Pharaon
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Bien plus qu'un roi, le pharaon était à la fois l'administrateur principal, le chef des armées, le premier magistrat et le prêtre suprême de l'Égypte antique. Il se dit fils des dieux et favori d'Amon-Rê.
D'après l'historiographie égyptienne, la royauté fut créée par le démiurge qui la transmit aux dieux ses successeurs, puis à des créatures divines, les suivants d'Horus qui, dans les listes royales, précèdent immédiatement les rois historiques. Donc, Pharaon avait une mission à remplir : mettre en œuvre la règle de Maât sur terre c'est-à-dire assurer l'harmonie entre les hommes et le ciel, être garant de la morale de son peuple, contribuant ainsi à assurer son éternité et la prospérité de l'Égypte. Maintenir l'ordre du monde (Maât) et combattre le Mal (Isfet) sous toutes ses formes, c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être de ses sujets et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte au clergé qu'il supervise.
Il revenait à Pharaon de choisir seul la politique à mener. Comme pour le culte, il déléguait l'exécution de ses décisions à une cohorte de scribes, de conseillers et de fonctionnaires :
- au(x) vizir(s), sorte de premier ministre, de faire exécuter ses décisions et rendre la justice en son nom ;
- au général des armées d'organiser et de mener les campagnes militaires qu'il décide ;
- au grand prêtre de veiller aux rites et de gérer les biens du clergé ;
- aux scribes de répertorier les décrets, les transactions, les récoltes ;
- au simple prêtre de rendre hommage aux dieux en ses lieu et place.
Sommaire
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Étymologie
| Per-aâ | ||
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| pr-ˁȝ |
Le mot français « pharaon » dérive du grec pharaô (Φαραώ), mot introduit dans cette langue par la traduction en grec de la Bible. Il dérive de l'ancien égyptien per-aâ (en transcription scientifique).
Ce mot désignait à l'origine le palais royal (en tant qu'institution) et signifiait « la grande (ˁȝ) maison (pr) » ; il n'a pris le sens de « souverain d'Égypte » qu'à partir du Nouvel Empire.
Sur le papyrus Westcar (5,2), on trouve
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« celui de la plus grande des maisons », à moins que le dernier signe ne soit le déterminatif[2].
Quoi qu'il en soit, l'expression per-aâ, au sens de « pharaon », est utilisée vers l'an XII du règne conjoint de la reine Hatchepsout-Maâtkaré et de son neveu, Thoutmôsis III-Menkhéperrê[3] Elle est ensuite employée pour désigner Thoutmôsis seul.
Jean-François Champollion fut le premier à se servir du mot en dehors du contexte biblique et ce, bien avant sa lettre à M. Dacier. Il ne trouvera toutefois jamais l’équivalence entre per-aâ et pharaon.
Les pharaons portaient une titulature composée de cinq noms, titulature complexe apparue au cours de l'Ancien Empire.
Pour les anciens Égyptiens, le nom (ren) est ce qui donne vie à la chose qu'il désigne. On comprend donc aisément l'importance qu'attachaient les pharaons aux noms qui les désignaient et l'acharnement avec lequel ils firent marteler ceux d'un prédécesseur honni. Aux premiers temps de l'institution pharaonique, alors que la titulature royale ne comportait qu'un seul élément, le nom d'Horus, celui-ci était inscrit à l'intérieur d'un serekh représentant le palais du roi et pouvant être interprété comme un symbole de protection magique. Par la suite, avec l'apparition de la titulature complète, les deux derniers noms royaux étaient protégés par le cartouche, ovale magique qui représentait à l'origine une corde nouée à l'une des extrémités[4], le serekh étant réservé au nom d’Horus dans les grandes inscriptions dédicatoires arrangées en colonnes.
Par ailleurs, le roi était encore appelé « Sa Majesté » (Hemef
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Le nom du roi est également souvent suivi d'une formule commune Doué de vie comme Rê qui se retrouve dans un grand nombre de textes et d'inscriptions:
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Exemple de Titulature
Titulature de Sésostris Ier :
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L'Horus Ânkhmessout.
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Celui des deux maîtresses Ânkhmessout.
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L'Horus d'Or Ânkhmessout.
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Le Roi de Haute et Basse Égypte Kheperkarê, doué de vie comme Rê.
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Le Fils de Rê Sésostris doué de toute vie, tout pouvoir, toute stabilité et toute santé, vivant éternellement.
Histoire
Il est bien difficile de dater avec précision les débuts de l'histoire pharaonique, tant les témoignages de cette période sont peu nombreux et se confondent avec l'aube de l'Histoire (et donc de l'écriture). La tradition égyptienne faisait de Ménès (Narmer en grec) l'unificateur du pays (alors divisé en deux royaumes) et le premier des pharaons humains après le règne des suivants de Horus. Des témoignages archéologiques, comme la palette de Narmer, semblent confirmer l'unification du pays aux alentours de –3100, mais les égyptologues pensent que l'institution pharaonique pourrait lui être antérieure.
Le dernier pharaon autochtone est Nectanébo II (-358/-341) de la XXXe dynastie. Les empereurs romains s’affirmeront les successeurs légitimes des pharaons, mais on s'accorde à dire que l'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernier Lagide, Césarion (Ptolémée XV), le fils de César et Cléopâtre.
Chronologie
La première chronologie fut établie par un prêtre égyptien hellénisé, Manéthon, à qui Ptolémée II (-282/-246) avait demandé de rédiger en grec une histoire de l'Égypte.
Il en subsiste des abrégés fournissant une liste de rois classés en trente et une dynasties, regroupées de la période thinite à la Basse Époque. Notons que les critères de la classification de Manéthon ne nous sont pas connus, mais qu'en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui que nous pratiquons en Occident.
Dans les livres consacrés à l'Égypte ancienne, on peut trouver quelques incohérences dans les dates de règnes, dues essentiellement à la méthode de datation utilisée par les anciens Égyptiens.
Les Égyptiens divisaient l’année en trois saisons : Inondation (Akhet), Germination (Peret) et Chaleur (Shemou), suivies de cinq jours supplémentaires ou épagomènes. Chaque saison comptait quatre mois de trente jours chacun. À l’origine, le début de l’Akhet coïncidait avec le lever héliaque de Sothis qui a lieu, d’après le calendrier julien, le 19 juillet. Toutefois, étant donné que l’année solaire compte 365 jours et six heures – et non 365 jours -, cette différence de six heures entraîna un décalage croissant entre l’année civile et l’année solaire : de telle sorte que la saison Akhet débuta à plusieurs reprises en hiver. Il s'y ajoute que les Égyptiens n’employaient pas de datation absolue. Les événements étaient datés d’après les années de règne de pharaon, p. ex. an 2, 3e mois de l’Akhet, 2e jour sous la Majesté du roi Untel.
Heureusement pour nous, tous les 1460 ans, le début de l’année civile égyptienne (le 19 juillet dans le calendrier julien) coïncide avec le lever héliaque de Sothis, c’est-à-dire l’apparition de l’étoile au lever du soleil. Cette coïncidence frappa les Égyptiens, qui la consignèrent, notamment en +139. Cette dernière date sert de repère et permet ainsi une datation absolue des règnes : en l’an 9 d’Amenhotep Ier par exemple, il y eut aussi coïncidence du début de l’année civile et du lever héliaque de Sothis ; l’an 7 correspond donc à -1545.
Il n’empêche que l’établissement d’une datation absolue constitue un vrai casse-tête pour les égyptologues : en effet, au Moyen Empire, l'an 1 d'un roi correspondait au début l’année civile qui suivait son avènement ; au Nouvel Empire l'an 2 du règne commençait 365 jours après le jour de l'avènement ; et enfin, à la Basse Époque, il commençait le jour du lever héliaque de Sothis suivant l'avènement, l'an 1 du règne pouvant être ainsi réduit à quelques jours.
Obs. : - L'orthographe des noms est différente selon que l'on translittère les hiéroglyphes ou que l'on utilise le nom donné par les Grecs. Par exemple, le pharaon Amenhotep (nom transcrit de l'égyptien ancien) est identique à Aménophis (nom grec). De plus, dans certains noms, il y a une antéposition honorifique du nom du dieu, mais l'habitude fait que l'on conserve également le nom sans antéposition tel que connu des premiers égyptologues ; ainsi, Raneb et Nebrê sont le même personnage, un roi de la IIe dynastie.
Liste des pharaons
Il est impossible de dresser une liste exacte des rois qui se sont succédé sur le trône d'Égypte durant 3000 ans, tant les informations qui nous sont parvenues sont fragmentaires. De plus, il existe des différences chronologiques entre les sources égyptiennes, ce qui explique pourquoi, dans les listes des souverains établies par les égyptologues, certains règnes se chevauchent au lieu de se suivre. Pour finir, certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes dans la chronologie, parfois volontaires, les Égyptiens ayant eu une conception de l’historiographie différente de la nôtre.
Malgré cela, la plupart des pharaons, et, semble-t-il, les plus importants dans l'histoire pharaonique, nous sont assez bien connus.
Les listes suivantes sont basées sur les Aegyptiaca de Manéthon, mises à jour par les découvertes récentes :
- les Pharaons par ordre chronologique ;
- les Pharaons par ordre alphabétique.
Légitimité du pharaon
Rê, le soleil de l'univers et des hommes sur terre, s'est retiré vers le ciel en laissant aux dieux la direction du monde, puis à des rois semi-divins, et enfin à des monarques humains, les pharaons qui sont ses fils et représentants sur terre.
Ce qui fonde la légitimité du pharaon, c'est l'ascendance divine. Selon la mythologie égyptienne, dans le corps du pharaon coulerait un sang divin provenant de son ancêtre, le dieu Horus. La fonction pharaonique est donc de droit divin, et elle se transmet par le sang.
C’est pourquoi l’héritier de la couronne doit être né de la Grande Épouse Royale. Étant elle-même d’ascendance divine, elle permet au futur pharaon d’être, de par sa mère et de par son père, d’origine divine. S’il est issu d’une concubine, il épouse sa demi-sœur née de la Grande Épouse royale. La mythologie fournit d’ailleurs des exemples d’inceste, avec Geb et Nout, ou encore Osiris et Isis. Dans le même ordre d’idées, on signalera certains mariages consanguins entre pharaon et sa fille ou ses filles. De telles unions sont attestées notamment pour Akhénaton et Ramsès II. C’est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste : car c’est bien d’une prérogative qu’il s’agit. En effet, il semble certain que les mariages entre frère et sœur ne sont pas pratiqués par le commun des mortels et que, dans la société civile, les termes « frère » et « sœur », lorsqu’il s’agit d’une union, doivent être perçus au second degré, comme termes d’affection.
Faute d'héritier mâle ou quand le nouveau roi est encore un tout jeune enfant (Thoutmôsis III), la fonction peut échoir à une femme de sang divin (Nitokris, Hatchepsout, Taousert) plutôt qu'à un homme qui ne le soit pas ; elle en est donc dépositaire jusqu'à la transmission à son époux, ce qui ne signifie pas que la légitimité monarchique repose uniquement sur le mariage avec une fille de sang.
Les lignées pharaoniques ne réussirent jamais à perdurer ; elles furent régulièrement interrompues par des envahisseurs ou par des coups d'État. Tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu'elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (les rois de la Ve dynastie, Hatchepsout de la XVIIIe dynastie), un rêve de l'heureux élu (Thoutmôsis IV) au pied du Grand Sphinx, ou un oracle (Horemheb, Alexandre).
Après trente années de règne, le pharaon fêtait son premier jubilé, la Fête-Sed, pour régénérer ses forces et montrer au peuple qu'il était encore capable de gouverner le pays.
La naissance d'un pharaon
Représentée sur des hauts-reliefs du temple de Deir el-Bahari, la naissance divine de la future reine Hatchepsout (XVIIIe dynastie) correspond à une théologie de la royauté fort importante qu'on retrouve plus tard pour Amenhotep III (XVIIIe dynastie) et Ramsès II (XIXe dynastie). Quand Amon désire engendrer son futur héritier terrestre, il s'adresse à Thot, le dieu de la connaissance, et en fait son éclaireur pour s'assurer que la reine Ahmosis, épouse de Thoutmôsis Ier, est digne de porter en son sein le futur pharaon. Puis Amon prend les traits de l'actuel roi :
-
« Alors Amon, ce dieu magnifique, maître des trônes du Double Pays, se transforma et prit l'apparence de Sa Majesté, le roi de Haute et de Basse-Égypte Âakhéperkarê (Thoutmosis Ier), époux de la reine. Il la trouva comme elle dormait dans la beauté de son palais. »
L'accouplement divin intervient alors :
« Après qu'il l'eut approchée étroitement et qu'elle s'extasiait à contempler sa splendeur (nfrw.f) divine, voici que l'amour d'Amon pénétra son corps. Le palais était inondé du parfum du dieu dont toutes les senteurs étaient celles de Pount. […] Paroles dites par Amon, maître des trônes du Double Pays : […] Certes, Khene-met-imen-Hatchepsout (Rejeton d’Amon, Première des Nobles Dames) sera le nom de cette fille que j’ai placée dans ton corps. Elle exercera cette bienfaisante royauté dans ce pays tout entier. »
Puis Amon donne à Khnoum, le potier divin, l'ordre de modeler l'enfant et son ka. Lorsque l'épouse royale accouche de la future reine, elle est entourée d’une ennéade de divinités, disposées en trois rangées de trois. L’enfant est présentée à Amon qui lui promet la royauté terrestre ; il en confie l'allaitement à Hathor, la nourrice divine.
Égyptomanie
D’après Robert Solé, l’Égypte serait une passion proprement française, et l’égyptomanie ferait le bonheur notamment des voyagistes, de quelques auteurs populaires et des maisons d’édition. Il est certain que l'engouement pour la terre des pharaons a assuré à d’aucuns des lendemains qui chantent : tel écrivain, dans une série romancée prétendument historique, chevauche avec succès cette vague d’égyptomanie, malgré
« son style plat comme le désert libyen, ses dialogues télégraphiques, l’érotisme un peu niais qui n’effarouchera pas une chaisière habituée aux talk-shows télévisés, et cette témérité chronologique qui fait cohabiter Ramsès II et Moïse avec Homère[5]. »
Mais heureusement, il y a les égyptologues pour rectifier cette image d’une Égypte en carton-pâte.
Dans les années cinquante et soixante, l'image que le grand public avait des pharaons fut fortement influencée par les péplums hollywoodiens. Dans ces films à grand spectacle, le pharaon incarne un roi tout puissant qui gouverne sans partage, commande à une cohorte de serviteurs et fait travailler une armée d'esclaves pour construire des monuments à sa gloire[6].
Mais même si parfois des pharaons purent se comporter en despotes, on estime que dans leur majorité ils étaient bien loin de ce sombre tableau. Les 3000 ans d'histoire de l'institution pharaonique ont vu défiler sur le trône d'Égypte des hommes et des femmes aux aspirations et aux tempéraments bien différents. Des mystérieux rois bâtisseurs des grandes pyramides de Gizeh, en passant par le pharaon poète Akhénaton ou le légendaire Ramsès II, c'est toute une palette d'individus qui ont laissé leur empreinte dans l'Histoire.
Notes
- ↑ Hans Wolfgang Helck, Die Prophezeiung des Nfr.tj, Kleine ägyptische Texte, Band 2, 2e éd., Wiesbaden, 1992.
- ↑ cf. K. Sethe, Erläuterungen zu den ägyptischen Lesestücken, Darmstadt, 1976, p. 33 : als Ganzes determiniert mit dem Zeichen des Hauses.
- ↑ D’après Christiane Desroches Noblecourt, La reine mystérieuse Hatchepsout, Pygmalion, 2002, p. 134.
- ↑ A. H. Gardiner, Egyptian Grammar, Oxford University Press, 1973, p. 74.
- ↑ F. Lebrette, Figaro Magazine, 17 août 1996 – cité par R. Solé, L’Égypte – passion française, p. 340
- ↑ Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille en 1956.
Photos
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Ramsès II terrasse les ennemis de l'Égypte (temples d'Abou Simbel) |
Ramsès II sur son char (temples d'Abou Simbel) |
Voir aussi
Liens internes
- Aller plus loin :
- les attributs du pharaon,
- la titulature des pharaons, (ensemble des titres portés par pharaon).
- l'Égypte :
- l'Égypte antique,
- l'Égypte d'aujourd'hui.
- Et aussi : Les jeux vidéo Pharaon et Immortal Cities : les Enfants du Nil.
Liens externes
- Désir d'Égypte : Définition du rôle du pharaon
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