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Dictionnaire de la langue française
Principales Références

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définitions

nation (n.f.)

1.vaste groupe humain résidant dans une même région qui, de par son histoire et sa culture, forme une communauté politique.

 
voir aussi

nation (n.f.)

national

 
synonymes

Nation (nominal)

pays

 
locutions

-grande nation • la nation en armes • nation d'Amérique du Sud • nation européenne • nation invitante • petite nation • pupille de la Nation • état-nation

-nation la plus favorisée

-Archives générales de la nation • Archives générales de la nation (Argentine) • Archives générales de la nation (Colombie) • Archives générales de la nation (Mexique) • Banque de la Nation Argentine • Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan • Clause de la nation la plus favorisée • Conseil de la nation • Conseil de la nation (Algérie) • Crime de lèse-nation • Daydream Nation • Décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation • Fast Food Nation • Fast Food Nation (film) • Gardien de la Nation pendant l'Oppression • Gare de Nation • Jeune Nation • L'École et la Nation • La Nation (Ontario) • La Nation (journal canadien) • La Nation française • Les Portes de la nation • Libre Nation • Loi française du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés • Midnight Nation • Mouvement Nation • Mutation Nation • Naissance d'une nation • Nation (homonymie) • Nation (métro de Paris) • Nation Mandan, Hidatsa et Arikara • Nation arc-en-ciel • Nation du Chat • New Funky Nation • One Nation Under a Groove • One Nation Underground • Outaouais (nation) • Palais de la Nation • Palais de la Nation (Kinshasa) • Palais du Congrès de la Nation Argentine • Parti de la Nation d'Iran • Parti de la nation corse • Parti de la nation occitane • Place de la Nation • Place de la Nation/Panorama • Pupille de la nation • Red Sox Nation • The Nation • Universal Zulu Nation • VNV Nation • État-nation

 
dictionnaire analogique

nation (n. f.)

tid

nation (état-nation)[ClasseHyper.]

nation (n. f.)

tid

pays[Classe]

territoire[Classe]

nation (n. f.)

nation (n. f.)

nation (n. f.)

 
le Littré (1880)

NATION (s. f.)

1. Réunion d'hommes habitant un même territoire, soumis ou non à un même gouvernement, ayant depuis longtemps des intérêts assez communs pour qu'on les regarde comme appartenant à la même race.

Auguste journée où deux fières nations [l'espagnole et la française], longtemps ennemies et alors réconciliées par Marie-Thérèse, s'avancent sur leurs confins, leurs rois à leur tête, non plus pour se combattre, mais pour s'embrasser (BOSSUET Mar.-Thér.)

Dieu a préparé dans son conseil éternel les premières familles qui sont la source des nations, et, dans toutes les nations, les qualités dominantes qui devaient en faire la fortune ; il a aussi ordonné dans les nations les familles particulières dont elles sont composées, mais principalement celles qui devaient gouverner ces nations, et, en particulier, dans ces familles, tous les hommes par lesquels elles devaient ou s'élever, ou se soutenir, ou s'abattre (BOSSUET ib.)

Alger, tu disais dans ton coeur avare : les nations sont ma proie (BOSSUET ib.)

Quand on regarde la facilité incroyable avec laquelle la religion a été renversée ou rétablie par Henri, par Marie et par Élisabeth, on ne trouve ni la nation si rebelle, ni ses parlements si fiers et si factieux (BOSSUET Reine d'Anglet.)

La France, seule nation de l'univers qui depuis douze siècles presque accomplis n'a jamais vu sur le trône que des princes enfants de l'Église (BOSSUET ib.)

Les rois d'Angleterre qui ont régné depuis tant de siècles sur une des plus belliqueuses nations de l'univers, plus encore par leur courage que par l'autorité de leur sceptre (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation (BOSSUET Reine d'Angl.)

Ceux qui sont instruits des affaires, étant obligés d'avouer que le roi [Charles 1er d'Angleterre] n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacriléges dont nous abhorrons la mémoire, en accusent la fierté indomptable de la nation (BOSSUET ib.)

Vous serez de sa vue [de Mardochée] affranchi dans dix jours ; La nation entière est promise aux vautours (RAC. Esth. II, 1)

Le czar acheta le cabinet [d'anatomie de Ruysch], et l'envoya à Pétersbourg, présent des plus utiles qu'il pût faire à la Moscovie, qui se trouvait tout d'un coup et sans peine en possession de ce qui avait coûté tant de travaux à un des plus habiles hommes des nations savantes (FONTEN. Ruysch.)

Sous les deux premières races, on assembla souvent la nation, c'est-à-dire les seigneurs et les évêques ; il n'était point encore question des communes (MONTESQ. Esp. XXVIII, 9)

Comme les nations destructives font des maux qui durent plus qu'elles, il y a des nations industrieuses qui font des biens qui ne finissent pas même avec elles (MONTESQ. ib. XVIII, 7)

Je suis sévère pour les nations, répondit Oswald : je crois toujours qu'elles méritent leur sort, quel qu'il soit (STAËL Corinne, IV, 2)

Les nations, reines par nos conquêtes, Ceignaient de fleurs le front de nos soldats (BÉRANGER Vieux sergent.)

La grande nation, nom donné d'abord à la France républicaine, et dont l'empereur Napoléon 1er se servit pour désigner après ses victoires la nation française.

La grande nation à vaincre accoutumée (M. J. CHÉNIER la Mort du général Hoche, 1798)

Depuis dix ans, leurs routes [des départements de l'Est] étaient couvertes de voyageurs de tous les pays, qui venaient admirer la grande nation, sa capitale chaque jour embellie, les chefs-d'oeuvre de tous les arts et de tous les siècles que la victoire y avait rassemblés (SÉGUR Hist. de Nap. III, 1)

Une nation de soldats, une nation dont tous les hommes sont ou soldats, ou propres à la guerre.

Une nation de soldats va combattre contre des peuples qui ne sont que citoyens (MONTESQ. Rom. V)

2. Tous ceux d'une même nation qui vivent en pays étranger. Aucun ne pourra se dire consul de la nation française dans les pays étrangers sans avoir commission de nous. ....faisons défenses aux consuls d'emprunter au nom de la nation aucunes sommes de deniers des Turcs, Mores, Juifs ou autres, Ordonn. marine, août 1681.

3. Il se dit, dans le langage des fables, des animaux comparés aux hommes.

La nation des belettes, Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats (LA FONT. Fabl. IV, 6)

4. Dans le langage de l'Écriture, les nations, les païens, les gentils.

Les rois des nations, devant toi [la nouvelle Jérusalem] prosternés, De tes pieds baisent la poussière (RAC. Ath. III, 7)

Qui a changé mon héritage en la retraite des esprits immondes, et livré Jérusalem à tous les excès des nations ? (MASS. Carême, Enf. prod.)

Docteur des nations, apôtre des nations, locutions par lesquelles les prédicateurs ont souvent désigné saint Paul.

5. Fig. Toute espèce de gens considérés comme faisant une sorte de nation à part.

Pourquoi me déchirez vous par vos blasphèmes, nation impie ? (BOSSUET Anne de Gonz.)

Connais-tu la nation dévote ? (BOILEAU Sat. X.)

Je savais que la nation des poëtes, et surtout des mauvais poëtes, est une nation farouche qui prend feu aisément, et que ces esprits avides de louanges ne digéreraient pas facilement une raillerie, quelque douce qu'elle pût être (BOILEAU Disc. sur la satire.)

Je te parlerai d'une certaine nation qu'on appelle les nouvellistes (MONTESQ. Lett. pers. 130)

Henri VIII, voulant réformer l'Église d'Angleterre, détruisit les moines, nation paresseuse elle-même et qui entretenait la paresse des autres (MONTESQ. Esp. XXIII, 29)

6. Dans l'ancienne université de Paris, nom donné à certaines provinces qui la composaient. L'université était formée de quatre nations, qui avaient leurs titres particuliers : l'honorable nation de France, la fidèle nation de Picardie, la vénérable nation de Normandie, la constante nation de Germanie ; c'étaient les procureurs de ces nations, avec les doyens des trois facultés supérieures, qui formaient le tribunal du recteur.

7. L'ordre de Malte était également divisé par nations, qu'on désignait plus communément sous le nom de langues.

8. Collége des quatre nations, collége fondé par Mazarin, pour recevoir les élèves appartenant aux provinces espagnoles, italiennes, allemandes et flamandes nouvellement réunies à la France.

SYNONYME

NATION, PEUPLE. Dans le sens étymologique, nation marque un rapport commun de naissance, d'origine, et peuple un rapport de nombre et d'ensemble. De là résulte que l'usage considère surtout nation comme représentant le corps des habitants d'un même pays, et peuple comme représentant ce même corps dans ses rapports politiques. Mais l'usage confond souvent ces deux mots ; et, sous la constitution de 1791, on avait adopté la formule : la nation, la loi, le roi.

HISTORIQUE

XIIIe s.En tel cas deit un homme estre creus de l'essoine de celui qui par lui l'a contremandé, de quelque nassion que il seit (Ass. de Jér. 98)

XVe s.Là fut fait un cri et un ban de par le roi.... que tantost toutes manieres de gens qui n'estoient de la nation de Londres.... partissent (FROISS. II, II, 115)Les marchands d'estrange pays, qui ont accoustumé, depuis si longtemps qu'il n'est memoire du contraire, de communiquer et marchander en la ville de Bruges, lesquels on appelloit les nations (MATHIEU DE COUCY Hist. de Charles VII, p. 628, dans LACURNE)

ÉTYMOLOGIE

Provenc. natio, naision ; espagn. nacion ; portug. nação ; ital. nazione ; du lat. nationem, qui vient de natus, né. Nation dans l'ancienne langue signifiait aussi, comme en latin, naissance, nature.

 
Wikipedia

Nation

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Pour les articles homonymes, voir Nation (homonymie). 

D'une manière générale, une nation est une communauté humaine identifiée dans des limites géographiques souvent fluctuantes au cours de l'histoire, et dont le trait commun supposé est la conscience d'une appartenance à un même groupe.

La notion est assez proche de celle de peuple, mais ajoute souvent l'idée de gouvernement (souhaité, autonome ou indépendant). La notion de nation est ainsi plus politique que celle de peuple. Sont ainsi une nation « L’ensemble des personnes nées ou naturalisées dans un pays et vivant sous un même gouvernement[1] ». « Se dit aussi de l’ensemble des citoyens considérés comme constituant un corps social distinct du gouvernement qui les régit[2] ». Il est cependant parfois utilisé sans aucune connotation politique (existante ou souhaitée), en total synonyme de peuple : on parle ainsi de nations indiennes, par exemple, ou de saint Paul comme « apôtre des nations ».

Sommaire

  • 1 Définition
    • 1.1 Dans les dictionnaires
    • 1.2 Politique
  • 2 Histoire de la notion
    • 2.1 Avant la révolution française
    • 2.2 A partir de la révolution française
    • 2.3 Nation, État et citoyenneté
      • 2.3.1 État et nation
      • 2.3.2 Citoyenneté et nationalité
  • 3 Droit
  • 4 La nation, chez Benedict Anderson
  • 5 La nation selon Linteau-Durocher-Robert
  • 6 Synonymes
  • 7 Citations
  • 8 Voir aussi
    • 8.1 Liens internes
    • 8.2 Liens externes
    • 8.3 Notes et références


Définition

Dans les dictionnaires

Dans « Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française » de Guizot (François) - 1822, page 19, il et indiqué « un peuple est une multitude d'hommes, vivant dans le même pays et sous les même lois. Une nation est une multitude d'hommes, ayant la même origine, vivant dans le même État et sous les même lois[3] ». Deux notions différencient ainsi pour l'auteur la nation du peuple : l'État et l'origine.

Pour le petit Robert, une nation est « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini (…) et personnifiée par une autorité souveraine ».

Pour le dictionnaire de la langue française, la nation est un « Ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique[4] ».

Politique

Au sens moderne du terme, « nation » a une signification à dominante politique. Une nation est d'une part un état (comme dans l'expression « Organisation des Nations unies »), et d'autre part un peuple ayant l'objectf politique de maintenir ou de créer un état. Dans cette seconde signification, une nation est en pratique un peuple dont une partie au moins des membres a des objectifs nationalistes.

On note que des groupes ne bénéficiant pas d'une organisation en état se définissent cependant comme une Nation, avec l'objectif de constituer un État, ou au moins une structure politique autonome. Les nationalistes Juifs, Corses, Basques, écossais, algériens ou québécois ont ainsi revendiqué un État pour leur population de référence, certains finissant par l'obtenir.

Pour justifier leur volonté d'obtenir un état spécifique, les groupes se définissant comme nation ont souvent tenté de définir celle-ci par des critères historiques pré-existant à l'entité politique qu'ils souhaitaient créer, et la justifiant.

Il existe deux démarches principales : une approche « objective », défendue par exemple par le philosophe Johann Gottlieb Fichte une nation doit avoir des caractéristiques objectives : langue, religion, culture, histoire, la différenciant des autres nations. Une autre approche, dite « subjective », insiste par contre sur la volonté de « vivre ensemble », la nation étant dès lors le résultat un acte subjectif d'autodéfinition. C'est ainsi la vision de Ernest Renan.

Pour l'approche fondée sur les critères objectifs, ceux-ci sont :

  • La culture, encore qu'elle ne définit pas toujours à elle seule une communauté nationale quand les mœurs diffèrent ;
  • La langue, ne peut toujours à elle seule définir une nation : la Suisse reconnaît quatre langues officielles, et, en France, le Reichsland d'Alsace-Moselle est une ancienne province d'Empire annexée à la France bien que sa langue soit d'origine alémanique et francique, et la Catalogne Nord (Pyrénées-Orientales) est une région dont la langue véhiculaire est le catalan. Les États-Unis se sont politiquement séparés comme État indépendant de la métropole britannique en dépit de leur langue commune ;
  • la religion, foi ou culte est insuffisant car il est aussi fréquent de voir s'opposer des nations se réclamant de la même religion que de voir des guerres de religion dans une même nation. On peut aussi relever le cas de l'Alsace-Moselle rattachée à un régime concordataire, alors que la France est une nation laïque.
  • l'histoire politique, culturelle et sociale pose également une difficulté dans la mesure où la majorité de la nation en question s'organisant en partis politiques et-ou en grandes organisations sociales, culturelles qui l'identifient par rapport à d'autres, composant un même État les articulant entre elles.

Histoire de la notion

Avant la révolution française

Avant la révolution française, le terme « nation » est essentiellement utilisé dans le sens actuel de peuple, sans connotation politique développée.
On parle ainsi de saint Paul comme « apôtre des nations ». Nation désigne en effet dans la Bible, les peuples infidèles et idolâtres, par opposition aux chrétiens ou aux Juifs.
Dans l’ancienne Université de paris, le terme était utilisé pour classer, suivant leur origine, les membres qui la composaient. On distinguait quatre nations : celle de France, celle de Picardie, celle de Normandie et celle d’Allemagne. L’actuel palais de l’Institut était d'ailleurs appelé le « Collège des Quatre-Nations ».

A partir de la révolution française

Avec la révolution française, le terme prend une connotation politique dominante. La Nation devient alors l'expression politique du peuple français.

A la suite de la révolution, le nationalisme va se répandre à travers l'Europe, puis à travers le monde, en tant qu'idéologie visant à établir des états spécifiques pour des peuples spécifiques, qui en était généralement privés. Les premiers nationalismes actifs dans la première moitié du XIXe siècle ont été :

  • des nationalisme visant à regrouper une même population éclaté sous divers pouvoirs, définie alors comme « nation », dans un seul état : le nationalisme italien et le nationalisme allemand ;
  • des nationalismes visant à l'indépendance d'une population soumise à un pouvoir considéré comme extérieur à la nation : les nationalisme polonais ou belge.

A compter du XXe siècle, sous l'influence des idées européennes sur la nation, et en réaction au colonialisme, les populations colonisées des empires coloniaux s'organisent en mouvements nationalistes, revendiquant le statut de nation pour leur peuple, et des structures politiques autonomes ou indépendante.

Après la fin de la décolonisation, les succès des nationalistes du tiers monde encouragent le développement de l'idée nationale dans le monde occidental. Des organisations politiques et culturelles promeuvent alors une nouvelle vague de nationalisme, définissant la population à laquelle ils appartiennent comme nation et réclament l'indépendance. Plus ou moins influents, ces nationalisme (parfois remontant au XIXe siècle, comme le nationalisme basque, mais qui développent une nouvelle vigueur) touchent des régions bénéficiant d'un certain particularisme religieux, historique ou linguistique. Ce sont les nationalismes corse, québécois, breton, occitant, basque...

Nation, État et citoyenneté

Au sens moderne du terme, « nation » a une signification à dominant politique. Une nation est d'une part un état (comme dans l'expression « Organisation des Nations unies »), et d'autre part un peuple ayant l'objectif politique de maintenir ou de créer un état (ou au moins une représentation politique autonome[5]).

État et nation

La nation au sens d'état a une définition légale relativement simple. L'état est une personne juridique de droit international qui dispose des attribut de la souveraineté : possibilité d'avoir une armée, un gouvernement, une monnaie, de signer des traités internationaux,.... Ces possibilités ne sont pas des obligations, l'État français ayant par exemple volontairement renoncé à une monnaie nationale au bénéfice de l'euro. L'état a souvent (mais pas toujours) une constitution et un corpus de texte législatif écrits.

La nation entendue au sens de « peuple ayant des objectifs politiques » est moins simple à définir. Une nation relève en effet de la tradition orale ou écrite, du sentiment d'appartenance, de l'accord (ou non) de la communauté sur des objectifs politiques.
Dans cette seconde acception, une nation peut prendre ses racines dans :

  • l'usage commun d'une langue : ainsi les Allemands font partis jusque récemment de deux États mais ne forment qu'une nation)
  • un sentiment d'identité historique : ainsi les Pays-Bas bourguignons puis espagnols puis autrichiens, unis par le catholicisme, ont-ils formés une nation souhaitée, affirmée par la révolution belge de 1830, distincte de l'État (respectivement espagnol, autrichien puis propre, la Belgique) et distincte de son voisin protestant et flamand (les Pays-Bas). Ce sentiment national, au début unitaire, a progressivement évolué vers deux sentiments distincts, Wallon et Flamand, fondés sur l'appartenance linguistique. Ce nationalisme grandissant (surtout du coté flamand), remet en cause l'ancien sentiment d'appartenance national, au profit de nouvelles identités « nationales » revendiquées.
  • un mythe fondateur, qui peut être plus ou moins artificiellement ressuscité. Ainsi, quand il s'agit de proclamer leur indépendance de l'empire austro-hongrois, alors en pleine déliquescence, les Tchèques et les Slovaques évoquent leur passé commun dans la Grande Moravie et forment la Tchécoslovaquie en 1918. Moins d'un siècle plus tard, ils ont repris des chemins séparés
  • la religion peut-être un ciment très fort pour articuler le sentiment national

Citoyenneté et nationalité

La nationalité ne se confond avec la citoyenneté qu'en français (au moins en France) où l'emploi du terme « nationalité » au sens de « ressortissant » juridique est impropre et va à l'encontre de la notion de droit international (voir la section Droit ci-dessous pour d'autres aspects juridiques).

Cette confusion linguistique est rendue possible par la négation des différentes nations qui forment le peuple français. Elle commence avec la Révolution française qui, dans la célèbre formule de Stanislas de Clermont-Tonnerre, en 1789, demande qu’on donne « tout aux Juifs comme individus et rien aux Juifs en tant que Nation. »

Il existe différentes conceptions philosophiques de la citoyenneté. On sépare traditionnellement :

  • Une définition « subjective » de la nation, qui insiste sur le sentiment d'appartenance. Cette vision est particulièrement présente dans conception française. Cette vision a été particulièrement formalisée par Ernest Renan dans son discours à la Sorbonne Qu'est-ce qu'une nation ?, en 1882 : « Une nation est donc une grande solidarité[...]. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune [...] un plébiscite de tous les jours[...]. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. [...]. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir ». Cette vision mêne assez logiquement au droit du sol, ou une personne devient facilement membre d'une nation au nom du lieu ou elle est née, ou elle vit et dont elle partage le destin.
  • Une définition « objective » de la nation, qui insite sur une ascendance commune, un territoire commun et une langue commune. Cette vision est particulièrement présente dans conception Allemande. La citoyenneté est donc une réalité objective indépendante de la volonté des individus. Un des auteurs les plus anciens à avoir formalisé cette aproche est Johann Gottlieb Fichte, dans son Discours à la nation allemande, en 1807-1808. Pour Fichte, la Nation se détermine de façon objective par la culture, l'histoire et la langue. Certaines nations ont su conserver au cours des âges la langue originelle de leurs ancêtres, ce sont les « nations-mêres ». Le peuple allemand, supposé avoir conservé sa langue depuis l'antiquité est ainsi une de ces nations-mêres, par opposition aux nations de langues latines, puisque celles-ci on oubliées le latin antique au bénéfice de nouvelles langues dérivées. Le peuple allemand doit s'unifier. Fichte est ainsi un des premiers penseurs pangermaniste. Cette vision mêne plutôt à une conception de la nationalité basée sur le "droit du sang", ou il est difficile voir impossible à un allogène de devenir membre du corps national. Depuis peu, le "droit du sol" a été introduit en Allemagne, notamment pour permettre une meilleure intégration des descendants d'immigrés.

Historiquement, en Europe, peu d'États se sont organisés complètement sur le "modèle" français, politiquement, géographiquement et institutionnellement suivant l'idéal d'États-nations. Dans cette optique, chaque nation doit correspondre à un État, et réciproquement un État n'est constitué que d'une nation, le tout dans un territoire précisément défini. Cela a, par exemple, induit le glissement de sens du terme nationalité, désignant maintenant en français le ressortissant d'un État et non plus seulement le membre d'une nation en tant que groupe culturel, religieux ou linguistique. Par abus de langage, on a parfois parlé de nation pour désigner l'ensemble constitué d'un groupe humain, d'un territoire et d'un État, quelle que soit par ailleurs la fragilité de celui-ci, comme on l'a vu avec l'ex-Yougoslavie.

Dans le reste du monde, ce modèle, dans lequel la nation et l'État coïncident, a été largement copié, mais il reste des exemples de nations à cheval sur plusieurs États : par exemple la nation kurde, dont l'aire géographique s'étend sur le territoire de la Turquie, de l'Irak et de la Syrie. C'est même une nation sans État constitué.

Cette identification entre l'État et la nation se heurte en plus sur l'exemple de plusieurs nations constituées ou revendiquées comme les Alsaciens, les Basques, les Écossais, les Québécois, les Acadiens, les Bretons, les Flamands, les Wallons et les Catalans, où une part éventuellement importante de la population se considère comme constituant des nations bien distinctes, mais qui n'ont pas d'États indépendants. L'évolution démocratique a fait que beaucoup de ces nations, dans les pays démocratiques en tout cas, ont obtenu une grande autonomie, voire ont été constitués en États fédérés. Un critère essentiel à retenir est la volonté de la population. Mais comment s'assurer de la réalité de cette volonté? Les études menées en Belgique montrent qu'il y a souvent amabivalence sur les sentiments d'appartenance. On peut s'instruire de ces ambivalences réelles au Québec, en Flandre, en Catalogne, en Écosse... par les recherches menées sur les sentiments d'appartenance en Belgique et en Wallonie. Ces nationalismes de contestation ne peuvent aboutir qu'à travers le débat démocratique, ce qui fait à la fois leur force et leur fragilité car, sur un sujet essentiel, engageant pour le long et même très long terme, il est, par définition, difficile en démocratie d'entraîner une conviction large, résultat souvent obtenu dans les nationalismes plus classiques à la faveur de situation d'affrontements violents (guerres, révolutions).

La dernière définition — une nation qui se définit par l'existence des partis politiques et de grandes organisations sociales et/ou culturelles propres (comme des médias, des universités, des organisations scientifiques, etc.) permet d'expliquer la presque totalité des nations en Europe. On voit effectivement que les Basques, les Écossais, les Québécois, les Flamands et les Catalans votent par exemple en grande majorité pour des partis politiques qui leurs sont propres et qui ne se présentent pas dans d'autres zones géographiques du pays ou ils vivent, tandis que les Suisses de toutes les langues votent pour des partis unitaires, c'est-à-dire qu'on ne parle pas (ou très peu) d'une nation suisse romande, et, en accord avec cette définition, il n'existe pas de partis politiques propres à la Suisse romande.

Droit

Partant de la considération qui précède, selon laquelle « historiquement, en Europe, peu de nations se sont organisées complètement sur le “modèle” français », le traitement de la question juridique relative à la nation suivra ici la logique de ce modèle, et ainsi également la chronologie qui a vu ce modèle être mis en œuvre en France ; des développements parallèles avec illustrations autres qu'appropriées au droit français seraient nécessaires.

En considération du “modèle” français, une confusion doit d'abord être écartée : contrairement à ce qui est souvent cru en France, en droit, la nation n'est pas une personne juridique. La personne morale de droit public international est l'"État". En droit international le nombre de nations dont un État peut être composé est indifférent, ou plutôt il s'agit d'une question purement politique. On le voit bien dans la dénomination de l'ancienne Société des Nations à laquelle a succédé l'Organisation des Nations unies : si les membres juridiques de plein exercice en étaient et sont les États adhérents, ces organisations internationales ont pour objet les nations ; la distinction de notion ne fait de doute pour personne, et l'ONU n'a nullement pour objectif, ni officiel, ni officieux, que les nations constituent chacune des États distincts.

Parmi les États européens, seuls quelques-uns ont adopté au cours de l'histoire le "modèle" politique français de superposition plus ou moins forcée de peuple, nation, État, en tout cas de manière aussi poussée dans les termes de leurs lois fondamentales dites le cas échéant lois constitutionnelles.

S'agissant de la France, la dénomination de la personne morale de droit public est "l'État français" — expression à ne pas confondre avec l'utilisation juridiquement confusionnelle qui en a été faite à la période dite "Régime de Vichy" — : lorsqu'il s'agit par exemple de condamner « la France » à verser des indemnités, que ce soit en droit international ou en droit interne par exemple à un particulier, c'est l'expression "l'État français" que l'on trouve dans les décisions juridictionnelles.

La république (par exemple) est le régime de gouvernement : toujours en prenant la France en illustration pour le motif historique précité, la "République française" est le régime de gouvernement de "l'État français".

Quant au "peuple", dans l'organisation des pouvoirs c'est (en France) la notion qui désigne au nom de quoi la justice est rendue ("Au nom du peuple français") ; le pouvoir juridictionnel ne s'exerce pas au nom de l'État personne morale, mais directement au nom de la collectivité de fait des individus qui en sont ressortissants.

Et quant à la nation, c'est au sens constitutionnel en France la notion juridique désignant au nom de quoi est exercé le pouvoir législatif — d'où la dénomination actuelle de l'Assemblée nationale, anciennement Chambre des députés. Car selon la perspective politique à la française, en tant que mise en œuvre à titre juridique notamment par la Constitution actuelle de la République française, la nation est un ensemble de citoyens détenant la puissance politique.

Mais en France même, le sens du mot "nation" sera différent dans d'autres législations que celle constitutionnelle : par exemple, au sens de la législation relative à la "diffamation raciale", la notion de diffamation de "nation" ne repose strictement en rien sur le sens que présente ce terme dans la Constitution, et même entre en contradiction complète avec celui-ci.

Au Canada, la Chambre de communes a voté, le 27 novembre 2006, à une majorité écrasante, en faveur d'une motion qui reconnaît que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni », une démarche surtout symbolique mais qui constitue un grand pas en avant pour la consolidation du sentiment du statut particulier de la province francophone. Au Canada anglais, les critiques ont fusé, beaucoup craignant qu'on ne donne de nouvelles armes aux indépendantistes québécois.

La nation, chez Benedict Anderson

Dans son livre L’imaginaire national: Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Benedict Anderson propose que l’État nation soit quelque chose qui s’actualise à partir d’une « illusion durable », d’une « communauté imaginée ». L’auteur se demande d’abord : qu’est-ce qui rend possible que « des gens peuvent se croiser dans la rue, sans faire jamais connaissance, et être tout de même liés les uns aux autres » (37)? Réponse: ces gens s’incluent eux-mêmes, les uns les autres, dans une même forme imaginée. Ce processus d’inclusion implique qu’ils se lient et sont liés les uns aux autres par des forces de cohérence affectives. Quelles sont ces forces ? Avant tout, elles sont portées par les mécanismes du capitalisme, de l’horloge, de l’imprimerie et du calendrier. Le mécanisme qui met en forme l’État-nation, selon l’auteur, fonctionnerait à peu près ainsi : l’horloge et le calendrier composent des rapports stratégiques entre les forces affectives véhiculées par l’imprimerie et le capitalisme. L’horloge et le calendrier rendront possible la synchronisation des activités littéraires et commerciales d’une multitude de familles et d’individus hétérogènes. (Source)

La nation selon Linteau-Durocher-Robert

« Il en découle que la nation peut recevoir des significations très diverses selon ceux qui la définissent et selon les circonstances et le milieu où s'élabore cette définition. Pour démontrer qu'un groupe constitue une nation, on invoque l'existence d'un ou plusieurs des facteurs suivants : le groupe a une histoire commune, il a une identité propre qui le distingue des groupes voisins, il est concentré sur un territoire, il possède une langue, une religion ou des traditions communes, etc.

Il n'est pas nécessaire cependant qu'une société ait toutes ces caractéristiques pour se voir attribuer le titre de nation. Chaque cas en est un d'espèce. Certains sociologues vont même jusqu'à soutenir que le seul critère déterminant est subjectif : il y aurait nation lorsque les membres d'une société sont convaincus qu'ils participent d'une même appartenance nationale. Il ne faut pas confondre la nation et l'État, car ce sont deux réalités distinctes, l'une relevant du domaine sociologique, l'autre du politique. Il arrive que des groupes aient avantage à associer les deux termes, soit pour dominer un groupe plus faible, soit pour donner plus de prestige à l'État. Si la nation n'est pas imaginaire, il importe de se rappeler que le nationalisme est une idéologie, donc une doctrine formulée par des individus et des groupes. C'est pourquoi il n'y a pas un nationalisme, mais des nationalismes qui évoluent avec le temps. » Linteau-Durocher-Robert, Histoire du Québec contemporain tome I, Boréal Compact, 1989.

Synonymes

Les définitions des termes tribu, ethnie et nation se recouvrent largement. La différence principale étant leur champ d'application ; ces termes étant utilisés pour faire référence à des peuples ayant des modes de vie non européens ; le terme tribu pouvant cependant désigner une formation sociale existant avant la formation d'un État. Il semble que les connotations très différentes de ces termes fait qu'ils sont rarement interchangés. Le terme de nation était cependant utilisé pour qualifier les différents peuples amérindiens avant le XXème siècle et de nos jours en référence à cette époque. On peut aussi considérer que le terme de nation s'applique a des groupes numériquement plus importants que ceux désignés sous les termes tribu ou ethnie. Doit-il être rapproché du néologisme méta-ethnie ?

Citations

La nation pour quelques-uns, sans doute, association transitoire ou permanente d'intérêts matériels est surtout, pour nous, une personnalité morale qui s'est constituée à travers les siècles grâce au travail et à la solidarité de générations successives, liées par des affinités de sang et l'esprit, et à laquelle, nous n'hésitons pas à le croire, est attribuée, sur le plan providentiel, une action spécifique dans l'ensemble de l'humanité. Seul le poids de ces sacrifices sans nombre, de cette coopération d'efforts, de cette identité d'origine, seul ce patrimoine collectif, seule cette communion spirituelle peuvent moralement fonder le devoir de la servir et de donner notre vie pour elle. Oliveira Salazar - Discursos e Notas polticas

Voir aussi

Liens internes

  • État
  • Pays
  • Tribu (ethnologie)
  • Ethnie
  • Centralisme
  • Fédéralisme
  • Société des Nations
  • Organisation des Nations unies
  • Nationalisme
  • Ethnisme
  • Internationalisme
  • sur le plan philosophique, voir rayonnement culturel d'une nation

Liens externes

  • L'usage du mot nation défini dans un dictionnaire de l'époque de la Révolution française numérisé par la BNF : Dictionnaire national et anecdotique (NUMM-48832), pages 130-132 ;
  • Autre définition dans un document de la BNF : Dictionnaire politique : encyclopédie du langage et de la science politiques (NUMM-24294), pages 623-626.
  • Dictionnaire de philosophie Jacqueline Russ - Clothilde Badal-Leguil
  • Site Internet des Nations sans État (Eurominority) : www.eurominority.org
  • Qu'est-ce que la nation ?, de Valéry Rasplus
  • Qu'est-ce qu'une nation?, d'Ernest Renan

Notes et références

  1. ↑ nation, sur le Wiktionnaire.
  2. ↑ nation, sur le Wiktionnaire
  3. ↑ Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française » de Guizot (François) - 1822, page 19, [1]
  4. ↑ Dictionnaire de la langue française , [2].
  5. ↑ Le Parti de la nation corse est ainsi une organisation autonomiste, et non indépendantiste.
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