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définitions

nature (n.f.)

1.ensemble des choses qui se produisent suivant des lois ou des forces naturelles (ex : les caprices de la nature).

2.caractère, nature, tempérament.

3.univers.

4.ensemble des choses existantes selon un certain ordre (ex : le monde physique naturel).

nature (adj.)

1.au naturel, sans apport extérieur.

2.(familier)naturel, spontané, vrai.

 
voir aussi

nature (n.f.)

naturel

 
synonymes
 
locutions
 
dictionnaire analogique

nature (adj.)

tid

pur[Classe...]

thé[termes liés]

café[termes liés]

nature (n.)

nature (n.)

nature (n.)

nature (n. f.)

tid

la Nature[ClasseHyper.]

nature (n. f.)

N + de comp

nature (n. f.) [grammaire]

tid

grammaire[termes liés]

mot[termes liés]

nature (n. f.)

nature (n. f.)

nature (n. f.)

nature (n. f.)

 
le Littré (1880)

NATURE (s. f.)

1. Ensemble de tous les êtres qui composent l'univers.

Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature (DESC. Méth. VI, 2)

Que l'homme contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté.... que la terre lui apparaisse comme un point.... si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre : elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir ; tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature (PASC. Pens. I, 1, éd. HAVET.)

Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant ; un milieu entre rien et tout (PASC. ib. I, 1)

Je regarde de toutes parts, et ne vois partout qu'obscurité ; la nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d'inquiétude (PASC. ib. XIV, 2)

Non-seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile (PASC. ib. X, 5)

C'est une chose étrange qu'ils [les hommes] aient voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver jusqu'à connaître tout par une présomption aussi infinie que leur objet ; car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie comme la nature (PASC. ib. I, 1)

Il savait parler à chacun selon ses talents.... aux voyageurs curieux de ce qu'ils avaient découvert ou dans la nature, ou dans le gouvernement, ou dans le commerce (BOSSUET Louis de Bourbon.)

Multipliez vos jours, comme les cerfs et les corbeaux, que la fable ou l'histoire de la nature fait vivre durant tant de siècles (BOSSUET Sermons, Mort, 1)

L'homme de la nature est le chef et le roi (BOIL. Sat. VIII)

Votre nature n'est qu'un mot inventé pour signifier l'universalité des choses (VOLT. Dialog. XXIX, 2)

La nature est le trône extérieur de la magnificence divine (BUFF. Quadrup. t. IV, p. 12)

Virgile en de riants vallons A célébré l'agriculture ; Vous, l'abbé, c'est dans les salons Que vous observez la nature (M. J. CHÉNIER Épître à Delille.)

On ne rencontre point le nom de ses ancêtres [de l'homme sauvage d'Amérique] dans les fastes des empires ; les contemporains de ses aïeux sont de vieux chênes encore debout ; monuments de la nature et non de l'histoire, les tombeaux de ses pères s'élèvent inconnus dans des forêts ignorées (CHATEAUBR. Itin. 3e part.)

Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure, D'un horizon borné qui suffit à mes voeux, J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature, à n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux (LAMART. Méd. I, 6)

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours ; Quand tout change pour toi, la nature est la même, Et le même soleil se lève sur tes jours (LAMART. ib. I, 6)

Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence ; Sous la nature enfin découvre son auteur (LAMART. ib. I, 6)

L'impassible nature a déjà tout repris (V. HUGO Rayons et ombres, XXXIV)

Il n'y a rien de meilleur, de plus mauvais, de plus beau, de plus laid dans la nature, dans toute la nature, se dit d'une personne très bonne, très mauvaise, etc.

La nature inorganique, l'ensemble des substances qui n'ont ni organisation ni vie.

La nature végétale, l'ensemble des végétaux.

Tout ce que vous voyez, c'est la nature végétale et inanimée ; et, quoi qu'on puisse faire, elle laisse toujours une idée de solitude qui attriste (J. J. ROUSS. Hél. IV, 11)

La nature animale, l'ensemble des animaux.

Système de la nature, titre du grand ouvrage de Linné, où tous les objets de la nature, minéraux, végétaux et animaux, sont classés suivant leurs affinités.

Le système de la nature de d'Holbach, système d'athéisme et de matérialisme.

Il y avait là [dans le système de Spinosa] de la philosophie ; mais je suis forcé de dire que je n'en trouve aucune dans le Système de la nature (VOLT. Dict. philos. Dieu, 4)

2. Ordre établi dans l'univers, ou système des lois qui président à l'existence des choses et à la succession des êtres. Les merveilles de la nature. Les lois de la nature.

Il ne faut pas juger la nature selon nous, mais selon elle (PASC. Pens. XXV, 19)

La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts pour montrer qu'elle n'en est que l'image (PASC. ib. XXIV, 70)

Notre âme est jetée dans le corps, où elle trouve nombre, temps, dimension ; elle raisonne là-dessus, et appelle cela nature, nécessité, et ne peut croire autre chose (PASC. ib. X, 1)

Réaumur, dont la main si savante et si sûre A percé tant de fois la nuit de la nature (VOLT. 4e disc.)

La nature est le système des lois établies par le créateur pour l'existence des choses et pour la succession des êtres ; la nature n'est point une chose, car cette chose serait tout ; la nature n'est point un être, car cet être serait Dieu ; mais on peut la considérer comme une puissance vive, immense, qui embrasse tout, qui anime tout, et qui, subordonnée à celle du premier être, n'a commencé d'agir que par son ordre (BUFF. Quadrup. t. IV, p. 1)

Il faut traduire la nature, comme elle s'offre aux sens ; et son interprète ne doit jamais être son commentateur (J. SENNEBIER Ess. sur l'art d'observer, t. II, p. 35, dans POUGENS.)

3. Sorte de personnification de l'ensemble des lois naturelles, puissance des choses naturelles, force active qui établit et conserve l'ordre naturel.

C'est une oeuvre où nature a fait tous ses efforts (MALH. V, 2)

Je dois définir ce que j'entends proprement, lorsque je dis que la nature m'enseigne quelque chose ; car je prends ici la nature en une signification plus resserrée que lorsque je l'appelle un assemblage ou une complexion de toutes les choses que Dieu m'a données (DESC. Médit. VI, 14)

Souvent la nature nous dément, et ne s'assujettit pas à ses propres règles (PASC. Pens. III, 16)

La nature recommence toujours les mêmes choses, les ans, les jours, les heures.... ainsi se fait une espèce d'infini et d'éternel (PASC. ib. XXV, 9)

Pourquoi ma durée à cent ans plutôt qu'à mille ? quelle raison a eue la nature de me la donner telle, et de choisir ce nombre plutôt qu'un autre dans l'infinité ? (PASC. ib. XXV, 16 bis.)

La nature s'imite : une graine jetée en bonne terre produit (PASC. ib. XXV, 65)

Sous le nom de nature, nous entendons une sagesse profonde qui développe avec ordre et selon de justes règles tous les mouvements que nous voyons (BOSSUET Conn. IV, 1)

Quoique Dieu et la nature aient fait tous les hommes égaux, en les formant d'une même boue (BOSSUET Gornay.)

La simplicité d'une vie particulière qui goûte doucement et innocemment ce peu de biens que la nature nous donne (BOSSUET Duch. d'Orl.)

La nature, cruelle usurière, nous ôte tantôt un sens et tantôt un autre (BOSSUET Bourgoing.)

Toute la nature s'épuise pour la parer [une femme] (BOSSUET la Vallière.)

Tel en un secret vallon.... Croît à l'abri de l'aquilon Un jeune lis, l'amour de la nature (RAC. Ath. II, 9)

Il n'est pas surprenant que les effets de la nature donnent bien de la peine aux philosophes (FONTEN. Oracles, 1, Avant-propos.)

Non que la nature ait été aussi soigneuse qu'on le dit quelquefois de mettre dans chaque pays les plantes qui devaient convenir aux maladies des habitants.... (FONTEN. Tournefort.)

Ce sont [les goûts et dégoûts] des avis secrets de la nature, si cependant la nature a un soin de nous si exact et auquel on puisse tant se fier (FONTEN. Tschirnhaus)

J'ai pris la nature sur le fait (mot de Fonten. dans VOLT. Micromégas, 6)

La nature agit toujours avec lenteur et, pour ainsi dire, avec épargne (MONTESQ. Lett. pers. 114)

Et si je vous disais qu'il n'y a point de nature, que tout est art dans l'univers, et que l'art annonce un ouvrier (VOLT. Dial. XXIX, 2)

La nature, à un philosophe : Mon pauvre enfant, veux-tu que je te dise la vérité ? c'est qu'on m'a donné un nom qui ne me convient pas ; on m'appelle nature, et je suis tout art (VOLT. Dict. phil. Nature.)

Tant la nature même en toute nation Grava l'être suprême et la religion (VOLT. Orphel. I, 1)

La nature est comme ces grands princes qui comptent pour rien la perte de quatre cent mille hommes, pourvu qu'ils viennent à bout de leurs augustes desseins (VOLT. l'Homme aux 40 écus, Entretien avec un géomètre)

La nature, libre au milieu des limites que nous pensons lui prescrire, est plus riche que nos idées et plus vaste que nos systèmes (BUFF. Ois. t. XIV, p. 30)

Lorsqu'on nomme la nature purement et simplement, on en fait une espèce d'être idéal, auquel on a coutume de rapporter, comme cause, tous les effets constants, tous les phénomènes de l'univers (BUFF. ib. t. I, p. 3)

Tout doit finir sans doute ; mais les grands ouvrages de la nature ont une vie si longue que nous vieillissons, nous mourons sans voir leurs progrès vers la décrépitude (BAILLY Hist. de l'astr. mod. t. III, p. 226, dans POUGENS)

Le mot de nature est un de ces mots dont on se sert d'autant plus souvent que ceux qui les entendent ou qui les prononcent y attachent plus rarement une idée précise (CONDORCET Tronchin.)

La nature n'est point avare, la nature n'est point prodigue, la nature ne s'épuise point : ce sont des mots vides de sens (MARMONTEL Élém. litt. Oeuv. t. IX, p. 298, dans POUGENS)

Telle sur un rameau durant la nuit obscure Philomèle plaintive attendrit la nature (DELILLE Géorg. IV)

Combien la nature est féconde En plaisirs ainsi qu'en douleurs ! (BÉRANG. la Nature)

3. Payer le tribut ou tribut à la nature, mourir.

Tous deux [les médecins] s'étant trouvés différents pour la cure, Leur malade paya le tribut à nature (LA FONT. Fabl. V, 12)

Philosophie de la nature, sorte de panthéisme de quelques philosophes allemands.

Terme de physique. Jeux de la nature, phénomènes qui, présentant quelque singularité, sont considérés comme des caprices de la nature.

4. Dans un sens très lâche, l'ensemble des choses qui sont sous les yeux, sous la main de l'homme.

Rien n'est plus commun que les bonnes choses, il n'est question que de le discerner.... la nature, qui seule est bonne, est toute familière et commune (PASC. Géométr. II)

La nature se perpétue par des reproductions ; elle se détruit par les jouissances (MIRABEAU Collection, t. V, p. 410)

5. Ce qui constitue tout être en général, soit incréé, soit créé. La nature de Dieu. La nature angélique. La nature humaine.

Comme l'homme n'est pas une nature purement intelligente, et qu'il est, ainsi qu'il a été dit, une nature intelligente unie à un corps (BOSSUET Connaiss. IV, 1)

Il faudrait être de la nature des anges, pour se maintenir dans le monde et pour se sauver de la contagion (BOURD. 14e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 414)

Terme de théologie. Les deux natures de Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine.

La foi embrasse plusieurs vérités qui semblent se contredire.... la source en est dans l'union des deux natures en Jésus-Christ (PASC. Pens. XXIV, 12)

Le mystère du Rédempteur, qui, unissant en lui les deux natures, humaine et divine, a retiré les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu, en la personne divine (PASC. ib. XI, 10 bis.)

L'hérésie des monothélites, qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnaissant deux natures en Notre-Seigneur, n'y voulaient reconnaître qu'une seule volonté (BOSSUET Hist. I, 11)

6. L'essence, les attributs, la condition propre d'un être ou d'une chose. La nature du feu est de brûler.

Ô vraiment divine aventure, Que ton respect fasse marcher Les astres contre leur nature (MALH. VI, 2)

S'ils [les philosophes] vous ont donné Dieu pour objet, ce n'a été que pour exercer votre superbe : ils vous ont fait penser que vous lui étiez semblables et conformes par votre nature ; et ceux qui ont vu la vanité de cette prétention vous ont jetés dans l'autre précipice, en vous faisant entendre que votre nature était pareille à celle des bêtes (PASC. Pens. XII, 2)

La vraie nature de l'homme, son vrai bien, et la vraie vertu, et la vraie religion, sont choses dont la connaissance est inséparable (PASC. ib. XI, 2)

Notre nature est dans le mouvement ; le repos entier est la mort (PASC. ib. XXV, 7)

La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi (PASC. ib. II, 8)

Nous connaissons l'existence et la nature du fini, parce que nous sommes finis et étendus comme lui ; nous connaissons l'existence de l'infini, parce qu'il a étendue comme nous, mais non des bornes comme nous (PASC. ib. X, 1)

Le temps, dont la nature est de n'être jamais que dans un moment qui s'enfuit d'une course précipitée et irrévocable (BOSSUET Yol. de Monterby.)

Encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Voulez-vous savoir en un mot ce que c'est que l'homme ? tout son devoir, tout son objet, toute sa nature, c'est de craindre Dieu (BOSSUET ib.)

La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place.... notre chair change bientôt de nature, notre corps prend un autre nom.... (BOSSUET ib.)

Il est impossible que nous ne rencontrions des objets qui ont des natures ou des qualités contraires aux nôtres (FLÉCHIER Sermons, I, 136)

Ne nous emportons point contre les hommes, en voyant leur dureté, leur ingratitude, leur injustice... ils sont ainsi faits, c'est leur nature (LA BRUY. XI)

Fig.

C'est une grande querelle que celle de l'Angleterre avec ses colonies : savez-vous, mon ami, par où nature veut qu'elle finisse ? Par une rupture (DIDER. Sur les lettres d'un fermier.)

7. La nature des choses, en général, la nécessité qui résulte de la constitution des choses.

Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses (MONTESQ. Espr. I, 1)

De la nature des choses, titre d'un poëme latin de Lucrèce, qui est une exposition du système d'Épicure.

Il est dans la nature des choses, il arrive naturellement, inévitablement. Il est dans la nature des choses que la faveur l'emporte souvent sur le mérite.

8. Ensemble des propriétés qu'un être vivant tient de sa naissance, de son organisation, de sa conformation primitive, par opposition à celles qu'il peut devoir à l'art. Chaque animal obéit à sa nature.

Mais on ne voit qu'à Rome une vertu si pure ; Le reste de la terre est d'une autre nature (CORN. Nic. II, 3)

Bocchoris comptait pour rien les hommes, croyant qu'ils n'étaient faits que pour lui, et qu'il était d'une autre nature qu'eux (FÉN. Tél. II)

Sa nation farouche est d'une autre nature Que les tristes humains qu'enferment nos remparts (VOLT. Orphel. I, 3)

Passer en nature, devenir le propre de.

Le parfait parmi les parfaits .... celui à qui la vertu a passé en nature (BOSSUET États d'orais. VI, 10)

La contagion du premier péché par lequel la source des hommes étant infectée, la corruption nous est passée en nature (BOSSUET 1er sermon, Pentec. 1)

9. Il se dit, par extension, de ce qui est comparé à une espèce d'être vivant, tel qu'un peuple, un gouvernement, etc.

Chaque peuple a le sien [gouvernement] conforme à sa nature (CORN. Cinna, II, 1)

Polybe a très bien conclu que Carthage devait à la fin obéir à Rome par la seule nature des deux républiques (BOSSUET Hist. III, 6)

Il y a cette différence entre la nature d'un gouvernement et son principe, que sa nature est ce qui le fait être tel ; et son principe, ce qui le fait agir (MONTESQ. Espr. III, 1)

Les circonstances et la nature du gouvernement font les vices et les vertus des nations (D'ALEMBERT Éloges, Montesquieu.)

10. Nature humaine, ou, simplement, nature, la totalité des conditions physiques et morales de l'être humain. La nature pâtit à la vue d'un grand péril. Les besoins de la nature.

Ceux qui sont dans le déréglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature, et ils la croient suivre (PASC. Pens. VI, 4, éd. HAVET.)

Il pourrait sembler au premier abord que la voix commune de la nature, qui désire toujours ardemment la vie, devrait décider cette question [si une longue vie est désirable] (BOSSUET Yol. de Monterby.)

Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant, ni de forcer la bassesse de notre nature (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Mais je crois bien en vérité Qu'en lui, tout comme en moi, souffrit dame nature (DANCOURT Céphale et Procris, I, 2)

Nature, tu frémis... terreur d'un autre monde, Abîme de l'éternité (SAURIN Beverlei, V, 5)

Alphabet de nature, alphabet considéré et distribué d'après les mouvements des organes de la parole, glotte, voile du palais, langue, dents, lèvres.

Fig. Les cinq sens de nature, toutes les forces dont on dispose.

M. le duc d'Orléans lui avait dit franchement [à Mme de Saint-Simon] qu'il y faisait [à sa nomination de dame d'honneur] tous ses cinq sens de nature (SAINT-SIMON 273, 188)

(On dit d'ordinaire mettre et non faire les cinq sens de nature.)

On dit qu'un homme est ennemi de nature, quand il se plaît à faire du mal à soi et à autrui, ou quand il condamne toute sorte de divertissements.

Forcer nature, vouloir faire plus qu'on ne peut.

La nature humaine, signifie aussi le genre humain.

Vous voulez un grand mal à la nature humaine ? - Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine (MOL. Mis. I, 1)

La nature raisonnable, l'espèce humaine considérée en tant que douée de raison.

C'était la véritable grandeur de la nature raisonnable, lorsque, sans avoir besoin des choses extérieures.... elle faisait sa félicité par la seule innocence de ses désirs (BOSSUET Sermons, l'Honneur, 1)

11. La condition de l'homme telle qu'on la suppose antérieurement à toute civilisation. L'homme dans l'état de nature.

Ah ! que dirait maître Pangloss, s'il voyait comme la pure nature est faite ? Tout est bien, soit ; mais j'avoue qu'il est bien cruel d'être mis à la broche par des Oreillons (VOLT. Candide, 16)

Enfant de la nature, il est libre, bon et rude comme elle (AL. DUVAL Menuis. de Livonie, II, 5)

Le frère d'Amélie s'était endormi l'homme de la société, il se réveillait l'homme de la nature (CHATEAUBR. Natch. livre II)

Dans l'état de nature.... l'homme exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons, ne parlait point, mais criait, murmurait ou grognait, selon ses affections du moment (P. L. COUR. 9e lettre au censeur.)

Familièrement. Être dans l'état de pure nature, être tout nu.

12. Ce qui appartient d'origine à l'être humain, par opposition à coutume.

Elle [la coutume] contraint la nature, et quelquefois la nature la surmonte, et retient l'homme dans son instinct, malgré toute coutume, bonne ou mauvaise (PASC. Pens. III, 4)

J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature (PASC. ib. III, 13)

13. Terme de théologie. Nature, l'état naturel de l'homme par opposition à l'état de grâce. Le baptême fait passer l'homme de l'état de nature à l'état de grâce.

La foi chrétienne ne va principalement qu'à établir ces deux choses : la corruption de la nature et la rédemption de Jésus-Christ (PASC. Pens. IX, 1)

Qui ne confesserait pas devant Dieu, dans l'humiliation de son âme, que vraiment notre maladie est extrême, et que les plaies de notre nature sont bien profondes ? (BOSSUET 1er sermon, Pentec. 1)

La nature, quoique impuissante, n'a jamais été sans flatteurs, qui l'ont enflée par de vains éloges, parce qu'en effet ils ont vu en elle quelque chose de fort excellent ; mais ils ne se sont point aperçus qu'il en était comme des restes d'un édifice autrefois très régulier et très magnifique (BOSSUET ib.)

Dompter par la pénitence la délicatesse des sens et de la nature (BOSSUET Bourgoing.)

Si, depuis la chute de la nature, tout ce qui est en nous ou autour de nous est pour nous un nouveau péril (MASS. Carême, prière 1)

13. La loi de nature, se dit par opposition à l'ancienne loi et à la loi de grâce.

14. La constitution du corps vivant, le principe qui le soutient. La nature commence à s'affaiblir en lui. Une nature défaillante. La médecine tantôt aide la nature, tantôt la laisse agir.

Des douleurs vives et longues tout ensemble.... les forces de la nature usées par le soin même qu'on prend de la soutenir (FLÉCH. Dauphine.)

Il [Hercule] conserva, par l'ordre de Jupiter, cette nature subtile et immortelle, cette flamme céleste qui est le vrai principe de vie et qu'il avait reçue du père des dieux (FÉN. Tél. XV)

Ceux qui parlent de médecine font souvent de la nature une espèce d'être moral qui a des volontés, qui supporte impatiemment la contradiction, qui a quelquefois assez de sagacité pour sauver le malade et bien diriger ses efforts, mais qui, malgré les bonnes intentions qu'on lui suppose, est sujet à se tromper presque aussi souvent que les médecins (CONDORCET Tronchin.)

Nature médicatrice, ensemble des actions dérivant des propriétés inhérentes aux tissus et aux humeurs, qui font qu'un organe lésé dans de certaines limites revient peu à peu à son état naturel.

15. La complexion, le tempérament de chaque individu. Il est de nature bilieuse, sanguine. Sa nature est sèche, robuste.

16. L'ensemble des sentiments innés.

Avant que la raison, s'expliquant par la voix, Eût instruit les humains, eût enseigné des lois, Tous les hommes suivaient la grossière nature (BOILEAU Art p. IV)

Pour moi, loin des cités, sur les bords du Permesse, Je suivais la nature, et cherchais la sagesse (VOLT. 6e disc.)

Jamais la nature ne nous trompe ; c'est toujours nous qui nous trompons (J. J. ROUSS. Ém. III)

Sorte de constitution morale qui nous fait discerner plus par sentiment que par raison le bien et le mal. La nature nous donne les premières notions du juste et de l'injuste. Crime qui fait frémir la nature.

Il se faut entr'aider ; c'est la loi de nature (LA FONT. Fabl. VIII, 17)

Rois, vous foulez aux pieds les droits de la nature ! (GILB. Au prince de Salm.)

Nous avons oublié la nature et ses lois ; Les cris des préjugés ont fait taire sa voix (M. J. CHÉN. Fén. III, 2)

17. Une certaine disposition ou inclination de l'âme. Une nature heureuse. Il est enclin de sa nature à tel vice.

Il y a des coups de miséricorde et de grâce qui renversent la nature la plus fière (FLÉCH. Serm. t. I, p. 291)

Vos inégalités ne viennent que d'une légèreté de nature (MASS. Carême, Inconst.)

Malgré les frémissements secrets de votre nature, accoutumez votre délicatesse à ces oeuvres de religion (ID. Panégyr. Ste Magdeleine)

La partie morale chez les animaux. La nature fidèle du chien.

De nature, par une condition essentielle à l'être. Le singe est malicieux de nature. Il est bien âne de nature, qui ne sait lire son écriture.

Par nature, même sens.

Envieux par nature, et brigands par métier, Ils vendent l'infamie à qui la veut payer (M. J. CHÉN. la Calomnie.)

18. L'ensemble des affections du sang, de la famille. Pour aimer un mari l'on ne hait pas ses frères.

La nature en tout temps garde ses premiers droits (CORN. Hor. III, 4)

La nature est trop forte, et ses aimables traits, Imprimés dans le sang, ne s'effacent jamais (CORN. Poly. V, 3)

La nature et l'amour ont leurs droits séparés ; L'un n'ôte point à l'autre une âme qu'il possède (CORN. Rodog. IV, 3)

Qu'un père vous ait aimé, c'est un sentiment que la nature inspire (BOSSUET Louis de Bourbon)

La nature pour lui n'est plus qu'une chimère (RAC. Théb. II, 3)

La nature à mes yeux n'est rien que l'habitude (VOLT. Fanat. IV, 1)

Ce n'est pas aux tyrans à sentir la nature (VOLT. Mérope, IV, 2)

La nature en mon coeur est toujours entendue (VOLT. Oreste, I, 3)

19. Sorte, espèce. Considérer, quand on plante, la nature du terrain.

....Une grande offense est de cette nature Que toujours l'offenseur impute à l'offensé Un vif ressentiment dont il le croit blessé (CORN. Rodog. I, 7)

Car enfin cet effet est de telle nature Que sa source en doit être à nos yeux toute pure (CORN. Perthar. II, 5)

Un prêtre de Tyane alla demander à ce faux prophète Alexandre si les oracles qui se rendaient alors à Claros, à Delphes, étaient véritablement des réponses d'Apollon ; Alexandre eut des égards pour ces oracles qui étaient de la nature du sien (FONTEN. Oracl. II, 3)

La chaîne du couchant appartient aux montagnes de Judée ; moins élevée et plus inégale que la chaîne de l'est, elle en diffère encore par sa nature (CHATEAUBR. Itin. 3e part.)

Terme d'alchimie. Nature fuyante au feu, le mercure.

20. Nature se dit des opérations, des productions de la nature, par opposition à celles de l'art. L'art perfectionne la nature.

Ô maison d'Aristippe, ô jardins d'Épicure, Vous qui me présentez, dans vos enclos divers, Ce qui souvent manque à mes vers, Le mérite de l'art soumis à la nature (VOLT. Ép. 76)

J'avais vu les grands fleuves de l'Amérique avec ce plaisir qu'inspirent la solitude et la nature (CHATEAUBR. Itin. 3e part.)

21. La nature soit physique soit morale considérée comme modèle des arts d'imitation.

Que la nature donc soit votre étude unique (BOILEAU Art p. III)

La nature, féconde en bizarres portraits, Dans chaque âme est marquée à de différents traits (BOILEAU ib.)

Racine est presque toujours dans la nature, et Corneille n'y est presque jamais (VOLT. Lett. Laharpe, 22 janv. 1773)

Démontrez-leur qu'il est faux, ainsi qu'ils le prétendent, que toute nature soit belle, et qu'il n'y ait de laide nature que celle qui n'est pas à sa place (DIDER. Lett. sur les sourds et muets.)

22. Particulièrement, en peinture et en sculpture, l'objet réel qu'on se propose de représenter.

Quelqu'un n'a-t-il point vu Comme on dessine sur nature ? (LA FONT. Cas.)

Que dirait-on d'un peintre qui ne représenterait les hommes que comme ils sont faits communément, petits, mal tournés, mal proportionnés, de mauvais air ? Ce serait là pourtant la nature (FONTEN. Réfl. poét. Oeuv. t. V, p. 144, dans POUGENS)

Si vous prenez des natures énormes, que votre scène soit presque immobile ; si vous prenez des natures petites, que votre scène soit tumultueuse et troublée (DIDER. Salon de 1767, Oeuv. t. XIV, p. 63, dans POUGENS)

Peindre d'après nature, peindre d'après les objets mêmes qu'on veut représenter.

D'un côté du tableau c'est Madame Royale peinte en miniature.... vis-à-vis de la princesse est le jeune prince, beau comme un ange, d'après nature aussi (SÉV. 372)

Fig. D'après nature, conformément à la réalité.

Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature (MOL. Critique, 7)

Voilà ce qui s'appelle un ris d'après nature (REGNARD le Distr. I, 4)

Belle nature, en termes d'art et de poésie, la nature imitée seulement dans les objets agréables à l'oeil, à l'imagination, à l'oreille.

Nature idéale, celle dont le modèle absolument parfait n'existe que dans l'imagination de l'artiste.

Figures plus grandes, plus petites que nature, figures qui sont au-dessus, au-dessous des proportions naturelles.

Les dieux d'Homère sont des hommes plus grands et plus forts que nature, soit au physique, soit au moral (MARMONTEL Élém. litt. Oeuv. t. VIII, p. 371, dans POUGENS)

Figures de demi-nature, ou figures demi-nature, figures qui n'ont que la moitié des proportions naturelles.

Nature morte, se dit des animaux tués et, particulièrement, du gibier, dont l'imitation exclusive forme un genre particulier de peinture. Ce sont des natures mortes. Peintre de nature morte.

Nature s'emploie quelquefois adjectivement dans le langage familier. Comme cela est nature ! c'est-à-dire comme cela est naturel !

23. Les parties qui servent à la génération, surtout dans les femelles des animaux. La nature d'une jument.

Nature de baleine, nom donné quelquefois au sperma ceti.

24. État matériel de certaines choses, par opposition à l'argent qu'elles peuvent valoir.

Une dîme qui se lèverait en nature sur la récolte (J. J. ROUSS. Pologne, 11)

Payer en nature, payer avec les productions naturelles du sol.

25. Terme de métallurgie.

Prendre nature, se dit de l'acier qui, dans les fours à puddler, est rouge, poreux et à l'état naissant (Comptes rendus, Acad. des sc. t. LII, p. 632)

26. Terme de musique. Chanter par nature, se disait pour passer de bémol en bécarre, parce que l'on quitte le bémol pour la note naturelle.

27. Boeufs de nature, expression impropre dont on se sert pour caractériser les animaux de l'espèce bovine plus aptes à être soumis à l'engraissement qu'au travail.

Diamant de nature, voy.

DIAMANT

.

28. En cuisine, boeuf nature, côtelettes nature, c'est-à-dire sans sauce, sans apprêt.

29. Contre nature, loc. adv. D'une manière contraire à l'ordre moral, aux sentiments. Il est contre nature qu'un père persécute ses enfants.

Vice contre nature, la pédérastie.

PROVERBES

L'habitude est une seconde nature.

L'accoutumance est une autre nature.

Nature passe nourriture, ou, inversement, nourriture passe nature, c'est-à-dire que tantôt la nature prévaut sur l'éducation, tantôt l'éducation sur la nature.

HISTORIQUE

XIIe s.N'i [en une belle femme] perdi pas nature ses uevres [oeuvres] ne son tans (Sax. V)

XIIIe s.Aristotes dit que nature est cele par cui totes choses se muevent ou se reposent par eles meismes (BRUN. LATINI Trés. p. 148)Il vont tousjours touz nuz ; mais il cueuvrent leur nature d'un pou de drap (MARC POL p. 608)Et ma dame truis [je trouve] de merci si dure, Qu'a peu je di qu'en son cuer faut nature (EUST. LEPEINTRE dans Couci)Quant la saison du douz temps s'asseüre, Que toute riens à sa douce nature Vient et retrait, se trop n'est de malaire (ib. p. 125)Mais ele par estoit de si fine nature.... (Berte, XLII)

XIVe s.Regardez ces banieres en ce champ venteler ; Veez la fleur de lis qui vous vient visiter ; à vo droite nature pensez de retourner (Guesclin. 21104)Toutes choses ont en elles par nature une chose divine (ORESME Eth. 223)À les considerer [les vices] en tant comme il ont nature de mal, et vertu en tant comme elle a nature et raison de bien (ORESME ib. 52)Et pour ce que telz habiz [habitudes] sont vers choses singulieres et sensibles, il semble que l'en les ait de nature (ORESME ib. 181)Dieu et nature ne font riens pour nient (H. DE MONDEVILLE f° 12)

XVe s.Et tu me veux maintenant murdrir : il te vient de mauvaise nature (FROISS. II, III, 13)Un grand tyran, et meneur de compaignies de gens d'armes, ennemy de Dieu et de nature humaine (Boucic. III, 22)Et parleray premierement des bestes doulces qui viandent, pour ce que elles sont plus gentilz et plus nobles, et premierement du cerf et de toute sa nature (GASTON PHOEBUS Livre de chasse, prol.)

XVIe s.Mais c'est l'erreur des oeuvres de nature : Longtemps le beau sur la terre ne dure (DESPORTES Épitaphes, Diane, Complainte.)On luy fera boire une drachme de nature de baleine dissoute en eau de buglosse (PARÉ X, 2)Ce sont natures belles et fortes qui se maintiennent au travers d'une mauvaise institution (MONT. I, 147)Nostre mere nature (MONT. I, 200)Si tout le papier que j'ay autrefois barbouillé pour les dames estoit en nature (MONT. I, 293)Homme de bonne et doulce nature (AMYOT Lyc. 8)Voilà comment les grandes natures ambitieuses, ne pouvant tenir moyen et se garder d'exceder en trop ès gouvernemens des choses publiques, sont souventefois plus cause de mal que de bien (AMYOT Agés. 11)À chascun plaist le sort de sa nature (LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 226)Nature a produit à toute beste son ennemi (LEROUX DE LINCY ib. p. 352)Nature fait chien chasser (LEROUX DE LINCY ib.)Nature ne puet mentir (LEROUX DE LINCY ib.)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. espagn. et ital. natura ; du lat. natura, qui vient du radical na, pour gna, sanscr. jan, lat. gignere, du suffixe turus, tri, tor, qui fait des noms d'agent ; natura signifie donc l'engendrante, la force qui engendre.

NATURÉ, ÉE (adj.)

Terme de la philosophie de Spinosa. Nature naturée, la nature considérée dans son état passif, par opposition à nature naturante.

 
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Nature

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Pour les articles homonymes, voir Nature (homonymie). 

Gold creek en Alaska
Gold creek en Alaska

La Nature a deux sens fondamentaux : la matière d'une chose (ce qu'elle est, son essence) et le devenir d'une chose dans sa spontanéité (libre d'une fin, la nature humaine).

Au sens commun la Nature est l'ensemble du milieu naturel de la Terre et des forces qui l'habitent, les êtres humains, les forêts, les airs, les mers, le monde minéral, végétal et animal.

Devant la perte continue de la biodiversité au cours des dernières décennies, la protection des milieux naturels et la demande d'un développement durable sont devenues des priorités pour une grande partie des citoyens des pays industrialisés.

Sommaire

  • 1 Nature et philosophie
  • 2 Nature et culture
    • 2.1 Les deux sens du mot culture en français
    • 2.2 L’opposition nature/culture comme outil analytique
    • 2.3 Remise en cause de cette dichotomie
  • 3 Hypothèse Gaïa
  • 4 Citations
  • 5 Voir aussi

Nature et philosophie

Article détaillé : Philosophie de la nature.

Dans l'usage courant, la nature est souvent déifiée en tant qu'elle manifesterait une volonté.

Dans la préhistoire, dans le monde grec (pensons à Vulcain, Neptune,...), chez les vikings (Thor), nombreuses ont été les divinités que l'on invoquait pour calmer la colère divine. Le soleil, symbole d'une lumière éternelle, fut souvent choisi comme objet de culte, comme dans l'Égypte antique, ou chez les Incas.

Après Galilée et Descartes, une nouvelle représentation du monde apparut. L'époque moderne a inventé la liberté de pensée mais cette émancipation partielle de l'humanité n'a pas pour autant libéré les esprits de la superstition. La conception populaire d'une déification de la nature a pris une emphase toute particulière depuis qu'il est possible de parler publiquement d'athéisme.

Pour illustrer cette confusion régnante, force est de constater que même dans le matérialisme un fond de superstition est encore très présent : Voltaire ne croyait-t-il pas en un dieu créateur, qui aurait abandonné l'humanité à son triste destin ? Cette croyance, appelée déisme, conduisit à une déification de la raison et au culte de l'Être suprême.

La Nature est l'ensemble du réel ignorant les modifications apportées par l'homme, elles-mêmes qualifiées d'artificielles. La nature est en ce sens ce qui ne subit pas la mise en forme d'une finalité humaine technique. C'est dans cette optique qu'existent certains produits qualifiés de « naturels » (ou biologiques), leur production n'ayant pas nécessité de produits « inventés » par l'homme (par exemple un fruit sera dit « naturel » lorsqu'il aura été produit sans l'aide d'insecticide ou de transformation génétique). Cette distinction sous-entend une séparation entre l'homme et la nature sur le critère de l'intention.

La nature définit également l'ensemble des caractères fondamentaux qui définissent la personnalité physique ou morale d'un être. En ce sens nature est synonyme d'essence.


Jusqu’à l'apparition de la conception moderne de la science (Galilée), l’idée de nature est associée à celle d’une transcendance divine, extérieure à l’homme. La nature est alors présentée comme un livre, elle est un accès à l’écriture. « Même le plus ignorant lit dans le monde » dit Saint Augustin. L’idée sous-jacente est que la nature ne fait rien au hasard, mais est sous un commandement divin.

Avec l’âge classique au XVIIe siècle, et la naissance de la science moderne avec Galilée, on assiste à l’invention de la nature telle que nous la connaissons. Cette invention est le résultat de la croyance de beaucoup de philosophes des XVIIe et XVIIIe siècle, selon lesquels la nature était gouvernée par une loi universelle, la gravitation. Le monde connu s'étend alors au système solaire dont on connaît les "lois" d'évolution. On perçoit une extension des limites du monde connu à d'autres planètes. Cette conception mécaniste eut comme corollaire une évolution de la sensibilité esthétique. La méthode expérimentale permit de faire progresser la connaissance de l’histoire « naturelle » (i.e. des sciences naturelles). Ce qui a fait dire à Merleau-Ponty que « le changement de l’idée de nature a permis sa découverte ».

L’intervention divine devient alors plus abstraite, confinée au mystère de la foi. Descartes et Spinoza rejettent le finalisme divin (et aristotélicien) de la nature. Une nouvelle conception de l’homme apparut au XVIIIe siècle, un homme qui s'appuie davantage sur la raison et sur l'expérience pour comprendre le monde. La notion même de métaphysique s'estompe presque complètement au XIXe siècle, submergée par les idéologies.

Cette conception de l'homme est donc tardive en occident, mais également inédite dans l’histoire du monde. Les sciences humaines n’héritent pas d’un domaine vacant car l’ « homme n’existait pas ». Pourtant, certaines formes d'empirisme ne rejettent pas la notion de foi et de religion, au contraire : la méthode expérimentale du physicien et chimiste irlandais Robert Boyle, par exemple, s'appuie sur une foi vécue dans l'expérimentation scientifique

La notion de nature porte donc en elle des questions philosophiques, à travers les rapports que l'homme entretient avec le milieu naturel, et ses conceptions de la vie sociale.

Nature et culture

Voir aussi :

  • Culture
  • Culture et nature

La notion de nature renvoie à l’idée d’un domaine ayant ses propres principes de développement, hors de l’action de l’homme. L’idée de nature n’est pas suffisante. Pour qu’il y ait dichotomie, il faut qu’il y ait société. L’esquisse de ce dualisme se transforme avec l’avènement de la notion de culture.

Les deux sens du mot culture en français

La notion de culture recouvre deux sens :

Le premier correspond à l’idée de civilisation. Cette idée est aussi ancienne que l'histoire de l'humanité, mais a trouvé une nouvelle signification avec la Philosophie des Lumières. Dans ce sens, la culture est le trait distinctif de l’espèce humaine, associé à ses savoirs et savoir-faire. Cette conception française de la culture serait plutôt individualiste (pensons au rêveries d'un promeneur solitaire de Rousseau).

Le second est le sens allemand, émergeant sous l’influence du romantisme. La culture est la configuration particulière de croyances coutumières, traits matériels, organisations sociales… elle est une totalité singulière, une sphère autonome incommensurables avec d’autres totalités. Cette conception plus collective s'oppose à la concepton française.

Dans les Mots et les Choses, Michel Foucault définit l’anthropologie comme l’étude des rapports entre la nature et la culture. Globalement on peut appréhender cette question en distinguant les anthropologies matérialistes et les anthropologies symbolistes.

Les anthropologies matérialistes s’intéressent aux fonctions structurantes de la vie matérielle. L’idée sous-jacente est que la nature est un déterminant de base : elle y est définie en terme ethnocentrique, comme étant le moteur de la vie sociale. On y trouve l’anthropologie marxiste des années 1970 en France, pour laquelle la nature est une donnée brute qui peut être appropriée ou transformée, et l’environnement naturel est une précondition de l’environnement économique. On trouve aussi la sociobiologie et l’écologie culturelle, entre lesquelles on souligne un certain parallèle puisque pour les deux, la cause ultime des comportements revient au champ de la nature. Dans tous les cas, pour les anthropologies matérialistes, la culture est une forme particulière d’adaptation à une nature qui serait partout un élément déterminant et conditionnant.

Les anthropologies symbolistes s’intéressent aux caractères symboliques de la vie sociale. Elles mettent l’accent sur les aptitudes des hommes à créer un monde de signification et d’intentionnalités dépendant des déterminations brutes de la nature.

Dans Anthropologie Structurale 2, Lévi-Strauss dit que l’anthropologie est la discipline qui pense la relation entre la nature et la culture. La dichotomie nature / culture soulevée, l’opposition nature / culture suggère deux possibilités. Soit la culture est ce qui donne un sens à nature (la culture impose sa signification à la nature). Soit la nature détermine les rapports sociaux (la nature donne forme à la culture).

  • Jean-Marc Rouvière, Brèves méditations sur la création du monde, Paris L'Harmattan, 2006.

L’opposition nature/culture comme outil analytique

La dichotomie nature / culture utilisée comme outil analytique est en partie dérivée de Claude Lévi-Strauss. Il l’a notamment utilisé comme opérateur central pour décoder les mythologies. Celui-ci a été reconnu pertinent par les ethnologues de ces sociétés amérindiennes. La mythologie retrace la construction de la nature sur un fond initial d’indifférenciation culturelle. (Ainsi dans les mythes amérindiens, au début les animaux et les hommes avaient la même apparence). Chez Lévi-Strauss, l’opposition, là où elle est pertinente, c’est-à-dire dans les mythes, n’est qu’une façon de mettre une étiquette sur des contrastes.

L’écologie culturelle donne un crédit illimité à la nature. L’anthropologie structurale, à ce propos, n’oppose pas une forme d’idéalisme mais aussi un naturalisme, mais un naturalisme de principe. Lévi-Strauss n’a jamais varié dans l’idée que la nature conditionne les opérations intellectuelles, la nature devenant donc une construction empirique. L’étude naturaliste doit permettre de comprendre la structure des groupes culturels. Ce qui intéresse Lévi-Strauss est de rendre compte de la manière dont l’esprit opère dans des contextes culturels et géographiques distincts (ex : les Mythologiques). La mythologie révèle dans une forme épurée les opérations d’un esprit qui n’est plus condamné à mettre en ordre, mais qui peut « jouer » avec les règles de fonctionnement de la pensée.

Remise en cause de cette dichotomie

La dichotomie nature / culture est une spécificité culturelle occidentale récente, et qui ne fait pas sens partout. Ce paradigme n’est pas simplement un outil analytique parmi d’autres, il est aussi la clef de voûte de l’épistémologie moderne. Ainsi Descola distingue quatre « modes d’identification » qui sont le totémisme, l’animisme, l'analogisme et le naturalisme. Seule la société naturaliste (occidentale) produit cette frontière entre soi et autrui à travers l’idée de « nature ». La nature serait ce qui ne relève pas de la culture, ce qui ne relève pas des traits distinctifs de l’espèce humaine, et des savoirs et savoir-faire humains.

Son usage comme outil analytique en ethnologie a parfois été fécond. Toutefois, et Philippe Descola l’a montré dans Par-delà nature et culture (2005), l’idée de nature est étrangère a de nombreuses sociétés.

Hypothèse Gaïa

L'hypothèse Gaïa est la théorie initialement avancée par James Lovelock en 1969, mais également évoquée par Johannes Kepler plus tôt, selon laquelle la totalité de la matière terrestre vivante sur Terre (ou sur toute planète sur laquelle la vie s'est développée) fonctionne comme un vaste organisme (appelé Gaïa (voir aussi Théories Gaïa), d'après le nom de la déesse grecque), possédant une autorégulation qui adapte en permanence la planète à ses besoins. La notion de biosphère énoncée par Vernadsky en 1924 allait déjà dans ce sens.

Citations

  • "Les hommes sont la nature prenant conscience d'elle-même." Frantisek Kupka

"L'homme est la nature prenant conscience d'elle-même." Elisée Reclus

Voir aussi

  • Humanité
  • Philosophie de la nature
  • Organisation de protection de la nature
  • Écologie
  • Écologie politique
  • Écologisme
  • Biodiversité
  • Hypothèse Gaïa
Récupérée de « http://fr.wikipedia.org../../../n/a/t/Nature.html »

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