TANCER (v. a.)
Terme qui se disait jadis aussi bien dans le style élevé que dans le style ordinaire, et qui aujourd'hui est devenu familier. Réprimander.
• Il disparut comme flots courroucés Que Neptune a tancés (MALH. III, 4)
• Et bien que, jeune enfant, mon père me tançât, Et de verges souvent mes chansons menaçât (RÉGNIER Sat. IV)
• L'enfant lui crie : au secours ! je péris ; Le magister, se tournant à ses cris, D'un ton fort grave à contretemps s'avise De le tancer.... (LA FONT. Fabl. I, 19)
• Ciel ! comme elle a tancé ma hardiesse ! (VOLT. Droit du seign. III, 11)
• Elle me tançait vivement de celle [lettre] que j'avais écrite à M. de Montmolin (J. J. ROUSS. Conf. XII)
Se tancer, v. réfl. Se faire des reproches à soi-même.
• Ah ! sotte, répondais-je après, en me tançant (RÉGNIER Dial.)
HISTORIQUE
XIe s.— Je ne vos pois tenser [protéger] ne guarantir (Ch. de Rol. CXXXVIII)— [Ils] tencent à lui [le réprimandent].... (ib. CLXXXIII)
XIIe s.— E quant vers saint iglise volt li reis rien mesprendre, Qui la devreit partut e tenser e defendre.... (Th. le mart. 71)
XIIIe s.— Une roche est en mer seans, Moult parfont ou milieu leans, Qui sus la mer en haut se lance, Contre qui la mer gronde et tance (la Rose, 5948)— Cil qui garda la forest de Hès por le conte et uns hons de poesté se tencherent ensemble (BEAUMANOIR XXX, 89)— Car il set bien que fame de po volentiers tance (RUTEB. 183)
XIVe s.— C'est une derision de tanser et accuser les choses de dehors nous (ORESME Éth. 50)— Tensier ou mesdire (ORESME ib. 142)
XVe s.— Ne me tansez point, car je cognois bien ma grant follie (COMM. I, 13)
XVIe s.— Quand je tanse avecques mon valet, je tanse du meilleur courage que j'aye (MONT. I, 270)— Il le tansa de la soubdaine mutation de sa contenance (MONT. I, 271)
ÉTYMOLOGIE
Picard, tincher (Ce dicton picard à l'entour fut écrit :— Biaux chires leups, n'écoutez mie Mère tenchent chen fieu qui crie (LA FONT. Fabl. IV, 16) ; Berry, tanser, tourmenter ; provenç. tensar ; d'un type latin fictif tentiare (le bas-latin a contentiare, disputer), dérivé de tentus, part. passif de tenere, type qui, avec le sens radical de tenir, a signifié défendre et attaquer, protéger et malmener.