on esperoit qu'il se fust tués par aucune maladie, par le [la] quele il ne fust pas à soi, si oir [ses héritiers] ne doivent pas perdre ce qui de li vient (BEAUMANOIR LXIX, 10)Nous en sons [sommes] bien entré en voie, N'i a si fol que ne le voie, Quant Constantinoble est perdue (RUTEB. 101)Un chevalier qui estoit à monseigneur Erart de Brene (JOINV. 244)Sire, il me semble que il iert [sera] bon que vous retenez les formens et les orges et les ris (JOINV. 216)Et dit l'en que nous estions trestous perdus dès celle journée, se le cors le roy [le roi de sa personne] ne feust [ne se fût trouvé là] (JOINV. 227)

XIVe s.Quant nous avons communellement delettacion en aucune chose, c'est signe que nous suymes [sommes] à telles choses enclins, et quant nous avons tristesce en aucunes choses, c'est signe que nous suymes enclins à l'opposite (ORESME Eth. 55)S'ainsi sons [nous sommes] pris au broi [piége], s'iert [ce sera] de grant lachetey (Girart de Ross. v. 3270)

XVe s.Orai-je un petit d'escusance De ce quelors trop jones ere [j'étais] Et de trop ignorant maniere (FROISS. Espinette amoureuse.)Et tel que fui, encor le sui, ib... Beau fieulz, es-se [est-ce] Belle chose de bien ouvrer ? (FROISS. ib.)Or, regardez si je disoie bien voir [vrai], veez là les vingt six mille hommes d'armes ; si ils sont trois mille lances, ils sont cent mille (FROISS. II, Il, 212)Ainsi estoient menacés les Anglois par les François, et donnoient grand marché, et montroient par leurs paroles que tout fut à eux (FROISS. II, IÏI, 40)Lors demanda le roy à son conseil qu'il estoit de faire (FROISS. I, I, 51)Et quant le jour du parlement qui estoit assigné à Mons, fut venu, ils y furent (FROISS. I, I, 101)Et sachez que, si ne fussent les gentils hommes qui dedans Aubenton estoient et qui la gardoient, elle eut esté tost prise et d'assaut (FROISS. I, I, 103)Sitost que le jour fut.... (FROISS. I, I, 144)Quand messire Aghos des Baux sentit que ceux de la Reole se vouloient rendre, il ne voulut oncques estre à leur traité, mais se partit d'eux (FROISS. I, I, 237)Votre capitaine où est-il ? ne veut-il point estre de ce traité (ib.)Si avoit un frere par son pere qui avoit esté [feu son père] (FROISS. I, I, 147)Il ne peut estre que en un tel ost que le roi d'Angleterre menoit, qu'il n'y ait des vilains garçons et des malfaiteurs (FROISS. I, I, 272)Et fit depuis si grands prouesses [Watelet de Mauny] qu'on n'en pourroit savoir le nombre, si comme vous orrez avant en l'histoire, s'il est qui vous le die (FROISS. I, I, 46)Tu es l'aisné fils du roi, auquel, par la grace de Dieu, tu es à succeder, et es à estre notre roi et seigneur (MONSTRELET I, 48)Et les aucuns disoient que le duc de Baviere avoit laschement faict qu'il n'avoit tué le duc de Bourgongne soudainement et s'en estre allé en Allemaigne, et il n'en eust plus esté (JUVÉNAL DES URSINS Charles VI, 1413)Et eussent les choses esté plus triumphantes, se n'eust esté le temps, qui moult fut mal advenant (JEAN DE TROYES Chron. 1482)Ce mout doutoit le roy, qui estoit tourné contre luy, et plus lui en estoit que de tous les aultres à qui il avoit à faire (FENIN 1413)Et de tels y en eut qui bien se doubtoient de ce qui en estoit, mais rien n'en dirent à present (FENIN 1407)Et sagement savoit jeter son regard et ses semblans, que nul n'apperceust où son coeur estoit (Boucic. I, 8)Qui, pour le moins, ay tousjours esté des chambellans [de Louis XI] (COMM. Prol.)Le quel me print en son service, et fut l'an mil quatre cens soixante quatre (COMM. I, 1)Et faisoit le cas si enorme que nulle chose qui se peut dire à ce propos pour faire honte et vitupere à un prince, ne fust qu'il ne dist (ib.)Mon cousin, vous soyez le très bien venu (COMM. IV, 10)Moult se tenoit bienheureux de ce qu'il pouvoit estre bien d'icelle [être bien avec elle] (Perceforest, t. I, 1, f° 66)

XVIe s.D'estre assis je n'ai plus d'envie : Il n'est que d'estre bien couché (MAROT II, 247)Et fusse Helaine au gracieux maintien, Qui me vinst dire, amy, fais mon cueur tien, Je respondrois : point ne seray muable (MAROT II, 398)Les fons du temple estoit une fontaine, Où decouroit un ruisseau argentin (MAROT I, 182)Bref, fust de nuict ou fust de jour, Je ne songeois rien que l'amour (DU BELLAY VII, 23, verso.)Prenez le cas que cinq ou six hyvers Soi'nt jà passez, et qu'avec longue peine Ils soi'nt venus en accroissance pleine (DU BELLAY VII, 23, verso.)Soyez doux et clement, la doulceur te doit plaire (DU BELLAY VIII, 41, verso.)[Socrate se retiroit avec fierté] regardant tantost les uns, tantost les aultres, amis et ennemis, d'une façon qui encourageoit les uns et signifioit aux aultres qu'il estoit pour vendre bien cher son sang et sa vie à qui essayeroit de la lui oster (MONT. III, 6)N'estoit que.... [si ce n'est que] (MONT. I, 7)Estre d'avis que.... (MONT. I, 14)Le roy qui est à present [qui règne] (MONT. I, 16)Ce sont vices toujours conjoincts (MONT. I, 22)C'estoient les formes vrayement romaines (MONT. I, 24)Est ce à toy de nous gouverner ? (MONT. I, 89)Il est en nous de.... [nous pouvons] (MONT. I, 115)Il nous faudroit des topographes qui nous feissent des narrations des endroicts où ils ont esté (MONT. I, 234)Puisque nous en sommes sur le froid (MONT. I, 261)Pompeius le feut veoir (MONT. I, 301)Satan est l'adversaire qui machine nostre ruine, le peché est les armeures desquelles il use pour nous opprimer et meurtrir (CALV. Inst. 728)Qu'est-ce autre chose que... ? (CALV. ib. 701)Si ne feront-ils jamais tant par leur belle rhetorique, qu'une mesme chose soyent deux (CALV. ib. 61)Estes vous encore à savoir que les femmes n'ont amour ni regret ? (MARG. Nouv. XXXII)Le pauvre gentilhomme ne savoit où il en estoit [qu'en penser] (MARG. ib. LIII)Madame fust hyer disner aux Loges, dont elle s'est bien trouvée (MARG. Lett. 68)Je feusse plus toust partie, n'eust esté la grant envie que j'avois de voir Chumbert (MARG. ib. 152)Le cardinal d'Armaignac a esté à la mort, abandonné des medecins (MARG. ib. 142)Ils demeurerent long temps muets, comme si fussent esté des images (YVER p. 636)Le guet nous prit, j'en fus pour mes trois jours au Chastelet (D'AUB. Faen. II, 11)Il n'est pas que vous n'aiez veu un sonnet à sa louange qui a fort couru (D'AUB. ib. II, 12)Ce lict m'est un tombeau, puis qu'ils [les martyrs protestants] n'ont point de tombeaux (D'AUB. Hist. I, 132)A il jamais esté que les tyrans, pour s'asseurer, n'aient... ? (LA BOÉTIE 61)Toujours il a esté que cinq ou six ont eu l'oreille du tyran (LA BOÉTIE 62)Il n'est pas qu'eux mesmes ne souffrent quelques fois de luy (LA BOÉTIE 65)Et faire que ma cité n'ait point faute d'aucune chose qui soit pour l'embellir et orner (LA BOÉTIE 199)Il avoit abandonné à piller à ses soudards quelques vases d'or qui avoient anciennement esté à Alexandre le grand (AMYOT P. Aem. 38)Un peu avant que je fusse la premiere fois à Athenes, on dit qu'il y advint une telle chose (ID. Démosth. 45)Et si Heraclides par envie a esté desloyal et meschant, est ce pourtant à dire que Dion par courroux doive maculer sa vertu ? (AMYOT Dion, 59)[Voyant tout cela] il se tourna devers ses familiers, et leur dit : C'estoit estre roy cecy, à vostre advis, n'estoit pas ? [n'est-ce pas ?] (AMYOT Alex. 37)La premiere chose qu'on leur donna, furent du sel et des lentilles (AMYOT Crassus, 38)Les Egyptiens disent qu'il fut aussi en leur païs (AMYOT Lyc. 6)Qu'il ait esté en Afrique et en Espagne et jusques aux Indes, je ne sache personne qui l'ait escrit (AMYOT ib.)Si j'estois à renaistre au ventre de ma mere (RONS. 810)....E+ par esclats les lances acerées Furent toucher les voutes etherées (RONS. 619)Car l'amour et la mort n'est qu'une mesme chose (RONS. 304)....Pour faire voir clairement à chascun Que les vortus et les dames n'est qu'un (RONS. 765)La perte des grands rois sont les langues flateuses (RONS. 663)L'impudence aujourd'hui sont les meilleures armes Dont on se puisse aider.... (RONS. 978)Une autre branche de la dissolution, sont les excez de table, et tenir grand equipage (LANOUE 16)Ils repliqueront que ce que j'ay allegué sont conseils evangeliques et non preceptes obligatoires (LANOUE 75)Une des plus singulieres choses qu'on remarque en France, sont les beaux edifices dont les campagnes sont parsemées (LANOUE 166)La seconde cause furent les voyages qui s'entreprirent pour la conqueste de la terre saincte (LANOUE 228)Plusieurs choses qui se firent alors et qui arriverent, fut plus par hazard et inopinément quasi que par conseil (LANOUE 652)Le dit sieur de Vieilleville fut [alla] estrader avesques 200 salades (CARLOIX II, 13)

ÉTYMOLOGIE

Bourguign. Être ; Berry, je seus, je suis ; provenç. esser ; catal. esser, ser ; espagn. et portug. ser ; ital. essere ; d'une forme latine barbare essere, pour esse, être, du radical es ou as, qui fait aussi, dans l'allemand ist, et dans le sanscrit asmi, le verbe abstrait. Le verbe être est formé de trois verbes latins différents : 1° esse, qui a donné l'infinitif estre, le présent je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes, ils sont, le subjonctif je sois, le futur je serai, le conditionnel je serais ; 2° fuo, qui a donné le prétérit je fus et le subjonctif je fusse (voy. FUS, pour l'étymologie) ; 3° stare, qui a donné l'imparfait j'estois, le participe présent estant, et le participe passé esté (voy. le verbe ESTER). D'après Vaugelas, qu'il soit, qu'ils soient se prononçait sait, saient ; c'est une prononciation usitée encore en Normandie. L'ancienne langue, à côté de l'imparfait estoie, avait un autre imparfait ere ou iere qui représente le latin eram, et, à côté du futur serai, elle avait un autre futur ere ou iere qui représente le latin ero. Dans le latin barbare esse-re, re provient d'une assimilation faite mal à propos avec les verbes en ere (le 1er e étant un e bref) ; car déjà, dans es-se, se représente ce re.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. ÊTRE. Ajoutez :

20. Être, avoir été, à l'infinitif, pris substantivement.

Le seoir est aussi naturel que l'étre debout ou le marcher (MALH. Lexique, éd. L. Lalanne.)

Ce qui est plus assuré, c'est l'avoir été (MALH. ib.)

ÊTRE (s. m.)[ê-tr']

1. État, existence, qualité de ce qui est.

La nature dure et se maintient perpétuellement dans son être (PASC. dans COUSIN)

Le peu que nous avons d'être (PASC. ib.)

Si notre être, si notre substance n'est rien, tout ce que nous bâtissons dessus, que peut-il être ? (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Avant qu'il [Dieu] eût donné l'être, rien ne l'avait que lui seul (BOSSUET Hist. II, 1)

Qui a un coeur et qui peut aimer l'auteur de son être (MASS. Prière I)

Le corps politique ou le souverain ne tirant son être que de la sainteté du contrat (J. J. ROUSS. Contrat, I, 7)

L'être suprême de Dieu, son existence suprême.

Ô Dieu ! si c'était là le caractère de votre être suprême.... (MASS. Carême, Avenir.)

Le non-être, le néant, l'anéantissement.

.... Peut-être Que mon coeur combattu par la peur du non-être (BOURSAULT Ésope à la cour, III, 3)

2. Ce qui est.

Le péché qui est le véritable néant, parce qu'il est contraire à Dieu, qui est le véritable être (PASC. Lett. à Mme Périer, 1er avril 1648)

Je sens que je peux n'avoir point été ; car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé ; donc je ne suis pas un être nécessaire ; je ne suis pas aussi éternel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini (PASC. Pens. art. I, 11)

Moi néant, moi ombre de l'être, je vois celui qui est (FÉN. Exist. 345)

Ô Dieu ! ô le plus être de tous les êtres ! (FÉN. ib. 264)

J'aurais prié ce Dieu, seul être que j'adore (VOLT. Alz. v, 1)

Une existence évanouie Ne fait pas baisser d'une vie Le flot de l'être toujours plein (LAMART. Harm. IV, 9)

Être suprême, l'être au-dessus de tout.

Dieu étant par sa nature au-dessus de tout, rien ne peut entrer en comparaison, ni ne doit être mis dans un degré d'égalité avec ce premier être, cet être suprême (BOURD. Pensées, t. I, p. 39)

S'il y a au-dessus de nous un être suprême, auteur de cet univers (MASS. Car. Prière II)

Absolument, l'être suprême, Dieu.

Le sang le plus abject, le sang des plus grands rois Ne sont-ils pas égaux devant l'être suprême ? (VOLT. Olympe, II, 2)

Le grand être, Dieu.

Ne pouvant élever mes faibles conceptions jusqu'au grand être, je rapprochais les rapports infiniment éloignés qu'il a mis entre sa nature et la mienne (J. J. ROUSS. Ém. IV)

Être des êtres, Dieu.

Être des êtres, je suis parce que tu es, c'est m'élever à ma source que de te méditer sans cesse (J. J. ROUSS. ib.)

Dans l'être suprême, l'être des êtres, le grand être, l'être souverain, qui, pris absolument, signifient Dieu, on met un E majuscule. Quand être suprême n'est pas pris absolument, l'e est minuscule.

Terme de métaphysique. La science de l'être, ou ontologie, étude de l'être en soi, de l'être absolu, indépendamment de toutes les propriétés qui le déterminent.

3. Tout ce qui existe, considéré comme ayant l'existence d'une façon quelconque. Les êtres de la nature. L'ensemble des êtres vivants.

[Il] Est devant tous les temps et devant tous les êtres (ROTROU St Genest, III, 1)

Tout en tout est divers ; ôtez-vous de l'esprit Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre (LA FONT. Fabl. IX, 12)

En comparant les propriétés à moi connues de cet être que je nomme le corps, avec les propriétés à moi connues de cet être que je nomme l'âme, je découvre que les deux êtres ne sont pas de même nature (BONNET Ess. analyt. ch. 10)

Dans le langage philosophique. Il ne faut pas multiplier les êtres, il ne faut pas supposer des êtres qui n'existent point.

Être pensant, l'être qui est doué de la pensée.

Citoyen, l'homme adopte une forme de gouvernement ; être pensant, il n'a de patrie que l'univers (MIRABEAU Collection, t. v, p. 363)

Les êtres intelligents, tout ce qui est doué d'intelligence, et, en particulier, l'homme.

Les êtres particuliers intelligents peuvent avoir des lois qu'ils ont faites ; mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites (MONTESQ. Espr. I, 1)

Être de raison, ce qui n'existe que dans l'imagination.

Il ne me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant que l'idée de Dieu qui est en nous n'est qu'un être de raison ; car cela n'est pas vrai, si par un être de raison l'on entend une chose qui n'est point, mais seulement si toutes les opérations de l'entendement sont prises pour des êtres de raison, c'est-à-dire pour des êtres qui partent de la raison, auquel sens tout ce monde peut aussi être appelé un être de raison divine, c'est-à-dire un être créé par un simple acte de l'entendement divin (DESC. Rép. II, 10)

Un homme doué, à mesure égale, de jugement et d'imagination, de véhémence et de finesse, de bel esprit et de sentiment, est un être de raison (DIDEROT Règne de Claude et Néron, II, § 9)

4. Une personne. Un pauvre petit être, un enfant malade, souffrant.

Je m'arrête et j'entends Le cri d'un être faible et qui souffrit longtemps (M. J. CHÉN. Fénel. I, 1)

Pour cet être enchanteur que le destin combla (DUCIS Oscar, II, 1)

Personne, avec une signification de dénigrement. Quel être insupportable ! Quel être vil et méprisable !

5. Vie, naissance.

Mais n'as-tu point appris de qui j'ai reçu l'être ? (CORN. Oedipe, v, 4)

Vous ignorez son nom et ceux dont il tient l'être (MOL. Psyché, IV, 2)

À cet enfant obscur à qui j'ai donné l'être (VOLT. Orphel. II, 3)

Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance, Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance (VOLT. Mérope, v, 2)

Mon être se consume en pénibles combats (DUCIS Oscar, III, 2)

Faire un doux emploi de son être, Mes amis, ce n'est pas vieillir (BÉRANG. Vieill.)

Que j'ai bien accompli cette loi de mon être [souffrir] ! (LAMART. Méd. I, 2)

6. Ce qui constitue la nature, le fond d'une chose.

Je soutiens que le temps n'est rien, parce qu'il n'a ni forme ni substance ; que tout son être n'est que couler, c'est-à-dire que tout son être n'est que de périr, et, partant, que tout son être n'est rien (BOSSUET Yol. de Monterby.)

Ce qui constitue le caractère d'un être vivant, et, en particulier, la personnalité d'un homme.

C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne peut le concevoir (PASC. Pens. part. I, art. 4)

Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être : nous voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître ; nous travaillons incessamment à embellir et à conserver cet être imaginaire, et nous négligeons le véritable (PASC. Pens. t. I, p. 251, édit. LAHURE.)

Les anciens amis sont les seuls qui tiennent au fond de notre être (VOLT. Lett. Mme du Deffant, 27 déc. 1758)

Ce monde est un grand bal où des fous.... Pensent enfler leur être et hausser leur bassesse (VOLT. Disc. 1)

Je chéris un époux et je révère un maître ; Voilà mes sentiments, et voilà tout mon être (VOLT. Olympe, I, 3)

Disposez de moi comme d'un homme qui n'est plus rien pour lui-même, et dont tout l'être n'a de rapport qu'à vous (J. J. ROUSS. Hél. I, 12)

Le cheval est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre (BUFFON Cheval.)

Un nouvel être, nouveaux sentiments, nouvelles forces, nouvelles ardeurs. J'ai pris un nouvel être.

Notre esprit éclairé te doit un nouvel être (VOLT. Alz. I, 2)

7. La réalité.

En tout Zadig préférait l'être au paraître (VOLT. Zadig, 4)

Existence, importance, en parlant des choses.

C'était [porter le bougeoir du roi] une distinction qui se comptait, tant le roi avait l'art de donner l'être à des riens ! (SAINT-SIMON 102, 92)

8. Manière d'être, condition, position dans le monde.

Il m'apprit en secret et son nom et son être (MAIR. Solim. I, 5)

On pourrait voir chaque chose réduite En son état, s'il arrivait qu'un jour L'autre [le maître] devînt l'intendant à son tour ; Car, regagnant ce qu'il eut étant maître, Ils reprendraient tous deux leur premier être (LA FONT. Belph.)

M. d'O fut mis auprès de M. le comte de Toulouse avec le titre de gouverneur et d'administrateur de sa maison ; cela lui donna un être, une grosse subsistance (SAINT-SIMON 39, 201)

Vaudemont, sans biens, sans être, sans établissement que ce qu'elle lui donnait, s'était soumis aux ordres de l'Espagne (SAINT-SIMON 96, 17)

Être représentatif, qualité de représentant, d'ambassadeur.

Si les ambassadeurs abusent de leur être représentatif, on le fait cesser, en les renvoyant chez eux (MONT. Espr. XXVI, 21)

9. S. m. plur. Les êtres, voy.

ÊTRES

9. .

HISTORIQUE

XIIe s.Je deïsse et l'estre et l'errement, Se j'osaisse en faire mention, De la grant cour de France au dous renon (HUES DE LA FERTÉ Romancero, p. 182)1re et malveis conseil unt le rei deceü, Qui l'unt vers le saint humme issi fort commeü ; Li reis aveit sun estre [sa manière d'être] ainceis bien coneü ; Or cuidout [pensait] qu'il fust tels cum il l'out ainz veü (Th. le mart. 39)Pur espier et aprendre l'estre, e damager le païs, ses messages iad enveied (Rois, p. 151)

XIIIe s.Or me laissiez dont [donc] demander : Venistes vos por truander ? Naie [non], ainz je ving [vins] veoir vostre estre (Ren. 999)Et il lessent la fin commune, à quoi tendent et tendre doivent Les choses qui estre reçoivent (la Rose, 6356)Il [l'homme] a son estre avec les pierres, Et vit avec les herbes drues, Et sent avec les bestes mues (ib. 19246)

XIVe s.Telle personne seroit bien loing de la commune nature et de l'estre des hommes (ORESME Eth. 97)Le pere est au filz cause de son estre (ORESME ib. 248)

XVe s.Aucune fois venoit la royne vers luy, ou on lui aportoit ses enfens ; là parloit aux femmes et demandoit de l'estre [de l'état] de ses enfens (CHRIST. DE PISAN Charles V, I, 16)Demanderent l'ung à l'autre dont ilz estoient, et quelle adventure le menoit si seul ; et il lui compte de son estre une partie (Lancelot du Lac, t. II, f° 34)Bons mariniers experts qui sachent l'estre et la naissance de tous vents (le Jouvencel, f° 88, dans LACURNE)Gerard, sachant son estre [ayant l'usage du monde], comme celuy qui à la court avoit esté nourry, les salua moult courtoisement (Gerard de Nevers, 1re part. p. 125, dans LACURNE)

XVIe s.Le masle et femelle ne cerchent seulement leur estre, mais aussi de s'ayder l'un l'autre (LA BOÉTIE 89)Qui ne se savent garder d'adviser à leurs naturels privileges et de se souvenir des predecesseurs et de leur premier estre (LA BOÉTIE Serv. volont. p. 43, édit. FEUGÈRE)Lycurgus n'a point laissé de livres ny de papiers, ains a produit et mis realement en estre une forme de gouvernement que nul avant luy n'avoit jamais inventé (AMYOT Lyc. 65)Nous adorons nostre roy, comme l'image du Dieu de nature, qui maintient toutes choses en leur estre et entier (AMYOT Thém. 49)Il y a encore jusques aujourd'huy en estre quelques uns des dons qu'il a consacrez aux dieux (AMYOT Nicias, 4)Bien que les champs de ton estre [pays].... Du pays qui me vid naistre, Ne se bornent pas bien loin (RONS. 548)En dignité pareille il nous faudroit donc estre, Si voulions ressembler les auteurs de nostre estre (RONS. Eleg. 10)L'un [au lit de mort] plainct la compagnie de sa femme, l'autre de son fils, comme commoditez principales de son estre (MONT. I, 79)Il est du lignage et estre dont l'heritier procede (Coustum. gener. t. I, p. 897)Ne se faut point esmerveiller si nous voyons venir en estre quelque chose qui paravant n'ait point esté (PASQUIER Lettres, t. III, p. 510)

ÉTYMOLOGIE

Être 1.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

2. ÊTRE. Ajoutez : - REM. J. J. Rousseau a dit : encore en être, pour : encore existant.

Si ces lettres sont encore en être, et qu'un jour elles soient vues, on connaîtra comment j'ai aimé (ROUSS. Confess. IX)

Si jamais, retournant dans ces beaux lieux [Lhéris], j'y retrouvais mon cher noyer encore en être, je l'arroserais de mes pleurs (MALH. ib. X)

ÊTRE (s. m.)[ê-tr']

Terme d'administration forestière, qui s'emploie dans la locution : à blanc être, synonyme de à blanc estoc. Voy.

ESTOC

.

HISTORIQUE

XVIe s.Si je voulois me contenter d'enmener ce que je trouverois de trouppes en estre [sur pied] (BASSOMPIERRE Mém. t. II, p. 182)

ÉTYMOLOGIE

Estre a quelquefois signifié être debout par une confusion avec le verbe ester qui a proprement ce sens. C'est ce qui est arrivé ici.

Wikipedia

Être

                   

Le concept d'être désigne en général ce que nous ressentons exister d'une manière ou d'une autre dans la perception, qu'elle soit sensible ou intelligible. L'étude de l'être est appelée ontologie ou métaphysique.

On peut analyser l'être par différentes méthodes (en suivant des distinctions classiques, cf. Parménide, Aristote, Thomas d'Aquin, Pascal, Descartes, Kant, etc).

  • Une analyse du mot (einai, esse, sein, to be, essere, etc.) permet de distinguer deux sens fondamentaux : être tel ou tel, ou être d'une manière absolue.
  • Le concept peut aussi s'analyser à partir des catégories linguistiques sous lesquelles il se présente.

Ces dernières distinctions, en plus d'être des analyses linguistiques, déterminent également pour une bonne part les sens essentiels de l'analyse métaphysique. Ce sont des catégories au moyen desquelles le réel est appréhendé, conçu et théorisé, selon diverses interprétations philosophiques et scientifiques ; elles permettent en outre de clarifier un concept qui reste assez confus.

Sommaire

  Généralités

Pour les philosophes depuis l'antiquité la question de l'être est à la fois la plus évidente, car la première, et en même temps la plus compliquée, cela car manquant de référentiels, les philosophes ne savent à quoi la rattacher de plus général afin de pouvoir complètement la cerner.

Platon pensait que le monde des idées existait de manière concrète, à la manière des êtres réels et donc qu'il représentait une réalité à part entière, alors que maintenant les philosophes admettent que les idées ne sont que des propositions logiques, mais que l'idée d'un cercle, par exemple, n'existe pas comme existe un objet réel. Seuls existent les objets (matériels), c'est-à-dire ceux qui appartiennent au réel.

La question de l'être fut le thème principal de la philosophie d'Heidegger. Au sein de cette problématique qu'il ne fit que cerner mais qui resta pour lui un mystère, il distingua l'être de l'étant. Les étants sont les êtres qui existent alors qu'être est le verbe, soit la propriété des étants. De plus, pour lui la technique et le monde matériel en occupant l'esprit de l'homme de façon secondaire, le détournaient de la question fondamentale de l'être. Enfin, étant athée, Heidegger constatait que la mort faisait partie de la vie et donc de la notion d'être. L'être a pour finalité la mort.

L'homme a constaté qu'il existe plusieurs sortes, plusieurs formes d'êtres, distinguant ainsi le règne minéral, le règne végétal, puis animal, et enfin l'être humain. Les biologistes en considérant que seule la nature fixe les caractéristiques d'un être et donc son appartenance à un des règnes précités, de par son organisme, comprennent qu'un être devient tel lorsqu'il tend à une unité, lorsqu'il vit pour lui et s'oppose ainsi à l'extérieur. Cela devient en effet vrai avec la matière vivante qui donc, encore une fois, tend à unifier les êtres.

Pour la religion chrétienne, un être devient un être de par la valeur divine qu'il a reçue. C'est ainsi l'esprit, qui d'une certaine manière sert à résumer toute la matière vivante d'un organisme, d'une créature, et qui donne son véritable sens à l'être. L'homme est le summum de la création de Dieu, et pour les chrétiens, l'histoire de l'univers et donc l'histoire de l'apparition de l'être, avec en bout de course l'apparition de l'être humain, montre qu'en étant passé par la matière, par l'univers matériel, nous retombons sur des réalités divines, à savoir l'esprit, la conscience et les sentiments qui l'accompagnent. Cela permet de conclure que pour les chrétiens la notion d'être vient de Dieu (l'être par excellence), et qu'il ne s'agit en fait que du concept de Vie, d'énergie vitale, et dont la valeur est capable de générer au sein des êtres évolués que nous sommes le bien et le mal des évangiles.

  Caractère intuitif de l'être

Sous la forme la plus brute et la plus consensuelle, on doit admettre qu'il y a de l'être. Mais cette intuition sans véritable contenu donne lieu à des interprétations très différentes. Le caractère immédiat et vague de cette intuition est ainsi très proche du néant, et il a été très diversement apprécié, soit comme intuition de l'infini, soit comme point de départ absolu de la pensée, ou comme pure illusion ; l'indétermination de l'être est parfois valorisée en elle-même, comme dans la philosophie arabe (cf. Avicenne, philosophe d'origine perse).

On peut donc distinguer les intuitions suivantes :

  Sémantique de l'être

Le mot être en français est polysémique et a des emplois variés, qu'il convient d'analyser pour éviter les confusions. Il y a lieu par ailleurs de tenir compte des emplois du ou des terme(s) équivalent(s) à « être » dans d'autres langues pour ne pas passer à côté de certains aspects.

« Être » comme verbe prédicatif : (distinction logique ou métaphysique sur les affections de l'être par exemple)

  • être un être, c'est exister (en tant que le sujet est posé dans son acte d'être) ou c'est posséder l'être. On peut envisager l'existence selon différents points de vue :
    • sens substantiel : « je pense donc je suis » où le « donc » exprime une immédiateté et non un raisonnement (Descartes)
    • sens phénoménal : une chose est quand elle est actuellement présentée dans l'expérience (Berkeley, Kant)
    • sens objectif : une chose est quand elle est affirmée comme valable pour l'expérience de tous les individus
  • être au sens de l'identité : "a est b" signifie que a et b sont la même chose, qu'ils sont deux noms différents de la même chose (ils ont le même référent). Exemples : Paris est la capitale de la France ; (à la fin d'un roman policier) : L'assassin, c'est le notaire ; Émile Ajar, c'est Romain Gary[1],[2].
  • être au sens de la subsomption ou de l'instanciation (« être une sorte de ») :
    • dire que les tigres sont des animaux, c'est affirmer que la classe des tigres est une sous-classe de celle des animaux : il y a donc subsomption d'une classe sous une autre.
    • dire que Shere Khan est un tigre, c'est énoncer que l'entité (ou l'individu) Shere Khan constitue une instance de la classe des tigres[3],[4].
  • être au sens de posséder une propriété (ou qualité, ou attribut) : le verbe être exprime alors une relation intrinsèque entre le sujet et le prédicat. Une propriété est plus ou moins permanente (voire définitionnelle) : être de sexe masculin est une propriété plus fondamentale que être Français, elle-même plus permanente que être facteur, être riche ou être malade. Cette distinction se reflète dans diverses langues, comme en espagnol (ser # estar). Parmi les états non permanents, on peut encore distinguer entre :
    • les états contingents réversibles (être malade, en colère, absent) ou cycliques (le feu est au rouge)
    • les états transitoires irréversibles (il est encore jeune ; ces cerises ne sont pas mûres)
    • les états définitifs irréversibles (être manchot, être mort)
  • être exprimant diverses relations statiques, circonstancielles ou non, par exemple :
    • relations logiques, mathématiques, géométriques... (deux droites perpendiculaires à une troisième sont parallèles entre elles)
    • repérage spatial (le Tibet est en Asie ; Jean est à l'étranger ; les WC sont au fond à droite)
    • repérage temporel (il est tard ; le rendez-vous est à quinze heures)
    • relation sociale (Louise est la belle-sœur d'Albert ; M. Martin est mon supérieur hiérarchique)
    • relation de possession (ce portefeuille est à moi) ou de partie au tout (c'est mon pied)
    • comparaison (il est plus grand que toi ; le Mont-Blanc est le plus haut sommet des Alpes)
    • appréciation subjective (ce tableau est magnifique)...
  • être au sens situationnel d'être présent (ex: russe est' sup, littéralement « il est de la soupe », traduit en français par « il y a », anglais « there is / are », allemand « es gibt »).

« Être » comme substantif (distinction ontologique ou théologique)

  • le fait d'être ou acte d'être, l'existence
  • ce qui est réellement (ens reale), la substance ou essence
  • un être existant dans la pensée, être de raison : objet de pensée artificiellement créé par l'esprit, sans existence en soi
  • une instance du vivant (généralement humain).

Dans chaque catégorie, les philosophes ont donné des sens variés au mot être. On remarque que l'être en général désigne soit une réalité déterminée (être tel, être un étant), soit une réalité plus fondamentale, un être plus réel. Dans ce dernier cas, on peut parvenir soit à l'idée d'un Être qui contienne en lui tous les êtres et toutes les déterminations (la nature ou un dieu immanent), soit à l'idée d'un être qui n'est aucun être, mais est le degré de suprême perfection de l'être (ens summum, un dieu absolument transcendant).

  Point de vue cognitiviste

La linguistique cognitive rejette l'idée que le verbe être serait vide de sens et n'aurait qu'une fonction grammaticale (et que seuls le sémantisme du sujet et de l'attribut seraient à considérer). Elle considère qu’être constitue le prototype de la classe des procès imperfectifs[5]. Selon Langacker, « [le verbe être] profile la continuation à travers le temps d'une situation stable caractérisée uniquement comme une relation statique ; il s'agit d'un véritable verbe, dont tous les états composants sont interprétés comme étant identiques, mais en dehors du fait que [ces états] constituent des relations, il est non-spécifique au plus haut point quant à leur nature »[5].

Le verbe être ne marquerait donc pas la relation d'inclusion ou d'identité, mais une valeur purement temporelle et aspectuelle.

  Point de vue de Korzybski

Alfred Korzybski, théoricien de la Sémantique générale, a mis en garde ses lecteurs contre certaines utilisations du verbe être[6]. Il considère que la polysémie de ce verbe[7] engendre la confusion intellectuelle, et que la relation d'identité, qui est l'un de ses sens possibles, n'existe tout simplement pas dans la réalité. Sa phrase fameuse, Une carte n'est pas le territoire, signifie que l'esprit fait usage en permanence, et le plus souvent inconsciemment, de différents niveaux d'abstraction que nous avons tendance à confondre si nous n'y prenons garde, le langage entretenant cette confusion. Ainsi, selon lui, nous ne devrions pas dire « la rose est rouge » (est d'attribution), mais plutôt « je vois la rose comme étant rouge » (ou verte, si je suis daltonien, etc.) De même, une rose n'« est » pas une fleur, c'est nous qui la catégorisons ainsi. Il considère que la confusion entre ces niveaux d'abstraction est symptomatique chez les primitifs et chez les malades mentaux.


"L'utilisation trop large que nos usages grammaticaux nous ont appris à faire du verbe être est en bonne partie responsable des fausses identifications, des confusions entre les différentes niveaux d'abstractions… Le verbe être peut être utilisé de quatre manière différentes. Les deux premiers usages ne donnent pas lieu à difficulté:

- le verbe être signifie exister, se trouver: "Je suis dans le salon" "Il est dans un endroit dont le souvenir me poursuit."

- le verbe être est utilisé comme auxiliaire dans la formation des temps composés.

Mais… le danger surgit:

- quand l'utilisation du verbe être conduit à identifier de manière erronée des niveaux d'abstraction différents, en reliant deux noms qui sont mis sur le même niveau: "L'homme est un animal" "Georges Dupont est un ouvrier." … Ici, le verbe être signifie en réalité :"pouvoir être désigné comme…", "pouvoir être appelé…" et surtout "pouvoir être classé…"

- quand le verbe être est utilisé pour mettre en relation un nom et un ou plusieurs adjectifs. C'est impliquer que les caractéristiques désignées par ces derniers existent dans la chose ou la personne représentée par le nom alors qu'elles découlent de la relation entre l'observateur et l'observé. Le verbe être signifie ici et doit être compris comme : "telle personne, telle chose, m'apparaît (nous apparaît, lui apparaît, etc.) comme" ou "nous jugeons telle chose de telle façon." (Introduction à la Sémantique Générale de Korzybski" Hélène Bulla de Villaret - Le Courrier du Livre)


Il donne aussi l'exemple, repris de Dorothy Lee, de la langue des habitants des Îles Trobriand, qui ignorerait les verbes être et devenir : on ne peut pas dire qu'un taytu (sorte d'igname) « est » mûr (ou non, ou trop mûr), difforme, taché de rouille, etc., parce que le terme taytu ne s'applique qu'à un taytu bien mûr, sain, bien formé, de première récolte ; tout autre cas de figure nécessite l'usage d'un terme entièrement différent, comme bwabawa, nukunokuna, etc. De plus, taytu non seulement fait référence à un état et un aspect bien précis du tubercule en question, mais il implique également l'existence et la présence : l'énoncé taytu signifie donc « il y a des taytus ». L'être étant considéré comme immuable, la notion de devenir est sans objet, et le Trobriandais n'exprime pas de différenciation temporelle (comme nous le faisons par la conjugaison), ni ne distingue les objets de la réalité de ceux qui ressortent du mythe par exemple.

  « Être » comme outil grammatical

En français comme dans d'autres langues, le verbe être est également utilisé, en tant qu'auxiliaire :

  • pour former les temps composés de certains verbes, traditionnellement appelés verbes « d'état » et de mouvement (il est devenu philosophe ; j'étais monté à l'étage : nous serions intervenus si nous l'avions pu)
  • pour former le passif d'autres verbes (la falaise est rongée par la mer ; il a été frappé par des voyous)

  Quelques divisions ontologiques

Si, à présent, nous considérons l'être en tant qu'il se présente à nous (en reprenant les distinctions de sens relatif à d'autres concepts), nous trouvons plusieurs manières de diviser l'être ; ces divisions sont des manières pour notre esprit de concevoir l'être et donc de le connaître :

  • être pensé et être sensible ;
  • pensée, réalité, existence sont différents visages de l'Être qui se divise ainsi selon la participation (Lavelle);
  • être en acte et être en puissance ;
  • être réel, être de fiction, être de raison : dans la mesure où les êtres de fiction et de raison ne sont que des modes de la pensée, ils ne sont pas du tout des êtres.
  • être nécessaire, possible, contingent : l'être nécessaire est celui dont l'essence enveloppe l'existence, il existe nécessairement par sa seule nature. L'être possible est celui dont l'essence n'enveloppe qu'une existence possible.

Et plusieurs manières de déterminer ses affections :

  • catégories empiriques ;
  • catégories transcendantales.

Certains philosophes, tels que Nietzsche et Heidegger, ont affirmé que la division ontologique fondamentale de l'Occident est celle qui place d'un côté un Être immuable et hors du temps, et d'un autre côté un être changeant, un moindre être, soumis au temps et à la corruption. Ainsi, dans la métaphysique occidentale, c'est l'idée que les hommes se sont fait du temps qui serait à l'origine de la division des régions de l'être et de leur hiérarchisation.

  Détermination de l'être par rapport à d'autres concepts

L'être est le lieu de rencontre (virtuel) de nombreux dualismes qui s'expriment à partir de la classification précédente :

  • Distingue-t-on le cas du sujet (Dasein (être là), Pour-Soi) de celui de l'objet ?
    • La distinction procède-t-elle d'une âme (objets animés et inanimés) qui habite un corps ?
    • Ou le sujet est-il un accident de la matière (autopoïèse ?)
  • Quelle relation entre l'être et l'essence (l'être de l'être) ?
  • L'être est-il un reflet (une ombre) d'une essence primordiale, ou au contraire, l'existence précède-t-elle l'essence ?
  • Quelle relation entre l'être et l'existence ?

  Notes et références

  1. Exemple discuté par François Recanati dans Philosophie du langage (et de l'esprit), Gallimard Folio Essais, pp.159-160
  2. Le fait que deux expressions aient le même référent ne signifie pas que ces expressions soient totalement interchangeables dans un énoncé quelconque.
  3. L'appartenance ou non à une classe, ou catégorie, peut être envisagée de façon graduelle et non binaire, comme dans la Théorie du prototype.
  4. Selon Antoine Culioli (in Pour une linguistique de l'énonciation, Opérations et représentations, Ophrys, 2000), « l'identification » (qu'il définit comme le fait pour le sujet de poser qu'une occurrence a est une occurrence de la notion A) « peut être conçue de deux façons : soit comme l'identification de telle occurrence à une notion typique, ce qui nous donne l'indiscernabilité qualitative, soit comme l'abolition de la distance qui sépare des occurrences, chacune déjà identifiée, ce qui produit une identification qualitative à travers l'altérité situationnelle » (dans ce dernier cas, on élimine les différences jugées non pertinentes).
  5. a et b CogniTextes 1.1 (2007), Être dans tous ses états : vers une description conceptuelle du verbe Être dans la définition en langue naturelle, par Paul Sambre.
  6. Alfred Korzybski, Une carte n'est pas le territoire, Éd. L'Éclat, 1998.
  7. Il mentionne, à la suite de Bertrand Russell, « au moins quatre usages entièrement différents » du verbe être dans les langages indo-européens : verbe auxiliaire, existence, attribution et identité, en contestant la pertinence des deux derniers.

  Bibliographie

  • Sur la nature, Parménide
  • Sophiste, Platon
  • Métaphysique, Aristote
  • Être et essence, Thomas d'Aquin
  • De l'Être, Louis Lavelle
  • "Etre" et "Avoir" dans leurs fonctions linguistiques, Problèmes de linguistique générale, 1, Emile Benveniste, Gallimard 1966
  • Être et temps, Martin Heidegger
  • L'Être et le néant, Jean-Paul Sartre
  • La Métaphysique, Claudine Tiercelin
  • L'Être et l'essence, Étienne Gilson
  • L'être, Maxence Caron, dans Dictionnaire de philosophie, Jean-Pierre Zarader (dir), Paris, 2007.
  • L'Être et l'événement, Alain Badiou
  • Les échelons de l'Être. De la molécule à l’esprit, Michel Lefeuvre - L’Harmattan 1997
  • L'être et la logique, Serge Druon, Edilivre,(ISBN 978-2-8121-2258-3), 2009
  • Christos Clairis - François Fédier: Séminaire sur le Sophiste, Sorbonne, 2007-2008, Université Paris Descartes, Ediciones del Taller de Investigaciones Gráficas de la Escuela de Arquitectura y Diseño de la Pontificia Universidad Católica de Valparaíso, Valparaíso (Chile), diciembre de 2009. Trad. al castellano de Miguel Eyquem y Pablo Ortúzar, revisada por Christos Clairis. Edición bilingüe (francés-castellano).
  • De l'Existant à la racine "être": recherche d'archétypes de la signification - Etude des racines sémitiques: bilitères, "être", "tomber", Gaëll Guibert - Publibook 2011

  Voir aussi

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  Articles connexes

   
               

 

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