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Le dictionnaire des synonymes est surtout dérivé du Crisco ou du dictionnaire intégral (TID).
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définitions

science (n.f.)

1.art, savoir-faire, habileté.

2.ensemble des connaissances vérifiables acquises par l'étude.

 
voir aussi
 
synonymes
 
locutions
 
dictionnaire analogique

science (n. f.)

science (n. f.)

tid

science[ClasseHyper.]

 
le Littré (1880)

SCIENCE (s. f.)

1. Connaissance qu'on a de quelque chose.

Selon divers besoins il est une science D'étendre les liens de notre conscience (MOL. Tart. IV, 5)

La science des choses extérieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale au temps d'affliction ; mais la science de moeurs me consolera toujours de l'ignorance de choses extérieures (PASC. Pens. VI, 41, édit HAVET.)

Il n'y a que la science des choses, c'est-à-dire celle qui a pour but de satisfaire notre esprit par la connaissance du vrai, qui puisse avoir quelque solidité (NICOLE Ess. de mor. traité I, ch. 7)

Fatal présent du ciel, science malheureuse, Qu'aux mortels curieux vous êtes dangereuse ! Plût aux cruels destins, qui pour moi sont ouverts, Que d'un voile éternel mes yeux fussent couverts ! (VOLT. Oedipe, III, 4)

Savoir quelque chose de science certaine, d'une certaine science, le savoir d'une façon tout à fait sûre. Mme de Guémené me dit qu'elle savait de science certaine que le cardinal.

croyait que j'en avais été l'auteur [des barricades] (RETZ II, 147)

Je sais de science certaine que jamais Louis XIV ne fit une réponse si peu convenable [j'ai toujours été maître chez moi, quelquefois chez les autres ; ne m'en faites pas souvenir] (VOLT. Louis XIV, 24)

Parler de quelque chose de science certaine, en parler comme parfaitement informé.

Ce qu'elle vous en dit est assurément vrai ; Je puis vous en parler de science certaine (BOURSAULT Fabl. d'Ésope, I, 3)

De notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, ancienne formule des édits et déclarations du roi.

L'arbre de la science du bien et du mal, l'arbre du paradis terrestre dont Dieu avait interdit les fruits à Adam.

2. Ensemble, système de connaissances sur une matière.

Toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir parfaites ; les anciens les ont trouvées seulement ébauchées, et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues (PASC. Fragm. d'un traité du vide.)

De là vient que, par une prérogative particulière, non-seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier (PASC. ib.)

Nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches (PASC. Pens. I, I, éd. HAVET.)

J'avais passé longtemps dans l'étude des sciences abstraites.... quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences abstraites ne lui sont pas propres, et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en les ignorant (PASC. ib. VI, 23)

Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant ; l'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis (PASC. ib. III, 18)

La science est ou des mots, ou des faits, ou des choses (NICOLE Ess. de mor. 1er traité, ch. 6)

Les sciences ne viennent-elles pas aux savants, comme les richesses viennent à la plupart des gens riches ? n'est-ce pas par voie de succession ? vous héritez des anciens, vous autres hommes doctes, ainsi que nous de nos pères (FONTEN. Dial. 2, Morts mod.)

L'Ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans la science de l'homme (VOLT. l'Ingénu, 14)

C'était une ancienne tradition passée de l'Égypte en Grèce, qu'un dieu ennemi du repos des hommes était l'inventeur des sciences (J. J. ROUSS. Disc. rétabl. des sciences.)

Une science bien traitée n'est qu'une langue bien faite (CONDIL. Oeuvr. t. XXIII, p. 7)

Il n'y a plus qu'un bouleversement général du globe qui puisse éteindre les sciences, les arts, et ensevelir les noms des hommes célèbres qui les ont cultivés (DIDER. Lett. à Falconet, janv. 1866)

Les sciences sont une espèce de grand édifice auquel plusieurs personnes travaillent de concert ; les uns, à la sueur de leur corps, tirent la pierre de la carrière, d'autres la traînent avec effort jusqu'au pied du bâtiment, d'autres l'élèvent à force de bras et de machines ; mais celui qui la met en oeuvre et en place a le mérite de la construction (D'ALEMB. Élém. de philos. ch. 21)

Si l'on ne doit dater l'origine d'une science que du temps où la méthode d'y découvrir la vérité a été développée (CONDORCET Bucquet.)

Ceux qui contribuent par leurs découvertes aux progrès des sciences, et ceux qui les font respecter en les rendant utiles, ont également droit à l'estime des hommes et doivent nous être également chers (CONDORCET Montigni.)

Les sciences, sans bornes comme la nature, s'accroissent à l'infini par les travaux des générations successives (LAPLACE Exp. V, 5)

Moins par sa nature une science renferme de faits, plus tôt elle arrive à la perfection (DESTUTT-TRACY Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. I, p. 391)

Il n'est de véritable science que celle qui n'est point fondée sur l'autorité ; car la science n'est point une croyance, mais une expérience (CAMBACÉRÈS Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 12)

C'est une belle application des sciences exactes que d'avoir su déterminer les dimensions de ce globe que nous habitons, et d'avoir fait de sa grandeur le type invariable d'une mesure universelle (BIOT Instit. Mém. sc. t. III, p. LXXIV)

La science d'une chose est l'ensemble des lois de cette chose (DUHAMEL Méthodes dans les sc. de raisonnement, 1re part. p. 29)

Science de raisonnement, science dans laquelle les vérités pourront être obtenues par le seul raisonnement, en partant de données admises, d'axiomes, de principes primitifs.

3. Savoir qu'on acquiert par la lecture et par la méditation.

Et, c'est mon sentiment qu'en faits, comme en propos, La science est sujette à faire de grands sots (MOL. Femmes sav. IV, 3)

Nous voulons montrer à de certains esprits, Dont l'orgueilleux savoir nous traite avec mépris, Que de science aussi les femmes sont meublées (MOL. ib. III, 2)

Quiconque est riche est tout.... Il a, sans rien savoir, la science en partage (BOILEAU Sat. VIII)

Si la science et la sagesse se trouvent unies en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, j'admire (LA BRUY. III)

Mes amis, une fausse science fait des athées ; une vraie science prosterne l'homme devant la Divinité (VOLT. Dial. XXIV, 10)

Demi-science, science imparfaite, superficielle, bornée.

Nous achevons le Tasse avec plaisir ; nous y trouvons des beautés qu'on ne voit point, quand on n'a qu'une demi-science (SÉV. 67)

Le zèle et la science, voy.

ZÈLE

.

4. Terme de théologie. Science de simple intelligence, faculté par laquelle Dieu se connaît lui-même.

Science de vision, celle qui fait connaître toutes les choses à l'être suprême.

Science moyenne, celle par laquelle Dieu apprécie les conséquences de telle ou telle cause.

La science infuse, celle qui vient de Dieu par inspiration, ou qu'on nous suppose donnée par la nature.

Familièrement. Il croit avoir la science infuse, se dit d'un homme qui se croit savant sans avoir étudié.

5. Connaissance de certaines choses utiles à la conduite de la vie, à celle des affaires.

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos (MALH. VI, 18)

La science des saints, selon le sentiment de tous les Pères, n'est rien autre chose que la science du salut (BOURDAL. Fête des saints, Myst. t. II, p. 445)

Si dans les droits du roi sa funeste science [d'un financier] Par deux ou trois avis n'eût ravagé la France (BOILEAU Sat. I)

Cette défiance Est toujours d'un grand coeur la dernière science (RAC. Brit. I, 4)

J'ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons, De l'infidélité vous tracer les leçons, Ravis d'être vaincus dans leur propre science (RAC. Brit IV, 2)

Faut-il apprendre à feindre ? Quelle science, hélas ! (VOLT. Alz. I, 4)

6. Science du monde.

J'entends ici par la science du monde, l'art de se conduire avec les hommes pour tirer de leur commerce le plus grand avantage possible, sans s'écarter néanmoins des obligations que le monde impose à leur égard (D'ALEMBERT Mélanges, etc. t. V, § 6)

7. La science du coeur, la connaissance des sentiments.

Jusqu'à quel point ils [les romans de notre siècle] ont poussé la science du coeur (FONT. Réfl. poét. 12)

Dans un sens analogue.

Cet incomparable morceau [Moi jalouse ! - Phèdre de Racine] offre une gradation de sentiments, une science de la tristesse, des angoisses et des transports de l'âme que les anciens n'ont jamais connue (CHATEAUBR. Génie, II, III, 3)

Si l'on suivait les détails [de la mort de Clarisse Harlowe], si nous pouvions avoir ici la patience d'un lecteur solitaire, quelle science prodigieuse de douleur n'apercevrions-nous pas dans toutes les nuances par lesquelles le poëte a gradué le désespoir de ses personnages ! (VILLEMAIN Litt. franç. XVIIIe siècle, 1re leçon.)

8. Terme de beaux-arts. Se dit de tout ce qui peut se réduire en règles ou en préceptes.

9. Terme de marine. Ligne de science, ligne qui marque la limite supérieure du doublage en cuivre de la carène.

10. Toute-science, voy. TOUTE-SCIENCE, à son rang.

SYNONYME

SCIENCE, ART Au point de vue philosophique, ce qui distingue l'art de la science, c'est que la science ne s'occupe que de ce qui est vrai, sans aucun souci de ce qui peut être utile ; et que l'art s'occupe seulement de ce qui peut être utile et appliqué. L'agriculture est un art qui s'appuie sur diverses sciences : l'histoire naturelle, la géologie, la chimie. à un autre point de vue, la science consiste surtout dans la théorie, l'abstraction ; et l'art, dans l'application, la pratique. La rhétorique est la science qui traite de l'art qu'on appelle l'éloquence.

HISTORIQUE

XIe s.Puis sunt muntez [à cheval] e il unt grant science [de guerre] (Ch. de Rol. CCXIV)

XIIe s.Tote escience [ils] orent à main (BENOIT I, V. 473)Quant um devra l'iglise selunc Deu conseiller, Science et genterise en covient esluigner (Th. le mart. 62)

XIIIe s.L'en doit requerre trois choses en celui qui est esleuz, c'est à savoir dreit aage, honesté de bones mors, escience convenable (Liv. de jost. 30)

XVe s.Adonc respondirent plusieurs cardinaux et tous d'une science [unanimement] : Pere sainct, le cardinal d'Amiens parle bien (FROISS. Liv. IV, p. 308, dans LACURNE)

XVIe s.Sçavoir de certaine science que.... (MONT. I, 203)Une consolation en la perte de nos amis, c'est la science de n'avoir rien oublié à leur dire (MONT. II, 83)Il rendit fidelement l'argent commis à sa seule science (MONT. III, 14)Je ne traicte d'aulcune science que de l'inscience (MONT. IV, 221)Nos ancestres disoyent : diligence passe science ; mais aucuns aujourd'hui disent : patience passe science (H. EST. Précell. 165)Science sans fruit ne vaut gueres (LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 148)Grand science est folie, si bon sens ne la guide (LEROUX DE LINCY ib. p. 303)Une science requiert tout son homme (COTGRAVE)Mais le vice n'a point pour mere la science, Et la vertu n'est point fille de l'ignorance (D'AUB. Tragiques, Princes.)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. sciensa ; espagn. ciencia ; ital. scienza ; du lat. scientia, qui vient de sciens, part. présent de scire, savoir ; rad. sanscrit, ki, savoir, k(y, remarquer, l'un et l'autre, de chid, pour skid, fendre ; le sens de transition à l'idée intellectuelle est discerner.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SCIENCE. Ajoutez :

11. Science abstraite, science considérée indépendamment de ses applications, dans le langage de la philosophie positive, qui en compte six : la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie (COMTE, Système de philosophie positive).

On dit quelquefois en ce sens science pure.

J'ai tort de dire science pure, car il n'y a pas une science pure et une science appliquée : il y a la science et les applications de la science (PAUL BERT Journ. offic. 14 janv. 1873, p. 248, 3e col.)

 
Wikipedia

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La science (du latin scientia, connaissance) relève Historiquement de l'activité philosophique, et fut pendant longtemps un exercice spéculatif visant à élucider les mystères du monde par l'exercice de la raison. Au cours du Moyen Âge, la science s'est progressivement détachée de l'emprise de la théologie et de la philosophie.

Aujourd'hui, la science désigne à la fois une démarche intellectuelle reposant idéalement sur un refus des dogmes et un examen raisonné et méthodique du monde[1] et de ses régularités visant à produire des connaissances résistant aux critiques rationnelles, et l'ensemble organisé de ces connaissances.

Au cours de son histoire, elle s'est structurée en disciplines scientifiques : mathématiques, chimie, biologie, physique, mécanique, optique, astronomie, économie, sociologie…

Sommaire

  • 1 Une science insaisissable
  • 2 Notion polythétique?
    • 2.1 Refus des dogmes
    • 2.2 Exploration du monde
    • 2.3 Recours méthodique à la raison
    • 2.4 Exposition aux critiques rationnelles
  • 3 Science ou sciences ?
    • 3.1 Différentes catégories de science
      • 3.1.1 Selon leurs buts
      • 3.1.2 Selon leurs méthodes
      • 3.1.3 Selon leur objet
    • 3.2 Différentes disciplines
    • 3.3 Thèse de l'unité de la science
  • 4 Les deux faces de la science
    • 4.1 Une institution
    • 4.2 Un corpus de savoirs
  • 5 Méta-sciences : les études sur la science
    • 5.1 Sociologie des sciences
    • 5.2 Philosophie des sciences
      • 5.2.1 Science et rationalité
      • 5.2.2 Problème de l'induction
  • 6 Sciences et pseudo-sciences
  • 7 Notes et références
  • 8 Voir aussi
    • 8.1 Liens internes
    • 8.2 Liens externes
    • 8.3 Bibliographie

Une science insaisissable

S'il n'est en général pas trop malaisé de reconnaître une science, il l'est bien plus de la saisir en quelques mots. Aucune définition n'est en effet satisfaisante[2] à commencer par celle proposée ci-dessus, pourtant formulée de la manière la plus neutre possible.

Les essais de clarification de la notion de science reposant sur la mise en lumière d'une "méthode scientifique" qui lui serait spécifique furent sans succès. Alan Chalmer écrit ainsi qu'il « n'existe pas la moindre méthode permettant de prouver que les théories scientifiques sont vraies ou même probablement vraies. »[3]

Derrière ce brusque rappel se cache le constat de l'échec du projet fondationnaliste, qui visait à établir des critères clairs permettant de s'assurer de la vérité d'une proposition, et en particulier d'une loi causale ou statistique : « on peut dire qu'en ce qui concerne les sciences empiriques tout au moins, le projet fondationnaliste a échoué : il n'a pas réussi à montrer comment pouvait être fondée la relation, d'abord entre expérience immédiate et énoncé d'observation, ensuite entre terme observationnel et terme théorique, enfin entre énoncé singulier et énoncé universel ou probabiliste. »[4] Cet échec, qui est en particulier celui des tentatives visant à résoudre le problème de l'induction, ruine l'espoir de faire tenir la notion de "science" dans la définition de sa méthode.

Alan Chalmer, toujours lui, après avoir examiné les principales théories de la science de la fin du XXe siècle, considère « qu'il n'existe pas de conception éternelle et universelle de la science [...]. Rien ne nous autorise à intégrer ou à rejeter des connaissances en raison d'une conformité avec un quelconque critère donné de scientificité. »[5] Il expose en particulier les limites de la solution apportée par Popper au problème de la démarcation entre science et non science, qui est bien loin d'avoir l'universalité qui lui est généralement accordée[6]. Chalmers prend soin de préciser qu'il n'est pas vrai que « tout point de vue soit aussi bon qu'un autre », dénonçant ainsi le relativisme. Mais il n'en fait pas moins ce constat : il n'existe pas de critères de scientificité universellement valables.


Notion polythétique?

Pour autant, cela ne signifie pas nécessairement, comme l'écrit Paul Feyerabend, que « la science est beaucoup plus proche du mythe qu'une philosophie scientifique n'est prête à l'admettre »[7], mais plus prosaïquement qu'il faut abandonner l'espoir de pourvoir saisir la notion de science au moyen de quelques "critères" précis, ou en la faisant reposer sur une "méthode" bien définie. Ce qui n'empêche certes pas la science d'avancer.

Cela n'empêche pas non plus d'en dresser un portrait sommaire. Car si la science - ou plutôt l'ensemble des sciences - est irréductible à une définition précise, il n'en est pas moins vrai que ses différentes composantes ont des airs de famille[8] qui nous permettent de les reconnaître et de les distinguer, plus ou moins facilement, plus ou moins clairement, des autres formes de connaissance. C'est une réponse de cette ordre que fait Raymond Boudon aux relativistes qui prennent prétexte du caractère insaisissable de la science pour en nier la spécificité : « [Les] conclusions [relativistes] ne tiennent que grâce à l'a priori selon lequel à tout sentiment de distinction doit correspondre une distinction soit objective, soit sociale. En revanche, elles disparaissent lorsque l'on admet que les notions de "progrès", d'"objectivité", de "vérité", de "science" [échappent sans difficultés à cette règle]. »[9] Il s'explique en développant cet exemple : « même un concept comme celui d'"or" qui paraît pourtant désigner une matière bien définie (comme on dit), ne correspond pas du tout, jusque dans ses usages scientifiques, à une définition arrêtée une fois pour toutes […]. Si la définition de l'"or" est variable, comment imaginer que des concepts indispensables comme "anomie", "attitude", "paradigme" et mille autres concepts que l'on pourrait mentionner puissent faire l'objet d'une définition arrêtée une fois pour toute? […] Les notions de "roman", de "tragédie", de "drame", d'"opéra wagnérien", de "sociologie", d'"économie", de "romantisme", de "fonction", de "structure" sont des mots [de cette nature]. » Ce qui n'empêche pas, ajoute-t-il, que « nous [puissions] dans bien des cas les utiliser avec une sûreté complète. »[10]

En résumé :

Si la "science" n'est pas plus définissable que le "roman" ou la "tragédie", nous pouvons nous reposer sur certains "airs de famille" pour la distinguer des autres formes de connaissance.

Quels sont ces "airs de familles"? Nous en distinguerons ici de quatre sortes, en suivant la définition (forcément insatisfaisante) de l'introduction :

  • Un certain "refus des dogmes"
  • Un certain "rapport au monde"
  • Un certain usage de la "raison"
  • Une certaine "résistance aux critiques rationnelles"

La discussion de ces "airs de famille" permettra précisément de saisir les limites de cette définition.

Refus des dogmes

La science s'est constituée historiquement contre les dogmes religieux. Les relations entre science et religion ont continué à être très conflictuelles en Europe jusqu'au XIXe siècle.


Exploration du monde

Recours méthodique à la raison

Exposition aux critiques rationnelles

Science ou sciences ?

Devant la diversité des domaines de connaissances revendiquant le statut de science, il apparaît difficile, voire naïf, d'user de ce mot au singulier. Le débat sur l'unité de la science n'est pas clos, et le simple fait d'user de ce mot au singulier, ou d'éviter au contraire un tel emploi, est porteur de sens.

Fondamentalement, la question de l'unité profonde de la science recoupe les débats opposant depuis des millénaires nominalistes et essentialistes.

Différentes catégories de science

On classe également les sciences selon :

  • leur but : sciences appliquées, sciences fondamentales ;
  • leur méthode : sciences nomothétiques et sciences idiographiques, sciences expérimentales et sciences d'observation ;
  • leur objet : sciences empiriques (sciences naturelles, sciences sociales, sciences humaines), sciences logico-formelles.

Il ne faut pas se laisser abuser par ces grandes catégorisations, qui peinent à rendre compte de réalités plus complexes. Une même science peut ainsi être pour partie expérimentale, pour partie observationnelle. Il faut également prendre garde de ne pas tomber dans l'excès inverse qui consisterait, face à la complexité du réel, à nier qu'il puisse y avoir de profondes différences entre les différentes formes de recherche scientifique.

Selon leurs buts

Les sciences appliquées (qu'il ne faut pas confondre avec la technique en tant qu'application de connaissances empiriques) visent la réalisation d'un objectif pratique, tandis que les sciences fondamentales visent prioritairement l'acquisition de connaissances nouvelles. On ne peut cependant classer a priori une discipline particulière dans un domaine ou dans un autre. Les mathématiques, la physique ou la biologie peuvent ainsi aussi bien être fondamentales qu'appliquées, selon le contexte. Certaines disciplines restent cependant plus ancrées dans un domaine que dans un autre. La cosmologie est par exemple une science exclusivement fondamentale. L'astronomie est également une discipline qui relève dans une grande mesure de la science fondamentale. La médecine, la pédagogie ou l'ingénierie sont au contraire des sciences essentiellement appliquées (mais pas exclusivement).

Sciences appliquées et sciences fondamentales ne sont pas cloisonnées. Les découvertes issues de la science fondamentale trouvent des fins utiles (ex : le laser et son application au son numérique sur CD). De même, certains problèmes techniques mènent parfois à de nouvelles découvertes en science fondamentale. Ainsi, les laboratoires de recherche et les chercheurs peuvent faire parallèlement de la recherche appliquée et de la recherche fondamentale. Par ailleurs, la recherche en sciences fondamentales utilise les technologies issues de la science appliquée, par exemple la microscopie, les possibilités de calcul des ordinateurs...

Selon leurs méthodes

Une première distinction de cet ordre peut être faite entre les sciences nomothétiques et les sciences idiographiques. Les premières cherchent à établir des lois générales pour des phénomènes susceptibles de se reproduire. On y retrouve bien évidemment la physique ou la biologie, mais également des sciences humaines ou sociales comme l'économie, la psychologie ou même la sociologie. Les secondes s'occupent au contraire du singulier, de l'unique, du non récurrent. Cette classe de sciences pose évidemment problème. Cependant, l'exemple de l'histoire montre qu'il n'est pas absurde de considérer que le singulier peut être justiciable d'une approche scientifique.

La chimie : science expérimentale.
La chimie : science expérimentale.

Une seconde distinction peut porter sur le recours, ou non, à la démarche expérimentale. Les sciences expérimentales, comme la physique ou la biologie, reposent sur une démarche active du scientifique, qui construit et contrôle un dispositif expérimental reproduisant certains aspects des phénomènes naturels étudiés. Ces sciences emploient la méthode expérimentale. Les résultats des expériences ne sont pas toujours quantifiables (exemple : l'expérience de Konrad Lorenz avec les oies grises, en éthologie). Lorsqu'il n'est pas possible de contrôler un environnement expérimental, les scientifiques peuvent avoir recours à l'observation. Lorsqu'une discipline se forme autour de cette démarche, on parle alors de sciences d'observation. L'astronomie ou l'économie en sont des exemples classiques. Mais la frontière n'est jamais nette : il existe une économie expérimentale, et la physique des hautes énergies permet d'une certaine façon de tester expérimentalement certaines théories astronomiques. À ce diptyque expérimentation / observation, s'ajoute aujourd'hui la simulation informatique.

Selon leur objet

On peut enfin distinguer les sciences empiriques et les sciences logico-formelles.

Les premières portent sur le monde empiriquement accessible, et partent de notre expérience sensible de ce monde. Elles regroupent :

  • les sciences de la nature, qui ont pour objet d'étude les phénomènes naturels ;
  • les sciences humaines, qui ont pour objet d'étude l'Homme et ses comportements individuels et collectifs, passés et présents.

De leur côté, les sciences logico-formelles (ou sciences formelles) explorent déductivement, selon des règles de formation et de démonstration, des systèmes axiomatiques. Il s'agit par exemple des mathématiques ou de la logique[11].

Cette typologie n'est pas unique, voir l'article Typologie épistémologique.


Différentes disciplines

Thèse de l'unité de la science

Les deux faces de la science

Une institution

La science comme institution : la recherche scientifique.

Cette institution a une histoire

L'ensemble des actions entreprises en vue d'améliorer et d'augmenter l'état des connaissances dans un domaine scientifique constitue la recherche scientifique. L'organisation et la prise en charge des activités de recherche constituent un enjeu important de compétitivité et de prestige pour toutes les nations.

La recherche scientifique est devenue depuis quelques décennies un enjeu majeur pour le développement économique. C'est dans cette perspective que furent développés des outils statistiques visant à mesurer la production scientifique d'une nation, d'une région, d'une institution ou d'un individu.

Un corpus de savoirs

Méta-sciences : les études sur la science

Sociologie des sciences

La science comme phénomène social.

Longtemps abandonnée aux épistémologues et aux philosophes, la science a commencé à être l'objet de l'attention des sociologues au milieu du XXème siècle, avec les travaux fondateurs de Robert K. Merton.

La science est également en interaction avec la société. Ces relations entre science et société sont également l'objet de l'attention des sociologues.

Philosophie des sciences

Henri Poincaré, Grand philosophe et grand scientifique.
Henri Poincaré, Grand philosophe et grand scientifique.

Sous cet angle, l'étude de la science relève de l'épistémologie.

La science est ici considérée comme un objet philosophique.

Les premières spéculations philosophiques visant à élucider le problème de la connaissance remontent à l'Antiquité grecque, et furent en particulier développées par Aristote. Les grands schéma de pensée qui y furent développés n'ont en rien perdu leur actualité, et nous retrouvons aujourd'hui des oppositions pensées il y a plus de deux millénaires.

Science et rationalité

La science se revendique comme l'application de la raison à l'exploration du monde qui nous entoure.

Problème de l'induction

La science ne fonctionne pas par méthode déductive pure. Une série d'expériences ne validerait en effet des résultats qu'effectués à une date et en un endroit particuliers, sans possibilité logique de les généraliser. Bertrand Russell mentionne dans son ouvrage Science et religion (chapitre La science est-elle superstitieuse ?) ce qu'il nomme le scandale de l'induction, et qu'il voit comme un mal nécessaire.

Sciences et pseudo-sciences

Le mot « science » est parfois utilisé pour soutenir qu'il existe des preuves scientifiques là où il n'y a que croyance. Selon ses détracteurs, c'est le cas du mouvement de scientologie. Pour ces cas, il vaudrait mieux parler de sciences occultes ou pseudo-sciences.

Sont désignées sous le nom de pseudo-sciences les pratiques qui se réclament de la science tout en s'écartant de la méthode scientifique mais en mimant certains aspects. On peut citer par exemple l'astrologie, l'homéopathie, la morphopsychologie (voir culte du cargo).

Le philosophe Karl Popper s'est longuement interrogé sur la nature de la démarcation entre sciences et pseudo-sciences. Dans son ouvrage Conjecture et réfutations, après avoir remarqué qu'il est possible de trouver des observations pour confirmer à peu près n'importe quelle théorie, il propose une méthodologie fondée sur la réfutabilité.

Sur ce point, il convient d'affirmer que la critique des pseudo-sciences ne se limite pas à celle de la pensée magique, mais aussi à celle de toutes les disciplines dont le raisonnement est basé sur des convictions purement doctrinales.

Tel est par exemple le cas du darwinisme social (dérivé fallacieux de la théorie de l'évolution, proposant une hiérarchie de races plus ou moins évoluées dans l'espèce humaine), ou du matérialisme dialectique marxiste.

Parmi les thèses pseudo-scientifiques qui agitèrent les médias avant d'être réfutées, on peut citer :

  • Le physicien Terence Meaden tenta de démontrer l’existence de mini-tornades capables de créer des motifs dans les champs de céréales.
  • L'astrophysicien Jean-Pierre Petit affirma que ses recherches cosmogoniques lui avaient été inspirées par des courriers reçus d’un groupe d’extraterrestres.
  • Jacques Benveniste et la mémoire de l'eau.

D'autres domaines au contraire sont au cœur d'intenses polémiques. C'est le cas de l’homéopathie.

Notes et références

  1. ↑ Le monde doit d'entendre ici comme l'ensemble du réel, et non seulement comme le monde empirique. Il s'agit en particulier de ne pas exclure a priori les sciences formelles. Ces sciences ne sont certes pas empiriques, mais il serait déraisonnable d'affirmer sans précaution qu'elles ne portent pas sur le réel, ou sur un certain aspect de ce réel.
  2. ↑ C'est ainsi sur une tel constat que s'ouvre, par exemple, l'Introduction à l'épistémologie de Léna Soler
  3. ↑ Alan F. Chalmers, Qu'est-ce que la science ? Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend, La Découverte, 1987, p. 15
  4. ↑ Rober Nadeau, Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie, PUF, 1999, p. 272
  5. ↑ Alan F. Chalmers, Qu'est-ce que la science ? Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend, La Découverte, 1987, p. 267
  6. ↑ Il serait intéressant d'étudier de plus près les raisons du succès de la définition poppérienne de la science auprès des scientifiques
  7. ↑ Paul Feyerabend, Contre la méthode, esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, Éditions du Seuil, 1979, p. 332
  8. ↑ Cette notion d'"air de famille" est proposée par Wittgenstein pour nommer ce qui peut lier les différentes manifestations de ces notions qui, comme la science, échappe à toute tentative de définition. Ce n'est cependant pas avec l'exemple de la science que le philosophe de Cambridge illustre ce que peut être un air de famille, mais avec la notion de jeu : "considère par exemple les processus que nous appelons "jeux" […]. Qu'ont-ils tous de commun? […] tu ne verras rien de commun à tous, mais tu verras des ressemblances, des parentés, et tu en verras toute une série. […] Je ne saurais mieux caractériser ces ressemblances que par l'expression d'"air de famille" […]" (Wittgenstein, Recherches philosophiques, Paris, Gallimard (NRF), § 66-67, 2004 [1er ed. 1953], p. 64).
  9. ↑ Boudon explique ici que ces notions « sont de type polythétique ». Cette notion a été forgée par l'anthropologue Rodney Needham (1975, « Polythetic classification : convergence and consequences », Man, 10(3), pp. 349-369.) : tandis que la représentation monothétique exige la présence d’au moins un caractère commun à toute la classe identifiée, la classification polythétique exige simplement que chaque membre de l’ensemble considéré partage au moins un caractère important avec au moins un autre élément de la classe. Pour rendre plus intuitive cette définition abstraite, Boudon s'appuie sur la notion wittgensteinienne d’air de famille
  10. ↑ Raymond Boudon, L'art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses, Paris, Fayard (Points Essais), 1990, p. 338
  11. ↑ Certaines approches de l'économie appartiennent également à cette catégorie (voir École autrichienne d'économie)

Voir aussi

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Liens externes

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Bibliographie

  • Dominique Lecourt (dir.), Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences (1999), 4ème réed. «Quadrige»/PUF, 2006.
  • Robert Nadeau, Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie, PUF, 1999
  • John Ziman, Real Science. What it is, and what it means, Cambridge University Press, 2000
  • Alan F. Chalmers, Qu'est-ce que la science ? Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend, La Découverte, 1987
  • Bruno Latour, La science en action, La Découverte, 1989
  • Pierre Bourdieu, Science de la science et réflexivité, Raisons d'agir, 2001
  • Léna Soler, Introduction à l'épistémologie, Ellipses, 2000
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