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définitions

intellectuel (adj.)

1.qui concerne l'intellect, l'intelligence.

intellectuel (adj. et n.)

1.qui est dominé par les activités cérébrales.

 
voir aussi
 
synonymes

intellectuel (adj.)

cérébral, intello

intellectuel (n.)

cerveau, intello, grosse tête  (familier), tête d'œuf  (péjoratif)

 
locutions
 
Eurovoc

EUROVOC

cadre social

intellectuel

 
dictionnaire analogique

intellectuel (adj.)

intellectuel (n.)

intellectuel (n. m.)

tid

personne savante[Classe]

 
le Littré (1880)

INTELLECTUEL, ELLE (adj.)

1. Qui appartient à l'intellect. Phénomènes intellectuels.

Préparer les esprits des lecteurs a considérer les choses intellectuelles, et les distinguer des corporelles (DESC. Troisièmes objections : 2)

Il est intéressant de suivre ainsi dans les phénomènes de la nature les vérités intellectuelles de l'analyse (LA PLACE Exp. III, 5)

Sens intellectuels, nom donné quelquefois à la vue, à l'ouïe et au toucher, par opposition au goût et à l'odorat, qui se nomment alors sens affectifs.

2. Spirituel, par opposition à matériel. L'âme est une substance intellectuelle.

HISTORIQUE

XIIIe s.Felicité qui apartient à l'ame intellectuel (BRUN. LATINI Trésor, p. 264)

XIVe s.Nous disons des vertuz les unes sont intellectuelles les autres sont morales (ORESME Eth. 32)

XVIe s.Les hommes, outre l'ame vegetative et sensitive, vivent par l'ame raisonnable et intellectuelle (PARÉ XVIII, 11)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. intellectual ; esp. intelectual ; ital. intellettuale ; du lat. intellectualis, de intellectus, intellect.

 
Wikipedia

Intellectuel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le Penseur de Rodin, image populaire de l'intellectuel
Le Penseur de Rodin, image populaire de l'intellectuel

Sommaire

  • 1 La naissance de l'intellectuel
  • 2 Le rôle social de l'intellectuel
  • 3 Vers la mort de l'intellectuel ?
  • 4 Notes
  • 5 Bibliographie
  • 6 Liens externes

La naissance de l'intellectuel

Le terme « intellectuel » est d'apparition récente. Il est directement lié à l'Affaire Dreyfus : le mot a été adopté, en mauvaise part, par Maurice Barrès[1] et Ferdinand Brunetière[2], qui, dans leurs écrits anti-dreyfusards, entendaient dénoncer l'engagement d'écrivains comme Émile Zola, Octave Mirbeau ou Anatole France en faveur de Dreyfus, et sur un terrain – les affaires militaires et l'espionnage – qui leur était étranger. La connotation péjorative initiale (l'intellectuel comme penseur réfugié dans l'abstraction, perdant de vue la réalité et traitant de sujets qu'il ne connaît pas bien) a ensuite très largement disparu, au profit d'une image positive d'hommes, appartenant certes à des professions intellectuelles, mais avant tout soucieux de défendre des causes justes, fût-ce à leurs risques et périls.

L'intellectuel n'est pas nécessairement un philosophe ou un écrivain, et sa définition n'a rien de sociologique. Il s'agit de toute personne qui, du fait de sa position sociale, dispose d'une forme d'autorité et la met à profit pour persuader, proposer, débattre, permettre à l'esprit critique de s'émanciper des représentations sociales. Si l'on suit cette définition, l'intellectuel n'est pas une « institution » récente : dès la Grèce Antique des rhéteurs comme Gorgias ou Protagoras s'inscrivent dans cette démarche passionnelle de l'esprit.

Mais, depuis l'Affaire Dreyfus, le mot « intellectuel » est utilisé plus précisément pour désigner quelqu'un qui s'engage dans la sphère publique pour défendre des valeurs. Dans la continuité de Voltaire défendant Calas[3], c'est Émile Zola et Octave Mirbeau s'engageant pour le capitaine Dreyfus, c'est Jean-Paul Sartre et Pierre Vidal-Naquet dénonçant la torture en Algérie, c'est Michel Foucault bataillant pour les droits des prisonniers et Pierre Bourdieu pour ceux des chômeurs, ou encore Noam Chomsky lorsqu'il stigmatise la politique étrangère des États-Unis.

Le rôle social de l'intellectuel

Plusieurs conceptions du rôle de l'intellectuel dans la société peuvent être évoquées.

Raymond Aron, dans L'Opium des intellectuels (1955), pose cette question du rôle du savant dans la cité, et concernant les grands débats du moment. Pour Aron, l'intellectuel est un « créateur d'idées » et doit être un « spectateur engagé ».

À cette conception s'oppose celle du dreyfusard Julien Benda. Dans un essai intitulé La Trahison des clercs (1927), il déplorait le fait que les intellectuels, depuis la guerre, aient cessé de jouer leur rôle de gardiens des valeurs "cléricales" universelles, celles des dreyfusards (la Vérité, la Justice et la Raison), et les délaissent au profit du réalisme politique, avec tout ce que cette expression comporte de concessions, de compromis, voire de compromissions. La référence aux « clercs » (que la tonsure distinguait des laïcs) souligne cette fonction quasi-religieuse qu'il assigne aux intellectuels. L'attitude du clerc est celle de la conscience critique (plutôt que de l'engagement stricto sensu).

Jean-Paul Sartre, enfin, définira l'intellectuel comme « quelqu'un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». C'est celui à qui, selon la formule de Diderot empruntée à Térence, rien de ce qui est humain n'est étranger, qui prend conscience de sa responsabilité individuelle dans une situation donnée, et qui, refusant d'être complice, par son silence, des injustices ou des atrocités qui se perpètrent, en France même ou ailleurs dans le monde (pensons au rôle de Sartre dans le Tribunal Bertrand Russell érigé pour juger les crimes de guerre au Vietnam), utilise sa notoriété pour se faire entendre sur des questions qui ne relèvent pas strictement de son domaine de compétence, mais où l'influence qu'il exerce et le prestige, national ou international, dont il bénéficie peuvent se révéler efficaces. L'intellectuel, pour Sartre, est forcément « engagé » pour la cause de la justice, et donc en rupture avec toutes les institutions jugées oppressives. Cela l'oppose évidemment à Raymond Aron, son ancien « petit camarade » de l'École Normale, à propos duquel il écrira, en mai 1968 : « C'est le système actuel qu'il faut supprimer Cela suppose qu'on ne considère plus, comme Aron, que penser seul derrière son bureau – et penser la même chose depuis trente ans – représente l'exercice de l'intelligence. […] Il faut, maintenant que la France entière a vu de Gaulle tout nu, que les étudiants puissent regarder Raymond Aron tout nu. On ne lui rendra ses vêtements que s'il accepte la contestation » [4].

Pour Sartre, l'intellectuel ne peut donc être que « de gauche », à condition d'entendre ce terme dans le sens d'un désir éthique de justice, et non dans un sens purement politique et partidaire. Mais le risque est alors, pour l'intellectuel "de gauche", d'être instrumentalisé par un parti politique, comme Sartre lui-même l'a été durant ses années de compagnonnage avec le Parti Communiste Français, et donc de perdre de sa distance critique et de son autonomie de parole, cependant que, corollairement, les intellectuels "de droite" comme Aron risquent d'être récupérés par les défenseurs de l'Ordre, comme en Mai 1968.

Par opposition à l'engagement tel que l'entendait Sartre, on peut citer celui d'intellectuels qui ont refusé toute compromission avec des partis, fussent-ils "de gauche", et ont préservé jalousement leur liberté de parole, tels que, à un demi-siècle de distance, Octave Mirbeau et Albert Camus. En 1895, Mirbeau définissait ainsi la mission de l'intellectuel : « Aujourd’hui l’action doit se réfugier dans le livre. C’est dans le livre seul que, dégagée des contingences malsaines et multiples qui l’annihilent et l’étouffent, elle peut trouver le terrain propre à la germination des idées qu’elle sème. Les idées demeurent et pullulent : semées, elles germent ; germées , elles fleurissent. Et l’humanité vient les cueillir, ces fleurs, pour en faire les gerbes de joie de son futur affranchissement. » [5] Pour Albert Camus, soixante ans plus tard, l'écrivain « ne peut se mettre au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent » : « Notre seule justification, s’il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire. » Mais, ajoute-t-il, il ne faudrait pas pour autant « attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales. La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. » [6]

Vers la mort de l'intellectuel ?

L'arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, a bouleversé la donne. Et le développement des médias modernes, notamment de la télévision, a relativisé la place des intellectuels. La figure de l'intellectuel désintéressé, lucide et désespéré, mais toujours engagé pour la cause de la Justice et au service des opprimés, a eu tendance à disparaitre, au profit d'une nouvelle espèce : l'intellectuel médiatique, dont la connivence avec les médias assure sa propre promotion et qui n'hésite pas à changer complètement de bord.[7] C'est à cause de cette connivence que Serge Halimi, reprenant une célèbre expression de Paul Nizan[8] , les a qualifiés de « nouveaux chiens de garde » du système, par opposition aux intellectuels "dissidents" et "résistants" [9]

Des intellectuels sont cependant restés fidèles à la mission qui leur est assignée depuis l'Affaire Dreyfus, par exemple Pierre Bourdieu, Pierre Vidal-Naquet, Jean-Pierre Vernant ou Edgar Morin, qui se sont successivement engagés contre la torture en Algérie, pour une paix juste au proche-Orient, et, plus généralement, pour les droits des exclus et des opprimés, que ce soit en France ou dans le reste du monde. Il y a cependant une différence dans leur manière de s'engager. Dans la continuité de Michel Foucault, et selon la définition que celui-ci en a donnée, Pierre Bourdieu était un « intellectuel spécifique » [10] et il entendait mettre ses compétences de sociologue au service de son engagement. En revanche, des hellénistes comme Vernant, ancien résistant, et Vidal-Naquet ne prétendaient pas avoir de compétences particulières dans leurs interventions sur la scène publique, que ce soit contre la torture en Algérie ou pour les droits du peuple palestinien, et se situaient davantage dans la lignée d'Albert Camus et des intellectuels dreyfusards comme Zola et Mirbeau, qui mettaient l'éthique au poste de commande.

Notes

  1. ↑ Zeev Sternhell, Barrès et le nationalisme français.
  2. Article dans la Revue des deux mondes du 15 mars 1898.
  3. ↑ Encore que faire remonter l'apparition de l'intellectuel moderne à Voltaire soit une erreur assez commune : en effet à son époque il n'y avait pas d'« opinion publique » telle qu'on l'entend aujourd'hui, ni le même degré de liberté d'expression. De plus, ce combat était celui d'un seul homme et non une mobilisation de masse. L'intellectuel moderne fait « acte de discours » en portant à la connaissance du public son analyse ; cependant le véritable destinataire est le pouvoir, qu'il avertit en lui signifiant les conséquences néfastes que pourraient avoir ses décisions, or cet acte de discours nécessite la présence d'une opinion publique mobilisable au service de cet objectif. Voir Goulemot, J.-M., Adieu les Philosophes - Que reste-t-il des Lumières ?, Seuil, 2001.
  4. ↑ Cité par Annie Cohen-Solal, Sartre, Gallimard, 1989, pp. 588-589
  5. ↑ Article paru le 11 mars 1895 dans Le Journal.
  6. Discours de Suède, Gallimard, 1958, p. 14, 59 et 19
  7. ↑ C'est le cas, par exemple, de ceux qui s'appelaient "nouveaux philosophes", dont plusieurs, anciens maoïstes, ont soutenu la guerre en Irak et se sont ralliés à George Bush et aux néo-conservateurs d'outre-Atlantique.
  8. Les Chiens de garde, Rieder, 1932.
  9. Les Nouveaux chiens de garde, Liber - Raisons d'agir, 1997, nouvelle édition en 2005.
  10. ↑ Pour Michel Foucault, il s'agit d'un « intellectuel qui ne travaille plus dans "l’universel", "l’exemplaire", "le-juste-et-le-vrai-pour-tous", mais dans des secteurs déterminés, en des points précis où les situent soit leurs conditions professionnelles, soit leurs conditions de vie (le logement, l’hôpital, l’asile, le laboratoire, l’université, les rapports familiaux) », Michel Foucault, Dits et écrits, « La Fonction politique de l’intellectuel », n° 184, 1976, p. 109.

Bibliographie

  • Raymond Aron, L'Opium des intellectuels, Calmann-Lévy, 1955.
  • Julien Benda, La Trahison des clercs, Grasset, 1927.
  • Albert Camus, Discours de Suède, Gallimard, 1958.
  • Christophe Charles, Naissance des "intellectuels", Éditions de Minuit, 1990.
  • Christophe Charles, Les Intellectuels en Europe au XIXe siècle : essai d'histoire comparée, Seuil, 1996.
  • François Chaubet, Histoire intellectuelle de l'entre-deux-guerres, Nouveau Monde, 2006.
  • Serge Halimi, Les Nouveaux chiens de garde, Liber, 1997 (réédition en 2005).
  • Paul Nizan, Les Chiens de garde, Rieder, 1932 (réédition en 1998).

Liens externes

  • Caroline Granier, « La naissance de "l'intellectuel" anarchiste ».
  • La notion d’intellectuel engagé chez Sartre.
  • Philippe Juhem, « Les transformations des postures politiques adoptées au sein du champ intellectuel après 1981 ».
   
wikt:

Le Wiktionnaire possède une entrée pour « intellectuel ».

Récupérée de « http://fr.wikipedia.org../../../i/n/t/Intellectuel.html »

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